Archivé - Notes pour une allocution dans le cadre du Forum sur les bonnes pratiques en matière de langues officielles

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Gatineau, le 29 novembre 2012
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi


Début de dialogue

Mesdames, Messieurs, bonjour,

En premier lieu, je tiens à remercier Daphne Meredith et Daniel Jean de m’avoir invité. Je suis enchanté d’être présent au Forum sur les bonnes pratiques en matière de langues officielles.

Nous reconnaissons tous que la fonction publique connaît une période difficile et que de nombreuses institutions font face à une transformation. Je sais qu’il sera ardu d’assurer la même norme en disposant de ressources moindres et de moins de gens. Nous devons donc nous montrer particulièrement vigilants.

En tant que fonctionnaires, vous devez incarner les valeurs de la fonction publique et les transmettre dans le cadre de votre travail. La dualité linguistique et la diversité culturelle sont des valeurs et des symboles importants de la société canadienne et, ainsi, elles doivent être intrinsèques aux pratiques exemplaires de la fonction publique.

Mais en quoi consiste la dualité linguistique au juste? Ce terme met en valeur les notions de partage et de dialogue entre les Canadiens qui emploient le français dans le cadre de leur participation à la vie publique du pays et ceux qui parlent anglais. Il s’agit des fondements de notre constitution. Ce sont des valeurs qui doivent aiguiller votre travail en tant que fonctionnaires, et le développement de vos compétences.

En fait, en tant que fonctionnaires, vous jouez un rôle crucial dans ce qui sera la réussite ou l’échec de la Loi sur les langues officielles. Le « pourquoi » vous respectez la langue de travail – c’est‑à‑dire en tant que valeur et non en tant qu’obligation – aura des répercussions notables sur le développement de votre carrière à la fonction publique.

Depuis le début de mon mandat en 2006, je m’efforce avant tout d’indiquer que la dualité linguistique est une véritable valeur canadienne et non une simple obligation administrative. Je souhaitais que cet aspect se manifeste concrètement dans l’ensemble de la capitale nationale.

Dans le rapport annuel de 2011‑2012, je présente les conclusions des observations du Commissariat sur la façon dont sont accueillis les visiteurs francophones et anglophones dans la région de la capitale nationale. Je décris en outre les mesures que les entreprises ont exécutées pour favoriser la dualité linguistique. Ces observations se sont avérées davantage positives que négatives et j’espère qu’elles sont plus révélatrices que ce qu’avaient prévu bien des gens.

Le bilinguisme des commerces des zones touristiques d’Ottawa est un secret bien gardé de la capitale. Peu d’employés des commerces utilisent l’accueil bilingue – « Bonjour! Hello! » – pour indiquer à leur clientèle qu’ils sont fiers de les servir dans les deux langues officielles. Les employés des institutions fédérales, pour lesquelles il s’agit d’une obligation légale, réussissent mieux.

Le gouvernement fédéral n’est pas le seul à vouloir offrir des services dans les deux langues officielles. De concert avec les gouvernements provinciaux, territoriaux et municipaux, les entreprises privées sont très conscientes des avantages de communiquer avec les Canadiens dans deux ou plusieurs langues.

Même si elles ne sont pas sujettes à la Loi sur les langues officielles, les entreprises qui font des affaires au Canada gagnent à mener leurs activités efficacement dans les deux langues et sont plus concurrentielles lorsqu’elles utilisent le français et l’anglais dans leurs approches auprès des clients. C’est pourquoi il importe que le gouvernement du Canada continue de soutenir la prise en compte de la dualité linguistique par les entreprises canadiennes et par les entreprises étrangères établies au pays.

Afin de présenter la dualité linguistique à titre de valeur fondamentale, les leaders de la fonction publique doivent favoriser le respect envers cette dualité, autrement dit le respect envers les citoyens et les collègues de travail des deux communautés de langue officielle. Créer une fonction publique qui reflète un véritable respect pour la dualité linguistique constitue un défi de taille qui requiert des interventions à tous les niveaux de l’appareil fédéral, en commençant par les plus hauts échelons de l’organisation. Je ne crois pas que les leaders du gouvernement se rendent compte de l’ampleur de l’influence, sur leur culture organisationnelle, de leur attitude envers la dualité linguistique. À titre d’exemple, on peut songer à deux organisations qui exécutent la même activité et qui se trouvent au même endroit, mais qui demeureront inconnues. L’une d’elles a des problèmes constants de dualité linguistique, tandis que l’autre n’a connu aucun problème de cette nature. Elles ont des cultures organisationnelles très différentes. L’une d’elles étudie la situation et se demande comment régler le problème tout en offrant le meilleur service possible au public. L’autre organisation se penche sur la même situation et se demande comment réduire le problème au minimum tout en contournant les règlements. L’approche est la suivante : la première organisation met en valeur la dualité linguistique; pour l’autre organisation, la dualité est une obligation.

Vous êtes‑vous déjà demandé pourquoi vous faites ce que vous faites? Pourquoi certaines personnes et organisations sont-elles plus innovatrices, plus influentes, plus profitables que d’autres? Pourquoi les gens sont‑ils loyaux envers certains leaders plutôt qu’envers d’autres? Simon Sinek, auteur et professeur à l’Université Columbia de New York, a écrit un essai intitulé, « Commencez avec pourquoi » (“Start with Why”). Sa pensée se résume à « Les gens n’achètent pas ce que vous faites, ils achètent pourquoi vous le faites. »

Toutes les organisations peuvent décrire ce qu’elles font et certaines peuvent expliquer de quelle façon elles procèdent, mais très peu d’organisations peuvent préciser la raison à cet égard. Le pourquoi, ce n’est pas l’argent ou le profit – ça, ce sont les résultats. C’est différent.

Pourquoi votre organisation existe‑t‑elle? Pourquoi les gens choisissent-ils de faire affaire avec une entreprise plutôt qu’une autre, de respecter une politique, d’adopter un comportement? C’est bien simple – c’est parce qu’ils y croient. C’est la même chose lorsque je parle de dualité linguistique en tant que valeur plutôt qu’en tant qu’obligation. Tant que cela ne sera qu’une obligation, les comportements ne changeront pas. Ce sont les valeurs qui guident nos comportements et notre cheminement.

Commencer par « pourquoi » fonctionne dans les petites et les grandes entreprises, dans les organismes à but non lucratif et aussi en politique – ceux qui débutent avec « pourquoi » ne manipulent jamais; ils inspirent. Et ceux qui les suivent ou qui adoptent le message qu’ils véhiculent ne le font pas parce qu’ils y sont obligés; ils le font parce qu’ils le veulent bien!

Or, pour être un leader – qu’il s’agisse de leadership organisationnel ou personnel – il faut savoir inspirer. Lorsqu’il est question de dualité linguistique, que ce soit dans l’ensemble du Canada ou à la fonction publique, tant et aussi longtemps que le « pourquoi » sera « parce que c’est la loi, parce qu’il le faut », les comportements ne changeront pas, et la perception des gens non plus. Il faut que la réponse au « pourquoi » soit « parce que j’y crois ».

En qualité de gestionnaires et de champions et cochampions des langues officielles, vous devez aider les gens qui se joignent à la fonction publique ou qui gravissent les échelons à influencer, convaincre, faire participer, encourager et donner des moyens d’agir à tous vos employés, francophones et anglophones. Mais que les postes à doter exigent ou non d’être bilingue, il est impératif que la dualité linguistique demeure au cœur des valeurs de la fonction publique, toutes compétences linguistiques confondues, régions désignées bilingues ou non.

Il y a deux ans, le Commissariat a publié une étude intitulée Au‑delà des réunions bilingues : Comportements en leadership des gestionnaires. Cette étude, qui se trouve dans notre site Web, vise à aider les gestionnaires à créer des milieux de travail propices à l’utilisation des deux langues officielles. Dans toute l’étude, les fonctionnaires ont indiqué qu’ils ont besoin de leaders qui prêchent par l’exemple. Vous trouverez également sur notre site Web un outil d’autoévaluation qui vous permettra d’évaluer vos propres comportements en leadership dans un milieu de travail bilingue, de voir où se situent vos forces et quels sont les comportements qui restent à adopter. Les changements souhaités au sein d’une organisation se produisent souvent par effet d’enchaînement. Chaque pas dans la bonne direction compte. En qualité de leaders des langues officielles, vous agissez comme des catalyseurs de ces changements.

Nous ne pouvons pas oublier l’élection du Parti Québécois au Québec il y a deux mois. Même s’il s’agit d’un gouvernement minoritaire, son accession au pouvoir a des répercussions importantes sur le paysage politique canadien et sur la façon dont les Canadiens perçoivent leurs langues officielles. Plus que jamais auparavant, l’échec est apparent. On doit expliquer de nouveau les politiques fédérales sur les langues officielles, car le Québec prévoit resserrer la Charte de la langue française. Nous amorçons une autre période de l’histoire canadienne où les questions linguistiques sont de nature très politique et délicate. Les institutions fédérales doivent en tenir compte et faire preuve d’un leadership exemplaire.

Les institutions fédérales doivent non seulement composer avec des contraintes budgétaires qui peuvent compromettre leur capacité de respecter leurs obligations linguistiques, mais la transformation continue du gouvernement pose de nouveaux défis à la dualité linguistique du Canada. Les nouveaux outils de l’appareil gouvernemental fédéral – les blogues, les pages Facebook et les comptes Twitter – présentent des défis quant à la façon dont les ministères fédéraux communiquent avec les citoyens tout en respectant leurs obligations linguistiques. Il est possible d’utiliser ces technologies tout en respectant la Loi.

En passant, le Commissariat aux langues officielles est sur Facebook et Twitter – et je vous invite à nous suivre et à vous joindre à la conversation. En outre, le Commissariat peut mieux cerner les problèmes avec lesquels doivent composer les institutions fédérales lorsqu’elles emploient ces voies pour communiquer avec les Canadiens dans les deux langues.

La dualité linguistique doit demeurer bien présente, malgré cette période de réductions budgétaires et de modifications de programmes. La collaboration est un élément essentiel qui nous permet de cerner les défis à surmonter et les obligations à respecter. Demandez‑vous comment vos décisions peuvent toucher la mise en œuvre de la Loi sur les langues officielles.

Il est extrêmement important que le gouvernement fasse preuve de leadership lorsqu’il s’agit de protéger les acquis linguistiques, surtout si on déclare qu’il s’agit d’une valeur intrinsèque du Canada. Les gestes que nous posons tiennent leur propre discours. La fonction publique n’est pas nécessairement à la recherche de ces légendaires personnes parfaitement bilingues originaires de Montréal ou de Timmins. Les gestionnaires qui font face à des défis avec leur langue seconde peuvent particulièrement être de bons exemples pour démontrer que cela n’est pas facile, mais qu’il n’y a pas de mal à faire des erreurs et d’essayer. Donc, ceux‑ci sont, en quelque sorte, encore plus inspirants.

Ceci m’amène à la formation linguistique. Nous avons déjà observé un changement radical quant à la méthode de formation linguistique. En vertu de la méthode précédente, les employés pouvaient fréquenter une école de langue dirigée par le gouvernement et dont le personnel était composé de fonctionnaires, sans coût pour le ministère en question, peu importe la durée de la formation. Cette méthode n’existe plus, ce qui n’est peut‑être pas une mauvaise chose, car elle n’était pas durable. Nous disposons aujourd’hui d’une méthode en vertu de laquelle chaque ministère est responsable de la formation linguistique et les gestionnaires doivent veiller à ce que la formation linguistique fasse partie du plan d’apprentissage de chaque employé. Dans le contexte actuel où prévaut une réduction budgétaire, il est particulièrement important, pour les ministères et les gestionnaires, de s’assurer que la formation linguistique et le maintien des connaissances linguistiques soient toujours présents dans le plan d’apprentissage de chaque employé, sinon on serait à coup sûr tenté de reléguer au second plan la formation linguistique, pour une durée indéterminée. Les employés devront également se montrer davantage proactifs et responsables de leur apprentissage linguistique et les leaders et gestionnaires des ministères devront faire en sorte de favoriser l’emploi des deux langues officielles.

Certains gestionnaires souhaitent faire preuve d’une attitude convenable lorsqu’ils autorisent un employé à suivre une formation linguistique. Si un employé manifeste le désir de progresser dans sa carrière et d’occuper un poste de gestionnaire, qui exige un niveau de langue seconde B ou C, les gestionnaires concernés demandent à l’employé en question la raison de cette demande. N’oubliez pas que les gens n’accordent pas d’importance à ce que vous faites, mais plutôt à la raison pour laquelle vous le faites. Si la réponse est du genre « parce que je n’ai pas d’autre choix si je veux devenir gestionnaire », au lieu de « parce que la dualité linguistique est une valeur fondamentale de la fonction publique et les capacités linguistiques sont des compétences de leader », le gestionnaire rappelle avec bienveillance à l’employé que la dualité linguistique est une valeur fondamentale de la fonction publique, et donc de son ministère, et qu’il doit saisir ce point s’il veut devenir un leader au sein du gouvernement canadien.

Les gestionnaires futurs qui n’estiment pas que la dualité linguistique est une valeur et qui ne sont pas disposés à diriger par l’exemple ne peuvent pas s’acquitter de fonctions de direction dans le gouvernement fédéral. À titre de cadres, ils doivent veiller à être prêts à occuper des postes de leaders qui incarnent la dualité linguistique, car celle-ci constitue une valeur fondamentale de la fonction publique, plutôt que d’envisager cette dualité comme un fardeau ou une tâche à exécuter qui fait partie d’une longue liste d’éléments. Il s’agit d’une excellente méthode, pour les ministères, de diriger par l’exemple et de rétablir une vision globale et des pratiques exemplaires en matière de dualité linguistique : ces pratiques exemplaires auront une incidence considérable et positive sur le renouvellement de la fonction publique, l’ancien type de leadership au ministère et une nouvelle attitude globale envers la formation linguistique dans la fonction publique pour des années à venir.

Il serait important que la fonction publique mette des pratiques exemplaires en place pour aider les fonctionnaires à conserver leurs acquis en langue seconde. Ce serait peut-être une bonne idée de faire appel à la créativité des gestionnaires. Parfois, cela relève uniquement du bon sens. Lors d’une discussion qui faisait suite à une réunion à Québec, des fonctionnaires ont remarqué que durant les réunions bilingues, les gens qui prenaient des notes afin de rédiger le procès‑verbal étaient unilingues et, ainsi, ils ne pouvaient pas noter les commentaires dans les deux langues. On risque ainsi d’en arriver à la situation suivante : les commentaires d’une communauté linguistique ne figurent pas dans la traduction et ne se retrouvent pas dans le procès-verbal. Les gestionnaires doivent tenir compte de ce point lorsqu’ils organisent des réunions bilingues et ils doivent veiller à ce que les secrétaires du procès‑verbal soient bilingues et que les procès‑verbaux soient traduits dans les deux langues. Il s’agit d’une pratique exemplaire peu coûteuse que les gestionnaires peuvent aisément mettre en place. En outre, les gestionnaires ne doivent pas hésiter à dépasser le cadre de leurs responsabilités linguistiques et fournir des documents dans les deux langues, dans la mesure du possible, même si la loi ne l’exige pas.

Une autre pratique exemplaire en matière de dualité linguistique que certains ministères ont mis en place consiste à prévoir une séance hebdomadaire de déjeuner-conférence en français pour les employés. L’objectif est de discuter en français de sujets qui ne touchent pas le milieu de travail pour mettre en pratique ce qui a été acquis en formation linguistique, ou tout simplement afin de tisser des liens entre collègues qui autrement ne parleraient pas en français ensemble. C’est aussi l’occasion pour les employés de faire preuve d’engagement et de leadership en matière de langues officielles à la fonction publique.

Trouvez la réponse au « pourquoi » vous faites ce que vous faites, et réfléchissez bien à la différence entre « obligation » et « valeur ». La réussite de la politique linguistique au sein de votre ministère et votre cheminement de carrière dépend de votre comportement et des messages que vous véhiculez. Soyez proactifs; c’est une question de respect. Et les bons leaders sont toujours respectueux.

Merci. Je voudrais maintenant répondre à vos questions et vous entendre parler de votre propre expérience de la dualité linguistique.

Date de modification :
2018-09-13