Archivé - Notes pour le forum de discussion sur l’enseignement postsecondaire en français en Saskatchewan

Cette page a été archivée dans le Web.

L’information dont il est indiqué qu’elle est archivée est fournie à des fins de référence, de recherche ou de tenue de documents. Elle n’est pas assujettie aux normes Web du gouvernement du Canada et elle n’a pas été modifiée ou mise à jour depuis son archivage. Pour obtenir cette information dans un autre format, veuillez communiquer avec nous.

Discours d’ouverture

Regina, le 12 septembre 2012
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi


Début de dialogue

Bonjour,

Bienvenue à ce forum de discussion sur le continuum des possibilités d’apprentissage du français.

Je suis particulièrement heureux de me retrouver ici, en Saskatchewan. La dernière fois que je suis venu, j’ai eu l’occasion d’assister aux célébrations du centenaire de l’Assemblée communautaire fransaskoise à Duck Lake.

La Saskatchewan a joué un rôle prépondérant dans l’innovation en matière de politique gouvernementale; son régime d’assurance-maladie en est un exemple évident. Cette province est aussi le berceau de nombreux grands chefs de file de la fonction publique fédérale, notamment Al Johnson, Thomas Shoyama et Wayne Wouters, le greffier du Conseil privé actuel.

En tant que commissaire aux langues officielles, je crois fermement que la dualité linguistique est une valeur chère à tous les Canadiens, et chacun d’entre nous doit contribuer à préserver sa solidité et sa constance, particulièrement ici, en Saskatchewan, où les francophones sont en situation minoritaire.

La connaissance de nos deux langues officielles est importante pour les jeunes Canadiens qui préparent leur avenir, et l’accès à l’enseignement postsecondaire en français est un élément clé pour assurer la force de la communauté fransaskoise.

Le forum de discussion d’aujourd’hui est une occasion très importante pour engager des échanges ouverts, courtois et respectueux tout au long de la journée. Il est essentiel que nous concentrions nos efforts autour d’un objectif commun et pertinent : s’assurer d’offrir dans le contexte linguistique minoritaire de la Saskatchewan un enseignement postsecondaire en français, qu’il s’agisse du français comme langue seconde ou du français comme langue maternelle. J’encourage chacun d’entre vous à s’engager entièrement dans des discussions qui nous permettront de nous assurer que la communauté francophone de la Saskatchewan demeure dynamique et qui nous aideront à faire la promotion de la dualité linguistique dans la province et dans l’ensemble du Canada.

J’espère que les discussions qui suivront vous éclaireront dans vos rôles de décideurs du domaine de l’éducation ou de chefs de file dans vos collectivités, qu’elles vous aideront à mieux soutenir et favoriser la vitalité des communautés de langue minoritaire du Canada et qu’elles contribueront à faire en sorte que la dualité linguistique soit reconnue comme une valeur fondamentale et une qualité de leadership essentielle dans la société canadienne.

L’éducation demeure la pierre angulaire du développement et de la réalisation du potentiel des communautés linguistiques en situation minoritaire du pays. Ici, en Saskatchewan, l’accès à l'enseignement postsecondaire en français n’est pas un privilège; c’est un outil essentiel à la croissance et à la force des communautés francophones de la province.

Bien que l’enseignement dans la langue de la minorité joue un rôle crucial pour assurer la vitalité des communautés de langue officielle, il est parfois difficile de faire valoir cette vitalité au quotidien, à l’extérieur de la communauté, où la plupart des communications se font en anglais. Une meilleure collaboration entre les établissements de la majorité et ceux de la minorité permettrait de faire la promotion de la dualité linguistique et de rassembler les communautés anglophones et francophones. Chaque communauté doit se mettre en valeur auprès de l’autre et créer de nouveaux liens, de nouvelles associations et de nouveaux projets communs. Les universités peuvent et devraient jouer un rôle essentiel pour mettre en lumière ces enjeux et pour contrer le phénomène d’isolement linguistique qui peut se produire des deux côtés de la barrière linguistique.

La qualité est essentielle à la réussite de tout système d’éducation dans la langue de la minorité, que ce soit en anglais au Québec ou en français en Saskatchewan. Dans une société où l’éducation représente la porte du succès, il faut offrir aux élèves une éducation de qualité. Personne ne sacrifiera la qualité de son éducation pour un principe, quelle que soit son importance. C’est pourquoi l’enseignement dans la langue de la minorité est condamné à l’excellence.

L’accès garanti à l’enseignement postsecondaire de haute qualité en français en Saskatchewan vise deux principaux objectifs qui servent les intérêts des communautés minoritaires et ceux de la province : il permet de s’assurer que les Fransaskois puissent poursuivre leurs études postsecondaires en français et offre l’occasion aux Saskatchewanais de toutes origines linguistiques d’apprendre l’autre langue officielle du Canada en tant que langue seconde ou troisième langue, et ce, au niveau universitaire. Cet accès garanti joue également un rôle prépondérant dans la promotion de la dualité linguistique en tant que valeur canadienne fondamentale, et il a le potentiel d’attirer des étudiants de partout au Canada et de l’étranger qui pourraient venir en Saskatchewan pour étudier en français. L’expérience dans d’autres provinces a démontré que l’apprentissage des langues au niveau postsecondaire peut être attrayant pour les étudiants étrangers.

J’aimerais souligner que nous parlons bel et bien d’une langue officielle et non d’une langue étrangère. On constate une tendance inquiétante parmi les universités anglophones du pays. En effet, une majorité d’entre elles n’exigent plus la connaissance de la deuxième langue officielle comme condition d’admission. J’ai même entendu dire que le recteur d’une université canadienne avait qualifié le français de « langue étrangère ». Malheureusement, le français est encore trop souvent qualifié de la sorte dans de nombreux plans de cours universitaires. Nous devons rappeler aux étudiants les avantages de connaître la seconde langue officielle du Canada.

Nous constatons aussi des changements dans les données démographiques de nos communautés. Les immigrants se sont taillé une place au sein de la communauté francophone. Notre système d’éducation joue un rôle important dans la transmission des valeurs canadiennes, comme la dualité linguistique, à la nouvelle génération de Canadiens.

La question de la diversité touche, bien sûr, les deux communautés linguistiques canadiennes et représente un défi encore plus grand pour les éducateurs. Lorsqu’ils arrivent au Canada, les nouveaux arrivants connaissent souvent déjà une ou deux langues, ce qui signifie que le français et l’anglais sont susceptibles de devenir leurs troisième et quatrième langues.

Nous sommes donc responsables de nous assurer que les programmes que nous offrons répondent à leurs besoins particuliers. L’anglais et le français sont les langues officielles du Canada, et elles doivent être considérées en tant que telles dans nos universités.

Il nous faut également démontrer clairement l’existence d’un lien de causalité bénéfique entre la diversité et la dualité linguistique, et l’absence de rivalité entre ces deux éléments.

La liberté des étudiants canadiens n’est en rien brimée lorsqu’ils se voient offrir l’occasion de poursuivre leurs études postsecondaires dans la langue officielle de leur choix, ou dans les deux langues officielles. Au contraire, en saisissant cette occasion, ils peuvent participer à la vie nationale du Canada.

Les universités devront faire preuve de souplesse et d’innovation et tenir compte des besoins en constante évolution de leur clientèle étudiante. Il ne revient pas aux étudiants de se plier aux exigences des universités. Par exemple, les cours offerts en français pourraient s’harmoniser au contenu des diverses disciplines, et les institutions postsecondaires pourraient offrir des diplômes conjoints ou des programmes de spécialisation dans la langue seconde. Le gouvernement fédéral est le plus grand employeur du Canada, et il a besoin de diplômés bilingues. Les ministères et les agences développent des partenariats avec certains établissements d’enseignement postsecondaire afin que les cours spécialisés soient mis sur pieds dans les deux langues.

Les universités doivent établir des liens avec les communautés. Ce type de soutien pourrait s’avérer avantageux dans plusieurs secteurs comme les ressources, l’emploi, les stages, pour n’en nommer que quelques-uns.

La nouvelle économie mondialisée entraîne de nombreuses transformations langagières et identitaires. Nous assistons à la naissance d’identités culturelles et linguistiques hybrides. Les identités sont plus floues, les racines sont moins évidentes, les rapports humains sont caractérisés par le mouvement. C’est une indication que l’identité linguistique se transforme, peu importe l’endroit. Ce concept est devenu plus vague, moins rigide et plus flexible.

Le français et l’anglais sont des langues internationales, ce qui permet au Canada de prendre part aux instances de la francophonie et du Commonwealth, et de communiquer, grâce à ces deux langues, avec une grande partie du monde. Nous vivons dans un pays où 150 langues sont parlées. Certaines d’entre elles étaient utilisées sur ce territoire bien avant l’arrivée des Européens. Toutefois, la conversation nationale se déroule en français et en anglais. Même si la lingua franca internationale d’aujourd’hui devient l’anglais, sa prépondérance pourrait diminuer en raison de la mondialisation omniprésente. C’est le bilinguisme, voire le plurilinguisme, qui comptera dans le monde de demain.

Dans les affaires et l’enseignement, les citoyens unilingues seront en concurrence avec des candidats qui maîtriseront non seulement leur langue maternelle, mais aussi l’anglais, une troisième langue et peut-être même une quatrième.

Parler au moins deux langues est un atout précieux sur le plan professionnel. Mais c’est aussi un élément clé pour mieux comprendre notre monde complexe. Les compétences linguistiques sont de plus en plus recherchées sur le marché du travail, dans les milieux académiques et en politique. De plus, le bilinguisme mène au respect, à la tolérance, à la non-discrimination et à l’ouverture d’esprit. La maîtrise de plus d’une langue fait de nous des humanistesNote de bas de page 1; une étude canadienne l’a d’ailleurs démontré. Cette maîtrise contribue à l’élaboration d’une société ouverte sur le monde, ce qui est crucial dans un environnement de plus en plus technologique où l’importance d’une bonne communication entre les gens est parfois oubliée.

C’est pourquoi les étudiants doivent avoir d’autres occasions de mener des études postsecondaires en français ou en anglais, ou dans les deux langues à la fois, et ce, partout au Canada, afin qu’ils puissent pratiquer leur langue seconde. Il incombe aux universités de leur offrir des emplois d’été ou à temps partiel dans le cadre desquels ils pourront pratiquer leur langue seconde, des stages, ou bien une année scolaire en milieu francophone ou anglophone. Il faut combler cet écart linguistique.

Il y a quelques années, le Commissariat aux langues officielles a lancé une étude sur l’apprentissage d’une langue seconde dans les universités canadiennes. Le Commissariat a également créé une carte du Canada indiquant quelles universités offrent des programmes en langue seconde. L’outil présente les cours enseignés dans la langue seconde, le type de soutien disponible, les occasions de réseautage ainsi que les programmes d’échanges qui permettent d’étudier dans la deuxième langue officielle. L’étude et la carte peuvent être consultées sur notre site Web.

Plusieurs universités réfléchissent aux moyens qu’elles peuvent prendre pour profiter pleinement de leurs propres compétences linguistiques. À l’Université Dalhousie, les dirigeants ont réalisé que la moitié des professeurs du programme d’administration publique étaient en mesure d’enseigner en français. Les universités de Windsor et de Montréal et le Campus Glendon de l’Université York offrent, elles aussi, des programmes bilingues, voire trilingues dans le cas de l’Université de Montréal.

Je ne sais pas si c’est en raison de l’étude du Commissariat ou des messages diffusés régulièrement, mais le besoin d’employés bilingues se fait de plus en plus ressentir à la fonction publique et au sein d’entreprises nationales ou internationales comme Bell Canada et Rogers. Les compétences linguistiques sont très recherchées dans la conjoncture économique difficile qui sévit actuellement.

Alors que les francophones deviennent bilingues sans perdre leur pleine maîtrise du français, et que les anglophones deviennent bilingues sans renoncer à leur identité et à leur héritage culturel, nous sommes témoins de l’émergence d’un modèle de dualité linguistique au Canada. L’enseignement postsecondaire en français, que ce soit en tant que langue seconde ou en situation minoritaire, permet aux étudiants, en plus de devenir des professionnels dans leurs domaines et de mieux comprendre leur pays, de devenir des citoyens du monde et d’acquérir une plus grande mobilité.

Finalement, si nous voulons encourager le bilinguisme dans les universités, il est nécessaire d’établir des partenariats afin d’offrir aux étudiants une gamme de possibilités leur permettant d’améliorer leurs compétences; ce qui est particulièrement important pour les étudiants inscrits à des programmes en français qui évoluent dans un milieu minoritaire, tel est le cas en Saskatchewan.

Notre pays doit fournir un véritable continuum de possibilités d’enseignement postsecondaire dans les deux langues officielles à tous les Canadiens. La Saskatchewan joue un rôle central dans l’établissement de ce continuum. Il s’agit là d’un élément intégral qui contribue à préparer nos jeunes à l’avenir pour qu’ils deviennent des citoyens productifs de leur propre pays et des citoyens du monde. Il est aussi important que les Canadiens se comprennent mutuellement et prennent soin les uns des autres. Il faut favoriser l’harmonie au sein de nos communautés linguistiques.

L’éducation demeure la pierre angulaire du développement et de la vitalité des communautés linguistiques en situation minoritaire du pays et de la promotion de la dualité linguistique. Nous devons protéger l’enseignement postsecondaire en français en Saskatchewan et trouver des façons de maintenir son niveau de qualité supérieure. Il s’agit là d’un projet sur lequel nous devons tous travailler ensemble.

Je vous remercie et j’espère que vos discussions seront fructueuses.

Notes de bas de page

Note de bas de page 1

Marian Scott, “Canadians are leaders in cultural intelligence,” The Gazette, le 5 janvier 2012.

Retour à la référence de la note de bas de page 1

Date de modification :
2018-09-13