Archivé - Notes pour une allocution prononcée lors de la séance d'information donnée aux nouveaux champions des langues officielles du Conseil du Réseau des champions des langues officielles

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L'importance du leadership pour favoriser la dualité linguistique dans la fonction publique

Ottawa, le 26 février 2013
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi


Début de dialogue

Mesdames et Messieurs, bonjour.

Je vous remercie de m’accueillir. C’est avec grand plaisir que je m’adresse à vous comme nouveaux champions et championnes des langues officielles.

Aujourd’hui, ma présence revêt ici une importance particulière, car en tant que champions et championnes, vous devenez les porte-parole de la dualité linguistique à la fonction publique. La dualité linguistique et la diversité culturelle représentent des valeurs et des symboles de premier plan dans la société canadienne. C’est pourquoi elles doivent faire partie intégrante des pratiques exemplaires de la fonction publique.

Cette année, nous fêtons le 50e anniversaire de la Commission Royale sur le Bilinguisme et le Biculturalisme – nous avons remplacé ces concepts par la dualité linguistique et la diversité culturelle.  

Mais en quoi consiste la dualité linguistique? Ces deux mots comportent les notions de partage et de dialogue entre les Canadiens et les Canadiennes qui emploient le français dans le cadre de leur participation à la vie publique du pays et ceux qui parlent anglais. Il s’agit des fondements de notre constitution. Ce sont des valeurs qui doivent aiguiller votre travail de fonctionnaires et le développement de vos compétences.

Nous reconnaissons tous que la fonction publique traverse une période difficile et que de nombreuses institutions vivent une transformation. Je sais qu’il sera ardu de maintenir la même norme d’excellence en disposant de ressources moindres et d’un effectif réduit. Nous devons donc nous montrer particulièrement vigilants, surtout lorsqu’il s’agit de respecter nos deux langues officielles.

Votre travail consiste à œuvrer en étroite collaboration avec les représentants provinciaux ou régionaux des associations des communautés de langue officielle et les leaders communautaires afin de mieux tenir compte des préoccupations des communautés linguistiques en situation minoritaire.

Il importe que les employés de la fonction publique fassent valoir leurs droits linguistiques et incitent les gestionnaires à les respecter. Il ne s’agit pas de réduire l’importance des relations hiérarchiques ni de faire porter aux employés le fardeau de transformer des institutions, des bureaux ou des divisions plus ou moins favorables à l’utilisation de la langue minoritaire au travail en champions de la dualité linguistique. Pour avoir un effet considérable sur la culture organisationnelle de votre ministère et encourager les autres à faire de même, rien de mieux que de donner l’exemple. Ce principe est au cœur de vos fonctions en tant que champions et championnes.

En utilisant systématiquement la langue choisie par vos subordonnés et en les encourageant à faire de même, vous favoriserez l’avancement des langues officielles dans la fonction publique. Vous devrez également susciter la créativité et l’innovation.

Je crois que les institutions fédérales et les organismes centraux ne devraient pas hésiter à concevoir, à tester et à adopter de nouvelles façons de faire plus prometteuses lorsque les approches traditionnelles ne donnent pas les résultats attendus.

Avant de poser ma candidature au poste de commissaire aux langues officielles, j’ai beaucoup réfléchi au rôle que j’aurais à jouer. Je voyais ce rôle comme celui d’un bâtisseur de ponts entre les communautés et les institutions. J’envisageais des dialogues ouverts et positifs. Je souhaitais rehausser le niveau des discussions pour arriver à des résultats concrets. Je voulais éviter les affrontements, que ce soit dans les médias ou les tribunaux, parce qu’ils minent les chances de dialogue ou de collaboration.

Je voudrais profiter de l’occasion pour vous dire quelques mots sur la partie VII de la Loi sur les langues officielles.

En novembre 2005, avant même que mon mandat ne débute, le Parlement canadien a renforcé la Loi. Comme vous le savez, les institutions fédérales sont maintenant tenues de prendre des mesures positives afin de satisfaire aux objectifs de la partie VII. Ce changement important exige que les institutions fédérales s’adaptent à la nouvelle réalité. Le Parlement a dit aux institutions : « Maintenant, vous êtes légalement obligées de tout mettre en œuvre pour favoriser l’épanouissement des communautés de langue officielle et reconnaître l’égalité de l’anglais et du français dans la société canadienne ».

Les institutions fédérales sont au service des organisations et des communautés, mais il leur appartient de s’entraider, au même titre que les organisations et les communautés se doivent de collaborer les unes avec les autres. Si nous voulons favoriser l’épanouissement des communautés minoritaires francophones et anglophones, et promouvoir la dualité linguistique, la première mesure positive à prendre est de créer un climat propice au dialogue, dans une « égalité réelle », au sein de vos organisations respectives. Il appartient aux dirigeants des institutions fédérales de jouer leur rôle de chefs de file et de faire preuve de créativité et de débrouillardise dans l’exercice de leurs obligations.

Permettez‑moi de vous parler de mon mandat et de mon rôle de commissaire aux langues officielles.

La Loi sur les langues officielles, qui est en vigueur depuis plus de 40 ans, garantit et protège la dualité linguistique. À titre de commissaire aux langues officielles, mon mandat consiste à prendre toutes les mesures en mon pouvoir pour m’assurer que les trois objectifs de la Loi sont atteints. Les voici :

  • l’égalité du français et de l’anglais au Parlement, au gouvernement du Canada, dans l’administration fédérale et les institutions assujetties à la Loi;
  • le développement et l’épanouissement des communautés de langue officielle en situation minoritaire au Canada;
  • l’égalité de statut du français et de l’anglais dans la société canadienne.

Je suis un agent du Parlement, ce qui signifie que je relève directement du Parlement, non du gouvernement.

Comme vous le savez, la Loi sur les langues officielles ne s’applique qu’aux institutions fédérales; elle ne régit pas les gouvernements provinciaux et territoriaux, ni les administrations municipales. Cependant, certaines provinces et certains territoires ont adopté des lois et des politiques pour protéger, dans leur sphère de compétence, le français, l’anglais ou des langues autochtones. Par exemple, le Nouveau‑Brunswick est la seule province officiellement bilingue, et la Nouvelle‑Écosse et l’Île‑du‑Prince‑Édouard disposent d’une loi sur les services en français.

Deux conditions essentielles assurent la pérennité de la dualité linguistique dans la société canadienne.

  • Premièrement, le français et l’anglais ne sont pas des langues étrangères; ce sont plutôt des langues canadiennes. Nos deux langues officielles appartiennent à tous les Canadiens et à toutes les Canadiennes, sans égard à leurs antécédents linguistiques ou au fait qu’ils soient bilingues ou unilingues.
  • Deuxièmement, la dualité linguistique est une valeur et non un fardeau. Elle doit faire partie intégrante de la fonction publique.

Créer une fonction publique qui reflète un véritable respect pour la dualité linguistique constitue un défi de taille qui requiert des interventions à tous les niveaux de l’appareil fédéral, en commençant par les plus hauts échelons de l’organisation. Je ne crois pas que les leaders du gouvernement se rendent compte de l’ampleur de l’influence, sur leur culture organisationnelle, de leur attitude envers la dualité linguistique.

À titre d’exemple, prenons deux organisations qui exécutent la même activité et qui se trouvent au même endroit, mais qui demeureront anonymes par souci de discrétion. L’une d’elles éprouve des problèmes constants de dualité linguistique, tandis que l’autre n’a aucun problème de cette nature. Elles ont des cultures organisationnelles très différentes. La première étudie la situation et se demande comment régler le problème tout en offrant le meilleur service possible au public. La seconde se penche sur la même situation et cherche comment réduire le problème au minimum tout en contournant les règlements. L’approche est la suivante : la première organisation met en valeur la dualité linguistique; pour l’autre organisation, la dualité est une obligation.

Vous êtes-vous déjà questionné à savoir pourquoi vous faites ce que vous avez choisi? Pourquoi certaines personnes et organisations sont-elles plus innovatrices, plus influentes, plus productives que d’autres? Pourquoi les gens sont-ils loyaux envers certains leaders plutôt que d’autres? Simon Sinek, auteur et professeur à l’Université Columbia de New York, a écrit un essai intitulé Start with Why (Commencez avec le pourquoi). Sa pensée se résume à ceci : « Les gens n’achètent pas ce que vous faites, ils achètent le pourquoi de ce que vous faites. »

Toutes les organisations peuvent décrire ce qu’elles font et certaines sont en mesure d’expliquer de quelle façon elles procèdent, mais très peu d’organisations sont capables d’en préciser la raison. Le pourquoi, ce n’est pas l’argent ou le profit. Ça, ce sont les résultats. C’est différent.

Pourquoi votre organisation existe-t-elle? Pourquoi les gens choisissent-ils de faire affaire avec une entreprise plutôt qu’une autre, de respecter une politique, d’adopter un comportement? La réponse est simple. C’est parce qu’ils y croient. Il en va de même lorsque je parle de dualité linguistique comme valeur plutôt qu’obligation. Tant que cela ne demeurera qu’une obligation, les comportements ne changeront pas. Ce sont les valeurs qui guident nos comportements et notre cheminement.

Commencer par « pourquoi » fonctionne dans les petites et les grandes entreprises, dans les organismes à but non lucratif et en politique. Ceux qui débutent avec « pourquoi » ne manipulent jamais les autres; ils les inspirent. Et ceux qui les suivent ou qui adoptent le message qu’ils véhiculent ne le font pas parce qu’ils y sont obligés. Ils le font parce qu’ils le veulent.

Or, pour être un leader, qu’il s’agisse de leadership organisationnel ou personnel, il faut savoir inspirer. Lorsqu’il est question de dualité linguistique, que ce soit dans l’ensemble du Canada ou à la fonction publique, tant et aussi longtemps que le « pourquoi » sera « parce que c’est la loi, parce qu’il le faut », les comportements ne changeront pas, et la perception des gens non plus. Il faut que la réponse au « pourquoi » soit « parce que j’y crois ».

En qualité de gestionnaires, de champions et de cochampions des langues officielles, vous devez aider les gens qui se joignent à la fonction publique ou qui en gravissent les échelons à influencer, convaincre, faire participer, encourager et donner des moyens d’agir à tous leurs employés francophones et anglophones. Mais, que les postes à doter exigent ou non le bilinguisme, il est impératif que la dualité linguistique demeure au cœur des valeurs de la fonction publique, toutes compétences linguistiques confondues, régions désignées bilingues ou non.

Il y a deux ans, le Commissariat a publié une étude intitulée Au-delà des réunions bilingues : Comportements en leadership des gestionnaires. Cette étude, qui se trouve dans notre site Web, vise à aider les gestionnaires à créer des milieux de travail propices à l’usage des deux langues officielles. Dans toute l’étude, les fonctionnaires indiquent qu’ils ont besoin de leaders qui prêchent par l’exemple. Vous trouverez également sur notre site Web un outil d’autoévaluation qui vous permettra d’évaluer vos propres comportements en leadership dans un milieu de travail bilingue, de voir où se situent vos forces et quels sont les comportements qui restent à adopter. Les changements souhaités au sein d’une organisation se produisent souvent par effet d’enchaînement. Chaque pas dans la bonne direction compte. En qualité de leaders des langues officielles, vous agissez comme des catalyseurs de ces changements.

Les institutions fédérales doivent non seulement composer avec des contraintes budgétaires qui risquent de compromettre leur capacité de se conformer à leurs obligations linguistiques, mais la transformation continue du gouvernement pose de nouveaux défis pour ce qui est de la dualité linguistique du Canada. Les nouveaux outils de l’appareil gouvernemental fédéral – les blogues, les pages Facebook et les comptes Twitter – présentent des défis quant à la façon dont les ministères fédéraux communiquent avec les citoyens tout en respectant leurs obligations linguistiques. Il est possible d’utiliser ces technologies tout en respectant la Loi.

En passant, le Commissariat aux langues officielles est sur Facebook et Twitter. Je vous invite à nous suivre et à vous joindre à la conversation.

Dans mon rapport annuel de 2011-2012, je rappelais que, pour permettre à la dualité linguistique de s’épanouir comme valeur canadienne fondamentale, il faut compter sur le secteur privé, tous les ordres de gouvernement et les établissements postsecondaires. Les institutions fédérales doivent jouer un rôle de leaders et donner l’exemple.

N’oublions pas l’élection du Parti Québécois l’automne dernier. Même s’il s’agit d’un gouvernement minoritaire, son accession au pouvoir a des répercussions déterminantes sur le paysage politique canadien et sur la façon dont les Canadiens et les Canadiennes perçoivent leurs langues officielles. Par conséquent, il est d’autant plus important que les institutions fédérales assument leurs responsabilités en vertu de la Loi sur les langues officielles et qu’elles se préparent à gérer une possible agitation des anglophones qui se demandent pourquoi nous devrions offrir des services en français quand le Québec souhaite resserrer la Charte de la langue française. Nous amorçons une nouvelle période de l’histoire canadienne où les questions linguistiques sont de nature très politique et délicate. Les institutions fédérales doivent en tenir compte et faire preuve d’un leadership exemplaire.

Les gestes que nous posons tiennent leur propre discours.

En tant que champions et championnes des langues officielles, vous devez incarner les valeurs de la fonction publique et les transmettre dans le cadre de votre travail.

Vous contribuez tous à forger une société diversifiée qui favorise la dualité linguistique et l’inclusion sociale au moyen des politiques et des programmes de votre ministère. Sans le leadership de ceux qui y travaillent, la fonction publique et l’ensemble du gouvernement ne réussiront pas à assurer le respect des deux langues officielles au travail.

La dualité linguistique est une question de respect. Les bons leaders sont toujours respectueux.

Merci.

Date de modification :
2018-09-13