Archivé - Notes pour une allocution dans le cadre de la semaine du patrimoine anglophone, Heritage Lower Saint Lawrence

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Métis-sur-Mer, le 22 juin 2012
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi


Début de dialogue

Bonjour,

Je vous remercie de m’avoir invité au dixième anniversaire de Heritage Lower Saint Lawrence. C’est avec grand plaisir que j’ai accepté l’invitation de M. Alexander Reford à y participer. Je suis heureux d’avoir l’occasion de rencontrer des gens qui travaillent activement à accroître la vitalité des communautés anglophones dans la province.

Il s’agit chaque fois d’une expérience stimulante et édifiante. Ce sera aussi ma première visite des Jardins de Métis. On ne cesse de m’en vanter la beauté, j’ai bien hâte de m’y promener.

Avec ses racines qui remontent au XVIIIe siècle, la communauté anglophone de la péninsule gaspésienne fait preuve d’une résilience sans pareille. Lors de mes visites dans les communautés anglophones du Québec, ou dans les communautés francophones ailleurs au pays, je vois des gens se réunir pour planifier leur avenir de manière organisée et consensuelle.

Votre association permet à votre communauté d’établir des objectifs communs et de créer des liens durables et significatifs entre vous, mais aussi avec la majorité francophone du Québec.

Votre organisation fait un travail remarquable afin de promouvoir la nature bilingue de votre communauté, et je tiens à vous remercier de votre contribution au rayonnement de la dualité linguistique du Canada. En travaillant de concert avec la majorité d’expression française, ensemble, vous vous assurez que tous s’épanouissent au sein de leur propre culture.

Hier soir, j’ai eu le grand plaisir de rencontrer des artistes et des leaders de votre communauté. Il ne fait aucun doute que, grâce à sa créativité artistique et économique et à son travail de collaboration, votre communauté contribue à façonner le paysage de la région et le patrimoine culturel du Québec. Il s’agit d’une grande richesse. La grande diversité des activités que vous offrez dans le cadre de votre dixième anniversaire, ainsi que les nombreux gens de talents qui y participent, témoignent de la grande vitalité de votre communauté.

De plus, tout comme la communauté anglophone de l’ensemble du Québec, la vôtre joue un rôle unique dans le dialogue sur la nature et l’avenir du Canada.

Ce qui me mène à aborder le thème de la rencontre d’aujourd’hui, soit le rêve d’un Canada bilingue. En tant que commissaire aux langues officielles du Canada, vous vous doutez certainement que j’en aurais long à dire à ce sujet!

Aujourd’hui, on constate que l’attitude envers le bilinguisme est généralement favorable, ce qui n’était certainement pas le cas il y a 40 ans. En d’autres mots, nous n’avons plus à aborder le bilinguisme de manière aussi prudente que dans les années 1970.

Pour les gens de ma génération, le bilinguisme officiel a été une lutte pour un rêve. Il y a quelques décennies, l’offre de services gouvernementaux dans la langue de choix du public reposait sur le hasard ou la bonne volonté. En outre, dans diverses communautés du pays, le français était menacé. Les défenseurs des langues officielles, en particulier les membres des communautés francophones et acadiennes, ont lutté pour obtenir des droits. Ainsi, le rêve d’étudier et de vivre dans la langue de son choix est devenu peu à peu une réalité.

J’aimerais prendre quelques minutes pour revenir en arrière, jusqu’aux origines du régime linguistique canadien, et pour déboulonner un mythe, puisque nous sommes dans l’analogie du rêve.

Ceux et celles qui pensent que la politique linguistique canadienne constitue, comme on le dit si souvent, la réalisation d’un « rêve de Trudeau » se trompent. L’auteur de cette politique est Lester B. Pearson, un anglophone de l’Ontario. Ma version de l’histoire remonte à 1962, avant la mise sur pied de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme. En septembre 1962, bien avant que l’on ne nomme un institut scientifique maritime en son nom, Maurice Lamontagne rédige un document à l’intention du chef libéral Lester B. Pearson.

Dans son texte, Lamontagne explique que, selon lui, le Parti libéral devait se fixer et atteindre trois objectifs concrets :

  • Procéder au rapatriement de la Constitution qui doit « […] comprendre une déclaration sur les droits de la personne s’appliquant aux compétences fédérales et provinciales. »
     
  • Créer un drapeau et un hymne national pour le Canada.
     
  • Rendre toutes les institutions fédérales bilingues et montrer de façon concrète notre bilinguisme.

En décembre 1962, soit trois mois plus tard, Lester B. Pearson, alors chef de l’opposition, demandait la création de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme.

Puis, en 1966, alors qu’il était premier ministre, Lester B. Pearson s’est levé à la Chambre pour annoncer une nouvelle politique destinée à la fonction publique :

  • Il sera pratique courante dans la fonction publique que les communications orales et écrites se fassent dans l’une des deux langues officielles, au choix de leur auteur, sachant qu’elles seront comprises par les personnes directement concernées;
     
  • Les communications avec le public se feront normalement en français ou en anglais, selon la préférence de la personne servie;
     
  • Les valeurs linguistiques et culturelles des francophones et des anglophones transparaîtront dans tout le processus de recrutement et de formation de la fonction publique;
     
  • Il y aura création d’une atmosphère dans laquelle les fonctionnaires des deux groupes linguistiques collaboreront en vue d’atteindre les buts communs en s’exprimant dans leur langue et en suivant leurs valeurs culturelles respectives, chaque groupe appréciant et comprenant parfaitement la langue et les valeurs de l’autre.

Au début, les recommandations de la Commission sur le bilinguisme et le biculturalisme, ainsi que ce qui est devenu le « bilinguisme officiel », remettaient en question l’image que bon nombre de Canadiens se faisaient de leur pays.

En effet, la Loi sur les langues officielles a suscité de l’incompréhension dans les Maritimes, de l’enthousiasme et de l’espoir au Québec, de la colère dans la majeure partie de l’Ontario et, rien de plus reluisant à l’ouest de la rivière Rouge.

Il était clair que le débat était loin d’être clos.

J’ai été étonné de voir comment ces quelques points saisissaient déjà les objectifs de ce qui allait devenir la Loi sur les langues officielles, qui a été promulguée en 1969.

C’était il y a 43 ans.

Deux référendums au Québec et quelques centaines d’éditoriaux plus tard, une majorité de Canadiens de toutes les provinces appuient les principes qui sous-tendent la dualité linguistique du Canada, tout comme ils reconnaissent le caractère multiculturel du pays qu’ils ont bâti.

À l’échelle nationale, environ 80 p. 100 des citoyens appuient la politique de bilinguisme, et une majorité de Canadiens approuvent les taux d’immigration actuels.

Aujourd’hui, la société canadienne se compose de nombreuses identités, mais le français et l’anglais demeurent ses deux langues officielles de communication. Nos politiques de bilinguisme et de multiculturalisme fonctionnent en symbiose, de manière à promouvoir le respect et l’égalité des chances. Ces politiques se fondent sur des droits, mais aussi sur des valeurs. Les jeunes générations le montrent : elles sont à la fois plus bilingues et plus ouvertes à la diversité culturelle que toutes les générations précédentes. Il en est ainsi parce que l’apprentissage d’une langue seconde n’empêche pas d’en apprendre d’autres, ni d’apprivoiser d’autres cultures : c’est un pont.

Tandis que nous célébrons votre dixième anniversaire, j’en profite pour féliciter tous les membres de Heritage Lower Saint Lawrence pour le travail qu’ils accomplissent afin de promouvoir la nature bilingue de leur communauté.

Je tiens également à souligner le leadership exemplaire de votre président, M. Alexander Reford. Grâce à sa participation à de nombreuses organisations relatives à l’horticulture tant francophones qu’anglophones, au tourisme, à la protection des monuments historiques et à la culture, il a non seulement contribué au rayonnement des régions du Bas‑Saint‑Laurent et de la Gaspésie et de votre communauté, mais au rayonnement de la dualité linguistique au Québec, au Canada, et à l’échelle internationale.

Des occasions comme celle qui se présente aujourd’hui démontrent clairement l’importance d’un dialogue continu entre nos deux grandes communautés linguistiques.

Apprendre à se comprendre et saisir la complexité de l’apprentissage d’une autre langue et d’une autre culture ne constituent ni une entrave ni une façon d’échapper à notre engagement dans le monde. Il s’agit d’une étape essentielle et décisive de notre cheminement. Vous continuez d’être une source d’inspiration à cet effet pour toutes les autres communautés linguistiques en situation minoritaire au pays. Et je vous en félicite!

Rappelons-nous ce que la Cour suprême du Canada a dit à l’égard de la langue en 1990, dans la cause Beaulac. « Une langue est plus qu’un simple moyen de communication; elle fait partie intégrante de l’identité et de la culture du peuple qui la parle » et « [c]’est le moyen par lequel les individus se comprennent eux-mêmes et comprennent le milieu dans lequel ils vivent. » Les identités sont complexes de nos jours, mais la langue demeurera toujours un élément central de l’identité individuelle ou collective.

Certains voient le bilinguisme comme un terrain glissant qui conduit à l’unilinguisme. Permettez-moi d’être en désaccord. Si je pensais que le bilinguisme était néfaste pour l’avenir du français au Canada, je ne serais pas ici aujourd’hui. Au contraire, je crois que le bilinguisme se base sur le principe du respect des deux langues officielles.

D’ailleurs, pour beaucoup d’entre vous, le bilinguisme est une réalité quotidienne. Il fait partie de votre identité. Aujourd’hui, nous sommes de plus en plus nombreux à parler les deux langues. N’oublions pas que les communautés linguistiques en situation minoritaire ont une grande importance au sein de la fédération canadienne, et ce, dans plusieurs domaines. Par conséquent, lorsqu’il est question d’enraciner le bilinguisme au cœur de l’identité québécoise et canadienne, les communautés anglophones du Québec ont un rôle de premier plan à assumer.

Je vous encourage à continuer à développer votre leadership, de même qu’à faire rayonner votre communauté dans toute la province.

Toutes mes félicitations pour votre dixième anniversaire!

Je vous remercie.

Date de modification :
2018-09-13