Archivé - Notes pour une allocution dans le cadre de la réunion avec les membres du Conseil fédéral de Terre-Neuve‑et‑Labrador

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À Terre‑Neuve‑et‑Labrador, faites preuve de leadership pour maximiser vos compétences linguistiques

St. John's, le 8 novembre 2012
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi


Début de dialogue

Mesdames, Messieurs, bonjour,

C’est un plaisir de me retrouver ici à Terre‑Neuve‑et‑Labrador pour venir m’entretenir avec vous. Ma dernière visite remonte à 2008, il y a bien trop longtemps.

Mes rencontres avec les chefs de file de la communauté francophone, les responsables du français langue seconde et les fonctionnaires sont toujours productives. C’est vrai que l’on ne fait pas les choses à moitié dans cette province. Je trouve que les Terre‑Neuviens et les Labradoriens sont très ouverts aux autres – y compris ceux qui parlent une autre langue – et accueillants. À chacune de mes visites, mon équipe et moi‑même rencontrons des francophiles admirables, dont la plupart maîtrisent le français et apprécient grandement la communauté francophone. La preuve de cet engagement repose dans le nombre de francophiles qui travaillent dans les organisations francophones de la région.

Je ressens la fierté qui existe au sein de la francophonie de Terre‑Neuve‑et‑Labrador, et avec raison. Je continue d’être émerveillé par le fait que les francophones qui vivent ici entourés par une majorité anglophone ont une vision généreuse et inclusive de leur communauté et de leur identité – et que les anglophones ont beaucoup de respect pour la minorité francophone. Je trouve également intéressant le fait que Terre‑Neuve‑et‑Labrador est seulement l’une des trois provinces dont la proportion des francophones augmente, selon les données du dernier recensement.

J’espère q ue nous pourrons, dans le cadre de la rencontre d’aujourd’hui, discuter de nos préoccupations et de nos réussites en matière de langues officielles. Je veux vous faire part des thèmes de mon rapport annuel 2011‑2012 et répondre à vos questions et à vos préoccupations.

Permettez‑moi tout d’abord de dire quelques mots sur mon mandat et mon rôle.

La Loi sur les langues officielles, qui est en vigueur depuis plus de 40 ans, garantit et protège la dualité linguistique. À titre de commissaire aux langues officielles, mon mandat consiste à prendre toutes les mesures en mon pouvoir pour m’assurer que les trois objectifs de la Loi sont atteints :

  • Veiller à l’égalité du français et de l’anglais au Parlement, au sein du gouvernement du Canada, de l’administration fédérale et des institutions assujetties à la Loi;
  • Appuyer le maintien et l’épanouissement des communautés de langue officielle au Canada;
  • Veiller à ce que le français et l’anglais aient une égalité de statut dans la société canadienne.

Je suis un agent du Parlement, ce qui signifie que je relève directement du Parlement, non pas du gouvernement.

Comme vous le savez, la Loi sur les langues officielles ne s’applique qu’aux institutions fédérales; elle ne régit pas les gouvernements provinciaux et territoriaux, ni les administrations municipales. Cependant, certaines provinces et certains territoires ont adopté des lois et des politiques pour protéger, dans leur sphère de compétence, le français, l’anglais ou des langues autochtones. Par exemple, le Nouveau‑Brunswick est la seule province officiellement bilingue, et la Nouvelle‑Écosse et l’Île‑du‑Prince‑Édouard disposent d’une loi sur les services en français. Ici, à Terre‑Neuve‑et‑Labrador, vous n’avez pas de législation ou de politique linguistique provinciale, mais vous possédez un Bureau des services en français.

Deux conditions sont essentielles pour assurer la pérennité de la dualité linguistique dans la société canadienne. Premièrement, contrairement au message diffusé par certaines universités canadiennes – et récemment par la ministre de l’Éducation du Québec, Marie Malavoy – le français et l’anglais ne sont pas des langues étrangères; elles sont plutôt des langues canadiennes. Nos deux langues officielles appartiennent à tous les Canadiens, sans égard à leurs antécédents linguistiques ou au fait qu’ils soient bilingues ou unilingues. Deuxièmement, la dualité linguistique est une valeur, et non un fardeau – et elle doit faire partie intégrante de la fonction publique.

Je voudrais attirer votre attention sur une différence importante. En tant que citoyens, nous sommes en droit de nous attendre à ce que notre gouvernement fasse preuve de leadership lorsqu’il s’agit de faire respecter nos valeurs nationales – et les langues officielles font partie de ces valeurs. Les politiques du Canada en matière de dualité linguistique contribuent non seulement à renforcer notre cohésion sociale, mais nous définissent aussi en tant que Canadiens. C’est pourquoi le gouvernement, par l’entremise de ses institutions, doit montrer la voie à suivre. Pour aller de l’avant, nous devons toutefois pouvoir compter sur le leadership des fonctionnaires – les personnes qui sont la pierre angulaire des institutions fédérales.

Pour présenter la dualité linguistique comme une valeur fondamentale, la conduite des chefs de file de la fonction publique doit promouvoir le respect de la dualité linguistique. Je suis impressionné par l’engagement des fonctionnaires de Terre‑Neuve‑et‑Labrador. Créer une fonction publique qui reflète un véritable respect pour la dualité linguistique constitue un défi de taille qui requiert des interventions à tous les niveaux de l’appareil fédéral, en commençant par les plus hauts échelons de l’organisation.

Nous avons un très bel exemple de cette conduite au bureau de Passeport Canada à St. John’s, dont j’ai parlé dans mon rapport annuel de 2011‑2012. Même si le Règlement sur les langues officielles n’oblige pas ce bureau à servir le public dans les deux langues officielles, Passeport Canada tire profit de la présence d’employés bilingues à son bureau de St. John’s – et est allé au‑delà de ses obligations en le désignant officiellement bilingue. Il s’agit d’un geste symbolique de respect aux plus de 2 000 Franco‑Terre‑Neuviens et Franco‑Labradoriens.

Cette initiative a été rendue possible grâce au leadership et au dévouement du gestionnaire du bureau de Passeport Canada à St. John’s, Ron Thompson. Je parle souvent de l’importance de pouvoir compter sur des gens qui font preuve de leadership dans la promotion de la dualité linguistique, et voilà un exemple d’un tel leadership. M. Thompson, il faut du courage pour prendre une telle initiative, qui démontre la valeur que vous accordez à vos clients et que vous voulez leur donner le meilleur service possible.

L’année dernière, le Commissariat a publié une étude intitulée Au-delà des réunions bilingues : Comportements en leadership des gestionnaires. Cette étude, qui vise à aider les gestionnaires à créer des milieux de travail propices à l’utilisation des deux langues officielles, se trouve dans notre site Web. Vous trouverez également sur notre site Web un outil d’autoévaluation qui vous permettra d’évaluer vos propres comportements en leadership dans un milieu de travail bilingue, de voir où se situent vos forces et quels sont les comportements qui restent à adopter. Les changements souhaités au sein d’une organisation se produisent souvent par effet d’enchaînement. Chaque pas dans la bonne direction compte. En tant que gestionnaires, vous êtes des catalyseurs de ces changements.

Nous ne pouvons pas oublier l’élection du Parti Québécois au Québec il y a deux mois. Même s’il s’agit d’un gouvernement minoritaire, son accession au pouvoir a des répercussions importantes sur le paysage politique canadien et sur la façon dont les Canadiens perçoivent leurs langues officielles. Par conséquent, il est d’autant plus important que les institutions fédérales respectent leurs responsabilités en vertu de la Loi sur les langues officielles et qu’elles se préparent à gérer une possible agitation des anglophones, qui se demandent pourquoi nous devrions offrir des services en français quand le Québec souhaite resserrer la Charte de la langue française. Nous amorçons une nouvelle période de l’histoire canadienne où les questions linguistiques sont de nature très politique et délicate. Les institutions fédérales doivent en tenir compte et faire preuve d’un leadership exemplaire.

Les institutions fédérales doivent non seulement composer avec des contraintes budgétaires qui peuvent compromettre leur capacité de respecter leurs obligations linguistiques, mais la transformation continue du gouvernement pose de nouveaux défis à la dualité linguistique du Canada. Les nouveaux outils de l’appareil gouvernemental fédéral – les blogues, les pages Facebook et les comptes Twitter – présentent des défis quant à la façon dont les ministères fédéraux communiquent avec les citoyens tout en respectant leurs obligations linguistiques. Il est possible d’utiliser ces technologies tout en respectant la Loi.

En passant, le Commissariat aux langues officielles est sur Facebook et Twitter – et je vous invite à nous suivre et à vous joindre à la conversation.

La dualité linguistique doit demeurer bien présente, malgré cette période de réductions budgétaires et de modifications de programmes. La collaboration est un élément essentiel qui nous permet de cerner les défis à surmonter et les obligations à respecter. Demandez‑vous comment vos décisions peuvent toucher la mise en œuvre de la Loi sur les langues officielles.

Les institutions doivent garder en tête les langues officielles et minimiser les répercussions de leurs décisions durant cette période de restrictions budgétaires. Certaines organisations ont centralisé leurs services internes comme les ressources humaines et les finances dans les régions désignées unilingues aux fins de la langue de travail. D’autres ont décidé d’élargir les régions et de regrouper certaines régions désignées bilingues avec certaines qui ne le sont pas.

Ces décisions ont une incidence dans les provinces comme Terre‑Neuve‑et‑Labrador. Vous comptez désormais des gestionnaires qui supervisent des employés dans les régions désignées bilingues et qui ont des droits en matière de langue de travail. Il faut veiller à ce que ces gestionnaires connaissent leurs obligations et qu’ils aient les compétences requises pour s’acquitter de ces obligations. Les institutions ont le privilège d’adopter des mesures de réduction des coûts, mais elles doivent toutefois s’assurer de continuer de respecter les droits du public et des employés.

Si nous ne sommes pas déterminés à faire progresser la protection et la promotion des droits linguistiques, la situation peut se dégrader rapidement. La réorganisation et les compressions risquent toutefois de rendre plus difficiles la supervision des fonctionnaires, la possibilité de travailler dans la langue officielle de leur choix et l’obtention de la formation linguistique dont ils ont besoin.

Maintenant, quelques mots sur la partie VII de la Loi sur les langues officielles.

La partie VII est en effet difficile à cerner et prête à bien des interprétations. Depuis 2005, toutes les institutions fédérales ont l’obligation de mettre en œuvre des mesures positives pour appuyer le développement et l’épanouissement des communautés de langue officielle en situation minoritaire et promouvoir l’égalité de statut du français et de l’anglais. Il appartient aux dirigeants des institutions fédérales d’assurer le leadership et de faire preuve de créativité et de débrouillardise dans l’exercice de leurs obligations.

Les relations avec la communauté francophone vous aideront à comprendre ses besoins et ses priorités. Le comité d’orientation des affaires francophones de Patrimoine canadien est un bon exemple de ce type de dialogue. Je sais que vous avez tous à cœur l’épanouissement de la communauté francophone minoritaire de Terre‑Neuve‑et‑Labrador. Profiter de l’occasion pour faire preuve d’innovation et démontrer cet engagement.

Le bilinguisme fait partie intégrante du leadership au sein de la fonction publique et constitue l’un des éléments clés de son renouvellement. Le gouvernement fédéral doit recruter un plus grand nombre d’employés bilingues et se faire valoir comme employeur de choix pour les jeunes Canadiens de partout au pays. Pour y arriver, il lui faut collaborer avec les établissements d’enseignement postsecondaire et garantir, à tous les niveaux du système d’éducation, un accès juste et équitable à une formation de qualité en langue seconde.

Depuis l’adoption de la Loi sur les langues officielles, le gouvernement du Canada fait la promotion de l’apprentissage du français ou de l’anglais langues secondes au moyen de différentes initiatives, dont certaines dans le domaine de l’éducation aux niveaux préuniversitaires. Cependant, la proportion de Canadiens bilingues demeure faible et, dans certaines régions, les programmes d’éducation offerts dans la seconde langue officielle sont insuffisants pour répondre à la demande. Il est important que le gouvernement fédéral appuie tous les jeunes qui désirent perfectionner leur apprentissage du français ou de l’anglais.

C’est pourquoi dans mon rapport annuel, je recommande au ministre du Patrimoine canadien et des Langues officielles de collaborer avec les gouvernements provinciaux et territoriaux, ainsi qu’avec les établissements postsecondaires, pour augmenter le nombre de programmes qui offrent aux étudiants la possibilité de suivre certains cours dans leur seconde langue officielle.

De plus, le gouvernement devrait investir davantage dans les programmes d’échanges linguistiques, car l’offre est actuellement bien inférieure à la demande. Dans le cadre de ces échanges, les élèves n’apprennent pas seulement une langue, mais ils en font pleinement l’expérience. Seule l’immersion totale offre une telle occasion. Dans mon rapport annuel, je recommande au premier ministre de prendre les mesures qui s’imposent pour doubler le nombre de jeunes Canadiens qui participent chaque année à des échanges linguistiques aux niveaux secondaire et postsecondaire.

Le bilinguisme constitue un atout majeur pour les employeurs de Terre‑Neuve‑et‑Labrador. Il est important de promouvoir la valeur du bilinguisme et les possibilités qu’il crée. Un effectif bilingue aidera votre province à poursuivre l’élan de croissance qu’elle connaît depuis dix ans. Le salon de l’éducation postsecondaire et des carrières bilingues qui a été organisé à St. John’s en février dernier a permis de démontrer les possibilités d’emploi qui s’offrent aux citoyens bilingues. Je félicite le Conseil fédéral de Terre-Neuve-et-Labrador d’avoir coordonné la présence fédérale à cet événement.

Dans mon rapport annuel de 2011‑2012, je réitérais que, pour permettre à la dualité linguistique de s’épanouir comme valeur canadienne fondamentale, il faut pouvoir compter sur le secteur privé, tous les ordres de gouvernement et les établissements postsecondaires. Les institutions fédérales doivent jouer un rôle de leadership et montrer par l’exemple.

Soyez proactif, tout comme M. Thompson du bureau de Passeport Canada à St. John’s. La dualité linguistique est une question de respect. Les bons leaders sont toujours respectueux.

Merci.

Questions suggérées à poser aux participants, si le temps le permet :

  • Quels sont vos plus grands défis pour faire respecter les obligations qui figurent dans la Loi sur les langues officielles?
  • Quelles sont, à votre avis, les plus importantes répercussions des compressions budgétaires actuelles?
  • Les compressions budgétaires actuelles ont‑elles des répercussions particulières sur les langues officielles? Sur la formation linguistique?
  • Votre ministère a‑t‑il adopté des pratiques novatrices propres aux langues officielles que vous aimeriez partager avec nous?
  • Au cours des dernières années, avez‑vous noté un changement d’attitude à l’égard de la dualité linguistique?
Date de modification :
2018-09-13