Archivé - Notes pour une allocution à prononcer à la soirée commémorative du centenaire de l’Assemblée communautaire fransaskoise

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Duck Lake, le 25 février 2012
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi


Début de dialogue

Mesdames et messieurs, bonsoir!

J’ai le plaisir d’être parmi vous aujourd’hui à Duck Lake afin de marquer le centenaire d’une francophonie organisée en Saskatchewan. En tant que commissaire aux langues officielles du Canada, j’en profite pour féliciter la province de la Saskatchewan d’avoir déclaré 2012 l’Année des Fransaskois!

Cette année, vous célébrez le centenaire de votre organisme phare, mais aussi 100 années de mobilisation et d’action communautaires. Tout a commencé en 1912, quand les francophones de la Saskatchewan ont mis sur pied une structure organisationnelle afin d’assurer la survie du fait français en Saskatchewan et le développement de la communauté fransaskoise. En 2012, les Fransaskois et les autres ont raison de faire la fête!

Ce centenaire est en effet une occasion pour tous de voir le chemin que votre communauté a parcouru, de célébrer vos réussites et de vous fixer de nouveaux défis en tant que communauté linguistique.

En plus d’être une célébration communautaire, le centenaire est l’occasion de faire connaître la communauté fransaskoise à la majorité anglophone et aux autres communautés francophones du pays et, pourquoi pas, du monde. C’est aussi une occasion précieuse de nourrir le sentiment d’appartenance et de fierté des Fransaskoises et des Fransaskois, et de tous les Saskatchewannais à l’héritage francophone ou sensibles à la langue française, qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs, et même s’ils ne parlent pas le français.

Car le fait français en Saskatchewan intéresse tous les francophones. Ainsi, le romancier québécois Jacques Poulin a utilisé l’histoire fictive d’une future vedette de la Ligue nationale de hockey pour raconter la résistance et la persévérance des Fransaskois dans la défense de leur histoire, de leurs droits et de leur langue.

Il faut absolument que je reste dans la peau du hockeyeur. Je n’y arrive plus tout à fait. Parfois je suis lui, parfois je redeviens moi. Je ne suis pas certain d’avoir le ton qui convient.

Le chef militaire passe quatre jours à la recherche de Riel. Ses efforts sont vains. Il apprend que son ami est en route pour se livrer au général anglais. Son but : concentrer sur lui-même la colère de l’ennemi, et devenir un martyr afin d’assurer l’avenir des Métis de l’Ouest canadienNote de bas de page 1.

Les francophones de la Saskatchewan ont parcouru un long chemin dans la défense de leur culture et de leur langue. Aujourd’hui, en soulignant le centenaire de l’Assemblée communautaire fransaskoise (ACF), nous célébrons non seulement un siècle de survie de la communauté fransaskoise, mais aussi sa riche histoire!

La première francophonie dans l’Ouest canadien était métisse. Les Métis francophones ont émigré vers les plaines de la Saskatchewan dès le XVIIIe siècle afin d’échapper aux dures contraintes imposées par les Anglo‑Canadiens protestants alors au pouvoir.

Partout dans l’Ouest, depuis la Résistance métisse de 1885, les relations entre francophones et Métis ont été parfois tendues. Les deux groupes n’étaient pas toujours d’accord sur les orientations à prendre dans le sillon de la Résistance.

Aujourd’hui, la francophonie de la Saskatchewan a tourné la page. Les Métis et les Fransaskois sont partis de leur patrimoine commun pour établir un dialogue. Le 28 janvier dernier, dans le cadre des Tables rondes franco-métisses de l’Institut français de l’Université de Regina, le président de la Nation Métis de la Saskatchewan, Robert Doucette, et le président de l’ACF, Paul Heppelle, ont signé un pacte de solidarité.

À cet effet, j’aimerais féliciter l’Institut français de l’Université de Regina d’avoir lancé ces tables rondes franco-métisses qui ont permis d’instaurer un dialogue interculturel entre les Fransaskois et les Métis. La signature de ce pacte est un geste public qui confirme les intentions des deux groupes de continuer à dialoguer et de s’appuyer mutuellement. C’est aussi une bonne nouvelle pour tous les Canadiens et les Canadiennes : ce pacte de solidarité est un geste symbolique d’ouverture et de coopération qui pourra servir d’exemple aux autres communautés canadiennes.

Mais revenons à notre survol historique. Un important mouvement d’émigration s’est amorcé vers les Prairies à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle jusqu’au début du XXe siècle. Des francophones de diverses souches sont venus s’installer en Saskatchewan. En faisaient partie majoritairement des Québécois, mais aussi des Acadiens (certains passés par les États-Unis), des Français, des Belges, des Suisses et même des Allemands francophones d’Alsace et de Lorraine. Tous ces francophones se sont regroupés afin de mettre en place les institutions nécessaires à leur développement.

Et puis l’arrivée du chemin de fer en Saskatchewan a tout changé. La venue massive d’immigrants non francophones a fait que les francophones se sont rapidement retrouvés en minorité.

En 1910, la Saskatchewan comptait vingt-trois mille francophones éparpillés dans trois grandes régions de la province et dans une centaine de petites localités. La même année, ici même à Duck Lake, le journal Le Patriote de l’Ouest publiait son premier numéro. Ses objectifs étaient :

  • de servir les francophones de l’Ouest;
  • de défendre leurs intérêts;
  • de protéger la langue française;
  • de veiller à l’augmentation du nombre de « parlants français » dans l’Ouest canadien.

C’est grâce à ce journal que les francophones de la Saskatchewan ont réussi à s’unir et à s’entraider.

Bref, ensemble, les Canadiens-Français de la Saskatchewan ont prouvé que, même dispersés, ils étaient unis dans leur âme et dans leur cœur, et étaient prêts à se regrouper pour défendre leurs droits.

En février 1912, il y a donc 100 ans, au-delà de 450 personnes ont assisté à une réunion spéciale tenue ici même à Duck Lake. Au cours de cette rencontre, on a prononcé de nombreux discours qui touchaient des questions d’une importance vitale pour les Canadiens-Français et qui sont d’actualité encore aujourd’hui :

  • Le statut légal de la langue française en Saskatchewan;
  • Les difficultés rencontrées dans l’enseignement du français;
  • La nécessité de consolider les groupes canadiens-français par la colonisation/l’immigration;
  • L’établissement d’une organisation chargée d’attirer de nouveaux arrivants francophones en Saskatchewan;
  • L’avenir de la langue française dans l’Ouest.

Au congrès de Duck Lake, les participants ont approuvé à l’unanimité la fondation d’un organisme canadien-français pour la Saskatchewan. C’est alors qu’a commencé l’aventure qui devait donner naissance à l’ACF, cette organisation qui souffle aujourd’hui ses 100 bougies!

Il s’en est passé des choses en 100 ans d’existence en Saskatchewan francophone.

Comme vous le savez, au début des années 1960, l’échiquier politique du Canada a été bouleversé : la montée du nationalisme québécois a forcé les gouvernements à écouter les demandes des francophones; des laïcs ont pris les rênes des grands organismes de regroupement national. Du coup, l’Association catholique franco-canadienne de la Saskatchewan a changé de nom en 1964 pour devenir l’Association culturelle franco-canadienne de la Saskatchewan (ACFC). Alors que jusque-là, cette association avait servi de « ministère de l’éducation en langue française », elle pouvait désormais se consacrer à l’animation socioculturelle et au développement d’un « leadership » laïc.

Entre 1968 et 1975, l’ACFC s’est surtout intéressée à la mise en valeur des citoyens au sein des communautés francophones de la province. C’est de cette époque que datent ses premières actions pour créer des programmes d’animation sociale, mettre sur pied des centres culturels, favoriser la promotion de la culture et offrir des activités adaptées à la jeunesse fransaskoise.

Parallèlement sur la scène fédérale, la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme avait conclu, en 1967, que les francophones n’occupaient pas la place qui leur revenait dans la fonction publique du pays et que les minorités francophones recevaient un traitement inférieur à la minorité anglophone au Québec. Le gouvernement fédéral a donc adopté la Loi sur les langues officielles en 1969 et créé le poste de commissaire aux langues officielles. La Loi proclame que le français et l’anglais ont « un statut et des droits et privilèges égaux quant à leur usage dans les institutions du Parlement et du gouvernement du Canada ».

Chez tous les francophones du Canada mais particulièrement chez les Fransaskoises et les Fransaskois, cette commission d’enquête, connue sous le nom de Laurendeau‑Dunton, a déclenché un profond désir de s’affirmer.

Au cours des années 1970, la lutte des francophones s’est intensifiée, notamment en faveur de l’éducation. On a créé de nouveaux organismes spécialisés auxquels on a confié des mandats précis pour desservir des clientèles cibles. Cela dit, et malgré quelques changements à la loi scolaire de la Saskatchewan en 1969, la situation de l’enseignement du français dans la province laissait toujours à désirer.

Dans les années 1980, grâce aux démarches des dirigeants de l’ACFC, le gouvernement provincial a mis sur pied le Bureau de la minorité de langue française, devenu la Direction de l’éducation française, à qui il a confié la responsabilité de l’éducation française en Saskatchewan. Sa mission principale était d’élaborer, d’essayer, d’implanter et de mettre à jour les programmes d’études en français, dont les programmes de français intensif pour les écoles d’immersion et les écoles fransaskoises. Cette direction joue encore aujourd’hui un rôle important dont dépend en partie l’avenir de la francophonie en Saskatchewan. L’éducation en français continue en effet d’être un enjeu incontournable dans l’Ouest canadien.

Les résultats de toutes ces actions – les vôtres – sont visibles et audibles. En 1984, j’ai suivi le président Mitterrand à Regina, où un banquet avait été organisé en son honneur. La communauté francophone était fière d’être au rendez-vous. Pourtant, elle restait fragile.

Nous sommes donc au début des années 1980. Un événement formidable est venu à la rescousse des Fransaskois. En 1982, le gouvernement fédéral a adopté la Charte canadienne des droits et libertés qui garantit l’accès à l’école française. Depuis, l’ACFC, rebaptisée l’Assemblée communautaire fransaskoise en 1999, n’a cessé de grandir, tandis que sont apparues de nouvelles organisations comme l’Association des juristes d’expression française de la Saskatchewan. La langue française est plus forte maintenant qu’il y a trente ans et c’est à vos efforts que nous devons cette prouesse.  

Aujourd’hui, l’ACF poursuit sa mission : protéger les droits de la communauté fransaskoise

  • en appliquant les droits acquis en vertu de la Charte canadienne des droits et libertés de 1982;
  • en veillant à la saine gouvernance de l’ensemble des structures fransaskoises;
  • en contribuant à mieux définir l’espace fransaskois des futures générations de francophones de la Saskatchewan.

Et aujourd’hui, l’histoire des Fransaskois entre dans une nouvelle phase. Les signes positifs ne manquent pas. Les Rendez-vous fransaskois et Francofièvre, deux célébrations importantes de la vie en français en Saskatchewan, connaissent un franc succès. La population anglophone de la province, elle aussi, répond à ces manifestations de vitalité avec curiosité et même intérêt.

Cela dit, les communautés de langue officielle sont en pleine transformation et les organismes qui les accompagnent dans leur développement doivent suivre le mouvement. C’est ce que fait l’ACF. Les administrations gouvernementales, plus particulièrement les institutions fédérales, doivent demeurer sensibles aux priorités de la communauté si elles veulent répondre à ses besoins et contribuer à son développement. Il y a deux ans, mon bureau a publié une étude sur la vitalité de la communauté fransaskoise qui a rappelé l’importance des produits du terroir pour l’épanouissement des communautés rurales. Et vous pouvez en être sûrs, en tant que commissaire aux langues officielles du Canada, je m’engage à poursuivre mon travail afin d’appuyer le développement de votre communauté.

Pendant plus d’un siècle, votre communauté – des générations de pionniers et d’immigrants francophones – a non seulement survécu, mais a réussi à s’épanouir pour devenir une collectivité dynamique. Les Fransaskois occupent un volet important de l’histoire du Canada. Vous avez contribué à forger l’identité de votre province en plus de faire rayonner la dualité linguistique dans l’ensemble du Canada.

Les Fransaskois sont solides et fiers, et ils ont raison de l’être.

Avec la célébration du centenaire de l’ACF commence une nouvelle page prometteuse de l’histoire de la communauté fransaskoise. Je vous souhaite de bien profiter des célébrations et longue vie à la communauté francophone de la Saskatchewan!

Je vous remercie.

Notes de bas de page

Note de bas de page 1

Jacques Poulin, L’homme de la Saskatchewan, Leméac/Actes sud, 2011, p. 63.

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Date de modification :
2018-09-13