Archivé - Notes pour une allocution devant les employés de Sécurité publique Canada, à l'occasion de la Journée de la dualité linguistique

Cette page a été archivée dans le Web.

L’information dont il est indiqué qu’elle est archivée est fournie à des fins de référence, de recherche ou de tenue de documents. Elle n’est pas assujettie aux normes Web du gouvernement du Canada et elle n’a pas été modifiée ou mise à jour depuis son archivage. Pour obtenir cette information dans un autre format, veuillez communiquer avec nous.

Ottawa (Ontario), le 12 septembre 2013
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi


Début de dialogue

Mesdames, Messieurs, bonjour.

J'aimerais avant tout remercier votre sous-ministre, M. François Guimond, de m'avoir invité à prendre la parole aujourd'hui devant le réputé personnel de Sécurité publique Canada. J'ai toujours apprécié son engagement envers la dualité linguistique.

Permettez-moi d'abord de vous souhaiter une excellente Journée de la dualité linguistique, célébrée par le gouvernement fédéral depuis cinq ans aujourd'hui. Cette année, la Journée coïncide avec la publication, par le Commissariat aux langues officielles, d'une nouvelle étude sur la formation linguistique au sein de la fonction publique fédérale. J'aimerais consacrer une partie du temps qui m'est accordé ce matin pour vous faire part de quelques-unes de nos constatations et de nos recommandations à ce sujet.

Commençons par définir « dualité linguistique » : Que célébrons-nous au juste aujourd'hui? Simplement dit, la dualité linguistique fait partie de notre identité commune. Cette dualité appartient à tous les Canadiens et à toutes les Canadiennes, même à ceux et à celles qui ne parlent pas les deux langues.

La diversité linguistique et culturelle est une réalité de plus en plus répandue partout sur la planète. Cela dit, même dans un univers où la signification d‘« identité nationale » est remise en question par la mondialisation, la dualité linguistique demeure une valeur incontestablement canadienne et, au pays, le dialogue national se déroule en français et en anglais.

Il y a encore une méprise quant à la Loi sur les langues officielles : rendre tous les Canadiens bilingues n'est ni une réalité ni l'objectif de la Loi. Aujourd'hui, au pays, le français est la première langue de plus de 7 millions de Canadiens, et l'anglais, de plus de 25 millions. Environ 17 p. 100 des Canadiens sont bilingues.

Dans la fonction publique, la représentation des langues officielles est demeurée pratiquement inchangée depuis 25 ans. Parmi tous les fonctionnaires, à savoir les employés à temps plein et les cadres, environ le tiers déclarent avoir le français comme première langue officielleNote de bas de page 1. Le tiers des bureaux et des points de service sont tenus d'offrir des services bilingues, et 40 p. 100 des postes exigent la connaissance des deux langues officielles. Malgré ces réalités, créer une fonction publique qui respecte véritablement la dualité linguistique constitue un défi de taille.

Depuis le début de mon mandat, en 2006, je m'efforce avant tout de faire valoir que la dualité linguistique est une valeur canadienne fondamentale, et non une simple obligation administrative. Au lieu d'être tout simplement contraints à respecter la valeur qu'est la dualité linguistique, les gens y adhèrent mieux lorsqu'elle inspire. Il est essentiel que le gouvernement fasse preuve de leadership dans la protection de nos acquis linguistiques, surtout si nous alléguons qu'il s'agit là d'une valeur essentiellement canadienne.

L'exemple à ce chapitre doit provenir des plus hauts échelons des institutions fédérales. À mon avis, les dirigeants du gouvernement ne se rendent pas compte à quel point leur attitude envers la dualité linguistique influe sur la culture au sein de leur organisation.

À Sécurité publique Canada, votre mandat est de veiller à la sécurité de la population. Comme l'énonce si bien votre site Web, « Pour un gouvernement, aucune fonction ou obligation ne peut être plus importante que celle d'assurer la protection et la sécurité de ses citoyensNote de bas de page 2. » Je suis tout à fait d'accord.

À titre de commissaire aux langues officielles, je sais à quel point il peut être difficile de faire concilier mon mandat et le vôtre, mais il demeure que nos deux institutions ont en commun certains points d'entente.

Prenons comme exemple un tremblement de terre, ou toute autre catastrophe naturelle nécessitant l'évacuation des gens : Sécurité publique Canada doit être en mesure de communiquer avec tous les Canadiens. Comme institution fédérale, il lui incombe d'assurer la sécurité de la population, et il incombe à moi de veiller à ce que chaque Canadien puisse être servi dans la langue officielle de son choix.

Dans certains cas, servir la population dans les deux langues officielles peut devenir une question de sécurité nationale – parfois même une question de vie ou de mort. Cela peut sembler dramatique, mais si on y pense bien, on se rend compte que c'est vrai. Lorsqu'une personne est en état de crise ou de panique, très souvent, son cerveau ne fonctionnera que dans sa langue maternelle. Des informations pourtant très simples qui sont exprimées dans la deuxième langue peuvent ne pas être comprises, même si quelqu'un est passablement bilingue.

Sécurité publique Canada exerce déjà un leadership national en assurant la sécurité de la population. Il importe que ce leadership s'exprime en français et en anglais, nos deux langues officielles, afin de renforcer la capacité fédérale de répondre à toutes les situations d'urgence, de communiquer des renseignements, de collaborer avec d'autres ministères, organismes fédéraux et ordres de gouvernement, avec les entreprises privées, les intervenants d'urgence et les spécialistes dans ce domaine.

En tant que responsables de la sécurité publique, vous devez être prêts à réagir immédiatement en cas d'urgence ou de catastrophe naturelle. Vos interventions doivent permettre à tous les partenaires de la gestion des urgences d'interagir et de bien se comprendre dès le départ. Pour votre organisation, être en mesure d'intervenir, en tout temps, dans les deux langues officielles partout au Canada est une obligation fondamentale. Un leadership fort, en français comme en anglais, augmente la rapidité et l'efficacité des interventions, tout en renforçant la sécurité et la résilience de toutes les communautés canadiennes, y compris les communautés de langue officielle en situation minoritaire.

D'ailleurs, chacun des ministères doit veiller à ce que ses décisions tiennent compte de leurs conséquences possibles sur les communautés de langue officielle. La partie VII de la Loi sur les langues officielles oblige les institutions fédérales à appuyer le développement des communautés francophones hors Québec et des communautés d'expression anglaise au Québec, ainsi qu'à promouvoir la dualité linguistique dans la société canadienne.

Je suis convaincu que vous prenez quotidiennement des décisions difficiles et que le respect de vos obligations concernant les langues officielles n'est qu'un des multiples aspects de vos responsabilités en tant que leaders. Cependant, je crois que pouvoir s'exprimer aisément dans les deux langues officielles – tout comme les utiliser et les promouvoir concrètement – constitue une compétence essentielle du leadership.

Vous jouez un rôle vital dans la mise en œuvre de la Loi sur les langues officielles. Et votre approche à l'égard des langues officielles – plus particulièrement le respect que vous leur accordez en tant que valeur plutôt qu'obligation – jouera un rôle déterminant dans votre réussite ou votre échec en tant que leader.

Pour que la dualité linguistique soit considérée comme une valeur dans votre ministère, il faut que la direction – à tous les niveaux – soit en mesure d'en témoigner par la mise en œuvre de mesures concrètes.

Pour être un leader dans la fonction publique, il faut savoir influencer, persuader, motiver et valoriser, à la fois en français et en anglais. C'est d'ailleurs pour cette raison que j'ai déjà recommandé au président du Conseil du Trésor de rehausser à CBC/CBC le niveau minimal des compétences linguistiques requises pour superviser des employés travaillant dans les régions désignées bilingues aux fins de la langue de travail.

Peu après ma nomination au Commissariat, j'ai rencontré des cadres supérieurs chargés de l'évaluation en langue seconde, à qui j'ai demandé ce qu'il fallait pour obtenir un « C ». Ils m'ont répondu que, pour obtenir un « C » en interaction orale, le candidat devait être en mesure d'expliquer un sujet en détail, de convaincre un interlocuteur et de conseiller un collègue subalterne.

J'ai bien réfléchi à cette réponse et j'ai alors compris que ces critères n'étaient pas de nature linguistique : ce sont des critères de leadership. Et si nos leaders ne répondent pas à ces critères, c'est faire fi de la dualité linguistique comme valeur. Ne pas utiliser les deux langues officielles lorsqu'on est cadre dans la fonction publique, c'est manquer de respect pour une valeur fondamentale du Canada.

Pas moins de 90 p. 100 des postes à Sécurité publique Canada sont situés dans la région de la capitale nationale. La capacité de vos dirigeants d'expliquer des sujets et de persuader et de conseiller les fonctionnaires dans les deux langues officielles est un élément dont il faut tenir compter; on ne peut le laisser de côté. La capacité bilingue des centres d'urgence est aussi primordiale. L'un de mes commissaires adjoints, dans un emploi antérieur dans une autre organisation, a fait partie d'une équipe qui a dû ouvrir un centre d'urgence où il n'y avait aucun intervenant bilingue au sein de l'administration centrale. Une telle situation ne devrait jamais se produire.

L'importance qu'accorde le Commissariat au leadership ne date pas d'hier. Il s'agit d'un thème constant dans l'examen continu de la dualité linguistique au sein du gouvernement du Canada. En plaçant la dualité linguistique sur le même pied que les autres valeurs de votre organisation, vous cheminez dans la bonne direction. Mais il reste encore du travail à faire.

Dans une institution fédérale, le leadership en matière de langues officielles peut s'exprimer de nombreuses façons. Quelle que soit votre fonction à Sécurité publique Canada, que vous supervisiez des employés ou que vous travailliez directement pour le sous-ministre, il est possible de faire preuve de leadership uniquement en respectant la dualité linguistique. Vous pouvez par exemple :

  • prononcer un discours en anglais;
  • animer une réunion bilingue; ou
  • diffuser des messages dans les deux langues officielles.

Ce sont tous là des exemples de leadership qui favorisent la dualité linguistique. Mais comment faire pour atteindre la compétence et le niveau d'aisance dont nous avons besoin pour exceller?

Selon moi, la formation linguistique est une composante vitale de la dualité linguistique et du perfectionnement professionnel qui peut aider les fonctionnaires à acquérir les compétences en leadership dont ils ont besoin pour progresser dans leur carrière.

Cela dit, la formation linguistique s'est grandement transformée depuis dix ans, en raison de son réacheminement vers les institutions fédérales. Comme ce processus n'a pas été bien documenté, il est difficile d'établir clairement ce qui est fait à ce sujet, et de quelle façon on procède.

C'est pourquoi nous avons mené notre plus récente étude, Défis : Un nouvel environnement pour la formation linguistique dans la fonction publique fédérale.

Cette étude, publiée aujourd'hui, souligne l'importance de la motivation du personnel dans la formation et le maintien des acquis linguistiques, et du rôle clé que peuvent jouer les cadres de la fonction publique en menant par l'exemple et en communiquant régulièrement dans les deux langues officielles.

Nous devons également veiller à ce que la formation linguistique soit une partie intégrante, et non un élément secondaire, des plans de carrière. J'applaudis les fonctionnaires pour qui c'est déjà une réalité.

Quand la responsabilité de la formation linguistique a été transférée de l'École de la fonction publique du Canada aux diverses institutions fédérales, l'an dernier, je craignais que le programme ne soit dissout tout simplement dans la formation générale et qu'il soit impossible d'avoir une idée du travail accompli. Le fait que nous ayons pu recueillir de l'information pour l'étude est encourageant. Beaucoup de choses s'accomplissent toujours.

Dans le cadre de notre étude, nous avons jugé important de définir la reddition de comptes. Comment pouvons-nous nous assurer que les ministères assument sérieusement leurs fonctions relatives à la formation linguistique et qu'ils mettent en place des systèmes pour mesurer les progrès? J'ai le plaisir de rapporter que de nombreux ministères l'ont fait, malgré les écueils budgétaires.

Cela dit, on ne peut pas encore crier victoire. À mon avis, les institutions fédérales doivent mieux rendre compte de leurs activités, de leurs dépenses et de leurs résultats en matière de formation linguistique. Même si 84 p. 100 des répondants à notre sondage affirment amasser des données sur la formation linguistique, près du quart d'entre eux reconnaissent que la collecte n'est pas systématique.

Pour tabler sur les points positifs et accroître la responsabilisation, voici mes recommandations à l'intention des institutions fédérales :

  • Que les administrateurs généraux soient tenus d'établir une liste d'indicateurs et de recueillir des données en lien à ces indicateurs, et d'instaurer un mécanisme de reddition de comptes sur la formation linguistique. Toutes ces mesures devraient être en place au 1er octobre de l'année prochaine;
  • Que les administrateurs généraux des institutions fédérales soient tenus d'établir, d'ici au 1er avril 2015, un mécanisme qui assurerait une coordination efficace et efficiente de la formation linguistique en région;
  • Que le président du Conseil du Trésor mette sur pied, d'ici au 1er octobre 2014, un panel d'experts indépendants pour mener un examen approfondi sur la question de l'efficacité de la formation linguistique actuelle, tant au niveau des compétences linguistiques qu'elle crée qu'au niveau de la façon de les évaluer. Cet examen devrait s'effectuer en consultation avec les institutions fédérales qui jouent un rôle central à cet égard;
  • Que d'ici au 1er avril 2015, les institutions fédérales aient attient, au minimum, le niveau de financement consacré à la formation linguistique avant l'exercice de compression budgétaire entamé en 2011.

Je sais que les institutions fédérales de la fonction publique ont mis en œuvre diverses stratégies pour assurer l'épanouissement des deux langues dans le milieu de travail. Nous les avons interrogées à cet égard, et 83 p. 100 des répondants ont dit avoir mis en place des mesures pour aider les employés à conserver leurs acquis linguistiques, par exemple en tenant des réunions bilingues et diverses activités de nature linguistique.

J'ai le grand plaisir d'annoncer que nous appuierons ces efforts avec un nouvel outil en ligne, qui permettra aux fonctionnaires de prendre connaissance des pratiques exemplaires en formation linguistique et qui les aidera à créer leur propre modèle de formation linguistique. J'invite le personnel de tous les niveaux à y recourir.

Je m'en voudrais de ne pas mentionner, avant de conclure, qu'il y a 25 ans ce mois-ci, la Loi sur les langues officielles a été grandement modifiée afin de préciser les obligations des institutions fédérales, d'instaurer un examen continu du programme des langues officielles par l'entremise d'un comité parlementaire et de permettre les recours judiciaire devant la Cour fédérale pour demander réparation.

Il s'agissait de changements importants puisque la Loi, qui consacre la dualité linguistique ainsi que les droits linguistiques, a préséance sur toutes les autres lois du Parlement, à l'exception de la Loi canadienne sur les droits de la personne.

Je conclus en vous rappelant que, bien que la Journée de la dualité linguistique ne soit célébrée qu'une fois l'an, il nous est possible d'en perpétuer l'esprit toute l'année simplement en utilisant les deux langues officielles dans l'exercice de nos fonctions.

J'ai l'espoir que dans sept ans, en 2020, avec l'appui de Sécurité publique Canada et des dévoués employés de la fonction publique, comme vous, c'est plutôt la Semaine de la dualité linguistique que nous célébrerons.

Merci. S'il reste du temps, j'aimerais répondre à vos questions.

Notes de bas de page

Note de bas de page 1

Greffier du Conseil privé, Dix-neuvième rapport annuel au Premier ministre sur la fonction publique du Canada, « Annexe A - La fonction publique en chiffres – profil démographique de 2011 ».

Retour à la référence de la note de bas de page 1

Note de bas de page 2

Sécurité publique Canada, « Protéger une société ouverte : la politique canadienne de sécurité nationale ».

Retour à la référence de la note de bas de page 2

Date de modification :
2018-09-13