Archivé - Notes pour une comparution devant le Comité permanent des langues officielles de la Chambre des communes – Célébration du 150e anniversaire de la Confédération en 2017

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Ottawa, le 4 décembre 2012
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

 

Début de dialogue

Monsieur le président, Mesdames et Messieurs, et honorables membres du Comité permanent des langues officielles,

C’est avec plaisir que je viens vous parler des préparatifs en vue des célébrations du 150e anniversaire de la Confédération en 2017.

Je suis accompagné aujourd’hui de madame Ghislaine Charlebois, commissaire adjointe, Assurance de la conformité, de monsieur Sylvain Giguère, commissaire adjoint, Politiques et Communications, et de madame Johane Tremblay, avocate générale.

Tout d’abord, je tiens à mentionner que l’engagement du Canada envers les deux langues officielles est solidement enraciné dans notre histoire. Les célébrations anniversaires contribuent grandement à renforcer notre identité collective en tant que Canadiens. Chacun de ces anniversaires est une occasion d’expliquer nos histoires nationales à tous les Canadiens, qu’ils aient fréquenté l’école au Canada ou non.

L’histoire des relations entre francophones et anglophones au Canada depuis la Confédération est complexe. En fait, il existe deux façons de voir les choses. Cette histoire comprend un volet moins reluisant – qui raconte la pendaison de Louis Riel, la crise des écoles au Manitoba, le Règlement 17, et les deux crises de la conscription – et un volet plus positif, qui comprend des actions et des gestes de conciliation et de collaboration, dont on ne parle pas assez.

La dualité linguistique est une grande part de l’histoire du Canada et de son identité, et elle doit faire partie intégrante de toutes les célébrations nationales. Il est des plus intéressant de rappeler que les Pères de la Confédération et ceux qui les ont inspirés considéraient la question de la langue comme l’un des principes fondamentaux du respect.

C’est dans les années 1840 qu’ont été amorcées, conjointement par Robert Baldwin et Louis-Hippolyte Lafontaine, les premières étapes clés vers une démocratie canadienne. Comme l’a écrit John Ralston Saul, il s’agissait du premier acte stratégique dans la création du pays : les réformateurs francophones et anglophones avaient soudain compris qu’ils devaient travailler de concertNote de bas de page 1

Cette réalisation est tissée à même le tissu de notre histoire depuis ce temps, et devrait se retrouver dans tous les aspects des célébrations du 150e anniversaire de la Confédération.

On se rappelle Lord Durham – mais on oublie le fait que, pas plus que dix ans plus tard, son successeur Lord Elgin a lu le discours du trône en anglais et en français, ainsi consacrant le retour du français comme langue officielle du Parlement. La dernière soirée des débats qui ont précédé la Confédération, le 10 mars 1865, John A. Macdonald, en réponse à une question sur le statut du français dans l’État politique en voie d’élaboration, souhaitait que « l’usage de la langue française formât l’un des principes sur lesquels serait basée la confédération »Note de bas de page 2 [traduction]. George-Étienne Cartier s’est immédiatement levé pour ajouter qu’il était également nécessaire de protéger le droit des minorités anglophones du Bas-Canada à utiliser leur langueNote de bas de page 3.

Wilfrid Laurier a travaillé pour réconcilier francophones et anglophones du Canada. William Lyon Mackenzie King, engagé à maintenir l’unité canadienne, a réussi à empêcher à ce que les tensions entre les deux groupes déchirent le pays. John Diefenbaker a instauré l'interprétation simultanée au Parlement. Lester Pearson a présenté les principes du bilinguisme officiel, et Pierre Trudeau les a transformés en lois. Le chef conservateur Robert Stanfield a aussi joué un rôle en s’assurant que la dualité linguistique devienne une valeur qui transcende les débats partisans, et Brian Mulroney a réécrit et renforcé la Loi sur les langues officielles en 1988.

Ces histoires méritent d’être racontées et comprises. Une façon de les relater est de les présenter dans le nouveau musée canadien de l’Histoire.

L’historien H.V. Nelles, dans son livre The Art of Nation-Building qui porte sur le 300e anniversaire de la fondation de Québec, l’a clairement établi : comment nous célébrons en dit long sur qui nous sommes. L’historien Matthew Hayday a aussi tiré la même conclusion dans le cadre de ses travaux sur les célébrations du Jour du Canada, et va un peu plus loin en déclarant que « les éléments tels que la langue, les drapeaux affichés, et le recours des médias au “nous” rhétorique renforcent et naturalise les sentiments de nationalisme de façon continue Note de bas de page 4» [traduction].

Au moment où le gouvernement fédéral se prépare en vue des célébrations du 150e anniversaire du Canada, il faut veiller à ce que les deux langues officielles soient visibles et audibles dans l’espace public, et ce, de diverses façons.

Comme je vous l’ai mentionné lorsque j’ai présenté mon rapport annuel il y a quelques semaines, la dualité linguistique du Canada passe trop souvent incognito. Lorsque tout fonctionne bien, les services bilingues font partie de la vie quotidienne et passent inaperçus. Laissez-moi vous donner deux exemples. Les Jeux olympiques de Vancouver ont été un succès sur le terrain; la cérémonie d’ouverture, elle, a été un échec. Personne ne se souvient du succès sur place. Par contre, tout le monde se souvient du tollé qu’a provoqué l’absence de français à la cérémonie d’ouverture. Comme deuxième exemple, je pense aux funérailles d’État de Jack Layton. La cérémonie a été un grand succès sur le plan de la dualité linguistique, mais personne n’en a fait mention.

J’aimerais vous dire quelques mots au sujet du Centenaire du Canada. Le point culminant des célébrations de 1967 était Expo 67, qui s’est déroulée à Montréal au même moment où la Commission sur le bilinguisme et le biculturalisme rédigeait son rapport. Je suis convaincu que l’Expo a préparé le terrain « psychologique » en vue de l’acceptation générale du bilinguisme officiel et de la Loi sur les langues officielles. Pour plus de 50 millions de visiteurs canadiens et étrangers, visiter Expo 67 signifiait faire partie d’un espace public où les deux langues officielles étaient visibles et audibles de façon équitable. Il s’agissait d’une première en matière d’environnement qui respecte les deux langues officielles. Dans le cadre de la cérémonie d’ouverture d’Expo 67 à Montréal, Lester Pearson a déclaré: « L’existence de notre propre pays a toujours reposé sur la réussite de l’unification des besoins de l’humanité au sein de la diversité de nos passés linguistiques, culturels et sociauxNote de bas de page 5. »

Expo 67 était l’un des rares événements qui ont braqué les feux sur l’existence de la communauté francophone du Canada. Cet événement visait à montrer au monde entier, mais aussi au reste du Canada, que le français faisait partie intégrante de la société canadienne. Cinquante ans plus tard, nous devons le refaire.

Un autre monument qui a été érigé à cette époque afin de célébrer le centenaire du pays et de témoigner de la dualité linguistique du Canada était le Centre national des Arts, à Ottawa. Comme le mentionne le site Web du CNA, « Cet organisme a pour mission de produire et de présenter de la musique, de l’opéra, du théâtre et de la danse, mais c’est également un établissement bilingue destiné à refléter la dualité linguistique canadienne – le premier et toujours le seul centre des arts de la scène au monde à se voir remettre un mandat aussi complexeNote de bas de page 6. »

L’un des éléments communs de ces initiatives était la promotion de l’anglais et du français en tant que langues officielles – la dualité linguistique du Canada – deux ans avant le vote sur la Loi sur les langues officielles. Comment pouvons-nous veiller à ce que les valeurs de base de notre nation soient représentées dans le cadre des célébrations de 2017?

Ainsi, le fait d’encourager plus de jeunes Canadiens à faire l’expérience de l’autre langue officielle constitue une excellente façon de préparer le pays à célébrer son héritage commun.

Dans mon rapport 2011-2012, je formule deux recommandations en vue de favoriser l’apprentissage d’une langue seconde afin d’accroitre le nombre de Canadiens et de Canadiennes qui parlent nos deux langues officielles.

  • Je recommande au premier ministre d’investir davantage dans les programmes d’échanges linguistiques, et de prendre les mesures qui s’imposent pour doubler le nombre de jeunes Canadiens qui participent chaque année à des échanges linguistiques.
     
  • Je recommande également au ministre du Patrimoine canadien et des Langues officielles de collaborer avec les gouvernements provinciaux et territoriaux, ainsi qu’avec les établissements d’enseignement postsecondaire pour augmenter le nombre de programmes qui offrent aux étudiants la possibilité de suivre certains cours dans leur seconde langue officielle.

Les célébrations du 150e anniversaire de la Confédération sont l’occasion idéale de mettre ces recommandations en œuvre.

Les nouveaux médias étaient évidemment absents lors des célébrations du centenaire en 1967 et du 125e en 1992. Ces plateformes sont un excellent moyen d’afficher la diversité canadienne et de susciter la conversation dans les deux langues officielles.

C’est aussi l’occasion d’établir un lien entre le discours global du 150e et les célébrations locales tout en mettant en valeur l’histoire et l’héritage des communautés de langue officielle partout au pays.

Cependant, refléter la dualité linguistique ne se fait pas par magie. Cela demande de planifier suffisamment à l’avance, de développer un réflexe de tous les instants et d’en faire la promotion, sans quoi on risque que cela passe inaperçu.

C’est vrai autant pour l’univers virtuel que pour le service au public en personne.

Bien que des ressources bilingues considérables soient mises à la disposition des visiteurs de la capitale du Canada, elles sont souvent invisibles. Le public a le droit d’obtenir des services de qualité équivalente du gouvernement fédéral dans la langue officielle de leur choix.

Les célébrations de 2017 seront une occasion d’encourager les Canadiens à voyager au Canada, et des efforts particuliers devraient être faits pour veiller à ce qu’ils soient accueillis dans les deux langues officielles.

Les institutions ou les bureaux qui offrent des services au public voyageur doivent faire plus d’efforts afin de respecter les droits linguistiques du public qu’ils desservent – et continuer de le faire lorsque les touristes seront de retour chez eux.

Les Canadiens doivent mieux comprendre les communautés de langue officielle du pays, y compris leur culture et leurs institutions. Ainsi, ils doivent être exposés davantage à la dualité linguistique et aux valeurs qu’elle véhicule. Pour cette raison, il est très important de veiller à ce que le contenu des célébrations reflète l’histoire commune des francophones et des anglophones du Canada.

 Afin d’aider les organisateurs d’événements de grande envergure à respecter les langues officielles, mon bureau a publié le document intitulé L’organisation d’un événement sportif d’envergure au Canada : Guide pratique pour mettre en valeur les langues officiellesNote de bas de page 7. Ce guide a été conçu pour les organisateurs d’événements sportifs, culturels et artistiques d’envergure nationale et internationale qui se déroulent au Canada ainsi que pour les institutions fédérales qui participent à leur mise sur pied.

Le but de ce guide n’est pas de remplacer l’expertise du comité organisateur ou des institutions fédérales concernées, mais plutôt de leur rappeler de tenir compte des langues officielles et des obligations linguistiques, et ce, aux toutes premières étapes de la planification. Mon personnel et moi-même y avons recours afin de collaborer avec le comité organisateur des Jeux panaméricains de 2015 et les Jeux du Canada qui auront lieu à Sherbrooke l’été prochain. Nous continuerons d’encourager les organisateurs d’événements d’envergure qui se déroulent au Canada d’intégrer la dualité linguistique à leurs activités.

J’espère que le 150e anniversaire de notre constitution aura un succès retentissant, et que tant les générations actuelles que les générations futures se rappelleront ces célébrations comme étant représentatives autant des anglophones que des francophones.

Merci.

Notes de bas de page

Note de bas de page 1

John Ralston Saul, Reflections of a Siamese Twin: Canada at the End of the Twentieth Century, Toronto, Viking, 1997; p. 175.

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Note de bas de page 2

Richard Gwyn, John A.: The Man Who Made Us, The Life and Times of John A. Macdonald, Volume One: 1815–1867, Toronto, Random House Canada, 2007, p. 323.

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Note de bas de page 3

Parliamentary Debates on the Subject of the Confederation of the British North American Provinces, 3rd session, 8th Provincial Parliament of Canada, Quebec, Hunter, Rose & Co, 1865, pp. 944–945.

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Note de bas de page 4

Matthew HAYDAY, Fireworks, Folk-dancing, and Fostering a National Identity: The Politics of Canada Day, The Canadian Historical Review, Volume 91, Numéro 2, juin 2010, pp. 287-314 (Article) Publié par University of Toronto Press

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Note de bas de page 5

Traduction de : Pearson, Lester B. Notes for the Prime Minister's remarks at the opening of Expo 67 in Montreal. Ottawa: Office of the Prime Minister, 1967. 3 p. http://www.collectionscanada.gc.ca/premiersministres/h4-4029-f.html  

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Note de bas de page 6

http://nac-cna.ca/fr/about 

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Note de bas de page 7

http://www.ocol-clo.gc.ca/html/guide_032011_f.php

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Date de modification :
2020-09-18