Archivé - Notes pour une allocution devant les étudiants du CÉGEP Champlain – St-Lawrence

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Québec, le 12 février 2013
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles 

Seul le texte prononcé fait foi


Début de dialogue

Bonjour.

C’est toujours avec plaisir que je reviens à Québec. Je profite de l’occasion pour remercier M. Jean Robert, votre directeur, de m’avoir invité à venir discuter de la dualité linguistique avec vous. 

Permettez-moi d’abord de me présenter.

J’ai vécu dix ans au Québec – dont trois ans à Montréal et sept ans ici à Québec – et j’y ai séjourné durant des fins de semaine et des congés. La communauté anglophone du Québec est la communauté de langue officielle en situation minoritaire que je connais le mieux; c’est ici que mon intérêt pour les langues s’est développé et approfondi.

J’ai découvert la réalité linguistique du Canada quand j’étais à peine plus jeune que vous. Pendant ma dernière année d’école secondaire, une amie m’avait invité à un concert de Gilles Vigneault à l’Université de Toronto. Ce concert s’est avéré pour moi une grande découverte, et je n’ai jamais cessé de vouloir en apprendre plus sur le français au Canada.

Un an après avoir entendu Gilles Vigneault, j’ai obtenu un emploi d’été à Fort Lennox, sur la rivière Richelieu, tout près de Montréal. J’y faisais des fouilles archéologiques. Ce fut un véritable choc. Je me trouvais dans mon propre pays, mais je ne le connaissais pas. Je ne comprenais pas ce que les autres étudiants disaient. Alors, j’ai beaucoup écouté, et j’ai aussi posé beaucoup de questions. Et, en plus d’apprendre le français, j’ai éprouvé un vif intérêt et une passion pour le Québec qui ne se sont jamais démentis.

Ce sont justement cette curiosité et cette soif de la découverte qui ont été les éléments déclencheurs de ma carrière et qui m’ont amené à travailler dans les deux langues officielles en tant que journaliste. J’ai été journaliste pendant longtemps – à Toronto, à Montréal, à Québec, à Washington, et à Ottawa. La question de la dualité linguistique m’a toujours intéressé, et il y a sept ans, j’ai décidé de quitter le journalisme pour poser ma candidature au poste de commissaire aux langues officielles. 

La Loi sur les langues officielles, en vigueur depuis 1969, a créé mon poste et a défini mes responsabilités. Mon mandat consiste à veiller au respect du statut de langue officielle de l’anglais et du français, et à la conformité des institutions fédérales à la Loi.

Puisque je suis un haut fonctionnaire du Parlement, je rends des comptes non pas à un ministre, mais à deux chambres du Parlement.

J’agis aussi à titre d’ombudsman linguistique. Le Commissariat reçoit un millier de plaintes par année, la plupart provenant de citoyens et de citoyennes qui n’ont pas obtenu de services dans la langue officielle de leur choix. Nous examinons aussi des plaintes qui découlent de l’obligation de soutenir l’épanouissement des communautés de langue officielle. Je fais enquête sur ces plaintes et je recommande des mesures correctives, s’il y a lieu.

À titre de commissaire, je dois promouvoir la dualité linguistique au sein de l’administration fédérale et dans l’ensemble de la société canadienne. C’est un aspect de mon travail qui me tient beaucoup à cœur, et c’est pour cette raison que je suis avec vous aujourd’hui.

Mais d’où est venu le concept de dualité linguistique au Canada, et qu’est-ce que ça veut dire, au juste? On ne saisit que maintenant à quel point le régime linguistique instauré au Canada il y a 40 ans a contribué à préparer le pays à faire face aux défis du XXIe siècle.

On peut dire que notre régime linguistique actuel a été façonné à partir des recommandations de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, dont nous soulignons cette année le 50e anniversaire de sa mise sur pied.

Permettez-moi de vous en faire un bref portrait.

Ayant constaté que les francophones n’occupaient pas la place qui leur revenait au sein du gouvernement fédéral, Lester B. Pearson, premier ministre du Canada de 1963 à 1968, institua en 1963 la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme.

La Commission B.B. recommande notamment que l’anglais et le français soient formellement déclarés langues officielles du Parlement du Canada, ainsi que de l’administration fédérale et des tribunaux fédéraux. L’objectif est de donner aux Canadiens la possibilité de communiquer en français ou en anglais avec leur gouvernement, de leur offrir des chances égales d’accès aux postes de l’administration fédérale, de leur permettre de travailler dans la langue officielle de leur choix et de renforcer la vitalité des communautés de langue officielle.

La vision de la dualité linguistique de la Commission B.B. se fonde sur la notion des deux peuples fondateurs et sur l’égalité de leur statut au sein du pays.

Pendant que se déroulent les travaux de la Commission B.B. la société québécoise vit une profonde transformation. Un puissant mouvement nationaliste entraîne la mise en place d’un gouvernement provincial qui revendique une plus grande autonomie au sein du Canada. Le français et les francophones occupent de plus en plus la place qui leur revient dans la province.

Dans la foulée des recommandations de la Commission B.B. et grâce au leadership du premier ministre Pierre Elliott Trudeau, le Parlement du Canada adopte en juillet 1969 la première Loi sur les langues officielles, qui confère au français et à l’anglais le statut de langues officielles du Canada. La Loi prévoit la création d’un poste de commissaire, que la Commission B.B. définit comme « le protecteur du public canadien et le critique des autorités fédérales en matière de langues officielles ». Je suis le sixième à occuper ce poste.

Le Canada comptait un nombre important de citoyens bilingues au moment où les membres de la Commission ont rédigé leur rapport. Ainsi, en 1961, plus de 2,2 millions de Canadiens, soit environ 12 p. 100 de la population, affirmaient parler les deux langues officielles. Aujourd’hui, selon les chiffres du recensement de 2011, ce nombre s’établit à 5,8 millions, soit 17,4 p. 100 de la population.

Cependant, à l’époque, les communautés de langue maternelle française et anglaise du Canada étaient loin d’être aussi bilingues l’une que l’autre. Ainsi, en 1961, la majorité francophone du Québec et les communautés francophones à l’extérieur du Québec comptaient 70 p. 100 des personnes bilingues du pays, même si elles ne représentaient que 28 p. 100 de la population totale.

À la lumière de ces statistiques, on peut facilement conclure qu’avant l’entrée en vigueur de la Loi sur les langues officielles, la responsabilité du bilinguisme appartenait principalement aux francophones. Même au Québec, ceux-ci devaient souvent maîtriser l’anglais pour gagner leur vie, communiquer avec des commerçants ou traiter avec le gouvernement fédéral.

La situation s’est améliorée et, au fil des ans, la dualité linguistique est devenue une valeur canadienne. De nos jours, le point de contact des deux langues officielles entre le français et l’anglais au Québec n’est plus le même. Il y a cinquante ans, ce contact s’effectuait entre contremaître et gestionnaire. Depuis 10 ans, ce point de contact redescend dans la hiérarchie corporative – pas parce que les patrons refusent de parler français, mais bien parce que les entreprises québécoises prennent de l’expansion : Jean Coutu fait maintenant affaires aux États-Unis, et Rona et Desjardins ont maintenant des succursales dans les provinces canadiennes, à l’extérieur du Québec. Donc, des employés et des gestionnaires qui n’ont pas eu besoin de parler anglais pendant vingt ans font maintenant affaire avec Boston, Toronto et Halifax. C’est-à-dire que la maîtrise de l’autre langue officielle devient de plus en plus importante – mais pour des raisons positives.

De nos jours, il est bénéfique de connaître les deux langues officielles du Canada  , tant sur le plan personnel que professionnel. Être bilingue permet de relever de nombreux défis.

Le nombre de personnes qui travaillent dans le domaine du service à la clientèle, qui génèrent des connaissances scientifiques, qui produisent des analyses ou qui réalisent d’autres tâches exigeant l’utilisation efficace de la langue parlée ou écrite s’est accrue considérablement depuis l’adoption de la Loi sur les langues officielles. Ces phénomènes font en sorte qu’il n’a jamais été aussi important et aussi enrichissant pour les Canadiens de bien maîtriser leur première langue officielle et d’améliorer leur connaissance de leur seconde langue. N’oubliez pas que vous construisez l’avenir de la dualité linguistique au Canada, que vous jouez un rôle très important dans l’avenir du Québec, et que vos valeurs d’aujourd’hui auront une incidence sur le monde de demain. C’est pourquoi la dualité linguistique doit continuer d’occuper une place de choix dans vos valeurs.

Vous savez déjà que le fait d’être en mesure de dialoguer en anglais et en français constitue un avantage indéniable – forcément, puisqu’ici, au Cégep Champlain -  St-Lawrence, le français est la langue maternelle de 83 p. 100 d’entre vous.  La grande majorité d’entre vous avez  choisi d’étudier dans votre langue seconde pour vous donner plus d’atouts, et améliorer vos chances d’être admis dans l’université de votre choix, ou de trouver un emploi stimulant et rémunérateur. Pour ce faire, vous devez continuer à pratiquer vos deux langues officielles, et à bâtir des ponts entre elles.

Les médias sociaux sont une excellent façon de bâtir des ponts entre les communautés linguistiques. Il existe de nombreux réseaux de jeunes, tant du côté anglophone que du côté des communautés de langue officielle hors du Québec. Lire des articles publiés sur le Web et participer à des forums de discussion sont d’excellentes façons de mettre sa langue seconde en pratique et de créer des liens.

Depuis l’époque de la Commission B.B., le monde a beaucoup changé. Les frontières linguistiques sont de plus en plus perméables; on communique électroniquement, instantanément. Il est exigeant de se garder à flot – il ne suffit plus de maîtriser une seule langue  pour gérer toute l’information qui nous provient des quatre coins du monde.

Vous savez, il y a de nombreuses communautés de langue officielle en situation minoritaire à l’extérieur du Québec. Que l’on parle des communautés francophones du Nouveau-Brunswick, de l’Ontario, du Manitoba ou de l’Alberta, le Canada compte des milliers de jeunes, comme vous, qui ont à cœur la dualité linguistique, qui souhaitent la garder vivante et qui ne demandent pas mieux que de créer des liens avec d’autres jeunes de communautés linguistiques.

D’ailleurs, vous serez heureux d’apprendre que les anglophones du Québec sont « In » en 2013, selon un article publié dans le Huffington Post le mois dernier. La grande popularité des chefs culinaires et des artistes anglo-québécois comme David MacMillan, Derek Dammann ou Marc Cohen, et des artistes comme Adam et Leonard Cohen, la famille McGarrigle, Arcade Fire et Sugar Sammy – vous en connaissez sûrement d’autres – fait que les Anglos du Québec sont « cool ».   

La valeur accordée à la connaissance des deux langues officielles continue de croître.  À l’extérieur du Québec, les programmes d’immersion en français sont très populaires, et ici au Québec, une très forte majorité de la population, surtout chez les jeunes, est d’accord pour dire que le bilinguisme est très important. Pour profiter pleinement des avantages du bilinguisme, il faut lui faire une place dans nos vies. En choisissant d’étudier ici, au Cégep Champlain - St-Lawrence – un établissement anglophone dans une région francophone – vous avez déjà démontré votre intérêt à vivre dans les deux langues officielles. Vous devez continuer à le faire.

Votre génération fait face à de grands défis – mais, en même temps, grâce aux technologies de l’information et aux médias sociaux, vous disposez d’outils que vos parents n’avaient pas. Aujourd’hui, la distance et l’éloignement n’existent que dans la pratique. Ces nouvelles technologies vous ouvrent des portes extraordinaires. Vous êtes en mesure d’explorer tant votre culture francophone que la culture anglophone.

Connaître plus d’une langue vous offre non seulement une multitude de possibilités du point de vue de vos études et de vos futures carrières, mais cela vous permet aussi de faire rayonner votre culture de par le monde. La culture québécoise, ça se passe en français et en anglais. Je vous encourage à découvrir ce qui se fait dans les deux langues officielles, ici, à Québec, à la grandeur de la province et partout au Canada! Tissez des liens avec la communauté anglophone locale – on ne peut dissocier une langue de sa culture.

Si vous n’avez pas vu la vidéo, je vous invite à découvrir la chanson « Notre home » de David Hodges – vous pouvez le faire au site web du Notre home. Cet artiste hip-hop québécois a composé une chanson pour « rallier les gens, tout en diminuant le fossé existant entre les différents groupes culturels et linguistiques qui composent le Québec ».  D’ailleurs, il partira bientôt en tournée à la grandeur de la province pour faire connaitre la communauté anglophone du Québec.

Je vous encourage également à continuer d’accorder une place de choix à vos deux langues officielles dans le cadre de vos études universitaires. Ajouter des cordes à votre arc vous rend plus compétitifs, plus compétents et, par conséquent, plus désirables comme candidats aux yeux de vos futurs employeurs, ou en tant qu’entrepreneurs. En connaissant nos deux langues officielles, et même bien d’autres langues, vous aurez un avantage sans pareil sur les autres. De nombreuses universités canadiennes, aux quatre coins du pays, offrent à leurs étudiants la possibilité d’étudier dans leur deuxième langue officielle.

Pour vous aider à trouver des universités qui offrent une formation dans les deux langues officielles, le Commissariat aux langues officielles a lancé une carte interactive du Canada qui présente les divers programmes de langue seconde offerts au pays.

Cet outil, que vous trouverez dans notre site Web, vous présente une foule de renseignements. Je pense par exemple aux programmes de langue seconde ou aux programmes offerts dans les deux langues, aux cours enseignés en langue seconde, au soutien proposé aux étudiants, aux possibilités de réseautage et aux programmes d’échanges qui vous donnent la chance d’étudier dans votre langue seconde. Si vous le consultez, j'espère que vous aurez envie de poursuivre vos études dans les deux langues officielles.

De plus en plus, on remarque qu’au Québec, les jeunes de nos deux communautés linguistiques veulent se détacher de l’idée des « deux solitudes », et veulent être bilingues – partout et tout le temps. Les jeunes Québécois favorisent le bilinguisme et la collaboration; – vous me semblez prêts à faire sauter les barrières linguistiques et socioculturelles qui ont longtemps caractérisé les relations entre Francos et Anglos. Je crois que l’avenir de la dualité linguistique est entre bonnes mains avec la nouvelle génération.

Je vous remercie. J’aimerais maintenant répondre à vos questions et vous entendre parler de votre propre expérience de la dualité linguistique

Date de modification :
2018-09-13