Archivé - Notes pour une allocution prononcée devant des élèves de 10e et 11e années de Terre‑Neuve‑et‑Labrador

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St. John's, le 7 novembre 2012
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi


Début de dialogue

Bonjour.

C’est un plaisir de vous rendre visite dans votre magnifique région. Je profite de l’occasion pour remercier MmeSusan Forward du ministère de l’Éducation de Terre‑Neuve‑et‑Labrador d’avoir participé à l’organisation de cette activité.

L’un des aspects de mon travail que j’apprécie le plus, en tant que commissaire aux langues officielles, consiste à parcourir le Canada afin de rencontrer de jeunes Canadiens et Canadiennes qui s’intéressent aux langues officielles. J’apprends toujours quelque chose.

J’ai su que vous avez tous participé au programme d’échange d’été organisé par le ministère de l’Éducation de votre province. Permettez-moi de vous féliciter.

Je répète souvent à quel point il est essentiel que les jeunes Canadiens accèdent à des occasions d’immersion authentique. Les programmes d’échanges représentent une excellente façon de continuer son apprentissage de la langue seconde et de découvrir une autre facette de notre grand pays. Vous avez eu une chance inouïe, et j’ai hâte de vous entendre parler de vos expériences.

Je suis particulièrement curieux de savoir ce que vous pensez de la dualité linguistique. Mais, avant de vous le demander, je devrais peut-être vous expliquer qui je suis et ce que je fais.

Avant d’être nommé commissaire aux langues officielles en 2006, j’étais journaliste à Toronto, Montréal, Québec, Washington et Ottawa. La dualité linguistique m’a toujours fasciné et, il y a six ans, j’ai décidé de poser ma candidature au poste que j’occupe maintenant et de quitter le journalisme.

La Loi sur les langues officielles, en vigueur depuis 1969, a créé mon poste et défini mes responsabilités. Mon mandat consiste à veiller au respect du statut de langue officielle de l’anglais et du français, et à la conformité des institutions fédérales à la Loi sur les langues officielles.

Je suis aussi l’ombudsman des langues officielles du Canada. Cela veut dire que j’agis comme protecteur des droits linguistiques. Les Canadiens peuvent s’adresser à moi lorsqu’ils estiment que leurs droits linguistiques ne sont pas respectés par une institution fédérale. Bref, j’encourage… et je dérange. Pour assumer ce double rôle, je me sers des outils que me donne la Loi.

À titre de commissaire, je dois promouvoir la dualité linguistique au sein de l’administration fédérale et dans l’ensemble de la société canadienne. Cette facette de mon travail me tient particulièrement à cœur.

J’ai vraiment pris conscience de la réalité linguistique du Canada quand j’avais à peu près votre âge. Durant ma dernière année d’études secondaires, une amie m’avait invité à un concert de Gilles Vigneault à l’Université de Toronto. Cette découverte m’a bouleversé, et je n’ai jamais cessé de vouloir en apprendre plus sur le français au Canada. En passant, au cas où vous ne le sauriez pas, Gilles Vigneault, qui est de descendance acadienne, figure parmi les plus grands auteurs-compositeurs-interprètes et poètes du Québec. D’ailleurs, à 84 ans, il continue d’écrire et de chanter.

Un an après avoir entendu Gilles Vigneault, j’ai obtenu un emploi d’été au fort Lennox, sur la rivière Richelieu, tout près de Montréal, au Québec. J’y faisais des fouilles archéologiques dans le cadre d’un projet et la langue de travail était le français. Ce fut un véritable choc. Je me trouvais dans mon propre pays, mais je ne le connaissais pas. Je ne comprenais pas ce que les autres étudiants disaient. Alors, j’ai beaucoup écouté, et j’ai aussi posé de nombreuses questions. En plus d’apprendre le français, j’ai éprouvé un vif intérêt et une passion pour le Québec qui ne se sont jamais démentis.

Ma grande curiosité et ma soif de découverte ont été les éléments déclencheurs de ma carrière. Ils m’ont poussé à travailler dans les deux langues officielles comme journaliste. Vous êtes probablement aussi curieux et assoiffés de connaissances que je l’étais à votre âge. Votre participation à un programme d’échange au cours de l’été signifie que vous savez déjà à quel point il importe de parler nos deux langues officielles pour vos études et votre future carrière. Vous avez déjà fait les premiers pas afin de devenir les leaders canadiens de demain. Mais n’arrêtez pas maintenant. Soyez toujours curieux et apprenez le plus possible dans les deux langues officielles.

Depuis l’époque où vos parents avaient votre âge, le monde a beaucoup changé. Les frontières linguistiques sont de plus en plus perméables. De nos jours, on communique électroniquement, instantanément. Rester à flot exige un effort constant. Une seule langue ne suffit plus pour gérer toute l’information qui nous vient des quatre coins du monde.

Tout comme l’athlète qui cesse de s’entraîner verra rapidement sa performance diminuer, il en ira de même de votre compétence linguistique si vous n’utilisez pas votre langue seconde. On la parle ou on la perd.

Votre génération fait face à de grands défis, mais, en même temps, vous bénéficiez d’un accès sans précédent à l’information et à la communication instantanée. Vous disposez d’outils que vos parents ne possédaient pas. Les nouvelles technologies vous ouvrent des portes extraordinaires. Vous pouvez explorer les cultures francophone et anglophone avec votre seule souris.

Les médias sociaux constituent une excellente façon de pratiquer votre seconde langue officielle ou de rester en contact avec la francophonie. Vous en savez sûrement bien plus que moi à ce sujet. Grâce aux médias sociaux, vous pouvez côtoyer nos langues officielles au quotidien. À ce sujet, mon bureau a lancé une page Facebook et un compte Twitter il y a quelques semaines. J’espère que vous nous suivrez.

Il ne fait aucun doute que connaître les deux langues officielles du Canada conduit à une meilleure compréhension de l’histoire, de la politique et de la culture. Apprendre une langue seconde, c’est comme devenir un immigrant dans son propre pays. On découvre très vite comment on se sent quand on a de la difficulté à s’exprimer dans la langue de l’autre, quand on a un accent, quand on ne comprend pas les blagues. Quiconque a déployé des efforts pour apprendre une deuxième langue est sensible aux défis extraordinaires et aux obstacles auxquels se heurtent les immigrants.

Vous savez, la dualité linguistique n’existe pas seulement à cause des francophones du Québec et des anglophones du reste du Canada. Il y a de nombreuses communautés de langue officielle en situation minoritaire à l’extérieur du Québec. Je pense par exemple aux communautés francophones du Nouveau-Brunswick, de l’Ontario, du Manitoba, de l’Alberta et même de Terre‑Neuve‑et‑Labrador pour n’en nommer que quelques-unes. Le Canada compte des milliers de jeunes, comme vous, qui ont le français à cœur, qui souhaitent garder cette langue vivante et qui ne demandent pas mieux que de créer des liens avec d’autres jeunes de communautés linguistiques en situation minoritaire.

S’il existe une seule qualité essentielle de nos jours, c’est bien la curiosité. Je vous invite à être curieux de savoir ce qui se passe dans votre coin de pays, mais aussi du côté des communautés de langue officielle en situation minoritaire qui vivent en français, à l’extérieur du Québec, ici même à Terre-Neuve‑et‑Labrador, ou en anglais, au Québec.

Non seulement connaître plus d’une langue vous ouvre une multitude de portes, tant du point de vue scolaire que de votre avenir professionnel, mais cela vous permet aussi de faire rayonner votre communauté et votre culture dans le vaste monde. Je vous encourage à participer aux activités mises sur pied par la Fédération de la jeunesse canadienne-française qui regroupe des associations canadiennes de jeunes d’expression française en situation minoritaire provenant de neuf provinces et deux territoires, et par Franco-Jeunes, ici à Terre-Neuve‑et‑Labrador. Parmi les activités auxquelles vous pouvez participer se trouvent le Festival Jeunesse de l'Acadie (FJA), les Jeux de la francophonie canadienne ainsi que le Grand rassemblement jeunesse et Franco-Jeunes. Que ce soit par l’entremise d’associations ou en assistant à des pièces de théâtre, des évènements musicaux ou d’autres activités, vous n’avez pas à aller bien loin pour faire des découvertes culturelles et améliorer votre langue seconde.

Ici à Terre-Neuve-et-Labrador, vous profitez d’une position particulière, à mi‑chemin entre Saint-Pierre-et-Miquelon et le Québec. Pour des jeunes qui ont la possibilité d’occuper des emplois de services et reliés au tourisme, poursuivre votre apprentissage en français multipliera vos chances de réussite.

Les Américains viennent de moins en moins au Canada. Quant aux Québécois et aux francophones de l’Atlantique, ils forment un bassin de touristes potentiels très intéressant. De nombreuses publications et des chroniques touristiques assez enthousiastes, parues dans les journaux francophones, mentionnent Terre-Neuve-et-Labrador comme une destination de voyage et de découverte de choix. Servir cette clientèle en français met un atout de plus dans votre jeu.

Ajouter des cordes à votre arc vous rend plus compétitifs, plus compétents et, par conséquent, fait de vous des candidats plus attrayants aux yeux de vos futurs employeurs, ou en tant qu’entrepreneurs. Mais au-delà de son aspect pratique, la dualité linguistique représente aussi une valeur toute canadienne.

En terminant, je voudrais vous inciter à réfléchir à la question suivante. Vous devrez bientôt effectuer des choix pour vos projets d’études. Pourquoi ne pas continuer à apprendre vos deux langues officielles au cours de vos études collégiales et universitaires? Pour vous aider à trouver des universités qui offrent une formation en français ou qui réservent une bonne place au français, le Commissariat aux langues officielles a lancé une carte interactive du Canada qui présente les divers programmes de langue seconde offerts au pays.

Cet outil, que vous trouverez dans notre site Web, vous présente une foule de renseignements. Je pense par exemple aux programmes de langue seconde ou aux programmes dispensés dans les deux langues, aux cours enseignés en langue seconde, au soutien proposé aux étudiants, aux possibilités de réseautage et aux programmes d’échanges qui vous donnent la chance d’étudier dans votre langue seconde. Si vous le consultez, j'espère que vous aurez envie de poursuivre vos études dans les deux langues officielles.

Comme je l’ai dit il y a un instant, n’oubliez pas que maîtriser une langue, ce n’est pas comme faire de la bicyclette. C’est une habileté qui se perd sans pratique. Ne pas parler une langue c’est l’oublier. Use it or lose it!

Je vous remercie de votre attention. Je voudrais maintenant répondre à vos questions et vous entendre parler de votre propre expérience de la dualité linguistique.

Exemples de questions proposées aux participants

Croyez-vous qu’il importe d’être bilingue? Pourquoi?

Que faites-vous au quotidien, à l’extérieur de la classe, pour pratiquer votre langue seconde?

Quels sont les avantages de communiquer et de vivre dans les deux langues officielles?

Date de modification :
2018-09-13