Archivé - Notes pour un discours prononcé dans le cadre de la deuxième Conférence internationale Ruppin sur l’immigration et l’intégration sociale : Les nouvelles frontières de la recherche et de l’élaboration des politiques

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Ruppin, le 22 mai 2012
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi


Début de dialogue

(Merci, Monsieur l’ambassadeur Hunt.)

Mesdames et Messieurs, bonsoir.

Je me sens privilégié de pouvoir prendre la parole ici, au Centre d’études Ruppin. C’est un grand honneur de participer à ce merveilleux événement et de partager nos connaissances et expériences en matière d’immigration et d’intégration sociale. J’aimerais remercier Jack Jedwab pour son invitation. C’est ma première visite en Israël. Je suis ici depuis quelques jours, et j’ai eu le plaisir de découvrir votre magnifique pays et de rencontrer beaucoup de gens formidables.

Je dois avouer que tout Canadien qui parle d’immigration devant un auditoire en Israël ne peut le faire que dans un esprit d’humilité. Au chapitre de l’immigration juive, la réputation du Canada est entachée. Comme le signalent Irving Abella et Harold Troper dans leur remarquable ouvrage None Is Too Many, le Canada a fermé la porte aux réfugiés juifs qui fuyaient l’Holocauste. Mais nous nous sommes repris après la guerre, et nous en avons grandement bénéficié : quatre des neuf juges de la Cour suprême du Canada sont juifs, et l’une de ces juges est la fille de survivants de l’Holocauste. L’histoire de la communauté juive du Canada fournit beaucoup d’exemples de succès remarquables. Les écrivains, cinéastes, artistes, gens d’affaires, avocats et juges juifs – un groupe qui comprend le regretté Mordecai Richler, David Cronenberg, Charles Pachter, Charles Bronfman, Edward Greenspan et Rosalie Abella – ne sont pas considérés comme des éléments d’une minorité marginale, mais comme des acteurs importants de la société canadienne.

Le Canada, tout comme Israël, a toujours été et continuera d’être un pays d’immigrants. Je reconnais toutefois que le contexte est différent d’un pays à l’autre. Aujourd’hui, je veux vous entretenir de l’expérience particulière du Canada relativement aux langues officielles. Selon les chiffres de 2011 de Citoyenneté et Immigration Canada, l’immigration joue un rôle de plus en plus important dans la croissance démographique du Canada et la préservation des communautés de langue officielle en situation minoritaire. La dualité linguistique est une valeur canadienne fondamentale, et il est impératif de prendre les mesures nécessaires pour assurer l’épanouissement de nos communautés de langue officielle. Il y va de l’équilibre sociolinguistique de la nation.

Le Canada est confronté à de nombreux défis liés aux langues officielles, et un de ces défis est la sous-utilisation par les institutions fédérales de la recherche en tant qu’outil pour l’élaboration de politiques et de programmes.

Voilà seulement une dizaine d’années, l’immigration francophone dans les diverses régions du Canada ne figurait pas au programme politique et administratif. Les choses ont cependant changé, à cause principalement de l’engagement et de la bonne volonté de nos gouvernements et de nos partenaires, mais aussi à cause de la recherche et de l’élaboration de politiques.

La recherche demeure l’un des éléments moteurs du soutien stratégique pour la dualité linguistique. Le gouvernement ne doit pas seulement appuyer et orienter l’élaboration des politiques et des programmes; il doit aussi évaluer les progrès réalisés en matière de bilinguisme et de vitalité des communautés de langue officielle. La recherche peut également servir à cerner les sujets de préoccupation pour ces communautés.

C’est pourquoi des événements internationaux comme la présente conférence sont importants. L’immigration est de plus en plus déterminante pour le dynamisme de nos communautés, et tous les pays devraient prêter attention à la situation actuelle de migration à l’échelle mondiale, de manière à pouvoir établir des politiques nationales qui tiennent compte de leurs réalités démographiques. Pour se faire une idée juste des réalités sociales et politiques, il faut avoir une connaissance approfondie de leurs complexités. Cela est vrai pour tous les pays qui accueillent des immigrants, y compris le Canada et Israël.

En fait, au Canada, le soutien stratégique à la dualité linguistique s’est toujours inspiré de la recherche. Les politiques canadiennes en matière de langues officielles, qui ont été adoptées en 1969 parallèlement à la Loi sur les langues officielles, s’appuyaient sur les nombreuses études commandées par la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme mise sur pied en 1963. La recherche nous a aidé à évaluer le dynamisme des communautés de langue officielle et à mesurer les progrès que nous avons réalisés en matière de bilinguisme. Elle nous a également permis de détecter les lacunes, les écarts et les problèmes auxquels il faut trouver une solution, de manière à ce que les institutions et les programmes gouvernementaux puissent cibler efficacement leurs interventions.

La cohabitation de la dualité linguistique et de la diversité culturelle est un enjeu de plus en plus important dans la société canadienne, mais qui prend peut-être un peu plus de place dans nos communautés francophones minoritaires que dans le reste du pays. Compte tenu de la petite taille de ces communautés, l’arrivée d’un nombre important d’immigrants a des répercussions considérables sur la vie sociale.

Vous vous demandez peut-être pourquoi l’immigration a une incidence plus marquée sur les communautés minoritaires. Cela s’explique par le contexte. Les communautés francophones à l’extérieur du Québec ont lutté pour survivre dans un environnement massivement anglophone, et traditionnellement hostile. Elles ont été bâties autour des institutions canadiennes-françaises habituelles : l’Église catholique, la paroisse, les caisses populaires et les écoles catholiques. L’arrivée de nombreux immigrants provenant du Maghreb et d’autres parties de l’Afrique francophone a mené plusieurs organisations à se redéfinir comme francophones plutôt que canadiennes-françaises, car elles prennent conscience du nouveau défi de l’inclusion.

En tant que commissaire aux langues officielles, je garde un œil vigilant sur la vitalité des communautés de langue officielle. Pour que la dualité linguistique continue de faire partie intégrante de notre identité, je crois que le Canada a besoin d’immigrants francophones. Nous avons besoin qu’ils s’installent ici et qu’ils y restent. Et la seule façon d’atteindre cet objectif, c’est de bien planifier leur intégration dans les communautés francophones.

Les pratiques d’immigration du Canada devront donc atteindre un double objectif :

  • préparer les immigrants à la réalité linguistique canadienne avant leur arrivée dans leur nouvelle communauté;
  • préparer les communautés d’accueil pour qu’elles soient en mesure d’intégrer les immigrants francophones et d’assurer leur insertion.

Au Canada, les communautés minoritaires sont prêtes à jouer le rôle de communauté hôte, et elles bénéficient d’un soutien pour y arriver. S’il en était autrement, le déséquilibre linguistique continuerait de s’aggraver. Sans une préparation adéquate, ni les communautés francophones minoritaires ni la société canadienne dans son ensemble ne pourraient bénéficier du dynamisme qu’apportent les nouveaux arrivants.

L’immigration francophone est pratiquement une bouée de sauvetage pour les communautés francophones en situation minoritaire, car la tendance démographique indique qu’elles sont en déclin depuis plusieurs décennies. Nos communautés de langue officielle sont plus fortes qu’il y a 10 ans, mais elles demeurent fragiles.

Bien souvent, ces communautés n’ont pas suffisamment de ressources pour encadrer les immigrants de façon adéquate. Le gouvernement a réalisé des progrès importants à cet égard au cours des dernières années, mais il faut qu’il continue d’appuyer les organismes chargés de l’établissement et d’autres groupes à l’échelon provincial. Il faut également que le processus d’apprentissage se poursuive en vue de mieux harmoniser la dualité linguistique et la diversité culturelle. Le Canada doit veiller au bon développement de la francophonie dans toutes les régions du pays.

À titre de commissaire aux langues officielles, je me réjouis du fait que nos communautés de langue officielle voient leur vitalité assurée par l’arrivée d’immigrants francophones. Mais le défi est de taille.

À Tel Aviv, il y a une école exceptionnelle où des enfants de 48 nationalités et de différents milieux étudient ensemble. (J’ai eu le plaisir de visiter cette école la semaine dernière, et j’ai été extrêmement impressionné.) Dans Strangers No MoreFootnote 1, un documentaire captivant consacré à l’école Bialik-Rogozin, on suit plusieurs élèves qui font des efforts pour s’acclimater à un nouveau pays. Les élèves, soutenus par leurs enseignants, se font une nouvelle vie, apprennent une nouvelle langue et s’adaptent. Leur identité est remise en question de toutes les façons, pas seulement du point de vue linguistique. Tous les élèves viennent de milieux culturels différents mais, à l’école, ils sont unis par une même langue : l’hébreu. Un commentaire qui ressort du film, est celui d’un enseignant qui a dit : Nous ne parlons pas d’équité, d’égalité, etc. – nous vivons ces valeurs tous les jours à l’école.

Au Canada, l’immigration modifie le visage de notre pays. Au Québec, le débat sur les « accommodements raisonnables » a soulevé des questions épineuses. Jusqu’à quel point la société majoritaire doit-elle s’adapter aux nouveaux arrivants? Jusqu’à quel point la culture du Québec – elle-même minoritaire dans l’Amérique du Nord anglophone – est-elle menacée? À l’extérieur du Québec, les communautés traditionnellement « canadiennes-françaises » se transforment petit à petit en « communautés francophones »; leur identité culturelle se voit ébranlée. Cela ne se fait pas sans heurts. Tant les immigrants que les communautés d’accueil vivent un « choc culturel » auquel ils doivent s’adapter. C’est également toute notre perception de la dualité linguistique au Canada qui est touchée.

De nombreuses questions viennent à l’esprit – des questions qui se posent aussi bien au Canada qu’en Israël ou dans n’importe quel autre pays d’accueil. Comment pouvons-nous renforcer le sentiment d’appartenance à la communauté chez les immigrants? Comment pouvons-nous aider les communautés d’accueil qui possèdent déjà des repères identitaires culturels solides à se préparer? Comment faire en sorte que les immigrants trouvent leur place au sein du « nous »? En d’autres mots, comment pouvons-nous développer le sentiment du « nous »?

Pour une communauté francophone minoritaire qui possède une identité historique basée sur des institutions traditionnelles comme la paroisse et l’Église, passer de communauté canadienne-française à communauté d’accueil francophone représente tout un défi, c’est le moins que l’on puisse dire. Ces communautés vivent des bouleversements. Elles ont un énorme travail de préparation à faire – avant l’accueil, et surtout pendant la période d’adaptation des nouveaux arrivants.

Prenons par exemple la communauté francophone du Manitoba. Au cours des cinq dernières années, le gouvernement fédéral a incité les immigrants francophones à s’installer dans des communautés à l’extérieur du Québec, et les statistiques récentes montrent que le Canada est en train de changer à cause de l’augmentation du nombre d’immigrants. Si l’on se fie aux chiffres de Statistique Canada qui viennent tout juste d’être publiés, la croissance démographique du Canada s’est accélérée depuis le dernier recensement et atteint maintenant 5,9 p. 100. L’Alberta est la province qui a connu le plus haut taux de croissance, soit de 10,8 p. 100. Si on compare Winnipeg aux autres villes du pays à l’extérieur du Québec, on y compte la proportion la plus importante d’immigrants francophones venant d’Afrique.

La plupart du temps, la seule chose que les immigrants africains francophones ont en commun avec les Franco-Manitobains, c’est la langue. Du point de vue culturel, ils viennent de mondes très différents. Établir des ponts peut s’avérer une expérience enrichissante, mais aussi exigeante, pour les deux parties. C’est un processus qu’il ne faut pas prendre à la légère et qui nécessite une préparation adéquate ainsi qu’un examen objectif de la part des immigrants et des communautés d’accueil.

Ce processus n’est vraiment pas simple. Les communautés d’accueil, qui dans bien des cas luttent depuis longtemps pour survivre, ne peuvent pas tenir pour acquis que les immigrants vont vouloir s’intégrer à elles. Souvent, ces immigrants sont venus au Canada pour faire partie de l’Amérique du Nord anglophone et non pour s’intégrer à une communauté minoritaire. Lors d’une réunion avec des immigrants francophones à Toronto, un jeune Français m’a dit qu’il ne savait pas qu’on parlait français à l’extérieur du Québec. Et une femme de la Côte d’Ivoire m’a dit : Le français, c’est juste une langue pour moi. Ce n’est pas mon identité. Mon identité est liée à l’Afrique.

Il ne faut pas se leurrer. Dans les communautés francophones minoritaires du Canada, la maîtrise de l’anglais est une nécessité économique. On peut dire ce que l’on veut, mais trouver un emploi au Manitoba si on ne parle pas anglais, ce n’est pas facile – et conserver cet emploi l’est encore moins.

La nouvelle économie mondialisée entraîne de nombreuses transformations langagières et identitaires dans les communautés. On le voit au Canada, en Israël – et dans tous les pays industrialisés. Des tensions apparaissent entre les identités culturelles et linguistiques dans les villes et les provinces. Des identités culturelles et linguistiques hybrides se développent.

Comme je l’ai souvent dit au cours de mon mandat, le multiculturalisme et la dualité linguistique ne sont pas des concepts opposés. Au contraire : ce sont deux valeurs canadiennes, et ces valeurs sont partagées par tous les citoyens et citoyennes, peu importe leur origine ethnique ou leur langue maternelle.

Au Canada, compte tenu de l’apport grandissant des minorités ethnoculturelles au développement de nos communautés francophones, nous ne pouvons plus baser l’identité uniquement sur un passé commun. Aujourd’hui, il faut accorder de l’importance à toutes les cultures qui composent la francophonie.

Les institutions gouvernementales qui incitent les immigrants francophones à s’installer à l’extérieur du Québec affrontent aussi leur part de défis. Nos institutions ont la responsabilité d’expliquer très clairement la réalité des communautés francophones. Chacun se réjouit de voir que l’arrivée d’immigrants francophones renforce la vitalité des communautés, mais si ces immigrants ne sont pas bilingues, c’est-à-dire s’ils ne parlent pas français et anglais, le choc sera violent pour eux.

Les immigrants ne comprennent pas toujours la complexité de la réalité linguistique au Canada. Ils croient que parce que le Canada est bilingue, il est bilingue partout. C’est loin d’être la réalité canadienne, et loin de la réalité des communautés francophones hors Québec.

Par ailleurs, la situation actuelle des communautés anglophones au Québec a changé : l’incertitude et l’insécurité sont moins présentes. Grâce à la mise sur pied de programmes d’immersion en français ainsi qu’à l’appui et à l’intérêt qu’elles leur ont accordés, les communautés anglophones du Québec ont démontré non seulement leur volonté, mais aussi leur détermination à jouer un rôle important dans la société québécoise et à en faire partie intégrante. Elles sont prêtes à utiliser la langue de la majorité tout en demeurant fières de leur propre langue, de leur patrimoine et de leurs institutions.

Le Québec est la province où l’on trouve la plus grande proportion de personnes bilingues au Canada : selon le recensement de 2006, plus du tiers des francophones (36 p. 100) et plus des deux tiers des anglophones (69 p. 100) de la province déclarent parler français et anglais. Chez les Québécois anglophones de 18 à 34 ans, ce pourcentage atteint près de 80 p. 100. Au cours des 40 dernières années, aucune autre communauté canadienne n’a amélioré sa capacité de parler une autre langue officielle autant que les communautés anglophones du Québec.

Il ne faut pas non plus sous-estimer l’importance du milieu associatif dans l’intégration des immigrants. Il y a quelques années, j’ai été touché par le récit d’un professeur de l’Université de Moncton d’origine algérienne qui racontait son arrivée dans la Péninsule acadienne. Sans l’appui du mouvement scout, disait-il, il serait retourné en Algérie. Le choc culturel aurait été trop grand.

Je crois qu’il est également important de ne pas transmettre les valeurs quelque peu idéalistes dont nous faisons actuellement la promotion auprès des immigrants. À Halifax, au cours d’un atelier sur les valeurs canadiennes qui se déroulait dans le cadre d’un forum de discussion sur les perceptions des Canadiens de diverses origines envers la dualité linguistique, j’ai entendu le témoignage d’un homme originaire de la Colombie. Tous les participants mentionnaient des valeurs typiquement canadiennes, de belles valeurs : la tolérance, l’inclusion, la coopération. Lorsque cet homme a pris la parole, il a déclaré que ce n’est pas du tout ce qu’il avait constaté lorsqu’il est arrivé au Canada. Ce qu’il avait remarqué, c’était la compétition, l’individualisme, le matérialisme. Ce n’est qu’après avoir quitté Montréal pour une petite communauté du Nouveau-Brunswick qu’il a découvert que les « bonnes valeurs », comme la solidarité et l’inclusion, existaient vraiment au Canada. Cet homme travaille maintenant pour un organisme qui offre des services d’établissement aux immigrants qui arrivent en Acadie.

Cela m’a porté à réfléchir sur la façon dont nous accueillons les nouveaux immigrants. Nous répétons de belles phrases au sujet des valeurs canadiennes. Nous faisons la promotion d’une vision idéaliste du Canada en tant que pays accueillant et inclusif, sans nécessairement reconnaître que la réalité est parfois totalement différente et qu’il y a des différences énormes d’une province et d’une ville à l’autre.

C’est cette discordance qu’il faut examiner avec le plus grand respect et la plus grande délicatesse possible. Une approche uniformisée ne fonctionne pas lorsqu’il s’agit de nos politiques d’accueil des immigrants dans nos communautés minoritaires. Accueillir un cuisinier belge qui veut ouvrir un restaurant à Winnipeg, ce n’est vraiment pas la même chose qu’accueillir une famille qui a passé les cinq dernières années dans un camp de réfugiés à la frontière du Rwanda et du Congo. Ces situations requièrent la participation de toute une gamme d’organismes et de différents types de structures d’accueil, ainsi qu’une grande collaboration entre les parties concernées. Pour aider efficacement les gens qui ont vécu des expériences traumatisantes, il faut leur offrir un soutien approprié. Et nous devons accorder une attention particulière aux jeunes dont le niveau scolaire ne correspond pas à leur âge ni à leurs expériences. Mettre un jeune de 16 ans dans une classe de 6e ou de 8e année, cela équivaut pratiquement à l’inciter à abandonner ses études. De nombreuses familles immigrantes subissent un stress considérable; les deux parents étant absents parce qu’ils occupent deux emplois, souvent au salaire minimum. C’est une réalité avec laquelle les organismes d’établissement doivent composer.

Je répète ce que j’ai déjà dit : il ne faut jamais sous-estimer l’importance du milieu associatif dans l’intégration des immigrants francophones. L’intégration des nouveaux arrivants francophones et des minorités ethnoculturelles d’expression française requiert du tact. Au Canada, bon nombre d’organisations jouent un rôle d’importance capitale dans l’inclusion de la diversité, l’élimination du racisme et la participation pleine et équitable des nouveaux arrivants francophones à tous les aspects de la vie canadienne. Elles jouent un rôle clé dans la réussite ou l’échec des politiques d’établissement des immigrants.

La vitalité de nos communautés linguistiques dépend du degré de participation et d’engagement des immigrants. C’est ce que mon équipe a constaté au cours des dernières années, lors de la préparation d’une série d’études de cas sur la vitalité des communautés. Nous avons noté que l’immigration est un facteur de développement important dans toutes les communautés étudiées : les communautés francophones de Sudbury, d’Halifax, de Winnipeg, de Calgary et de la Colombie-Britannique ainsi que les communautés rurales de la Saskatchewan et les diverses communautés anglophones du Québec. Dans presque tous les cas, un lien direct a été fait entre une plus grande diversité de la communauté et sa vitalité. Ces études sur la vitalité des communautés peuvent être consultées sur le site Web du Commissariat aux langues officielles.

Je ne pense pas exagérer en disant que le Canada est en période de réflexion intense concernant son approche en matière de diversité et d’immigration, et il n’est pas le seul. Le monde évolue rapidement. Il est donc essentiel de disposer d’outils et de politiques souples qui nous permettent de nous adapter à la réalité actuelle. Les populations vont continuer à se diversifier à un rythme accéléré. Compte tenu de ce fait, certains journalistes canadiens ont déclaré que l’assimilation s’observe de plus en plus et que le français va disparaître de l’arène politique nationale. Cependant, ces mêmes commentaires ont été faits à maintes reprises au cours des deux derniers siècles et se sont toujours révélés faux. La vitalité francophone est très présente partout au Canada et continuera de l’être.

Le défi à relever, c’est de trouver le moyen d’assurer l’intégration sociale de sorte que les communautés établies et les nouveaux arrivants puissent s’épanouir côte à côte, dans le but de favoriser la compréhension et l’appréciation mutuelles. Nous ne pouvons qu’espérer que le succès remarquable de l’école Bialik-Rogozin de Tel Aviv, relaté dans le documentaire récipiendaire d’un Oscar, incitera tous les pays à renforcer la vitalité de leurs communautés linguistiques afin d’assurer une plus grande cohésion sociale, laquelle est indispensable à l’unité nationale.

Merci.

Notes de bas de page

Note de bas de page 1

www.strangersnomoremovie.com/ (en anglais seulement)

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Date de modification :
2018-09-13