Archivé - Notes pour une allocution dans le cadre de la réunion avec les membres du Conseil fédéral de la Saskatchewan

Cette page a été archivée dans le Web.

L’information dont il est indiqué qu’elle est archivée est fournie à des fins de référence, de recherche ou de tenue de documents. Elle n’est pas assujettie aux normes Web du gouvernement du Canada et elle n’a pas été modifiée ou mise à jour depuis son archivage. Pour obtenir cette information dans un autre format, veuillez communiquer avec nous.

En Saskatchewan, maximiser ses compétences linguistiques, c’est faire preuve de leadership

Regina, le 11 septembre 2012
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi


Début de dialogue

Mesdames et Messieurs, bonjour.

Je souhaiterais d’abord remercier Deanne Belisle et Sharon Lee Smith de m’avoir invité à venir vous parler aujourd’hui. Il s’agit de ma première visite au Conseil, mais j’ai déjà rencontré certains d’entre vous au cours d’occasions précédentes. C’est avec plaisir que je viens vous visiter en Saskatchewan et discuter avec vous.

Cette année, c’est l’année des Fransaskois. C’est l’occasion pour tous les Saskatchewanais de se fixer de nouveaux objectifs afin de promouvoir la dualité linguistique dans la province!

C’est aussi une occasion précieuse de nourrir le sentiment d’appartenance et de fierté des Fransaskois, de tous les gens de la Saskatchewan dont l’héritage est francophone et de tous ceux qui sont sensibles à la langue française, qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs ou qu’ils parlent français ou non.

De plus, la semaine prochaine sera aussi la Semaine de la dualité linguistique. L’objectif de cet événement est de mettre en valeur les deux langues officielles, d’offrir des occasions de faire l’expérience du bilinguisme et de permettre aux fonctionnaires de partout au pays de se familiariser avec la culture des locuteurs des deux langues officielles. C’est l’occasion idéale pour moi de vous visiter!

La communauté fransaskoise s’épanouit à un rythme impressionnant. Il est évident que la communauté francophone s’est prise en main et qu’elle connaît des progrès considérables dans les domaines de l’éducation et de la culture. Les prochaines générations continueront de ressentir une appartenance forte à la communauté francophone. Il faut cependant un travail constant pour parvenir à ce résultat. Tous les intervenants doivent collaborer pour continuer à favoriser cet épanouissement.

Du côté du gouvernement fédéral, l’offre active doit devenir un réflexe et une marque de respect envers tous les citoyens de la province, qu’ils soient francophones, anglophones ou bilingues. Bien sûr, ce réflexe peut s’appliquer à tous les paliers de gouvernement. Si dire « Hello/Bonjour » semble pourtant simple, l’offre active pose encore problème.

Le gouvernement fédéral a aussi l’obligation de s’assurer que les services offerts en Saskatchewan sont de qualité égale dans les deux langues. Pour y arriver, il doit voir à ce que les services répondent aux besoins particuliers des communautés francophones. Ce faisant, il contribue également à leur vitalité.

À cet effet, j’encourage les gestionnaires dans l’ensemble du gouvernement fédéral à faire preuve de leadership en matière de dualité linguistique. Il n’existe aucune région bilingue aux fins de la langue de travail dans l’Ouest. Toutefois, des employés francophones et francophiles travaillent dans les bureaux fédéraux qui s’y trouvent.

L’absence d’espaces bilingues pose parfois un défi lors de la prestation de services, car le français n’est parlé que lorsqu’un client francophone se présente. C’est donc dans cette optique que j’encourage les gestionnaires à assurer le respect du français et de sa culture au même titre que l’anglais au sein de la fonction publique. Lorsque nos employés sentent que les deux langues officielles sont valorisées dans le milieu de travail, l’offre active se fait beaucoup plus facilement.

La présence d’employés des deux groupes linguistiques fournit une occasion à tous ceux et celles qui le désirent de perfectionner ou d’apprendre leur seconde langue officielle. L’appréciation d’une autre culture sert à mieux nous sensibiliser aux enjeux auxquels fait face la communauté. Ici en Saskatchewan, la communauté francophone offre maintes occasions de s’initier au monde culturel de la province. Une opportunité est d’encourager vos employés à mettre sur pied des activités en français et à participer aux événements francophones qui se déroulent en Saskatchewan. Tout particulièrement ceux qui sont mis sur pied par le Réseau interministériel des coordonnateurs des langues officielles de la Saskatchewan (RICLOS), qui a été fondé pour faciliter la mise en œuvre du Plan stratégique sur les langues officielles des conseils fédéraux de l’Ouest dans la province. Une bonne pratique exemplaire serait de vous assurer d’avoir un représentant en Saskatchewan, au sein de vos organisations, qui veillerait à la promotion des langues officielles et entretiendrait des rapports avec le RICLOS.

Mais de son côté, la communauté doit continuer d’exiger des services en français, même s’il est souvent plus facile et plus rapide de les obtenir en anglais. Ainsi, la communauté affirme son engagement et sa fierté, en plus de montrer au gouvernement qu’il y a bel et bien une demande de services en français dans la province.

Le travail est loin d’être terminé. Des défis demeurent présents, mais je suis d’avis qu’ensemble, vous êtes sur la bonne voie. En Saskatchewan, la collaboration entre les institutions fédérales, le gouvernement provincial et l’Assemblée communautaire fransaskoise est essentielle en vue de promouvoir la dualité linguistique. Ne délaissez pas des initiatives qui ont fonctionné par le passé. Par exemple, votre Comité des leaders des langues officielles a fait preuve d’un grand leadership et a effectué un excellent travail en vue de promouvoir la dualité linguistique dans les institutions fédérales en Saskatchewan. À cet effet, je vous encourage à reprendre le flambeau et à revitaliser des organisations et comités qui font la promotion de la dualité linguistique en Saskatchewan. Il faut miser sur le maintien d’une bonne communication, des partenariats efficaces et des collaborations rentables. La dualité linguistique doit demeurer bien présente, malgré cette période de coupes budgétaires et de modifications de programmes. La collaboration entre vous est très importante – particulièrement entre le Comité, la province et la communauté – afin de déterminer les défis qu’il reste à relever et les besoins qui doivent être comblés pour que la communauté continue à se développer et obtienne les services auxquels elle a droit.

Le Canada est plus fort, tant sur le plan économique que sociétal, lorsque les majorités et les minorités linguistiques s’appuient entre elles et contribuent à l’avancement de la société canadienne. Les francophones, les Métis et les diverses communautés autochtones participent à l’évolution économique et sociale de la province depuis bien des générations.

La capacité de faire des affaires dans plus d’une langue n’est plus seulement un atout; c’est maintenant une nécessité pour maintes entreprises canadiennes. C’est aussi vrai pour la fonction publique. L’investissement dans la dualité linguistique et le développement des communautés de langue officielle à travers le pays est un levier pour la croissance économique du Canada.

Il n’y a aucun doute que le gouvernement fédéral a un rôle important à jouer. Il faut que les institutions fédérales prennent des mesures positives en entreprenant des démarches concrètes. Mais au cœur des institutions fédérales se trouvent des gens. Oui, il est vrai qu’un leadership fort de la part de notre gouvernement permettrait aux institutions fédérales d’améliorer la compréhension de leurs obligations en vertu de la Loi. Mais sans le leadership individuel des fonctionnaires, il est difficile de faire bouger les choses.

En tant que citoyens, nous sommes en droit de nous attendre à ce que notre gouvernement fasse preuve de leadership lorsqu’il s’agit de faire respecter nos valeurs nationales – et les langues officielles font partie de ces valeurs. Les politiques de notre pays en matière de dualité linguistique contribuent non seulement à renforcer notre cohésion sociale, mais nous définissent aussi en tant que Canadiens. C’est pourquoi le gouvernement, par l’entremise de ses institutions, doit montrer la voie à suivre.

Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi vous faites ce que vous faites? Pourquoi certaines personnes et organisations sont-elles plus innovatrices, plus influentes, plus profitables que d’autres? Pourquoi les gens sont-ils loyaux envers certains leaders plutôt qu’envers d’autres? Simon Sinek, auteur et professeur à l’Université Columbia de New York, a écrit un essai intitulé Start with whyNote de bas de page 1 (Commencez avec « pourquoi ») selon lequel les gens n’achètent pas ce que vous faites, ils achètent ce pourquoi vous le faites.

N’importe quelle organisation peut expliquer ce qu’elle fait, certaines peuvent expliquer comment elles le font, mais bien peu peuvent expliquer pourquoi. Le « pourquoi » n’est pas un résultat tel que de l’argent ou du profit. C’est différent.

Pourquoi votre organisation existe-t-elle? Pourquoi les gens choisissent-ils de faire affaire avec une entreprise plutôt qu’une autre, de respecter une politique, d’adopter un comportement? C’est bien simple – c’est parce qu’ils y croient. Le même principe s’applique lorsque je parle de dualité linguistique en tant que valeur plutôt qu’en tant qu’obligation. Tant que la dualité linguistique ne sera qu’une obligation, les comportements ne changeront pas. Ce sont les valeurs qui guident nos comportements et notre cheminement.

Commencer avec « pourquoi » fonctionne dans les petites et les grandes entreprises, dans les organismes à but non lucratif et aussi en politique – ceux qui débutent avec « pourquoi » ne manipulent jamais; ils inspirent. Et ceux qui les suivent ou qui adoptent le message qu’ils véhiculent ne le font pas parce qu’ils y sont obligés; ils le font parce qu’ils le veulent bien!

Or, pour être un leader – qu’il s’agisse de leadership organisationnel ou personnel, il faut savoir inspirer. Pour être une source d’inspiration pour les autres, et même pour soi, il faut comprendre le « pourquoi ». Et si le « pourquoi » n’est pas clair – alors le résultat laissera à désirer.

Lorsqu’il est question de dualité linguistique, que ce soit dans l’ensemble du Canada ou à la fonction publique, tant et aussi longtemps que la réponse à la question « pourquoi? » sera « parce que c’est la loi et parce qu’il le faut », les comportements ne changeront pas, et la perception des gens non plus. Il faut que la réponse à cette question soit « parce que j’y crois ».

Malheureusement, il existe parfois un écart entre les aspirations en matière de dualité linguistique dont font état nos lois et le discours politique et la réalité qui montre que la dualité linguistique est absente de la vie quotidienne de nombreux Canadiens, et par le fait même, de celle de nombreux fonctionnaires. Le « pourquoi » est ambigu. Les récentes controverses linguistiques en font foi : la nomination d’un juge unilingue à la Cour suprême, puis celle du vérificateur général. Ces nominations ont soulevé de fortes critiques dans plusieurs grands journaux canadiens, y compris les journaux anglophones de l’Ouest, ce qui prouve que les attentes des Canadiens sont plus élevées. La barre est plus haute qu’avant. Nous sommes en droit de nous questionner sur la signification de ces gestes. Il est extrêmement important que le gouvernement fasse preuve de leadership lorsqu’il s’agit de protéger les acquis linguistiques, surtout si nous déclarons qu’il s’agit d’une valeur intrinsèque du Canada. Les gestes que nous posons tiennent leur propre discours.

En tant que fonctionnaires, vous devez incarner les valeurs de la fonction publique et les transmettre dans le cadre de votre travail.

Sans le leadership de ceux qui y travaillent, la fonction publique et l’ensemble du gouvernement ne réussiront pas à assurer le respect des deux langues officielles en milieu de travail.

L’année dernière, le Commissariat a publié une étude intitulée Au-delà des réunions bilingues : Comportements en leadership des gestionnaires. Cette étude, qui vise à aider les gestionnaires à créer des milieux de travail propices à l’utilisation des deux langues officielles, se trouve sur notre site Web. J’en profite pour vous dire que cette étude présente un profil de compétences en leadership axé sur les langues officielles qui se base sur les mêmes compétences clés que le Profil de compétences clés en leadership, plus général, du Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada. Il s’agit de compétences axées sur les valeurs et l’éthique, la réflexion stratégique, l’engagement et l’excellence en gestion. Pour chaque valeur, nous avons défini une série de compétences intermédiaires et des comportements dont vous pourrez vous inspirer afin de promouvoir la dualité linguistique en milieu de travail.

Vous trouverez également sur notre site Web un outil d’autoévaluation qui vous permettra d’évaluer vos propres comportements en leadership dans un milieu de travail bilingue, de voir où se situent vos forces et quels sont les comportements qui restent à adopter. Les changements souhaités au sein d’une organisation se produisent souvent par effet d’enchaînement. Chaque pas dans la bonne direction compte. En tant que gestionnaires, vous êtes des catalyseurs de ces changements.

Trouvez la réponse à la question « pourquoi faites-vous ce que vous faites? ». Réfléchissez bien à la différence entre « obligation » et « valeur ». La réussite de la politique linguistique au sein de votre organisation dépend de votre comportement et des messages que vous véhiculez.

Soyez proactifs; c’est une question de respect. Les bons leaders sont toujours respectueux.

Merci.

Notes de bas de page

Note de bas de page 1

Simon Sinek, Start with Why: How Great Leaders Inspire Everyone to Take Action, Penguin Books, New York, 2009.

Retour à la référence de la note de bas de page 1

Date de modification :
2018-09-13