Archivé - Notes pour une allocution lors de la réunion trimestrielle du Conseil fédéral de l’Ontario

Cette page a été archivée dans le Web.

L’information dont il est indiqué qu’elle est archivée est fournie à des fins de référence, de recherche ou de tenue de documents. Elle n’est pas assujettie aux normes Web du gouvernement du Canada et elle n’a pas été modifiée ou mise à jour depuis son archivage. Pour obtenir cette information dans un autre format, veuillez communiquer avec nous.

Toronto, le 26 novembre 2012
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi


Début de dialogue

Mesdames, Messieurs, bonjour,

J’aimerais d’abord remercier Bruce Archibald et Monika Deeg Damato de m’avoir invité. Il s’agit de ma première visite au Conseil, mais j’ai déjà rencontré certains d’entre vous au cours d’occasions précédentes. C’est avec plaisir que je viens vous visiter à Toronto et discuter avec vous.

Aujourd'hui, j’aimerais présenter les points saillants de mon rapport annuel, faire état des bonnes pratiques pour vous aider à offrir des services de qualité dans les deux langues officielles et faciliter le réseautage, et ce, dans le but de soutenir le développement de la communauté francophone de l’Ontario.

Même si la Loi sur les langues officielles en est à sa cinquième décennie, la dualité linguistique du Canada passe trop souvent incognito. Lorsque tout fonctionne bien, les services bilingues font partie de la vie quotidienne et passent inaperçus. C’est leur absence qui attire l’attention. L’échec saute aux yeux, la réussite est invisible.

Souvent, en tant que commissaire aux langues officielles, je souligne des échecs; cette année, dans mon rapport annuel, je valorise les succès. J’y propose certaines recommandations, en particulier sur les actions à prendre maintenant pour préparer le 150e anniversaire du Canada en 2017. Je présente également les conclusions de nos observations relatives à l’accueil réservé aux visiteurs francophones et anglophones dans la région de la capitale nationale, je présente quelques moyens adoptés par certaines entreprises pour promouvoir la dualité linguistique et j’examine les résultats de quelques enquêtes importantes menées par mon bureau.

À ce jour, certains croient encore que l’objectif ultime de la politique linguistique du Canada est de rendre tous les citoyens bilingues. Au contraire, l’objectif fondamental de cette politique est de faire en sorte que les gens n’aient pas à apprendre l’autre langue pour communiquer avec le gouvernement. Elle existe afin que les citoyens ordinaires n’aient pas besoin d’être bilingues pour traiter avec le gouvernement. Il y a 4 millions de francophones unilingues dans ce pays et, lorsqu’il s’agit d’obtenir des services du gouvernement fédéral, ils ont les mêmes droits que les quelque 23 millions d’anglophones unilingues. Il est important de s’en souvenir.

Il n’y a que quelques motifs justifiant que les fonctionnaires soient tenus de parler français. L’un d’eux, c’est de pouvoir servir le public dans un certain nombre de bureaux désignés bilingues, là où le nombre le justifie. À un niveau hiérarchique plus élevé, il est important que les fonctionnaires soient en mesure d’informer les ministres dans la langue de leur choix. Les services linguistiques comportent deux éléments fondamentaux : ce dont vous avez besoin si vous vivez dans une communauté minoritaire et le droit, en tant que Canadien, de voyager dans les diverses régions du pays et d’obtenir des services. Il y a des milliers de Québécois qui voyagent. C’est pourquoi il est tellement important que notre industrie touristique soit capable d’accueillir les Canadiens francophones dans tout le pays.

Pour mon rapport annuel, j’ai décidé de vérifier par moi‑même dans quelle mesure notre capitale nationale est bilingue. Nos observations à Ottawa ont démontré que, malgré les ressources bilingues considérables mises à la disposition des visiteurs de la capitale du Canada, elles sont souvent invisibles. Peu d’employés de ces entreprises utilisent la formule « Bonjour, Hello! » pour indiquer à leur clientèle qu’ils sont fiers de les servir dans les deux langues officielles. Les employés des institutions fédérales, pour lesquelles il s’agit d’une obligation légale, réussissent mieux.

Si les gouvernements des provinces, des territoires et de certaines municipalités trouvent avantageux de communiquer avec les citoyens dans deux ou plusieurs langues, les entreprises privées aussi. Même si elles ne sont pas assujetties à la Loi sur les langues officielles, les entreprises qui font des affaires au Canada gagnent à mener leurs activités efficacement dans les deux langues et sont plus concurrentielles lorsqu’elles utilisent le français et l’anglais dans leurs approches auprès des clients. Ainsi, dans mon rapport annuel, je recommande au ministre de l’Industrie de créer un mécanisme d’appui pour inciter les entreprises canadiennes à développer leur capacité de fonctionner et d’offrir des services dans les deux langues officielles.

Depuis l’adoption de la Loi sur les langues officielles, le gouvernement du Canada fait la promotion de l’apprentissage du français ou de l’anglais langues secondes au moyen de différentes initiatives, dont certaines dans le domaine de l’éducation aux niveaux préuniversitaires. Cependant, la proportion de Canadiens bilingues demeure faible et, dans certaines régions, les programmes d’éducation offerts dans la seconde langue officielle sont insuffisants pour répondre à la demande. Il est important que le gouvernement fédéral appuie tous les jeunes qui désirent perfectionner leur apprentissage du français ou de l’anglais. C’est pourquoi dans mon rapport annuel je recommande au ministre du Patrimoine canadien et des Langues officielles de collaborer avec les gouvernements provinciaux et territoriaux, ainsi qu’avec les établissements postsecondaires, pour augmenter le nombre de programmes qui offrent aux étudiants la possibilité de suivre certains cours dans leur seconde langue officielle.

L’apprentissage de la langue seconde comprend également la formation linguistique. À ce sujet, j’aimerais vous faire part d’observations personnelles sur l’évolution de la formation linguistique au sein de la fonction publique. Au début des années 1970, il y a eu un programme massif de « rattrapage linguistique » destiné à des milliers de fonctionnaires, en particulier à ceux d’un certain âge. Il s’agissait en quelque sorte « d’un effort de guerre », c’est‑à‑dire d’un programme intensif et temporaire.

Puis, peu à peu, ce programme est devenu un droit acquis dans la fonction publique et est donc devenu permanent. Parallèlement s’est développée une attitude rébarbative chez certains fonctionnaires anglophones. On pourrait même parler d’une « résistance passive » : « You want me to learn French? Then send me off to language training! », pouvait‑on entendre dire.

On a pensé qu’au fil du temps, les universités combleraient la lacune de la formation linguistique en contribuant à la formation de fonctionnaires bilingues. Au contraire, au lieu de livrer un plus grand nombre de diplômés bilingues sur le marché du travail, les universités ont supprimé de leurs conditions d’admission l’exigence d’une deuxième langue. C’est ainsi que se sont formées deux catégories d’étudiants : ceux provenant des programmes d’immersion et ceux qui n’ont pas fait partie de programmes d’immersion. Donc, certains ont une très bonne connaissance du français à leur arrivée à l’université, et d’autres ne le parlent pas du tout.

Les temps ont changé : dans la fonction publique; il n’est plus question d’axer le programme de formation massif sur les travailleurs de 48, 52 ou 56 ans, car il existe désormais un besoin criant de cibler les plus jeunes.

Les universités ont donc rejeté la responsabilité de la formation linguistique sur la fonction publique, tandis que la fonction publique, elle, comptait sur les universités pour s’en charger. J’ai déjà entendu des responsables d’un programme de certificat en administration des affaires publiques affirmer ce qui suit : « If our students need to learn French, well the government will take care of that, we don’t have to worry about that, that’s not our department… »

On constate maintenant le retard occasionné par un tel message. La nomination très médiatisée d’un vérificateur général unilingue a produit une impression très préjudiciable quant à l’engagement du gouvernement à l’égard du bilinguisme officiel. La controverse autour de la nomination a montré que les attentes du public – anglophone et francophone – sont élevées envers leurs représentants officiels. La barre est haute. L’ensemble de la population canadienne s’attend à ce que les titulaires de postes supérieurs de partout au pays soient bilingues. Et personne n’a objecté que j’avais tort en formulant cette idée.

L’autre chose que j’ai dite à quiconque voulait l’entendre, c’est qu’après les élections de septembre au Québec, il est d’autant plus important que le gouvernement ne fasse pas d’erreurs, qu’il soit dit clairement que le Québec n’a pas le monopole de la langue française, et que l’anglais et le français sont des langues canadiennes, et non des langues étrangères. C’est pourquoi j’ai réagi aussi vigoureusement lorsque la ministre de l’Éducation du Québec a dit que l’anglais était une langue étrangère. Pardon, mais l’anglais n’est pas une langue étrangère au Canada; et le français n’est pas une langue étrangère au Canada. Ce sont des langues canadiennes. Mais il y a sans conteste un lien entre la politique linguistique et l’unité nationale. C’est pourquoi nous devons reconnaître qu’il est encore plus important que le gouvernement fédéral et les institutions fédérales fassent ce que la loi dit qu’ils devraient faire, c’est‑à‑dire offrir des services. La question suscite plus d’attention qu’auparavant, et le gouvernement ne peut pas se permettre de faire des erreurs à ce chapitre. Les enjeux sont à ce point crucial.

Dans notre rapport annuel, mon bureau a mené des enquêtes auprès d’institutions fédérales qui ont fait l’objet de plaintes au cours de l’exercice financier 2011‑2012. Certaines institutions ont réagi positivement et ont ajusté leurs pratiques en conséquence. Par exemple, le bureau de Passeport Canada, de St. John’s, à Terre‑Neuve‑et‑Labrador, a fait l’objet d’une plainte au sujet de l’absence de services en français. Malgré le fait que ce bureau n’ait pas l’obligation de servir le public dans les deux langues officielles (en vertu du Règlement sur les langues officielles – communications avec le public et prestation des services), Passeport Canada a tiré profit de la présence d’employés bilingues à ce bureau et est allé au‑delà de ses obligations linguistiques en le désignant officiellement bilingue afin de mieux servir les quelque 3 000 francophones de Terre‑Neuve‑et‑Labrador. Cette initiative a été rendue possible grâce au leadership et au dévouement du gestionnaire du bureau de Passeport Canada à St. John’s, Ron Thompson.

Dans mon rapport annuel, j’encourage les institutions fédérales à agir de façon proactive plutôt que d’attendre les plaintes avant d’améliorer la prestation de services en français dans leurs organisations respectives.

Avant de répondre à vos questions, j’aimerais ajouter une chose. Même si nous soulignons des réussites cette année, nous ne devrions pas oublier que le succès est fragile. Si nous ne sommes pas vigilants dans la protection et la promotion des droits linguistiques, la situation peut dégénérer rapidement.

Déjà, nous avons reçu une série de plaintes relatives aux compressions budgétaires. Certaines organisations ont décidé de centraliser leurs services dans des bureaux situés à l’extérieur des régions désignées bilingues aux fins de la langue de travail. Par conséquent, nous avons entendu des témoignages de fonctionnaires qui ont peur de perdre leur droit de travailler dans la langue officielle de leur choix. D’autres n’osent plus exercer leur droit de travailler dans la langue de leur choix par crainte d’être ciblés dans l’exercice de réduction des postes.

Dans le contexte actuel, où les débats linguistiques réapparaissent dans l’actualité, il est extrêmement important que le gouvernement fédéral respecte son engagement envers la dualité linguistique.

L’investissement dans la dualité linguistique et le développement des communautés de langue officielle à travers le pays est un levier pour la croissance économique du Canada. Il n’y a aucun doute que le gouvernement fédéral a un rôle important à jouer. Il faut que les institutions fédérales prennent des mesures positives en entreprenant des démarches concrètes. Mais au cœur des institutions fédérales se trouvent des gens. Oui, il est vrai qu’un leadership fort de la part de notre gouvernement permettrait aux institutions fédérales d’améliorer la compréhension de leurs obligations en vertu de la Loi. Mais sans le leadership individuel des fonctionnaires, il est difficile de faire bouger les choses. La collaboration entre les institutions fédérales et le gouvernement provincial est essentielle en vue de promouvoir la dualité linguistique. Il faut miser sur le maintien d’une bonne communication, des partenariats efficaces et des collaborations rentables. La dualité linguistique doit demeurer bien présente, malgré cette période de compressions budgétaires et de modifications de programmes.

Il est particulièrement important de souligner que l’avenir de la dualité linguistique dépend de notre capacité à favoriser un environnement linguistique décloisonné, où le français et l’anglais ont tous deux leur place dans chaque région du pays.

Je voudrais attirer votre attention sur une différence importante. En tant que citoyens, nous sommes en droit de nous attendre à ce que notre gouvernement fasse preuve de leadership lorsqu’il s’agit de faire respecter nos valeurs nationales – et les langues officielles font partie de ces valeurs. Les politiques du Canada en matière de dualité linguistique contribuent non seulement à renforcer notre cohésion sociale, mais nous définissent aussi en tant que Canadiens. C’est pourquoi le gouvernement, par l’entremise de ses institutions, doit montrer la voie à suivre.

Chacune de vos organisations doit mettre en place des mesures positives pour appuyer le développement et la vitalité des communautés de langue officielle en situation minoritaire et promouvoir la dualité linguistique. À tout le moins, vous devez consulter ces communautés au sujet de vos initiatives et de vos programmes, particulièrement à l’étape de la conception, pour vous assurer que les besoins de la communauté sont pris en considération.

Faites en sorte que toutes vos organisations aient un mécanisme de coopération permanente avec la communauté franco‑ontarienne et qu’elles déterminent comment elles peuvent contribuer au développement de cette communauté et à la promotion de la dualité linguistique.

Échangez des renseignements avec vos collègues concernant les initiatives en cours. Regardez ce que font les autres conseils fédéraux; certains sont très actifs dans le domaine des langues officielles. Parlez au champion de votre organisation ou, mieux encore, nommez un champion des langues officielles à votre conseil fédéral.

Je vous remercie de votre attention. Vous pouvez consulter le rapport annuel de 2011‑2012 sur le site Web du Commissariat aux langues officielles. J’invite également les gens à participer à la discussion en ligne, au moyen de notre page Facebook et notre fil Twitter.

J’aimerais maintenant prendre le temps qu’il me reste pour répondre à vos questions.

Date de modification :
2018-09-13