Archivé - Notes pour une allocution prononcée dans le cadre du congrès de l’Association canadienne des commissions et des conseils scolaires

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Québec, le 5 juillet 2012
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi


Début de dialogue

Mesdames et messieurs, bonjour.

Je tiens à vous remercier de participer à cette séance et d’être ouverts aux discussions sur l’importance de l’enseignement dans la langue de la minorité au Canada. L’éducation demeure la pierre angulaire du développement et de la vitalité des communautés de langue officielle en situation minoritaire au pays.

En tant que commissaire aux langues officielles, je crois fermement que l’enseignement dans la langue de la minorité est un atout pour nous tous. La dualité linguistique est une valeur chère à la population canadienne, et chacun d’entre nous doit contribuer à préserver sa solidité et sa constance. J’espère que ce panel et les discussions qui suivront vous éclaireront dans vos rôles de décideurs du domaine de l’éducation, et vous aideront à mieux soutenir et à favoriser la vitalité des minorités francophones et anglophones du Canada.

Partout au pays, les gens ont encore de la difficulté à faire la différence entre l’enseignement dans la langue de la minorité et l’immersion linguistique. Les deux systèmes profitent à des clientèles différentes et ont des fins et des objectifs différents. Ainsi, ils ne devraient donc pas être confondus. Toutefois, cette réalité ne signifie pas que les occasions de collaboration et de partage de ressources entre les deux systèmes sont inexistantes.

Des programmes d’immersion ont été mis en place avec succès dans les neuf commissions scolaires de langue anglaise du Québec et, malgré l’unicité du contexte québécois, la communication des pratiques exemplaires serait une excellente façon de mieux faire comprendre en quoi consiste l’apprentissage des langues pour tous les élèves des écoles canadiennes.

L’enseignement dans la langue de la minorité est important pour assurer la vitalité des communautés de langue officielle, mais il est parfois difficile de constater la présence de cette vitalité dans le système d’immersion, qui est souvent un milieu « artificiel ». L’un des défis que pose le programme d’immersion française réside dans le fait que les élèves manquent habituellement de contact avec les membres de la minorité et ne sont pas suffisamment exposés à la véritable culture francophone. Les écoles d’immersion collaborent avec les écoles de langue française lors d’excursions pédagogiques, accueillent des troupes de théâtre francophones et ainsi de suite. Mais une plus grande coopération entre les établissements de la majorité et ceux de la minorité renforcerait l’apprentissage des élèves.

De plus, l’accès aux écoles d’immersion demeure un problème. En effet, dans certaines provinces, les parents font encore la file toute la nuit pour s’assurer d’obtenir une place pour leur enfant.

Depuis 40 ans, nous avons accumulé des preuves selon lesquelles l’immersion est un succès et pourtant, les conseils scolaires continuent à hésiter à financer la révision de ces programmes de sorte qu’ils puissent accueillir un plus grand nombre d’élèves. Dans l’ensemble du pays, les parents désirent profondément que leurs enfants aient accès à un enseignement de qualité en français. Parmi ces parents, il y a les nouveaux arrivants au Canada, qui ont souvent la dualité linguistique plus à cœur que des Canadiens dont les familles sont ici depuis 15 générations.

Depuis un bon moment déjà, les dirigeants de nombreux conseils scolaires savent que les parents du pays en entier affirment et montrent que l’immersion en langue seconde est ce qu’ils veulent pour leurs enfants. J’ai rencontré maintes personnes qui se sont impliquées justement pour que les conseils scolaires offrent davantage de choix d’éducation dans la langue seconde. Mais la demande continue de dépasser la capacité dans une foule de domaines.

Tous les enfants du Canada devraient avoir la possibilité de devenir bilingues, de manière à pouvoir participer pleinement à l’économie et à la gouvernance du pays et à faire partie intégrante de la société. Cependant, la réticence des conseils et des administrations scolaires à s’adapter aux besoins des élèves ayant des troubles d’apprentissage en immersion a créé une dynamique regrettable.

Les enfants qui souffrent d’un trouble d’apprentissage quelconque sont souvent exclus des programmes d’immersion, par crainte que leur problème ne s’aggrave. Mais la recherche ne permet pas de justifier cette exclusion. Les enfants ne devraient pas avoir à s’adapter aux besoins des programmes d’immersion, qui devraient être ouverts à tous et répondre aux besoins de tous les élèves.

Il vaudrait mieux que les ministères de l’éducation des provinces, les conseils scolaires et les écoles offrent le même degré de soutien pour les problèmes de comportement et d’apprentissage dans les programmes d’immersion que dans les programmes de base en anglais.

La qualité est l’autre élément que je crois essentiel à la réussite de tout système d’éducation dans la langue de la minorité, que ce soit en français dans les autres régions du pays ou en anglais au Québec. Dans une société où l’éducation est la porte du succès, il faut offrir aux élèves une éducation de qualité. Aucun parent ne sacrifiera la qualité de l’éducation de son enfant pour un principe, quelle que soit son importance. C’est pourquoi l’enseignement dans la langue de la minorité doit être excellent.

Environ 20 p. 100 des parents qui ont le droit d’envoyer leurs enfants à l’école anglophone font plutôt le choix de les inscrire à l’école francophone. Ce choix mine le secteur de l’éducation anglophone au Québec. Bon nombre de personnes croient que leurs enfants n’apprendront pas suffisamment le français à l’école anglophone pour être en mesure de fonctionner avec succès dans une société francophone. Le système d’éducation de langue anglaise au Québec a un handicap double : 20 p. 100 de sa population admissible est manquante et 20 p. 100 des élèves qui s’inscrivent ne parlent pas anglais à la maison! Dans certaines écoles, cette part s’élève à 50 p. 100. Et pourtant, les parents sont des ayants droit, si bien qu’à l’école, l’anglais est enseigné comme une langue seconde, sans que l’établissement scolaire reçoive de financement de soutien, comme ce serait le cas si les élèves étaient des enfants immigrants.

Cette réalité m’amène à remettre en question le paradigme de notre système d’éducation.

Je crois que vous conviendrez avec moi qu’enseigner aux enfants ce n’est pas assembler des automobiles sur une chaîne de production. Que vous enseigniez les mathématiques, les sciences ou les arts aux enfants, et que vous le fassiez dans leur première ou leur seconde langue, il n’y a pas une seule « méthode ». Mais le mode de fonctionnement de notre système d’éducation ressemble à celui d’une usine qui s’appuie sur des modèles de production de masse et de conformité. Il met de côté les enfants qui n’entrent pas dans le moule et les stigmatise.

Notre monde change à un rythme jamais vu dans l’histoire de l’humanité. En fait, il est impossible de prévoir à quoi il ressemblera dans 50 ans. En fait, nous pouvons à peine deviner à quoi il ressemblera l’année prochaine. Alors, comment pouvons-nous instruire nos enfants en vue de l’économie du 21e siècle dans un système d’éducation public créé au 19e siècle pour répondre aux besoins du 19e siècle?

Ken Robinson, l’auteur de The Element, un ouvrage qui a figuré sur la liste des succès de librairie du New York Times, a prononcé de nombreux discours et donné maintes entrevues pour expliquer comment les écoles étouffent la créativité et pourquoi il ne suffit pas de réformer notre système d’éducation : il faut le révolutionner. Selon lui, le système d’enseignement public n’est pas adapté aux réalités d’aujourd’hui. Il a été conçu à une époque où tous ne croyaient pas que tous les enfants avaient des droits égaux en matière d’éducation, y compris les enfants de la rue et les enfants de la classe ouvrière. Il a été développé alors que plusieurs croyaient que de nombreuses personnes étaient incapables d’apprendre à lire et à écrire.

Même si le système scolaire répondait à l’impératif économique de l’époque, il s’appuyait sur un modèle intellectuel selon lequel il n’y avait que deux types de personnes dans les systèmes d’enseignement public – celles qui sont douées pour les études et celles qui ne le sont pas, ou, si vous préférez, les gens intelligents et les gens inintelligents. Cette façon de penser pousse beaucoup de personnes brillantes à croire qu’elles sont bêtes. Elles ont en fait été jugées en fonction d’une idée erronée.

Les nouveaux arrivants sont aussi victimes de cette manière archaïque de penser. Lorsqu’ils sont inscrits en immersion française, ils sont jumelés avec les élèves ayant des troubles d’apprentissage. Les conseils scolaires, les directeurs d’école, les conseillers pédagogiques et les enseignants ont tendance à conseiller aux parents immigrants de ne pas inscrire leurs enfants aux programmes d’immersion même si les données montrent que l’expérience de l’immersion peut s’avérer positive pour les enfants immigrants, qui finissent ainsi par apprendre les deux langues officielles.

Nous constatons également des changements démographiques dans nos communautés sur le plan de la diversité. Les immigrants se sont aussi taillé une place au sein de la communauté francophone. Notre système d’éducation joue un rôle important dans la transmission des valeurs canadiennes, comme la dualité linguistique, à la nouvelle génération de Canadiens.

La question de la diversité touche les deux communautés linguistiques canadiennes et représente un défi encore plus grand pour les éducateurs. Bien souvent, les nouveaux arrivants au Canada connaissent déjà une ou deux langues, ce qui signifie que le français et l’anglais ont tendance à devenir leur troisième et quatrième langue.

Nous sommes donc responsables de nous assurer que les programmes que nous offrons répondent à leurs besoins particuliers. Nous devons nous assurer que ces enfants, et leurs parents comprennent pourquoi nous mettons l’accent sur le français et l’anglais dans nos écoles.

Il nous faut également démontrer clairement l’existence d’un lien de causalité bénéfique entre la diversité et la dualité linguistique, et l’absence de rivalité entre ces deux éléments.

L’inclusion doit être la norme, et non l’exception.

Nous devons adopter un nouveau paradigme pour l’enseignement des langues. En tant que parents et pédagogues, c’est notre défi, et non celui de nos enfants.

Merci.

Date de modification :
2018-09-13