Archivé - Déclaration aux médias à l’occasion du dépôt du rapport annuel 2011-2012

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L’échec saute aux yeux, alors que la réussite est invisible

Ottawa, le 16 octobre 2012
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi


Début de dialogue

Mesdames et messieurs, bonjour. 

Je vous remercie d’être venus assister à la présentation de mon rapport annuel 2011-2012. Il s’agit de mon sixième rapport annuel.  

Même si la Loi sur les langues officielles en est à sa cinquième décennie, la dualité linguistique du Canada passe trop souvent incognito. Lorsque tout fonctionne bien, les services bilingues font partie de la vie quotidienne et passent inaperçus. C’est leur absence qui attire l’attention. L’échec saute aux yeux, la réussite est invisible.   

Mon rôle en tant que commissaire aux langues officielles est souvent double – c’est-à-dire que je dois encourager et parfois déranger. Aujourd’hui, je présente un rapport réaliste qui vise surtout à encourager. Souvent, je souligne des échecs; cette année, je valorise les succès. J’y propose certaines recommandations, en particulier sur les actions à prendre maintenant pour préparer le 150e anniversaire du Canada en 2017. Je présente également les conclusions de nos observations relatives à l’accueil réservé aux visiteurs francophones et anglophones dans la région de la capitale nationale. La controverse médiatique dont elles ont fait l’objet l’année dernière semble indiquer que le sujet est d’intérêt public, aujourd’hui comme à l’époque de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme. Ensuite, je présente quelques moyens adoptés par certaines entreprises pour promouvoir la dualité linguistique et les avantages qu’elles en retirent et, finalement, j’examine les résultats de quelques enquêtes importantes menées par le Commissariat. 

Favoriser l’apprentissage d’une langue seconde 

Depuis l’adoption de la Loi sur les langues officielles, le gouvernement du Canada fait la promotion de l’apprentissage du français ou de l’anglais langues secondes au moyen de différentes initiatives, dont certaines dans le domaine de l’éducation aux niveaux préuniversitaires. Cependant, la proportion de Canadiens bilingues demeure faible et, dans certaines régions, les programmes d’éducation offerts dans la seconde langue officielle sont insuffisants pour répondre à la demande. Il est important que le gouvernement fédéral appuie tous les jeunes qui désirent perfectionner leur apprentissage du français ou de l’anglais. C’est pourquoi je recommande au ministre du Patrimoine canadien et des Langues officielles de collaborer avec les gouvernements provinciaux et territoriaux, ainsi qu’avec les établissements postsecondaires, pour augmenter le nombre de programmes qui offrent aux étudiants la possibilité de suivre certains cours dans leur seconde langue officielle. 

De plus, le gouvernement devrait investir davantage dans les programmes d’échanges linguistiques, car l’offre est actuellement bien inférieure à la demande. Permettre à davantage de jeunes Canadiens de faire l’expérience de la vie dans une communauté où l’autre langue officielle est parlée couramment constitue une excellente façon de préparer le pays à célébrer son héritage commun en 2017. Dans mon rapport, je recommande au premier ministre de prendre les mesures qui s’imposent pour doubler le nombre de jeunes Canadiens qui participent chaque année à des échanges linguistiques aux niveaux secondaire et postsecondaire. 

Ottawa, symbole de la dualité linguistique 

Au mois d’août 2011, la nouvelle s’est répandue que le Commissariat préparait des observations sur l’expérience vécue d’un visiteur à Ottawa. Ces observations, analysées au chapitre 2, se sont avérées plus positives et, je l’espère, plus instructives que beaucoup ne le supposaient.  

Le bilinguisme des commerces des zones touristiques d’Ottawa est un secret bien gardé de la capitale. Selon nos observations, des ressources bilingues considérables sont mises à la disposition des visiteurs de la capitale du Canada, mais elles sont souvent invisibles. Peu d’employés des commerces utilisent l’accueil bilingue – « Bonjour! Hello! » – pour indiquer à leur clientèle qu’ils sont fiers de les servir dans les deux langues officielles. Les employés des institutions fédérales, pour lesquelles il s’agit d’une obligation légale, réussissent mieux. Au moment où le gouvernement fédéral se prépare en vue des célébrations du 150e anniversaire du Canada, il faut veiller à ce que les deux langues officielles soient visibles et audibles dans la capitale. 

Les langues officielles : un pari gagnant pour les entreprises 

Le gouvernement fédéral n’est pas le seul à vouloir offrir des services dans les deux langues officielles. Si les gouvernements des provinces, des territoires et de certaines municipalités trouvent avantageux de communiquer avec les citoyens dans deux ou plusieurs langues, les entreprises privées aussi. Dans le chapitre 3 de mon rapport annuel, je présente certaines entreprises qui ont choisi d’intégrer les principes de la dualité linguistique à leurs modèles de gestion. Par exemple, Rogers Communications et Mountain Equipment Co-op offrent toutes deux des services dans les deux langues officielles.  

Même si elles ne sont pas sujettes à la Loi sur les langues officielles, les entreprises qui font des affaires au Canada gagnent à mener leurs activités efficacement dans les deux langues et sont plus concurrentielles lorsqu’elles utilisent le français et l’anglais dans leurs approches auprès des clients. Comme il importe que le gouvernement du Canada continue de soutenir la prise en compte de la dualité linguistique par les entreprises canadiennes et les entreprises étrangères établies au pays, j’ai donc recommandé au ministre de l’Industrie de créer un mécanisme d’appui pour inciter les entreprises canadiennes à développer leur capacité de fonctionner et d’offrir des services dans les deux langues officielles.

Les institutions fédérales et la dualité linguistique  

L’automne 2011 a été marqué par la controverse entourant la nomination très médiatisée de deux Canadiens unilingues, l’un à la Cour suprême du Canada et l’autre au poste de vérificateur général du Canada. Ces nominations ont eu des répercussions importantes sur l’opinion publique, partout au Canada.

La controverse autour des nominations a montré que les attentes du public – anglophone et francophone – sont élevées. La barre est haute. L’ensemble de la population canadienne s’attend à ce que les titulaires de postes supérieurs de partout au pays soient bilingues. 

Malheureusement, ces revers ont éclipsé plusieurs réussites en matière de bilinguisme de la part des hauts fonctionnaires. À l’heure actuelle, la juge en chef de la Cour suprême est originaire de l’Alberta; l’ancien chef d’état-major de la Défense est Manitobain; et le greffier du Conseil privé est natif de la Saskatchewan. Tous trois parlent les deux langues officielles. Et, pour la toute première fois, la majorité des premiers ministres des provinces est bilingue. Pour ces Canadiens, le bilinguisme a ouvert la porte à une meilleure connaissance de leur pays et a contribué à accroître leurs capacités de leadership. Pour d’autres, il a ouvert une carrière internationale en leur permettant d’apprivoiser l’apprentissage des langues.  

Plaintes et résultats de rencontres avec différentes institutions fédérales 

Le Commissariat aux langues officielles a mené des enquêtes auprès d’institutions fédérales qui ont fait l’objet de plaintes au cours de l’exercice financier 2011-2012. Certaines institutions ont réagi positivement et ont saisi l’occasion pour réajuster le tir. Par exemple, l’Armée canadienne a corrigé de nombreuses lacunes relativement à la place accordée au français et à l’anglais dans le contenu de ses sites Web, et l’égalité du français et de l’anglais est devenue une plus grande préoccupation dans les sites Web de l’Armée canadienne. Le bureau de Passeport Canada, de St. John’s, à Terre‑Neuve‑et‑Labrador, a fait l’objet d’une plainte au sujet de l’absence de services en français. Malgré le fait que ce bureau n’ait pas l’obligation de servir le public dans les deux langues officielles (en vertu du Règlement sur les langues officielles – communications avec le public et prestation des services), Passeport Canada a tiré profit de la présence d’employés bilingues à ce bureau et est allé au-delà de ses obligations linguistiques en le désignant officiellement bilingue afin de mieux servir les quelque 2 000 francophones de Terre-Neuve-et-Labrador.  

Nos enquêtes nous ont permis de dresser un important constat : bon nombre de nos institutions fédérales sont engagées en faveur du bilinguisme officiel de façon continue. Cet engagement positif mérite d’être souligné. J’encourage également les institutions fédérales à agir de façon proactive plutôt que d’attendre les plaintes avant d’améliorer la prestation de services en français dans leurs organisations respectives. 

Conclusion 

Cinquante ans après la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, les défis linguistiques sont très différents. Plus que jamais, les nouveaux arrivants qui arrivent au Canada ont déjà la dualité linguistique à cœur et des immigrants francophones s’établissent un peu partout au pays. Des centaines de milliers d’étudiants anglophones font leurs études primaires et secondaires en français et les communautés anglophones du Québec sont maintenant bilingues dans une proportion plus grande que leurs concitoyens francophones.  

À l’heure où les questions linguistiques resurgissent dans le paysage politique canadien, il est particulièrement important de souligner que l’avenir de la dualité linguistique dépend de notre capacité à favoriser un environnement linguistique décloisonné, où le français et l’anglais ont tous deux leur place dans chaque région du pays. 

Avant de répondre à vos questions, j’aimerais ajouter une chose. Même si nous soulignons des réussites cette année, nous ne devrions pas oublier que le succès est fragile. Si nous ne sommes pas déterminés à faire progresser la protection et la promotion des droits linguistiques, la situation peut se dégrader rapidement. 

Déjà, nous avons reçu une série de plaintes relatives aux coupures budgétaires. Certaines organisations ont décidé de centraliser leurs services dans des bureaux situés à l’extérieur des régions désignées bilingues aux fins de la langue de travail. Par conséquent, nous avons entendu des témoignages de fonctionnaires qui ont peur de perdre leur droit de travailler dans la langue officielle de leur choix. D’autres craignent d’exercer leur droit de travailler dans la langue de leur choix par crainte d’être ciblés dans l’exercice d’élimination des postes. Dans le contexte actuel, où les débats linguistiques réapparaissent dans l’actualité, il est extrêmement important que le gouvernement fédéral respecte son engagement envers la dualité linguistique.  

Vous pouvez consulter le rapport annuel de 2011-2012 sur le site Web du Commissariat aux langues officielles. J’invite également les gens à participer à la discussion en ligne, au moyen de notre page Facebook et notre fil Twitter

Je vous remercie de votre attention. J’aimerais maintenant prendre le temps qu’il me reste pour répondre à vos questions.

Date de modification :
2018-09-13