Archivé - Notes pour une allocution dans le cadre de la conférence « Bilingualism in Business: The Bilingual Advantage Symposium »

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Souris, Île-du-Prince-Édouard, le 5 mars 2013
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi


Début de dialogue

Bonjour, Good afternoon.

C’est un grand plaisir pour moi d’être ici avec vous aujourd’hui à l’Île‑du‑Prince‑Édouard – la douce province insulaire du Canada. Je vous remercie de m’avoir invité à venir discuter de la dualité linguistique et de son importance pour les gens d’affaires.

Vous êtes sans doute nombreux à penser que la question des langues officielles intéresse uniquement le gouvernement. Vous vous demandez peut-être : « en quoi la langue que j’utilise concerne-t-elle le commissaire aux langues officielles? »

J’ai pu observer cette réaction lorsque le Commissariat a étudié l’expérience des visiteurs à Ottawa. Ces observations, analysées dans le cadre de mon rapport annuel 2011-2012, se sont avérées plus positives et, je l’espère, plus instructives que beaucoup ne le supposaient au départ.

Selon nos observations, des ressources bilingues considérables sont mises à la disposition des visiteurs de la capitale du Canada, mais elles sont souvent invisibles. Peu d’employés des commerces utilisent l’accueil bilingue – « Bonjour! Hello! » – pour indiquer à leur clientèle qu’ils sont fiers de les servir dans les deux langues officielles, même si la plupart d’entre eux étaient bien plus capables de le faire que je ne le pensais.

Dans le préambule de la Loi sur les langues officielles, le gouvernement du Canada s’est engagé à promouvoir le caractère bilingue de la région de la capitale nationale et à encourager les entreprises, les organisations syndicales, ainsi que les organismes bénévoles canadiens à promouvoir la reconnaissance et l’utilisation du français et de l’anglais. La Loi mentionne également qu’il incombe au commissaire de prendre, dans les limites de ses compétences, toutes les mesures nécessaires pour assurer la reconnaissance du statut de chacune des langues officielles.

Cependant, servir les clients dans leur langue maternelle est également important pour réussir en affaires.

Pourquoi les voyageurs francophones du Québec devraient-ils obtenir un meilleur service en français au Maine ou en Floride qu’au Canada atlantique?

À titre de commissaire aux langues officielles, mon mandat consiste à prendre toutes les mesures qui s’imposent pour préserver et renforcer la vitalité des communautés de langue officielle en situation minoritaire et pour promouvoir l’égalité du français et de l’anglais au sein de la société canadienne. La responsabilité du renforcement de la dualité linguistique revient d’abord au gouvernement fédéral, mais les gouvernements des provinces et des territoires ainsi que les administrations municipales ont aussi leur part à faire à ce chapitre, tout comme les entreprises privées.

Pour les Canadiens, maîtriser le français et l’anglais constitue un grand avantage. Les entreprises qui font des affaires au Canada gagnent aussi à mener leurs activités efficacement dans les deux langues officielles. Afin de réussir dans un environnement de plus en plus concurrentiel, les organisations doivent se préoccuper non seulement de la stratégie, des finances, de la commercialisation et de la gestion des ressources humaines, mais également de la langue, parce que celle-ci est cruciale pour l’ensemble des activités, en particulier dans les entreprises qui fournissent des services aux personnes, comme dans l’industrie du tourisme ici, à l’Île-du-Prince-Édouard.

Le fait de servir les clients dans les deux langues officielles peut entraîner des retombées économiques considérables. Plus de 75 000 touristes francophones voyagent dans cette région chaque année : ils représentent une proportion importante de votre clientèle. Le rôle que joue la dualité linguistique dans l’économie de l’Île-du-Prince-Édouard ne doit pas être négligé.

La réussite et le développement de vos entreprises dépendent de votre capacité langagière. J’espère que le symposium d’aujourd’hui vous aidera à déterminer vos besoins, à trouver des moyens d’améliorer vos capacités linguistiques et à accroître ainsi votre productivité et votre compétitivité.

Faire des affaires, c’est inévitablement utiliser le langage. Pour vendre ou acheter, il faut communiquer avec nos partenaires commerciaux : échanger des courriels, effectuer des présentations, établir des relations de confiance, lire des études de marché, discuter avec d’éventuels clients, rédiger des appels d’offres.

Que ce soit pour commenter des visites touristiques, rédiger des menus de restaurant ou servir des clients dans des magasins, vous devez être en mesure de vous adresser aux visiteurs unilingues dans leur propre langue. Il s’agit ici d’être un bon hôte. C’est pourquoi l’idéal est d’avoir un effectif bilingue.

L’enseignement du français langue seconde et la valorisation des connaissances linguistiques des communautés francophones ont certainement une valeur économique, surtout ici, à l’Île-du-Prince-Édouard. Par pourcentage de population, l’Île-du-Prince-Édouard arrive au troisième rang sur le plan du bilinguisme au Canada : 12,7 p. 100 de la population déclare parler anglais et français.

Alors que le Canada affronte une crise économique et financière qui touche toute la planète, il importe d’insister sur le fait que les enjeux économiques et linguistiques, contrairement à ce qu’on pourrait penser, sont liés.

En fait, pour voir l’importance grandissante que prend la question linguistique dans les pays industrialisés, il suffit de lire les travaux de l’Organisation de coopération et de développement économiques et de Statistique Canada sur le lien entre la littératie et la productivité, ou encore d’examiner les statistiques du National Centre for Languages qui révèlent que, faute de disposer de compétences linguistiques suffisantes, les PME européennes subissent des pertes de l’ordre de 100 milliards d’euros par anNote de bas de page 1.

Bien plus qu’un simple outil de communication, pour la majorité des gens, la langue fait partie de leur identité. Les résultats d’une étude menée au Québec et en Finlande montrent qu’un client servi dans la langue de son choix est prêt à payer un produit plus cherNote de bas de page 2. La langue et les émotions sont liées; les propriétaires d’entreprises savent que, pour vendre un produit ou un service, ils doivent susciter l’intérêt des clients et déclencher en eux des émotions positives. Rien n’est plus touchant que de se faire adresser la parole dans sa propre langue, particulièrement en voyage. Un lien immédiat est créé, même si la personne ne parle pas parfaitement votre langue. Parler la langue de l’autre, c’est faire preuve d’un bon sens de l’hospitalité et d’un bon sens des affaires.

Jeannette Arsenault, copropriétaire de Cavendish Figurines et porte-parole de la Chambre de commerce acadienne et francophone, a pu constater par elle-même les avantages financiers que lui assure l’offre de services dans les deux langues officielles. Elle participe au présent symposium pour la deuxième fois et nous fera cordialement part de son expérience.

Afin de montrer que le bilinguisme fait partie intégrante de vos principes de service, vous devez rendre visible votre « bilinguisme d’entreprise ». Prenez l’exemple d’un hôtel à Moncton : les gestionnaires s’assurent que toutes les affiches sont en français et en anglais, et que tous les employés accueillent chaque client par un « Hello, bonjour ». De cette manière, leurs clients ont l’assurance de recevoir des services dans la langue officielle de leur choix en tout temps.

Afin de positionner leur hôtel comme bilingue, les gestionnaires accordent la priorité aux compétences linguistiques des candidats dès leur embauche. Ils offrent au personnel unilingue une formation gratuite en langue seconde qui met l’accent sur le vocabulaire dont ils ont besoin pour accomplir leur travail. Cette initiative favorise le développement d’une culture d’entreprise qui valorise la dualité linguistique.

Pour vous, les propriétaires d’entreprises, apprendre le français comme langue seconde et vous assurer que vos employés maîtrisent suffisamment le français pour servir vos clients dans la langue de leur choix sont certainement d’excellentes pratiques exemplaires. J’ai entendu dire que la Municipalité de Souris offre des cours de conversation en français de niveau débutant et que de nombreux entrepreneurs se sont inscrits de manière à pouvoir offrir de meilleurs services aux touristes francophonesNote de bas de page 3. C’est un pas dans la bonne direction pour élargir vos horizons commerciaux.

L’Île-du-Prince-Édouard, compte tenu de sa riche histoire culturelle et linguistique, attire des visiteurs de partout dans le monde : du Canada (dont le Québec), d’Europe, des États-Unis et du Japon. Ce charme unique et ce riche patrimoine historique sont ce qui fait de l’Île un « produit touristique » recherché, tant par les Canadiens que par les visiteurs étrangers. La dualité linguistique est une véritable valeur canadienne; le fait de l’intégrer à la marque de votre entreprise vous permet de vous positionner comme une véritable entreprise canadienne. Votre étendrez ainsi votre portée commerciale.

Dans un marché de plus en plus mondialisé et axé sur le savoir, la dualité linguistique représente un avantage concurrentiel clé, susceptible de favoriser l’essor économique du pays. Avec ses deux langues officielles d’envergure internationale, le Canada est à l’avant-plan des sociétés dont les économies sont axées sur le savoir. Cet atout permet aux entreprises canadiennes d’avoir un meilleur accès aux marchés et aux partenaires à l’échelle internationale.

Ainsi, d’un point de vue économique, il est essentiel de promouvoir la dualité linguistique. Et quelle est la meilleure façon de le faire dans l’économie? Je crois que vous devez vous concentrer sur la main-d’œuvre.

Les compétences linguistiques de la main-d’œuvre canadienne, en particulier chez les jeunes, représentent un atout important pour l’économie. Elles permettent aux Canadiens d’établir des liens économiques plus solides avec leurs partenaires internationaux. C’est pourquoi il est important de promouvoir la dualité linguistique auprès de nos jeunes; la force de l’économie en dépend.

L’attitude des Canadiens face à l’apprentissage du français ou de l’anglais langue seconde n’a jamais été aussi favorable.

Comme nous l’avons déjà mentionné, la maîtrise de plusieurs langues constitue un avantage concurrentiel indéniable dans la nouvelle économie. Le gouvernement fédéral, en collaboration avec les provinces, les territoires et d’autres partenaires, comme le secteur privé, gagne donc à faire la promotion et à appuyer l’acquisition d’une langue seconde.

L’apprentissage d’une langue seconde favorise également le commerce intérieur en facilitant la mobilité de la main-d’œuvre. De plus, il faut donner plus d’occasions aux jeunes Canadiens d’améliorer leurs compétences en langue seconde tout en se préparant au marché du travail.

En tant que gens d’affaires, vous êtes des ambassadeurs de l’Île, un endroit que beaucoup de personnes rêvent de visiter. Et c’est à cause de vous que les gens souhaitent venir ici et y dépenser de l’argent. Vous avez tous un rôle à jouer!

C’est pourquoi je tenais à vous dire que la dualité linguistique est indissociable de la réussite et du développement de vos entreprises – c’est une porte ouverte sur le commerce, à l’échelle nationale, internationale ou locale. Les jeunes entrepreneurs de l’Île de demain doivent maîtriser nos deux langues officielles et voir dans leurs compétences linguistiques des atouts pour la réussite en affaires.

Les marchés européen et asiatique sont des marchés très intéressants pour l’Île-du-Prince-Édouard, tant du point de vue du tourisme que des produits de la pêche. En parlant nos deux langues officielles et même d’autres (pourquoi pas?), les entrepreneurs et les travailleurs de l’Île favorisent l’essor économique de leur région. De plus, c’est un moyen pour eux de faire rayonner la culture de l’Île de par le monde.

Merci. Je serais maintenant heureux de répondre à vos questions.

Date de modification :
2018-09-13