Archivé - Notes en vue d’une allocution à prononcer à la Conférence nationale 4-H de 2012

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Destination Communication

Montréal, le 19 septembre 2012
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi


Début de dialogue

Good evening, bonsoir.

L’une des choses que j’apprécie le plus en tant que commissaire aux langues officielles est de parcourir le Canada afin de rencontrer de jeunes Canadiens et Canadiennes qui s’intéressent aux langues officielles – j’apprends toujours quelque chose. C’est vous qui construisez l’avenir de la dualité linguistique au Canada, et je souhaite écouter tout ce que vous avez à dire.

J’aimerais remercier Québec 4-H de m’avoir invité à participer aux cérémonies d’ouverture de sa conférence nationale. Je souhaite la bienvenue à toutes les délégations 4-H, qui nous viennent de partout au Canada – et je crois comprendre que nous avons également un groupe des États-Unis. Bienvenue à tous! Le thème de cette conférence – Destination Communication – est un thème très pertinent, compte tenu de notre époque et de vos réalités en tant que jeunes canadiens branchés.

On vous le dit peut-être souvent, mais vous jouez un rôle très important dans l’avenir de votre pays. Le seul fait que vous vous trouviez ici aujourd’hui signifie que vous êtes préoccupés par votre avenir, vos idéaux et vos objectifs, ainsi que ceux de l’ensemble de votre communauté. Inévitablement, les valeurs que vous avez aujourd’hui auront des répercussions sur le monde de demain. C’est pourquoi je crois que la dualité linguistique du Canada doit occuper une place de choix dans vos valeurs.

Mais en quoi consiste la dualité linguistique au juste? Cela signifie que le Canada possède deux langues officielles qui ont un statut égal, qu’il existe deux communautés linguistiques officielles qui partagent le même territoire. Mais la dualité linguistique, c’est plus que ça.

La notion de dualité linguistique met en relief les concepts de partage et de dialogue entre les francophones et les anglophones. Je vous l’accorde, construire des ponts entre les communautés n’est pas une mince tâche. Cela demande du temps et de l’effort.

Nous sommes peut-être d’horizons culturels ou linguistiques différents, mais nous avons beaucoup en commun.

Il fut un temps au Canada où les habitants des campagnes vivaient beaucoup plus isolés que ceux des villes, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les médias sociaux ont fait disparaître l’isolement; l’agriculture est maintenant aussi branchée et globale que toute autre industrie au Canada.

De plus en plus, les fermes – et les autres sphères de l’activité agricole – doivent comprendre le monde : accords commerciaux, fluctuations des monnaies, et marchés internationaux. La langue devient de plus en plus importante dans une économie mondiale.

Votre organisation fait face aux mêmes défis que bon nombre d’organisations non gouvernementales; avec un partenaire au Québec qui fonctionne en français et des partenaires dans le reste du pays qui fonctionnent en anglais. Chaque organisation a sa façon de traiter cette réalité : l’existence de deux communautés unilingues qui travaillent côte à côte dans le même pays. Il n’est pas facile, du point de vue de la communication, de servir nos intérêts communs si l'on n’est pas bilingue.

La dualité linguistique canadienne signifie que les citoyens ont le droit d’être servis par l’État dans la langue de leur choix; ce n’est pas une obligation de bilinguisme, c’est plutôt le droit d’être unilingue. Je serais curieux de savoir ce que vous pensez de la dualité linguistique. Mais avant de vous le demander, je devrais peut-être vous expliquer un peu qui je suis et ce que je fais.

Avant d’être nommé commissaire aux langues officielles en 2006, j’étais journaliste – à Toronto, à Montréal, à Québec, à Washington et à Ottawa. J’ai toujours été fasciné par la dualité linguistique et, il y a six ans, j’ai décidé de quitter le journalisme pour poser ma candidature au poste de commissaire aux langues officielles.

C’est la Loi sur les langues officielles, en vigueur depuis 1969, qui a créé mon poste et défini mes responsabilités. Mon mandat consiste à veiller au respect du statut de langue officielle de l’anglais et du français, et à la conformité des institutions fédérales à la Loi sur les langues officielles.

Je suis un agent du Parlement – ainsi, je rends compte de mon travail non pas à un ministre, mais aux deux chambres du Parlement, comme font les sous-ministres et les administrateurs généraux. Mon nom a été proposé par le premier ministre, les deux chambres ont voté et il faudrait un vote des deux chambres pour me congédier.

Je suis aussi l’ombudsman des langues officielles du Canada, c’est-à-dire que j’agis en tant que protecteur des droits linguistiques. Les Canadiens peuvent s’adresser à moi lorsqu’ils estiment que leurs droits linguistiques ne sont pas respectés par une institution fédérale. Mon bureau reçoit un millier de plaintes par année. Nous examinons aussi des plaintes qui concernent l’obligation de soutenir l’épanouissement des communautés de langue officielle. Je fais enquête sur ces plaintes et je recommande des mesures correctives s’il y a lieu.

Bref, j’ai pour rôle d’encourager… et de déranger! Pour remplir ce double rôle, je me sers des outils que me donne la Loi.

À titre de commissaire, je dois promouvoir la dualité linguistique au sein de l’administration fédérale et dans l’ensemble de la société canadienne. C’est une facette de mon travail qui me tient particulièrement à cœur.

J’ai vraiment pris conscience de la réalité linguistique du Canada quand j’avais à peu près votre âge. Pendant ma dernière année de secondaire, une amie m’avait invité à un concert de Gilles Vigneault à l’Université de Toronto. Cette découverte m’a bouleversé, et je n’ai jamais cessé de vouloir en apprendre plus sur le français au Canada. En passant, au cas où vous ne le sauriez pas, Gilles Vigneault figure parmi les plus grands auteurs-compositeurs-interprètes et poètes du Québec. D’ailleurs, à 84 ans, il continue d’écrire et de chanter.

Un an après avoir entendu Gilles Vigneault, j’ai obtenu un emploi d’été au fort Lennox, sur la rivière Richelieu, tout près de Montréal, au Québec. J’y faisais des fouilles archéologiques. Ce fut un véritable choc. Je me trouvais dans mon propre pays, mais je ne le connaissais pas. Je ne comprenais pas ce que les autres étudiants disaient. Alors, j’ai beaucoup écouté, et j’ai aussi posé beaucoup de questions. En plus d’apprendre le français, j’ai éprouvé un vif intérêt et une passion pour le Québec qui ne se sont jamais démentis.

Ce sont justement la curiosité et ma soif de découverte qui ont été les éléments déclencheurs de ma carrière et qui m’ont amené à travailler dans les deux langues officielles en tant que journaliste. En tant que membres de 4-H, vous êtes probablement aussi curieux et assoiffé de connaissances – le simple fait que vous fassiez partie d’une organisation où vous promettez de vous engager tête, cœur, mains et santé envers votre club, votre communauté et votre pays signifie que vous avez déjà fait les premiers pas afin d’être les leaders canadiens de demain.

C’est pourquoi il est si important pour moi de vous parler en tant que commissaire aux langues officielles. Je veux que vous sachiez à quel point la dualité linguistique est si importante en tant que valeur canadienne, et à quel point il est important de comprendre votre pays dans son ensemble – parler les deux langues officielles du Canada est une compétence que vous devriez avoir hâte de maîtriser. Être en mesure de communiquer à l’aide de deux langues – et pourquoi pas plus si vous en avez la chance – est l’un des atouts les plus importants que vous détiendrez au cours de votre vie.

Les médias sociaux sont une autre façon de bâtir des ponts – et vous en savez sûrement bien plus que moi à ce sujet! Mais je veux souligner qu’il existe de nombreux réseaux de jeunes, anglophones et francophones, sans oublier les réseaux des communautés de langue officielle minoritaire dans le reste du Canada. Lire des articles publiés sur le Web et participer à des forums de discussion sont d’excellentes façons de s’exercer à utiliser sa langue seconde et de créer des liens. Aussi, mon bureau lancera une page Facebook et un compte Twitter d’ici quelques semaines; j’espère que vous nous suivrez.

Depuis l’époque où vos parents avaient votre âge, le monde a beaucoup changé. Les frontières linguistiques sont de plus en plus perméables; on communique électroniquement, instantanément. Il est exigeant de rester à flot – une seule langue ne suffit plus pour gérer toute l’information qui nous vient des quatre coins du monde. La dualité linguistique du Canada souligne cet état de fait et mène à la reconnaissance de l’importance du multiculturalisme pour la société canadienne. Notre respect pour nos deux langues fondatrices est reconnu de par le monde; il faut en parler, la garder vivante et, surtout, reconnaître sa grande valeur.

Les jeunes Canadiens sont plus bilingues et plus ouverts à la diversité culturelle que toute autre génération précédente. Au cours des derniers mois, j’ai rencontré un grand nombre d’élèves inscrits dans des programmes de français langue seconde et j’ai été impressionné non seulement par leurs compétences linguistiques, mais aussi par leur curiosité envers les autres cultures.

Il en est ainsi parce que l’apprentissage d’une langue seconde n’empêche pas d’en apprendre d’autres, ni d’apprivoiser d’autres cultures : c’est un pont.

Il ne fait aucun doute que l’apprentissage des deux langues officielles du Canada conduit à une meilleure compréhension de l’histoire, de la politique et de la culture du pays. Il favorise aussi la sensibilité aux autres cultures en général. Apprendre une langue seconde, c’est un peu comme devenir un immigrant dans son propre pays. On découvre très vite comment on se sent quand on a de la difficulté à s’exprimer dans la langue de l’autre, quand on a un accent, quand on ne comprend pas les blagues. Quiconque a déployé des efforts pour apprendre une deuxième langue est sensible aux défis extraordinaires et aux obstacles auxquels se heurtent les immigrants.

Apprendre à se comprendre et saisir la complexité de l’apprentissage d’une autre langue et d’une autre culture ne constituent ni une entrave ni une façon d’échapper à notre engagement dans le monde. Il s’agit d’une étape essentielle et décisive de notre cheminement.

La diversité culturelle de la société canadienne découle directement de la croissance continue de la population immigrante des dernières décennies. On peut affirmer que c’est en partie l’ouverture et l’esprit d’accommodement canadiens, issus de l’évolution des deux grands groupes linguistiques du Canada, qui ont favorisé l’immigration et la diversité au sein de la population canadienne. Le fait qu’il y ait deux langues officielles au Canada contribue à l’expression de cette différence. D’après moi, la diversité culturelle et la dualité linguistique s’imposent comme deux grandes valeurs canadiennes, des valeurs complémentaires.

En tant que membres de 4-H, vous avez de nombreuses occasions d’apprendre de nouvelles choses, de participer aux activités qui font la promotion de vos communautés, et de vous impliquer dans des activités afin d’améliorer la vie de vos concitoyens. Bon nombre d’entre vous deviendront des leaders de vos communautés – c’est pourquoi vous devez savoir qu’au Canada, les compétences linguistiques sont aussi des compétences de leadership.

Vous savez, la dualité linguistique du Canada, ce n’est pas seulement les francophones du Québec et les anglophones du reste du Canada; il y a de nombreuses communautés de langue officielle en situation minoritaire à l’extérieur du Québec. Que l’on parle des communautés francophones du Nouveau-Brunswick, de l’Ontario, du Manitoba ou de l’Alberta, pour n’en nommer que quelques-unes, le Canada compte des milliers de jeunes, comme vous, qui ont le français à cœur et qui souhaitent garder cette langue vivante et ne demandent pas mieux que de créer des liens avec d’autres jeunes de communautés linguistiques minoritaires. Parfois vous n’avez pas à aller bien loin pour faire des découvertes culturelles!

Votre génération fait face à de grands défis, mais, en même temps, vous bénéficiez d’un accès sans précédent à l’information et à la communication instantanée. Vous disposez d’outils que vos parents ne possédaient pas. Aujourd’hui, la distance et l’éloignement n’existent que géographiquement. Les nouvelles technologies vous ouvrent des portes extraordinaires. Vous pouvez explorer les cultures francophone et anglophone, avec votre seule souris. Et avec les médias électroniques, il ne se passe pas une seule journée sans que vous n’ayez été en contact avec nos  langues officielles – vous pouvez les côtoyer au quotidien.

Non seulement connaître plus d’une langue vous ouvre une multitude de portes, tant du point de vue de vos études que de vos futures carrières, mais cela vous permet aussi de faire rayonner votre langue maternelle et votre culture dans le vaste monde. S’il existe une seule qualité essentielle de nos jours, c’est la curiosité – et je vous invite à être curieux – de ce qui se passe dans votre coin de pays, mais aussi du côté des communautés de langue officielle en situation minoritaire, qui vivent en français, à l’extérieur du Québec, ou en anglais, au Québec.

L’engagement de votre organisation est « Apprendre par l’action », mais les occasions d’utiliser votre langue seconde ne se présentent pas tous les jours! Si vous voulez améliorer vos compétences linguistiques, vous devriez profiter pleinement de votre visite à Montréal. Allez au-devant des gens, osez prendre la parole, n’ayez pas peur de « parler » avec les mains et parfois de vous tromper. Pour cela, vous avez besoin d’une bonne dose de courage et de persévérance.  Avoir le sens de l’humour aide beaucoup dans l’apprentissage d’une langue seconde! De plus, j’ai lu sur votre site Web qu’en plus d’acquérir des compétences en communication, leadership, résolution de problèmes et établissement d’objectifs, plus que tout, Québec 4‑H a pour but d’avoir du plaisir!

Je vous encourage, tous et chacun, à accorder une place de choix à vos deux langues officielles dans le cadre de vos études collégiales et universitaires. Ajouter des cordes à votre arc vous rend plus compétitifs, plus compétents et, par conséquent, plus désirables comme candidats aux yeux de vos futurs employeurs, ou en tant qu’entrepreneurs.

Pour terminer, si vous voulez devenir des leaders de vos communautés, que ce soit pour devenir un leader politique, faire carrière en journalisme, en affaires, en tourisme et en hôtellerie, dans les Forces armées ou même dans le sport, il est non seulement essentiel de connaître les deux langues officielles, mais aussi de les parler couramment.

Je vous remercie de votre attention. J’aimerais maintenant répondre à vos questions et vous entendre parler de votre propre expérience de la dualité linguistique.

Exemples de questions proposées aux participants

Qui, parmi vous, est bilingue?

Croyez-vous qu’il est important d’être bilingue? Pourquoi?

Pensez-vous que le fait d’être bilingue est un frein à l’apprentissage de votre langue maternelle et à l’épanouissement de votre culture?

Quels sont les avantages, pour vous en tant que jeunes leaders, de pouvoir communiquer et vivre dans les deux langues officielles?

Date de modification :
2018-09-13