Archivé - Notes pour une comparution devant le Comité permanent des langues officielles du Sénat au sujet de deux mandats d'étude

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Ottawa, le 29 avril 2013
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles 

Seul le texte prononcé fait foi



  • Les meilleures pratiques en matière de politique linguistique et d'apprentissage d'une langue seconde dans un contexte de dualité ou de pluralité linguistique : Perspective canadienne et internationale
  • Les impacts des changements récents au système d'immigration sur les communautés de langue officielle en situation minoritaire

Début de dialogue

Merci Madame la Présidente.

Mesdames et Messieurs, honorables sénateurs et membres du Comité sénatorial permanent des langues officielles, bonjour.

Je suis accompagné aujourd’hui de Carsten Quell, directeur, Politiques et recherche, et de Sylvain Giguère, commissaire adjoint des Politiques et des Communications.

Je vous remercie de votre invitation à discuter de deux études importantes entreprises par votre comité. L’apprentissage d’une langue seconde et l’incidence de l’immigration sur les communautés de langue officielle en situation minoritaire sont des questions qui me préoccupent depuis le début de mon mandat.

Le Canada est bien connu à l’échelle de la planète en grande partie grâce à sa dualité linguistique. L’économie du Canada se fonde de plus en plus sur le savoir, dans un monde où la concurrence internationale s’intensifie. Les compétences langagières sont ainsi plus importantes que jamais.

Les données du Recensement de 2011 ont montré que l’immigration joue un rôle de plus en plus important dans la croissance démographique du Canada. Ce phénomène fait en sorte qu’il devient plus difficile d’augmenter notre taux de bilinguisme, mais il s’agit également d’une excellente occasion de favoriser la vitalité de nos communautés de langue officielle si elles réussissent à bien intégrer les nouveaux arrivants.

Nos communautés de langue officielle sont plus fortes qu’il y a 10 ans, mais leur avenir demeure incertain. Bien souvent, ces communautés n’ont pas suffisamment de ressources pour encadrer les immigrants de façon adéquate. Afin de mieux conjuguer dualité linguistique et diversité culturelle, les institutions gouvernementales qui incitent les immigrants francophones à s’installer ailleurs qu’au Québec ont la responsabilité d’expliquer très clairement la réalité de ces communautés francophones, mais aussi de se coordonner avec les administrations provinciales.

Les immigrants ne comprennent pas toujours la complexité de la réalité linguistique au Canada, qui s’éloigne de l’approche purement territoriale adoptée par d’autres pays. Traiter toutes les communautés de façon uniforme ne fonctionne pas dans le cadre de nos politiques d’accueil des immigrants en milieu minoritaire. À ce chapitre, je constate que plusieurs communautés francophones se demandent si le travail qu’elles ont déjà fait a été pris en considération dans le cadre de la nouvelle approche du gouvernement du Canada concernant l’immigration à caractère économique et l’intégration au marché du travail. Certains autres changements ont aussi touché le travail des communautés au quotidien, notamment au Manitoba, où la communauté bénéficie d’une relation étroite avec son gouvernement provincial.

Accueillir un cuisinier belge qui veut ouvrir un restaurant à Saint-Boniface n’est vraiment pas la même chose qu’accueillir une famille qui a passé les cinq dernières années dans un camp de réfugiés à la frontière du Rwanda et du Congo. Cela exige la participation d’organismes différents, des structures d’accueil variées et une grande collaboration. Les systèmes de santé et d’éducation ne sont pas sollicités de la même façon. Il faut offrir les appuis nécessaires afin d’accueillir adéquatement ces personnes qui ont vécu des expériences traumatisantes. Et surtout, il faut bien évaluer la situation particulière des jeunes qui présentent un décalage entre leur âge, leur expérience et leur niveau scolaire. Très souvent, les familles d’immigrants subissent un stress considérable – les deux parents sont absents, ils travaillent, ont deux emplois, souvent au salaire minimum –, et c’est une réalité avec laquelle les organismes d’accueil doivent composer.

Le gouvernement semble reconnaître l’importance d’appuyer les communautés de langue officielle dans leur démarches pour accueillir, intégrer et retenir les immigrants, avec l’octroi de sommes additionnelles importantes dans le volet immigration de la nouvelle feuille de route pour les langues officielles. Le peu d’informations disponibles concernant ces fonds semble cependant indiquer qu’ils sont destinés au perfectionnement de l’une des langues officielles pour favoriser l’intégration au marché du travail – vraisemblablement, le français au Québec et l’anglais ailleurs au pays. Une telle approche est certes utile, mais aurait peu à voir avec l’augmentation du bilinguisme anglais-français ou la promotion de la dualité linguistique. J’espère que votre étude vous permettra d’obtenir des précisions à ce sujet de la part de Citoyenneté et Immigration Canada. Il est également difficile de voir de quelle façon ces nouvelles sommes contribueront aux objectifs visés par les communautés de langue officielle en matière d’attraction et de recrutement de nouveaux arrivants.

La vitalité de nos communautés linguistiques dépend de leur degré de participation et de leur engagement. Mon équipe l’a d’ailleurs constaté au cours des dernières années, lors de la préparation d’une série d’études de cas sur la vitalité des communautés. L’immigration a été cernée comme un secteur de développement important dans toutes les communautés étudiées : la communauté francophone de la région de Sudbury; celles de Halifax, de Winnipeg, de Calgary et de la Colombie‑Britannique; les communautés rurales de la Saskatchewan; et les diverses communautés anglophones du Québec. Dans presque tous les cas, un lien direct a été établi entre une plus grande diversité de la communauté et sa vitalité. Ces études sur la vitalité communautaire se trouvent dans le site Web du Commissariat.

Depuis l’adoption de la Loi sur les langues officielles, le gouvernement du Canada fait la promotion de l’apprentissage du français ou de l’anglais langue seconde au moyen de différentes initiatives. Mes rencontres avec des personnes des quatre coins du pays m’ont permis de constater que le succès des programmes de français langue seconde est limité, non pas en raison d’un manque d’enthousiasme de la part des jeunes ou d’un manque de volonté chez leurs parents, mais bien à cause de ressources insuffisantes. En effet, les élèves anglophones qui souhaitent apprendre le français se voient refuser l’admission aux programmes en raison du nombre restreint de places, d’un manque de financement ou d’une pénurie d’enseignants qualifiés.

Les objectifs sociaux à la base de notre politique linguistique exigent des investissements à long terme. Pour que la dualité linguistique continue d’être perçue comme une valeur canadienne, le gouvernement doit cibler des mesures durables.

Il faut davantage insister sur les moyens mis à la disposition des citoyens pour perfectionner leur maîtrise de la langue seconde. Par exemple, il faut investir dans les programmes d’échanges et les programmes de formation linguistique dans les deux langues officielles pour les nouveaux arrivants et leurs enfants.

Le Canada doit fournir un véritable continuum de possibilités d’apprentissage en langue seconde à tous les Canadiens, et ce, de l’école primaire au marché du travail. Il s’agit là d’un élément intégral de la préparation de nos jeunes à leur avenir, pour qu’ils deviennent des citoyens productifs dans leur propre pays et des citoyens du monde.

L’éducation en langue seconde est l’un des éléments importants qui contribuent à établir la dualité linguistique en tant que valeur canadienne. Un des défis consiste à amener les universités à offrir davantage de possibilités d’apprentissage aux étudiants. Le taux de bilinguisme des anglophones pourrait être plus élevé.

J’aimerais vous rappeler certaines recommandations que j’ai formulées dans le cadre de l’étude Deux langues, tout un monde de possibilités : L’apprentissage en langue seconde dans les universités canadiennes, publiée en 2009, et de mes rapports annuels récents, dont celui publié en octobre dernier.

La collaboration entre les universités pourrait être facilitée et en prenant la forme d’études et d’échanges culturels ou de visites, ou encore d’emploi. À l’heure actuelle, la plupart des possibilités d’échanges offertes par les universités concernent des institutions de pays étrangers. Les échanges à l’intérieur du Canada sont plutôt limités. Le gouvernement pourrait mettre sur pied un nouveau programme qui vise à offrir aux étudiants l’occasion d’étudier de façon intensive dans leur langue seconde au sein d’un autre établissement canadien. Ce programme serait l’équivalent canadien des programmes couronnés de succès Erasmus et Erasmus Mundus, conçus pour favoriser la collaboration entre les universités européennes, l’échange et le dialogue entre les cultures de même que la mobilité des étudiants et des universitaires, le tout, dans le but de préparer les participants à vivre dans une société mondiale axée sur les connaissances.

Dans le cadre de mon rapport annuel 2011-2012, j’ai recommandé au ministre du Patrimoine canadien et des Langues officielles de collaborer avec les gouvernements provinciaux et territoriaux, ainsi qu’avec les établissements postsecondaires, pour augmenter le nombre de programmes offrant aux étudiants la possibilité de suivre certains cours dans leur seconde langue officielle. J’ai également recommandé au premier ministre de prendre les mesures qui s’imposent pour doubler le nombre de jeunes Canadiens participant chaque année à des échanges linguistiques aux niveaux secondaire et postsecondaire.

Je constate que le gouvernement n’a pas retenu ces recommandations dans le cadre de la Feuille de route. Permettre à davantage de jeunes Canadiens de faire l’expérience de la vie dans une communauté où l’autre langue officielle est parlée couramment constitue pourtant une excellente façon de préparer le pays à célébrer son héritage commun en 2017.

Je vous remercie de votre attention. Je me ferai maintenant un plaisir de répondre à vos questions.

Date de modification :
2018-09-13