Archivé - Notes pour une rencontre avec l'équipe de gestion du Musée canadien pour les droits de la personne

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Winnipeg, Manitoba, le 16 avril 2013
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi


Début de dialogue

Bonjour.

C'est un grand plaisir pour moi d'être ici avec vous aujourd'hui à Winnipeg.

Je vous remercie de m'avoir invité à venir discuter de la dualité linguistique et de son importance au Musée canadien pour les droits de la personne. J'ai toujours pensé que votre remarquable édifice était situé dans un endroit particulièrement symbolique. Sur le plan géographique, il est près du centre du pays. Il est également situé à un endroit historique, car il surplombe la basilique cathédrale de Saint-Boniface et la tombe de Louis Riel.

Les travaux ont grandement avancé depuis ma dernière visite, en 2009. Ce qui n'était alors qu'un projet est maintenant devenu réalité. La construction de notre nouveau musée national tire à sa fin.

Les mandats de nos organismes étant étroitement liés, je suis extrêmement heureux de tous vous rencontrer aujourd'hui. Notre histoire nous permet de faire le point sur le chemin parcouru, de jeter un regard vers l'avenir et de réfléchir à tout ce que nous pouvons encore réaliser ensemble.

Depuis le début de mon mandat en 2006, je m'efforce avant tout d'indiquer que la dualité linguistique est une véritable valeur canadienne et non une simple obligation administrative. Il est essentiel que les organismes fédéraux fassent preuve de leadership en matière de protection de nos acquis linguistiques, surtout si nous alléguons qu'il s'agit là d'une valeur essentiellement canadienne.

Il y a 35 ans, dans le but de promouvoir l'égalité des chances et de permettre à tous les Canadiens de participer pleinement à la société, à l'abri de la discrimination, nos parlementaires ont élaboré la Loi canadienne sur les droits de la personne. Notre nouveau musée national vise à commémorer ce noble objectif en faisant la promotion du respect des autres et en sensibilisant davantage le public aux droits de la personne.

Cette année, nous célébrons le 50e anniversaire de la Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme. Grâce à elle, notre gouvernement a pu reconnaître les droits linguistiques en tant que droits de la personne; des droits garantis dans une chartre et respectés partout au pays.

Les recommandations de la Commission royale ont non seulement mené à l'élaboration à une politique linguistique canadienne, mais également à une politique sur le multiculturalisme. Les droits linguistiques définis dans la Loi sur les langues officielles de 1969 ont été garantis dans la Charte canadienne des droits et libertés en 1982 et enrichis par la Cour suprême du Canada afin d'y inclure le droit des minorités linguistiques à des écoles et à des conseils scolaires, ainsi que le droit à un procès criminel en français.

Tous les actes de reconnaissance des droits des quatre dernières décennies renversent les mesures adoptées pour éliminer les droits des francophones :

  • L'abolition du financement public des écoles catholiques au Manitoba en 1890 (à l'origine du conflit connu sous le nom de la question des écoles du Manitoba);
  • L'élimination des droits des francophones à la suite de la création de l'Alberta et de la Saskatchewan en 1905;
  • L'adoption du Règlement 17 en Ontario, qui interdisait l'utilisation du français comme langue d'instruction.

Il s'agissait là d'outils d'oppression et d'assimilation qu'utilisait la majorité contre la minorité. Ces droits ont fait l'objet de batailles et ont été reconquis, définis et inscrits dans la loi, après cent ans de discrimination. Il est extrêmement important que ce musée associe ces luttes à celle pour les droits de la personne au Canada. Les ignorer serait un acte de négligence honteux.

Il est tout à fait approprié que ce musée soit situé au cœur du Canada, au croisement de l'Est et de l'Ouest. Il est construit près de La Fourche, à la jonction des rivières Assiniboine et Rouge. Depuis 6 000 ans, elle constitue un lieu de rencontre pour les Autochtones, les commerçants de fourrure et des milliers d'immigrants. La Fourche est une destination touristique bien connue. Des millions de personnes la visitent chaque année.

Comme il s'agit d'un musée national, le Musée canadien pour les droits de la personne est tenu de se conformer à la Loi sur les langues officielles. Vos obligations linguistiques se répartissent en deux catégories : la langue de service et la promotion du bilinguisme.

Pour que l'esprit de la loi soit respecté, soit un esprit d'ouverture et d'inclusion, il faut que les Canadiens reconnaissent que le français et l'anglais, en plus des cultures que représentent ces langues, appartiennent à tous. Ce musée est une institution nationale. Les Canadiens d'expression française de tout le pays doivent être d'avis que ce musée leur appartient au même titre que les Canadiens d'expression anglaise.

Les politiques du Canada sur la dualité linguistique contribuent non seulement à renforcer la cohésion sociale, mais aussi à nous définir comme Canadiens. C'est la raison pour laquelle, dans le but de faire respecter la dualité linguistique en tant que valeur fondamentale, les dirigeants de votre organisme doivent en promouvoir le respect.

Créer un environnement de travail qui respecte véritablement la dualité linguistique constitue un défi de taille qui requiert une action à tous les niveaux de l'organisation. J'ai appris avec plaisir que vous aviez déjà élaboré une politique sur les langues officielles pour le musée. La prise de mesures concrètes pour offrir un environnement qui autorise et encourage les personnes à travailler dans la langue officielle de leur choix témoigne d'un grand leadership de votre part.

Cependant, le fait que le musée soit situé dans une région où les employés fédéraux ne bénéficient pas du droit de travailler dans la langue de leur choix pose toutefois certains défis. En termes simples, le fait d'offrir des services bilingues à la population est plus naturel lorsque les deux langues sont utilisées à l'interne, dans le milieu de travail. Par conséquent, votre organisme devra établir des pratiques qui reflètent son intention d'aller au-delà de ses responsabilités organisationnelles. Ce ne sont pas tous les employés qui doivent être bilingues, mais la qualité du service offert dans les deux langues officielles permettra à vos visiteurs de vivre une bonne expérience.

Vous devez, par exemple, pouvoir vous adresser à tous les visiteurs dans la langue officielle de leur choix. Il s'agit d'être un bon hôte. L'apprentissage du français langue seconde et la valorisation des connaissances linguistiques des communautés de langue française engendrent des retombées économiques concrètes.

Si vous voulez montrer que la dualité linguistique fait partie intégrante de vos principes de service, vous devez rendre visible votre bilinguisme d'entreprise. Cette visibilité peut notamment être assurée en faisant en sorte que tout l'affichage soit en français et en anglais et que tous les employés accueillent chaque visiteur en lui disant « Hello, bonjour ». De cette manière, les visiteurs ont l'assurance de recevoir des services dans la langue officielle de leur choix en tout temps. Cette initiative favorise le développement d'une culture d'entreprise qui valorise la dualité linguistique.

L'approche adoptée en matière de langue, et plus particulièrement la mesure dans laquelle vous la respectez en tant que valeur plutôt qu'en tant qu'obligation, touche la façon dont les employés, les bénévoles et les visiteurs perçoivent votre institution.

Les nouveaux outils de communication, y compris les blogues, les pages Facebook et les fils Twitter, représentent des défis pour les organismes fédéraux dans la façon dont ils rejoignent les Canadiens tout en respectant leurs droits linguistiques. Il est possible d'utiliser les médias sociaux disponibles en français tout en respectant la Loi sur les langues officielles. N'oubliez pas qu'à titre de musée national, votre organisme doit présenter sa personnalité publique dans les deux langues officielles.

Lorsque nous considérons la dualité linguistique comme une valeur, nous constatons qu'elle est indissociable des droits de la personne. Les deux ont le respect comme valeur fondamentale.

Merci. Je peux maintenant répondre à vos questions.

Date de modification :
2018-09-13