Archivé - Notes pour une allocution à un dîner-causerie avec les membres du Regroupement des gens d’affaires de la Capitale nationale (RGA)

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Ottawa, le 13 décembre 2012
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi


Début de dialogue

Bonjour.

Je vous remercie de m’avoir invité à discuter de la dualité linguistique et de son importance pour les entreprises de la capitale nationale. Je suis ravi et honoré d’être ici pour m’entretenir avec vous. La question de la langue dans les entreprises de notre capitale est un sujet qui me préoccupe beaucoup, et qui a d’ailleurs fait l’objet d’un chapitre dans notre rapport annuel de 2011-2012.

Ottawa est une ville unique en son genre au Canada. Dès sa fondation, ses deux communautés linguistiques fondatrices – francophone et anglophone – ont toujours cohabité et travaillé ensemble. C’est ici que se rencontrent notre gouvernement, notre identité et notre influence internationale.

En choisissant de mener des affaires dans une capitale nationale, on s’associe inévitablement à la symbolique de cette ville. Or, la dualité linguistique est une valeur fondamentale de la société canadienne, que l’on devrait voir dans toutes les facettes de notre capitale – y compris dans les commerces et les entreprises; et ce, même s’ils ne sont pas assujettis à la Loi sur les langues officielles. Je m’explique.

Tout propriétaire d’entreprise devrait être conscient de l’importance de la dualité linguistique. Le français et l’anglais sont des éléments essentiels de l’identité canadienne. Les entreprises de la région ont tout avantage à tirer pleinement profit de l’image de marque de la capitale – Ottawa compte parmi les capitales du G8, elle possède un riche héritage culturel et patrimonial et elle compte de nombreuses institutions et édifices historiques.

Notre dualité linguistique est un atout extraordinaire. Elle attire des populations diversifiées dans nos villes et contribue à créer des communautés inclusives et ouvertes sur le monde. Pour être concurrentielles, les entreprises doivent bien refléter l’identité et la culture de la région.  Selon les chiffres provenant du recensement de 2011 de Statistique Canada, 44,8 % des résidents d'Ottawa-Gatineau parlent les deux langues officielles. Ceux-ci résident majoritairement (63,5 %) du côté québécois.

Dans l'ensemble, 30,4 % des personnes de langue maternelle anglaise de la région sont bilingues, alors que presque 75 % des personnes de langue maternelle française sont bilingues. De plus, 27 % des allophones parlent les deux langues officielles. Les nouvelles entreprises, comme celles qui existent déjà, ont donc tout avantage à inclure la dualité linguistique dans leurs plans d’affaires, afin de tirer profit à la fois d’une main d’œuvre et d’une clientèle diversifiées. En tant que partenaire de l’Initiative Embauche Immigrants, vous devez continuer à favoriser l’intégration et la rétention des immigrants sur le marché du travail, et à le faire en ayant un esprit positif et ouvert.

Au début des années 1970, la Commission sur le bilinguisme et le biculturalisme avait conclu qu’il restait encore beaucoup à faire pour que le français et l’anglais bénéficient à Ottawa d’un « statut d’égalité totale ». Quelque 40 ans plus tard, Ottawa est-elle aujourd’hui une capitale où la dualité linguistique constitue réellement une valeur canadienne fondamentale? Les avis sont partagés sur la question.

Depuis mon arrivée en poste en tant que commissaire, il y a six ans, j’ai pensé que j’avais rendez-vous avec Ottawa, comme capitale fédérale.

Pour tenter d’y répondre, mon bureau a cherché à savoir s’il était possible d’obtenir des services en français dans certains commerces du marché By, du Centre Rideau et de la rue Sparks.

Dans les restaurants, nous avons observé que la plupart du temps, seuls des menus en anglais étaient offerts – en fait, seulement 26 p. 100 des restaurants offraient aussi des menus en français ou des menus bilingues. J’avais raison quand j’ai dit avant l’étude qu’il était plus facile d’obtenir un menu en anglais à Barcelone qu’un menu en français à Ottawa. Bien que la disponibilité de menus dans les deux langues officielles soit faible, il est plus facile d’obtenir des menus en français et en anglais dans les restaurants ayant des baux avec des institutions fédérales, en raison des clauses linguistiques des baux de Travaux publics et Services gouvernementaux Canada et de la Commission de la capitale nationale. Vous aidez déjà les entreprises de la région qui désirent améliorer leurs services dans les deux langues officielles avec votre Programme d’aide aux entreprises – pourquoi ne pas instaurer un service partagé de traduction de menus que le RGA pourrait gérer à recouvrement de coût?

Notre étude a également révélé qu’il était très rare, dans les commerces privés, qu’un employé accueille les clients dans les deux langues officielles. Par contre, environ sept fois sur dix, les clients étaient en mesure d’être tout de même servis en français dans les restaurants et dans les boutiques du marché By, du Centre Rideau et de la rue Sparks.

Pour ce qui est des institutions fédérales qui interagissent avec les visiteurs de la capitale, il était, selon nos observations, relativement facile d’obtenir des services en français à certains endroits dans la capitale du Canada, mais les employés n’utilisaient pas l’offre active en personne – comme « Bonjour! Hello! » ou « Suivant! Next! » pour indiquer au client qu’il peut demander à être servi dans la langue officielle de son choix de façon systématique.

Donner un visage bilingue à Ottawa ne se fera qu’en sensibilisant davantage les entreprises de la capitale à l’importance d’utiliser les deux langues officielles. Être en mesure de servir les clients dans la langue de leur choix est excellent pour les affaires – de nombreux commerçants de la région souhaitent réellement améliorer leurs services en français, mais ne disposent pas de l’expertise et des ressources nécessaires.

C’est ici que votre regroupement joue un rôle clé dans la promotion de la dualité linguistique chez les commerçants d’Ottawa. Je vous encourage à continuer vos efforts à cet effet. Votre appui permet aux gens d’affaires de la région d’obtenir de l’aide en vue de traduire leurs affiches et leurs documents, développer de bons réflexes linguistiques, et trouver du personnel bilingue – par exemple, en agissant à titre d’intermédiaire auprès des bureaux de placement des universités.

Il est important que les institutions fédérales et leurs partenaires continuent d’appuyer les entreprises d’Ottawa afin d’y instaurer des pratiques exemplaires qui favorisent la dualité linguistique. Dans quelques années, Ottawa sera appelée à jouer un rôle clé dans le cadre du 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Il est donc crucial pour le gouvernement du Canada et ses partenaires de continuer à préparer le terrain de sorte que, sur le plan linguistique, la capitale soit vraiment à la hauteur de cet événement marquant. Ottawa a bel et bien la capacité de servir de pont entre les francophones et les anglophones, de réaliser son plein potentiel et ainsi de devenir un véritable symbole canadien – et vous, en tant que gens d’affaires, avez tout à gagner en investissant dans la dualité linguistique. D’ailleurs, le maire d’Ottawa, M. Watson, pourrait vous parler de tout ce qui se fait afin d’améliorer l’offre et la capacité – par exemple, 15 millions de dollars ont été investis dans les systèmes d’annonces des arrêts d’autobus. Tout est maintenant bilingue, mais personne ne le signale ou le remarque. Le maire a fait preuve d’un grand leadership en matière de dualité linguistique depuis son élection.

Le tourisme à Ottawa se diversifie – les visites de touristes américains se font plus rares, peut-être en raison de la montée du dollar canadien. Il serait sûrement profitable d’attirer les gens du Québec en leur garantissant un service en français. Il ne faut pas oublier que Montréal, la deuxième plus grande ville au Canada, est à moins de deux heures en voiture.

La meilleure façon de promouvoir la dualité linguistique à long terme au sein de l’économie, c’est par le biais de la main-d’œuvre. Les compétences linguistiques de la main-d’œuvre canadienne sont un atout déterminant pour l’économie – et vous avez la chance de bénéficier d’une main-d’œuvre hautement bilingue ici, à Ottawa.

Grâce à ces compétences, vous êtes en mesure d’établir de solides relations économiques avec des partenaires nationaux et internationaux.

C’est pourquoi il est important de soutenir non seulement le talent d’entrepreneur mais aussi la dualité linguistique : la vigueur de l’économie locale et nationale en dépend.

Et maintenant j’aimerais vous entendre.

Date de modification :
2018-09-13