Archivé - Notes pour une allocution à prononcer à une réunion du Conseil fédéral de l'Île-du-Prince-Édouard

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Charlottetown, Île-du-Prince-Édouard, le 5 mars 2013
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi


Début de dialogue

Mesdames et messieurs, bonjour.

Je suis heureux d’être avec vous, ici, à l’Île-du-Prince-Édouard. C’est ma première visite au Conseil, mais j’ai déjà rencontré certains d’entre vous en d’autres circonstances. Dès le début de mon mandat, j’ai réalisé à quel point il était utile d’échanger avec les gens qui coordonnent l’action régionale de leur institution. Cela nous donne la chance de voir comment la dualité linguistique devrait se vivre au quotidien.

J’espère que nous pourrons, aujourd’hui, discuter de nos préoccupations et de nos réussites en matière de langues officielles. J’aimerais également parler de l’importance d’avoir des chefs de file et de leur influence sur la perception de la dualité linguistique et du bilinguisme dans les milieux de travail. J’ai déjà traité de cette question dans mon dernier rapport annuel et j’espère que nous pourrons en parler ici.

J’ai été heureux d’apprendre que votre conseil a fait des langues officielles une priorité. En favorisant le dialogue avec les communautés francophones et acadiennes de l’Île-du-Prince-Édouard et en développant le bilinguisme dans la région, vous mettez en place une culture de développement durable de la dualité linguistique dans vos organisations.

Il existe une relation étroite entre l’importance que donnent les dirigeants de la fonction publique aux langues officielles et l’utilisation de celles-ci dans le milieu de travail. Le Comité des langues officielles de votre conseil a adopté une approche intéressante. Contrairement à la plupart des comités des langues officielles, les membres de votre comité n’assument pas tous des fonctions directement liées aux langues officielles. Vous êtes nombreux, en fait, à travailler dans des domaines très différents et à vous être portés volontaires pour représenter votre organisation et agir comme ambassadeur des langues officielles auprès d’elle. Cela témoigne de votre engagement pour la valeur importante qu’est la dualité linguistique canadienne. À ce propos, je tiens à exprimer ma reconnaissance pour l’excellent travail de Faith McIntyre en sa qualité de championne des langues officielles à Anciens Combattants Canada et en tant que membre du Conseil fédéral de l’Île-du-Prince-Édouard. Au fil des ans, elle a vraiment embrassé la cause de la dualité linguistique. Elle est l’essence même de ce que devrait être un champion des langues officielles dans notre fonction publique et a multiplié les succès dans ce rôle.

Mon équipe a été très impressionnée par la qualité et le détail du plan d’action pour la dualité linguistique que votre comité des langues officielles a mis en œuvre. Vous formulez des observations en faveur d’une offre active dans les institutions fédérales de l’Île-du-Prince-Édouard pour améliorer la qualité des services offerts dans les deux langues. Vous vous êtes entretenus avec des représentants de l’Université du l’Île-du-Prince-Édouard au sujet de l’importance de produire des diplômés bilingues. Dans l’esprit de la partie VII de la Loi, vous avez organisé une « Journée de dialogue avec les communautés ». Je vous le dis, votre conseil fédéral et son comité des langues officielles rehaussent les pratiques exemplaires pour promouvoir la dualité linguistique dans les régions. Je parle souvent de l’importance de pouvoir compter sur des gens qui se font les promoteurs actifs de la dualité linguistique, et vous faites partie de ces gens. Je vous félicite et je vous encourage à poursuivre votre excellent travail.

Deux conditions sont essentielles pour préserver la dualité linguistique de la société canadienne. Premièrement, tout le monde doit comprendre que l’anglais et le français ne sont pas des langues étrangères; ce sont des langues canadiennes. Nos deux langues officielles appartiennent à tous les Canadiens, sans égard à leurs antécédents linguistiques ou au fait qu’ils soient bilingues ou unilingues. Malheureusement, ce n’est pas le message diffusé par certaines universités canadiennes.

Deuxièmement, la dualité linguistique est une valeur et non un fardeau, et elle doit faire partie intégrante de la fonction publique. Ce message n’est pas toujours transmis adéquatement non plus.

Je voudrais attirer votre attention sur une différence importante. En tant que citoyens, nous sommes en droit de nous attendre à ce que notre gouvernement fasse preuve de leadership lorsqu’il s’agit de faire respecter nos valeurs nationales, et les langues officielles font partie de ces valeurs. Les politiques du Canada en matière de dualité linguistique contribuent non seulement à renforcer notre cohésion sociale, mais nous définissent aussi en tant que Canadiens. C’est pourquoi le gouvernement, par l’intermédiaire de ses institutions, doit montrer la voie à suivre. Toutefois, pour aller de l’avant, nous avons besoin de l’action de chaque fonctionnaire.

Pour présenter la dualité linguistique comme une valeur fondamentale, les dirigeants de la fonction publique doivent, par leur conduite, encourager le respect de la dualité linguistique. Et je souligne encore une fois à quel point je suis impressionné par l’engagement de nombreux fonctionnaires de l’Île. Créer une fonction publique qui respecte véritablement la dualité linguistique constitue un défi de taille qui requiert une action à tous les niveaux de l’appareil fédéral.

En 2011, le Commissariat a publié une étude intitulée Au-delà des réunions bilingues : Comportements en leadership des gestionnaires.Cette étude, qui vise à aider les gestionnaires à créer des milieux de travail propices à l’utilisation des deux langues officielles, se trouve sur notre site Web. Vous trouverez également sur notre site Web un outil d’autoévaluation qui vous aidera à évaluer vos propres comportements, sous l’angle du leadership, dans un milieu de travail bilingue, à voir où se situent vos forces et à cerner les comportements qui vous restent à adopter. Il donne des idées très concrètes de comportements que les gestionnaires peuvent adopter dans leur milieu de travail pour promouvoir la dualité linguistique. Pour amener des changements dans une organisation, il faut profiter de l’effet d’entraînement. Chaque pas dans la bonne direction compte.

En 2014, l’Île-du-Prince-Édouard et l’ensemble du Canada célébreront une étape importante de l’histoire du pays. En effet, nous fêterons le 150e anniversaire de la Conférence de Charlottetown de 1864, un événement qui a ouvert la voie à la Confédération canadienne.

Les festivités du 150e anniversaire de la Conférence de Charlottetown seront une excellente occasion pour l’Île-du-Prince-Édouard de présenter la dualité linguistique comme l’une des grandes valeurs canadiennes. Les célébrations attireront de nombreux Canadiens sur l’Île, et des efforts particuliers devront être faits pour qu’ils soient accueillis dans les deux langues officielles.

Parfois, l’histoire nous montre que la perception est ce qui compte le plus et que les choses ne se passent pas toujours comme nous l’avions prévu. George Brown, un des Pères de la Confédération, considérait celle-ci comme une démarche de séparation et pensait que la création d’une nouvelle province signifierait que les Anglophones seraient « libérés » des Francophones et que ce serait la fin du canadianisme français. C’est ce qu’il écrivait dans une lettre adressée à sa femme après la Conférence de Charlottetown et qu’il formulait ainsi : « Fin de la Conférence à 18 h ce soir – la constitution est adoptée – un document extrêmement crédible… une réforme complète de tous les abus et de l’injustice dont nous nous sommes plaints! N’est-ce pas merveilleux? La vieille domination française est entièrement étouffée… HourraNote de bas de page 1! » [traduction]

Eh bien, la suite a été autre.

Il est donc très important que le programme d’activités du 150e anniversaire célèbre, par son contenu, l’histoire commune des francophones et des anglophones du Canada.

Tout comme il importe qu’Ottawa mette en valeur la dualité linguistique canadienne dans les célébrations de la Confédération en 2017, celles du 150e anniversaire de la Conférence de Charlottetown devront se dérouler dans les deux langues officielles. Il faut que les Canadiens apprennent à mieux comprendre les collectivités de langue officielle du pays, y compris leur culture et leurs institutions. Et pour y arriver, ils doivent les voir et les côtoyer. Afin d’aider les organisateurs d’événements de grande envergure à comprendre les langues officielles, mon bureau a publié le document intitulé L’organisation d’un événement sportif d’envergure au Canada : Guide pratique pour mettre en valeur les langues officielles. Ce guide a été conçu pour les organisateurs d’événements sportifs, culturels et artistiques d’envergure nationale et internationale qui se déroulent au Canada ainsi que pour les institutions fédérales qui participent à leur organisation. Nous avons des exemplaires de ce guide ici pour vous, si vous souhaitez le consulter.

Avec les nouveaux outils de l’appareil gouvernemental fédéral (les blogues, les pages Facebook et les comptes Twitter), les ministres doivent relever certains défis dans leur façon de communiquer avec les citoyens, compte tenu de leurs obligations linguistiques. Mais les médias sociaux constituent également un excellent moyen de promouvoir les célébrations, d’alimenter l’enthousiasme et, évidemment, d’informer. Il est donc important d’utiliser ces technologies, mais il faut le faire en respectant la dualité linguistique canadienne.

En passant, le Commissariat aux langues officielles est sur Facebook et Twitter, et je vous invite à nous suivre et à vous joindre à la conversation.

À ce propos, j’aimerais souligner l’élection du Parti Québécois au Québec l’automne dernier. Même s’il a hérité d’un gouvernement minoritaire, il a des effets importants sur le paysage politique canadien et sur la façon dont les Canadiens perçoivent nos langues officielles. Je n’insisterai donc jamais assez sur la nécessité pour les institutions fédérales d’assumer leurs responsabilités en vertu de la Loi sur les langues officielles et d’être prêtes à réagir à l’éventuel agacement des anglophones qui se demandent pourquoi nous devrions offrir des services en français quand le Québec, lui, resserre la Charte de la langue française.

Nous amorçons à nouveau une période de grande sensibilité vis-à-vis des questions linguistiques, qui sont redevenues très politisées. Les institutions fédérales doivent en tenir compte et faire preuve d’un leadership exemplaire. La dualité linguistique doit demeurer une réalité, malgré les restrictions budgétaires et les changements aux programmes.

Les institutions doivent garder en tête les langues officielles et minimiser les répercussions de leurs décisions en cette période de restrictions budgétaires. Si nous ne restons pas déterminés à protéger et à promouvoir les droits linguistiques, la situation pourrait se dégrader rapidement. Mais avec la réorganisation et les compressions, il risque d’être plus difficile pour les fonctionnaires de travailler dans la langue officielle de leur choix ou d’obtenir la formation linguistique dont ils ont besoin.

Cela m’amène à vous parler de la partie VII de la Loi sur les langues officielles.

Il n’est pas facile de bien comprendre et de bien interpréter cette partie VII. Depuis 2005, toutes les institutions fédérales ont l’obligation de mettre en œuvre des mesures positives pour appuyer le développement et l’épanouissement des communautés de langue officielle en situation minoritaire et promouvoir l’égalité de statut du français et de l’anglais. Il appartient aux dirigeants des institutions fédérales de faire preuve de créativité et d’intelligence dans l’exercice de leurs obligations.

En resserrant les liens avec la communauté francophone, vous comprendrez mieux ses besoins et ses priorités. Je sais que vous avez tous à cœur l’épanouissement de la communauté francophone minoritaire de l’Île-du-Prince-Édouard. Profitez de l’occasion pour faire preuve d’innovation et témoigner de votre engagement.

La partie VII exige également des institutions qu’elles prennent des mesures pour promouvoir la dualité linguistique. Dans ce domaine, encourager plus de jeunes Canadiens à faire l’expérience de l’autre langue officielle constitue une excellente façon de préparer le pays à célébrer son héritage commun.

Dans mon dernier rapport, je formule deux recommandations pour favoriser l’apprentissage d’une langue seconde afin d’accroître le nombre de Canadiens et de Canadiennes qui parlent nos deux langues officielles.

Je recommande au premier ministre de prendre les mesures qui s’imposent pour doubler le nombre de jeunes Canadiens qui participent chaque année à des échanges linguistiques de courte ou de longue durée, aux niveaux secondaire et postsecondaire.

Je recommande également au ministre du Patrimoine canadien et des Langues officielles de collaborer avec les gouvernements provinciaux et territoriaux, ainsi qu’avec les établissements d’enseignement postsecondaire pour augmenter le nombre de programmes qui offrent aux étudiants la possibilité de suivre des cours dans leur seconde langue officielle.

Le bilinguisme fait partie intégrante de l’exercice du leadership dans la fonction publique et le renouvellement de celle-ci repose en grande partie sur ce pilier. Le gouvernement fédéral doit recruter un plus grand nombre d’employés bilingues et se présenter comme un employeur de choix pour les jeunes Canadiens de partout au pays. Pour y arriver, il lui faut collaborer avec les établissements d’enseignement postsecondaire et garantir, à tous les niveaux du système d’éducation, un accès juste et équitable à une formation de qualité en langue seconde.

Depuis l’adoption de la Loi sur les langues officielles, le gouvernement du Canada fait la promotion de l’apprentissage du français ou de l’anglais langues secondes au moyen de différentes initiatives, dont certaines dans le domaine de l’éducation pré-universitaire. Cependant, la proportion de Canadiens bilingues demeure faible et, dans certaines régions, les programmes d’éducation offerts dans la seconde langue officielle sont insuffisants pour répondre à la demande. Il est important que le gouvernement fédéral appuie tous les jeunes qui désirent perfectionner leur apprentissage du français ou de l’anglais.

Pour permettre à la dualité linguistique de s’imposer comme valeur canadienne fondamentale, il faut compter sur le secteur privé, tous les ordres de gouvernement et les établissements postsecondaires. Les institutions fédérales doivent jouer un rôle de chef de file dans ce domaine et prêcher par l’exemple.

La dualité linguistique est une question de respect. Les bons chefs sont toujours respectueux.

Merci.

Notes de bas de page

Note de bas de page 1

Quebec Resolutions (en anglais seulement).

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Date de modification :
2018-09-13