Archivé - Notes pour une allocution au Forum mondial de la langue française

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Québec, le 3 juillet 2012
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi


Début de dialogue

Mesdames et messieurs, chers amis, bonjour.

J’aimerais d’abord remercier Michel Audet de son invitation à participer en tant que modérateur à cette table ronde qui s’intitule « Le multilinguisme, un défi nécessaire au développement du français ».

Avant de vous présenter nos panélistes, qui nous viennent des quatre coins de la francophonie, j’aimerais vous faire part de quelques réflexions en tant que commissaire aux langues officielles du Canada.

Il est vrai que la francophonie d’Amérique du Nord baigne dans une mer anglophone. Toutefois, il ne faut pas oublier que le Canada, la France, ou tout autre pays faisant partie de la francophonie, porte un message d’inclusion, d’ouverture et de découverte.

La cohabitation de la diversité linguistique et culturelle est un enjeu de plus en plus important sur la scène internationale. Mais dans un monde en évolution où la mondialisation complique la définition de l’identité nationale, la dualité linguistique demeure une caractéristique indéniable de la société canadienne.

Le français et l’anglais sont des langues internationales, ce qui permet au Canada de prendre part aux instances de la francophonie et du Commonwealth, et de communiquer, grâce à ces deux langues, avec une grande partie du monde. Nous vivons dans un pays où 150 langues sont parlées. Certaines d’entre elles étaient utilisées sur ce territoire bien avant l’arrivée des Européens. Toutefois, la conversation nationale se déroule en français et en anglais.

La nouvelle économie mondialisée entraîne de nombreuses transformations langagières et identitaires. Nous assistons à la naissance d’identités culturelles et linguistiques hybrides. Les identités sont plus floues, les racines sont moins évidentes, les rapports humains sont caractérisés par le mouvement. C’est une indication que l’identité linguistique se transforme, peu importe l’endroit. Ce concept est devenu plus vague, plus flexible et moins rigide.

L’identité linguistique de nos citoyens devient plurielle.

Même si la lingua franca internationale d’aujourd’hui devient l’anglais, sa prépondérance pourrait diminuer en raison de la mondialisation omniprésente. C’est le bilinguisme, voire le plurilinguisme, qui fera la différence dans le monde de demain.

Les forces des marchés internationaux redéfinissent la valeur des langues et bon nombre de pays n’ont pas tardé à comprendre qu’ils ne pouvaient plus se développer en n’utilisant qu’une seule langue.

Dans les affaires et l’enseignement, les citoyens unilingues seront en concurrence avec des candidats bilingues, voire trilingues, qui maîtriseront non seulement leur langue maternelle, mais aussi l’anglais, une troisième langue et peut-être même une quatrième.

Les pays de la francophonie doivent continuer leur apprentissage pour que le français continue à rayonner à l’échelle internationale et afin de mieux conjuguer diversité linguistique et diversité culturelle, et valoriser toutes les cultures qui composent la francophonie. Le français doit demeurer à l’avant-plan des langues de communication internationales.

Il n’est aucunement question de partir en guerre contre l’anglais ou contre toute autre langue, au contraire. Le rayonnement de la francophonie ne se fera jamais au détriment d’autres langues, mais bien en convergence durable avec celles-ci. En affirmant que nous avons besoin d’une stratégie offensive positive, je fais écho à un texte collectif signé par de nombreuses personnalités du monde politique et culturel ayant été publié dans Le Devoir la semaine dernière. Dans le contexte de mondialisation actuel, il nous faut confirmer la pertinence de la francophonie et l’importance du rôle qu’elle joue dans les communications internationales.

Je ne pense pas exagérer en disant que de nombreux pays, y compris ceux de la francophonie, sont en période de réflexion intense quant à leurs approches sur la diversité et l’immigration. La situation évolue rapidement, et il est essentiel de disposer d’outils et de politiques souples qui nous permettent de nous adapter à la réalité actuelle. Les populations continueront à se diversifier à un rythme accéléré.

Pour le moment, la vitalité francophone demeure présente partout, mais nous devons demeurer vigilants afin de la protéger. Il y a des défis. Par exemple, le français et l’anglais formaient le bilinguisme du Rwanda jusqu’à ce qu’une décision soit prise et que l’anglais soit adopté comme seule langue officielle du pays. Les écoles ont été fermées pendant un an pour former les professeurs. Malgré le fait qu’il faut reconnaître le contexte particulier du Rwanda et son histoire tragique, il s’agit d’une décision qui a eu des répercussions importantes sur une grande partie de la population du pays et qui doit être perçue comme un avertissement.

Notre défi fondamental consiste à développer le sentiment d’appartenance à la francophonie mondiale; une francophonie qui se veut rassembleuse et inclusive.

Il faut que le message de la francophonie continue à circuler à travers le monde et qu’il soit vu de tous, quelle que soit leur langue, sous un angle positif et inclusif. Ce message doit passer en dépit des mesures administratives et des engagements politiques. La transmission de ce message dépend non seulement d’un leadership plus accru de nos dirigeants et de nos politiciens, mais aussi par d’une plus grande ouverture sur le monde de l’ensemble de nos citoyens afin que nous puissions tous nous enrichir de la diversité linguistique.

Alors avant de nous lancer dans la discussion, je vous présente nos panélistes sans plus tarder :

  • Albert Lourde est recteur de l’Université Senghor d’Alexandrie en Égypte et professeur de droit public et d’histoire du droit, des institutions et des faits sociaux. Il a également été vice-président de l’Université de Perpignan, directeur de l’Institut français de droit comparé et de droit musulman – Méditerranée, Afrique, doyen de la faculté internationale de droit comparé des états francophones et directeur régional du bureau Asie du Sud-Est (BASE) de l’Agence universitaire de la Francophonie.
     
  • Jean Tabi Manga est recteur de l’Université de Yaoundé II au Cameroun et professeur de Lettres. Il est Chevalier des Palmes académiques, Officier de l’Ordre de la Pléiade de la Francophonie et Chevalier de l’Ordre de la Valeur du Cameroun.
     
  • Christian Philip est recteur de l’Académie de Montpellier en France et professeur de droit public à Lyon. Il a été président d’université, directeur des enseignements supérieurs, recteur, directeur de cabinet du ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, député de Lyon ainsi que représentant personnel du président de la République pour la francophonie.
     
  • Bernard Cerquiglini est recteur de l’Agence universitaire de la francophonie et professeur de linguistique à l’université Paris-VII. Spécialiste de la langue française, Bernard Cerquiligni est notamment l’auteur et le présentateur de « Merci professeur! », une émission télévisée de TVMONDE. M. Cerquiglini est membre du comité de programmation du Forum mondial de la langue française.

Messieurs, je vous laisse la parole.

Date de modification :
2018-09-13