Archivé - Notes pour un discours sur la diversité et les langues au Canada prononcé au Halbert Centre for Canadian Studies

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Jérusalem, le 16 mai 2012
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi


Début de dialogue

Mesdames et Messieurs, bonjour.

Je suis ravi d’avoir l’occasion de prendre la parole ici, à l’Université hébraïque de Jérusalem. J’aimerais remercier le Halbert Centre for Canadian Studies et l’Association d’études canadiennes en Israël de leur invitation. C’est ma première visite en Israël, et c’est avec beaucoup de plaisir que je découvre votre magnifique pays.

Je dois avouer que tout Canadien qui parle d’immigration en Israël ne peut le faire que dans un esprit d’humilité. Au chapitre de l’immigration juive, la réputation du Canada est entachée. Comme le signalent Irving Abella et Harold Troper dans leur remarquable ouvrage None Is Too Many, le Canada a essayé, avec beaucoup de succès, de fermer la porte aux réfugiés juifs qui fuyaient l’Holocauste. Le titre de l’ouvrage fait référence à une réflexion déshonorante d’un haut fonctionnaire du gouvernement Mackenzie King. Lorsqu’on lui avait demandé combien de réfugiés juifs le Canada accepterait, il avait répondu : « Aucun, c’est encore trop. »

Nous nous sommes cependant repris après la guerre, et nous en avons grandement bénéficié : quatre des neuf juges de la Cour suprême du Canada sont juifs, et l’une de ces juges est la fille de survivants de l’Holocauste. L’histoire de la communauté juive du Canada fournit beaucoup d’exemples de succès remarquables. Les écrivains, cinéastes, artistes, gens d’affaires, avocats et juges juifs – un groupe qui comprend le regretté Mordecai Richler, David Cronenberg, Charles Pachter, Charles Bronfman, Edward Greenspan et Rosalie Abella – ne sont pas considérés comme des éléments d’une minorité marginale, mais comme des acteurs importants de la société canadienne.

Cette transition, depuis les marges jusqu’au cœur de la vie publique canadienne, ne s’est pas faite instantanément ni automatiquement : en 1962, mon père faisait partie du petit groupe de membres du Rideau Club qui avaient menacé de démissionner si le Club n’admettait pas un certain nombre de membres juifs potentiels, notamment Louis Rasminsky, alors gouverneur de la Banque du Canada. Il y quelques dizaines d’années, nous en étions encore à l’époque des premières : le premier gouverneur juif de la Banque du Canada, le premier membre juif du Cabinet, le premier membre juif de la Cour suprême, et ainsi de suite. Cette époque, je suis heureux de le dire, semble aussi lointaine que l’époque des quotas de juifs dans les universités canadiennes.

Le Canada, tout comme Israël, a toujours été un pays d’immigrants et il continuera d’en être ainsi. Mais dans la société canadienne, la cohabitation de la dualité linguistique et de la diversité culturelle est un enjeu de plus en plus important, qui prend peut‑être un peu plus de place dans nos communautés francophones minoritaires qu’ailleurs. En raison de la petite taille de ces communautés, les répercussions sur la vie sociale sont plus grandes et se font sentir plus rapidement.

La dualité linguistique est une valeur canadienne de premier ordre, et il est impératif de prendre les mesures nécessaires pour veiller à l’épanouissement de nos communautés de langue officielle en situation minoritaire. Il y va de l’équilibre sociolinguistique de la nation. Cependant, contrairement à certains pays dans le monde, l’anglais au Canada n’est pas une langue neutre sur le plan politique. En raison de la domination historique de l’anglais au Canada, cette langue ne peut être utilisée comme langue neutre permettant la communication entre les différentes communautés nationales et linguistiques.

J’aimerais préciser que le fait que le Canada est un pays avec deux langues officielles ne signifie pas que tous les Canadiens sont ou doivent être bilingues.

Au contraire : le bilinguisme officiel signifie que les institutions fédérales sont bilingues afin que les citoyens, eux, n’ont pas besoin de l’être. Une majorité de Canadiens anglophones ne parlent pas le français, et une majorité de Canadiens francophones ne parlent pas l’anglais. Mais ils ont le même droit de se faire servir dans la langue officielle de leur choix au gouvernement fédéral.

Voilà seulement une dizaine d’années, l’immigration francophone dans les différentes régions ne figurait pas au programme politique et administratif. Les choses ont changé, et ce, grâce à l’engagement et à la volonté de nos gouvernements et de nos partenaires. Mais aussi, comme le montrent les récentes données du recensement de 2011, en raison du rôle de plus en plus important que joue l’immigration dans la croissance démographique du Canada et dans la préservation de nos communautés de langue officielle en situation minoritaire.

Israël s’est servi de la langue et de la revitalisation linguistique comme outils pour rapprocher les immigrants de partout dans le monde, les immigrants qui sont venus en Israël depuis la création du pays en 1948. Le développement et l’adaptation de l’hébreu pour en faire une langue moderne et la langue publique des Israéliens et des immigrants venus s’établir en Israël illustrent de façon remarquable comment la langue peut être un outil d’unification. Israël incarne un modèle pour quiconque s’intéresse aux questions de l’immigration, de la diversité et de la vitalité linguistique.

L’expérience du Canada est bien différente et celle du Québec au sein du Canada l’est tout autant. Notre démarche à l’égard de l’identité et de la dualité linguistique, notre conception de la citoyenneté, notre attitude envers les nouveaux arrivants et notre expérience de la colonisation sont autant de facteurs qui font que le pluralisme canadien n’est pas seulement une politique, mais une réalité. Et, contrairement à certains autres pays, cette réalité est soutenue par les Canadiens et Canadiennes de toutes les origines.

À la base, les politiques canadiennes sur le multiculturalisme et la dualité linguistique reposent toutes deux sur la diversité. La diversité culturelle et la dualité linguistique sont deux valeurs fondamentales et complémentaires qui caractérisent l’identité canadienne. Le multiculturalisme canadien découle de notre conviction que tous les citoyens sont égaux.

La communauté juive a de profondes racines au Canada. De 1775 à 1781, pendant la Révolution américaine, les communautés juives du Québec ont pris le parti des Britanniques, même si la plupart d’entre elles avaient des liens familiaux avec les colonies américaines. En 1807, Ezekiel Hart fut le premier juif à être élu à l’Assemblée législative du Bas‑Canada, mais il n’a pas pu assumer ses fonctions parce qu’il a refusé de prêter serment sur « la vraie foi d’un Chrétien ». Ce n’est qu’en 1832 que les juifs canadiens ont obtenu tous les droits des sujets britanniques, y compris le droit de siéger au Parlement et d’exercer des fonctions officielles.

Pendant une bonne partie de l’histoire du Canada, ce n’est qu’au Canada anglais que l’immigration et la diversité étaient considérées comme des atouts. Le Canada français les percevait comme une menace à sa pérennité et à sa vitalité. Au Canada, nous désignons la barrière linguistique par l’expression « les deux solitudes ». En 2010, Pierre Anctil, qui est ici aujourd’hui, a codirigé la publication d’un livre sur les communautés juives de MontréalNote de bas de page 1, dans lequel il appelle la communauté juive la « troisième solitude ». À Montréal, au Québec, les communautés francophone et juive ont traditionnellement vécu dans des sociétés distinctes et parallèles et, jusqu’aux années 1960, les rapprochements entre les deux étaient rares.

Selon Pierre Anctil, entre les deux guerres, la communauté juive et les Canadiens français n’avaient pas beaucoup d’occasions de se rencontrer, sauf peut‑être dans la rue. La bourgeoisie québécoise avait adopté la position de l’Église catholique, qui était très hostile aux juifs. Cela a donné lieu à certains incidents déplorables d’antisémitisme dans les années 1930. En 1963, André Laurendeau, qui était le coprésident de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme dans les années 1960, s’est excusé par écrit de manière très touchante pour une réunion qu’il avait aidé à organiser 30 ans plus tôt. « Je peux encore me voir et m’entendre beugler avec les autres à la réunion tandis que, dans une autre partie du monde, un juif allemand, en acceptant de s’exiler, sauvait sa famille de la mort. »

Le climat de méfiance qui existe depuis longtemps entre les deux groupes linguistiques du Canada et les blâmes qu’on s’adresse de part et d’autre font en sorte que les gens du Canada anglophone qui reprochent au Québec son antisémitisme ont tendance à oublier qu’à l’époque de la réunion à Montréal pour laquelle Laurendeau a présenté ses excuses, il y avait des émeutes antisémites au parc Christie Pits de Toronto. Et que les juifs qui étaient exclus de l’Université McGill et de l’Université de Toronto à cause des quotas étaient accueillis à l’Université de Montréal, une institution francophone. Aucune des deux solitudes n’a de quoi être fière à cet égard.

Le boulevard Saint‑Laurent, la ligne de séparation traditionnelle entre les anglophones et les francophones de Montréal, était appelé familièrement « la Main ». Il n’y avait pas d’église sur ce boulevard, c’était une « zone libre ». Les juifs y étaient chez eux alors que beaucoup de Canadiens français, venus des campagnes, arrivaient dans une ville que le clergé leur présentait comme dangereuse, hostile et dominée par les Anglais.

Un des facteurs qui a contribué à diviser davantage la communauté juive et le Québec francophone, c’est que les juifs séfarades francophones qui ont émigré à Montréal après avoir été forcés de quitter l’Afrique du Nord dans les années 1950 ont été orientés vers les écoles protestantes, autrement dit vers les écoles anglophones. Par conséquent, la majorité francophone s’est développée en ayant peu de contacts avec les juifs et en connaissant peu cette communauté.

Laissez-moi vous donner deux exemples.

Lorsque le film Annie Hall de Woody Allen est sorti en 1977, je vivais avec ma famille à Montréal. Un couple d’amis québécois est allé voir ce film et est revenu nous voir tout de suite après. « Il faut que vous nous expliquiez ce film, nous ont‑ils dit. Nous n’avons rien compris. »

C’était une période de bouleversement au Québec : le Parti Québécois avait été élu un an plus tôt, et beaucoup de membres de la communauté juive étaient tout simplement terrifiés. Ils avaient déjà été témoins de la montée du nationalisme, et ils étaient convaincus que les choses tourneraient mal.

Le Congrès juif canadien avait embauché le regretté Michael Yarosky comme ambassadeur de facto de la communauté juive auprès du nouveau gouvernement. Yarosky, dont la famille avait été évacuée d’Europe après la guerre, avait grandi dans un petit village des Laurentides et parlait un niveau de français familier. L’argument qu’il faisait valoir devant les membres de la communauté juive, c’est qu’ils étaient arrivés au Québec pauvres, sans instruction et alors qu’on ne voulait pas d’eux, et qu’ils étaient maintenant riches, très scolarisés et qu’on voulait d’eux.

Il y avait des malentendus de part et d’autre. Les juifs se méfiaient du nationalisme québécois, tandis que les nationalistes québécois estimaient que ceux qui soutenaient l’indépendance d’un petit pays hébreu de six millions d’habitants au Moyen‑Orient devraient soutenir l’idée d’indépendance d’un petit pays francophone de six millions d’habitants en Amérique du Nord. La réticence – ou plutôt le refus – de la communauté juive d’appuyer l’indépendance du Québec a déçu de nombreux nationalistes québécois.

Yolande Cohen, professeure d’histoire à l’Université du Québec à Montréal, dit que les séfarades marocains, des francophones « arrivés au Québec à un moment de trouble dans les identités québécoise et canadienne [étaient] hermétiques au projet souverainiste. Il n’y [avait] pas de similitude entre leur système de valeurs et celui des Québécois d’origine canadienne‑françaiseNote de bas de page 2. »

Avoir une langue commune ne signifie donc pas nécessairement qu’on a la même culture et les mêmes valeurs. À la base, les politiques canadiennes sur le multiculturalisme et les langues officielles reposent toutes deux sur la diversité. Le multiculturalisme résulte de la conviction que tous les citoyens sont égaux, et il fait en sorte que tous les citoyens peuvent conserver leur identité, être fiers de leurs origines et avoir un sentiment d’appartenance. Ces politiques proviennent toutes deux des recommandations du Rapport de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, publié il y a une quarantaine d’années.

Les recommandations de la Commission royale nous semblent bien évidentes aujourd’hui : que toute discrimination fondée sur la race, les croyances, la nationalité ou l’origine soit interdite; que les mêmes conditions s’appliquent à tous les immigrants à l’égard de la citoyenneté, du droit de vote et du droit de se porter candidats à des charges publiques, et ce, qu’importe leur pays d’origine; que l’enseignement des autres langues que le français et l’anglais soit offert au niveau primaire si la demande le justifie; et que les enfants qui ne comprennent ni l’une ni l’autre des langues officielles à leur inscription au système scolaire public reçoivent une aide appropriée.

Depuis plusieurs années, le Commissariat aux langues officielles s’intéresse à la nécessité de trouver de nouvelles façons pour mieux comprendre la perception des Canadiens et des Canadiennes envers la dualité linguistique. Le multiculturalisme canadien vise à reconnaître la vitalité des diverses cultures minoritaires, sans nuire à l’épanouissement individuel de leurs membres. Pour sa part, le bilinguisme est une compétence qui peut bâtir des ponts entre les langues et les cultures – selon moi c’est la raison pour laquelle la dualité linguistique et la diversité culturelle sont complémentaires plutôt que contradictoires, comme certains le pensent.

Le fait demeure que le Canada est un des rares pays du monde industrialisé où l’on constate systématiquement des niveaux élevés d’immigration, mais aussi une attitude très positive du public à l’égard de l’immigration. Depuis 1986, les niveaux d’immigration ont presque triplé. En 1986, le Canada a accueilli 99 354 résidents permanents. Ce nombre est passé à 280 681 en 2010Note de bas de page 3. Le gouvernement a cependant reconnu que cette augmentation considérable du nombre d’immigrants représente un défi pour les communautés de langue officielle.

Prenons par exemple la communauté francophone du Manitoba. Au cours des cinq dernières années, la politique gouvernementale visait précisément à inciter les immigrants francophones à s’installer dans des communautés à l’extérieur du Québec, et les statistiques récentes montrent que les communautés francophones du Manitoba se transforment en raison de l’augmentation de l’immigration. Si l’on se fie aux chiffres de Statistique Canada qui viennent tout juste d’être publiés, la croissance démographique du Canada s’est accélérée depuis le dernier recensement et est passée à 5,9 p. 100. La province qui a connu le plus haut taux de croissance est l’Alberta, soit 10,8 p. 100. Si on compare Winnipeg aux autres villes du pays à l’extérieur du Québec, on y compte la proportion la plus importante d’immigrants francophones venant d’Afrique. En 2006, 11 955 immigrants sont arrivés au Canada des pays francophones de l’Afrique. En 2008, ce nombre a grimpé à 13 777 et en 2010, il s’est élevé à 15 608. Depuis 2006, 1 500 immigrants de pays africains majoritairement francophones se sont établis au ManitobaNote de bas de page 4.

Pour une communauté francophone minoritaire qui possède une identité historique basée sur des ressources traditionnelles comme la paroisse et l’Église, c’est tout un défi de faire la transition de communauté canadienne-française à communauté d’accueil francophone. Ces communautés vivent des bouleversements. Elles ont un énorme travail de préparation à effectuer – avant l’accueil et surtout pendant la période d’adaptation des nouveaux arrivants.

Et toujours à titre de commissaire aux langues officielles, je me réjouis que nos communautés de langue officielle voient leur vitalité renforcée au moyen de l’arrivée d’immigrants francophones. Mais le défi est de taille. Comment améliorer le sens d’appartenance à une communauté? Comment transformer des communautés qui possèdent déjà des repères identitaires culturels solides? Comment faire en sorte que ces immigrants francophones trouvent leur place au sein du « nous »? Nos communautés traditionnellement « canadiennes-françaises » se transforment petit à petit en « communautés francophones »; l’identité culturelle de ces communautés se voit bousculée. Cela ne se fait pas sans heurts. Tant les immigrants que les communautés d’accueil vivent un « choc culturel » auquel ils doivent s’adapter. C’est également toute notre perception de la dualité linguistique au Canada qui est touchée.

C’est donc dire qu’au Canada, il y a deux langues majoritaires – mais, officiellement, il n’y a pas deux cultures majoritaires. La langue est un élément transactionnel. Autrement dit, si la politique sur les langues officielles n’a pas pour but d’exiger que tous les Canadiens soient bilingues, il doit cependant y avoir un certain nombre de Canadiens bilingues pour que le gouvernement puisse offrir des services dans les deux langues. Mais les langues officielles sont aussi au cœur des valeurs canadiennes. La dualité linguistique est une valeur fondamentale du Canada, qui sert de lien entre les cultures. C’est, selon moi, le point de départ du multiculturalisme canadien – l’acceptation d’une société qui parle une autre langue a jeté les bases pour la création d’un pays qui accueille de nouveaux arrivants.

Le mot « multiculturalisme » est devenu un terme ambigu en Europe, où il a pris une signification bien différente de celle qu’il a au Canada. En Europe, le multiculturalisme a souvent été conçu comme une solution de rechange à la citoyenneté, par exemple l’éducation en turque pour les ouvriers étrangers de l’Allemagne, en tenant pour acquis qu’ils retourneront éventuellement en Turquie. Au Canada, les politiques sur le multiculturalisme visent à intégrer les nouveaux arrivants et à leur permettre de tisser des liens avec la société dans son ensemble; elles constituent un point de départ pour arriver à la citoyenneté. On peut bien parler de multiculturalisme, de pluralisme ou d’interculturalisme, un terme qui est maintenant courant au Québec, – et il est facile de s’égarer dans les considérations sémantiques – mais la société canadienne recherche continuellement l’équilibre entre le respect culturel et la cohésion sociale.

Je pense que la situation actuelle est très différente de celle qui prévalait en 1971, à l’époque où la politique sur le multiculturalisme a été adoptée. Lorsque la Commission royale sur le bilinguisme et le biculturalisme a fait ses recommandations, la majorité des immigrants venaient encore d’Europe et les réfugiés, des pays derrière le Rideau de fer. L’Asie était encore une région très pauvre et on tolérait l’immigration asiatique sans l’encourager. La littérature dynamique des immigrants était dominée par le choc culturel et l’adaptation culturelle au sein d’une majorité souvent hostile. Et puis, l’immigration demeurait à sens unique : les immigrants arrivaient, s’adaptaient, s’intégraient et restaient.

En raison de la mondialisation, les identités sont plus floues, les racines sont moins évidentes, les rapports humains sont caractérisés par le mouvement. C’est une indication que le concept de « notre pays », qu’il s’agisse du Canada ou d’Israël, se transforme. Nous vivons ensemble dans un monde diversifié. C’est pourquoi le concept est devenu plus vague, plus modulable et moins rigide.

Les forces des marchés internationaux redéfinissent la valeur des langues et bon nombre de pays n’ont pas tardé à comprendre qu’ils ne pouvaient plus se développer en n’utilisant qu’une seule langue. Les deux langues officielles du Canada, le français et l’anglais, sont des langues internationales. Cela peut constituer un atout pour le Canada sur le plan international en nous permettant de prendre part aux instances de la Francophonie et du Commonwealth, et de communiquer, grâce à ces deux langues, avec une grande partie du monde.

Les discussions qui émanent de la présence de deux langues et cultures vibrantes sur notre territoire ne sont pas seulement une source de tensions et de différends. Elles sont aussi une source de créativité, d’innovation et de dialogue continu. Le fait que deux groupes linguistiques doivent toujours travailler ensemble a aidé le pays et la société canadienne à développer des valeurs telles le respect, le compromis, l’empathie et l’acceptation.

Les tensions qu’il faut régler peuvent déboucher sur des progrès et être une source d’innovation. Cela signifie que, si les difficultés du pluralisme d’aujourd’hui diffèrent de celles d’il y a 40 ans, elles conservent des similitudes. Le défi fondamental consiste à développer le sentiment du « nous ». Et cela s’applique au Canada comme en Israël.

Parmi les grands progrès réalisés au Canada depuis 50 ans, soulignons la croissance du sentiment d’inclusion. Par exemple, les religions ou les coutumes religieuses qui étaient marginales autrefois font maintenant partie de la vie courante.

La prochaine étape pour la société canadienne est d’accepter de la même manière les croyances et les coutumes qui entrent maintenant en scène, c’est‑à‑dire les nouveaux courants culturels qui animent la société canadienne d’aujourd’hui.

La langue n’est qu’un des nombreux éléments qu’utilisent les Canadiens et Canadiennes pour définir leur identité. Mais dans un monde en évolution où la mondialisation rend de plus en plus difficile la définition de l’identité nationale, la dualité linguistique demeure une caractéristique indéniable de la société canadienne. D’un point de vue réaliste autant que symbolique, cette dualité favorise le respect, l’acceptation, l’empathie et le dialogue interculturel.

Merci.

Notes de bas de page

Note de bas de page 1

Pierre Anctil, Ira Robinson (sous la direction de), Les communautés juives de Montréal: Histoire et enjeux contemporains, Québec, Éditions Septentrion, 2010, 275 p.

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Note de bas de page 2

Pierre Anctil et Ira Robinson : la «troisième solitude»

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Note de bas de page 3

Aperçu de l’immigration : Résidents permanents et temporaires archivé

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Note de bas de page 4

Francophone community grows (en anglais seulement)

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Date de modification :
2018-09-13