Archivé - Allocution dans le cadre de la réunion des membres du Conseil des ressources humaines

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La dualité linguistique, une valeur véritablement canadienne Un leadership exemplaire à la fonction publique

Ottawa, le 15 décembre 2011
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi


Début de dialogue

Mesdames et Messieurs, bonjour.

Je souhaite tout d’abord remercier Mme Patti Kuntz de m’avoir invité à venir vous parler aujourd’hui. C’est la première fois que je m’adresse à vous, et c’est un grand plaisir de vous rencontrer.

Au fur et à mesure que notre pays évolue, nous faisons face à des enjeux importants comme la place qu’occupe la diversité au sein de la dualité linguistique canadienne ou le rôle du Canada dans l’économie du savoir d’aujourd’hui. En tant que cadres supérieurs des ressources humaines de vos organisations respectives, vous devez vous tenir au courant des tendances et des besoins actuels pour que la fonction publique demeure pertinente et en mesure de suivre le rythme de l’innovation et du renouvellement, et qu’elle continue d’être le juste reflet d’une société canadienne en mouvement.

Le rôle de la dualité linguistique dans la société canadienne est simple : nos deux langues officielles, l’anglais et le français, appartiennent aux Canadiennes et Canadiens de toutes origines et nous permettent d’établir un dialogue à l’échelle nationale, de bâtir des ponts.

Ce dialogue s’appuie sur le respect : le respect des citoyens unilingues, des communautés de langue officielle, du public qui bénéficie des services du gouvernement fédéral et des gens qui y travaillent.

Or, plus de 40 ans après l’entrée en vigueur de la Loi sur les langues officielles, son application connaît encore des ratés. Même si le gouvernement affirme dans ses discours du trône que la dualité linguistique est une valeur essentielle, avec des affirmations comme « notre pays est bilingue… notre gouvernement prendra des mesures en vue de renforcer davantage l’identité francophone du CanadaNote de bas de page 1 », il envoie encore des messages contradictoires : on ne tient pas toujours compte des répercussions possibles sur les communautés de langue officielle dans les restrictions budgétaires annoncées; on nomme un juge unilingue à la Cour suprême; on embauche un vérificateur général unilingue anglophone même si les critères obligatoires d’embauche stipulent que le candidat doit être bilingue.

Néanmoins, je demeure optimiste. La controverse autour des nominations a démontré que les attentes du public – anglophone et francophone – sont élevées. La barre est haute. Je crois sincèrement qu’en continuant d’exercer un leadership énergique et constant à la fonction publique, nous pouvons favoriser le développement d’une culture qui prône la dualité linguistique en tant que valeur et non en tant que fardeau.

Il faut ajouter que tous les signes ne sont pas négatifs : pour la première fois, la majorité des premiers ministres provinciaux est bilingue, tout comme le sont 8 candidats sur 9 au leadership du NPD. Sans oublier le premier ministre, le juge en chef de la Cour suprême, le chef d’état-major des Forces canadiennes, le greffier du Conseil privé ainsi que le ministre du Patrimoine canadien et celui de la Citoyenneté, de l’Immigration et du Multiculturalisme, qui viennent tous de l’Ouest canadien et qui sont bilingues.

Il faut toutefois demeurer à l’affût des conséquences que pourraient avoir les récentes coupures budgétaires sur la dualité linguistique à la fonction publique et sur les communautés de langue officielle par l’effet de rebond. Ma préoccupation relative aux coupes budgétaires au gouvernement fédéral est double. Premièrement, si chaque ministère traitant de questions qui touchent les communautés de langue officielle ou la formation linguistique effectue des coupures dans ce secteur, l’effet cumulatif pourrait être beaucoup plus important que 5 ou 10 %. La deuxième chose qui me préoccupe est que si ces coupures sont effectuées sans sérieusement considérer les répercussions possibles, on pourrait compromettre un programme ou nuire au bon fonctionnement d’une institution, et causer des dommages à long terme qui pourraient s’avérer irréversibles.

Pour mieux évaluer la situation de nos langues officielles à la fonction publique, le Commissariat entreprendra sous peu une étude sur la formation linguistique. Il s’agit d’un volet de la dualité linguistique auquel mon équipe et moi tenons beaucoup. Comme nous l’avons fait pour nos études précédentes, nous ferons preuve de beaucoup de rigueur et d’objectivité pour continuer à promouvoir l’utilisation des deux langues officielles afin que le gouvernement respecte ses engagements et ses obligations en matière de langues officielles.

En tant que membres du Conseil des ressources humaines, vous jouez un rôle crucial dans la réussite ou l’échec de la Loi sur les langues officielles dans la fonction publique; car maîtriser, utiliser et promouvoir les deux langues officielles sont aussi des compétences en leadership.

Le leadership au sein d’une institution fédérale qui respecte les deux langues officielles ne se limite pas à lire un discours en français, à animer une réunion bilingue ou à envoyer des courriels dans les deux langues officielles. En juin 2007, j’ai entendu Jeffrey Gandz, de l’Ivey Executive Program et de l’Ivey Leadership Program, parler de leadership et de l’importance de savoir influencer et de persuader, c’est-à-dire d’incarner des valeurs, d’en faire la promotion et de les mettre en pratique. Il a dit : « Si les leaders n’incarnent pas les valeurs, c’est bien simple, les valeurs n’existent pas. »

J’ai demandé à M. Gandz à quel point il était important pour les leaders d’être en mesure de communiquer avec l’ensemble de l’organisation et non seulement avec leurs subordonnés directs. Il m’a dit qu’il s’agit de la distinction fondamentale entre un leader et un gestionnaire. On gère un secteur, mais on exerce un leadership dans l’ensemble d’une organisation.

Être un leader dans la fonction publique signifie savoir analyser, expliquer et influencer; persuader, motiver et valoriser tous les employés, et ce, en français et en anglais.

Peu de temps après être devenu commissaire, j’ai rencontré des responsables de l’évaluation des langues secondes. Cela faisait des années que j’entendais des personnes se plaindre de la difficulté d’obtenir un C en interaction orale, et j’ai donc demandé quelles étaient les conditions requises pour ce faire.

On m’a dit que, pour obtenir un C en interaction orale, le candidat devait être capable d’expliquer un point en détail, devait pouvoir convaincre et devait pouvoir conseiller un collègue débutant.

J’ai conclu que ces compétences ne sont pas que linguistiques, elles sont aussi des compétences essentielles de leadership. En tant que cadres des ressources humaines, vous devez veiller à ce que les personnes qui entrent à la fonction publique ou qui y gravissent les échelons possèdent ces compétences. Mais que les postes à doter exigent ou non d’être bilingue, il est impératif que la dualité linguistique demeure au cœur des valeurs de la fonction publique, toutes compétences linguistiques confondues, région désignée bilingue ou non.

La dualité linguistique est une valeur immuable à la fonction publique. Lorsqu’on choisit de travailler à la fonction publique et d’être au service de tous les Canadiens et Canadiennes, on choisit aussi d’adopter la dualité linguistique en tant que valeur et de mettre les deux langues officielles sur un pied d’égalité. La dualité linguistique à la fonction publique n’est ni un choix ni une prise de position politique, c’est une valeur que nous partageons tous et toutes, que nous soyons bilingues ou non!

La dualité linguistique, tout comme la diversité, est au cœur d’une fonction publique représentative, diverse et perfectionnée. Le bilinguisme, dans ce contexte, est une compétence qui permet d’établir une fonction publique plus performante. L’étude que nous avons publiée cette année, Au-delà des réunions bilingues : Comportements en leadership des gestionnaires, vise à inspirer les hauts fonctionnaires et les gestionnaires dans leur définition de la norme en matière de langues officielles pour leur organisation.

La désignation bilingue des postes de supervision est un critère essentiel. Il s’agit de la seule façon pour que les employés fédéraux puissent travailler dans la langue officielle de leur choix. Les titulaires de ces postes doivent être en mesure de communiquer dans les deux langues officielles, à l’oral et à l’écrit. Ils doivent aussi comprendre et commenter des documents dans les deux langues officielles. Si ces conditions ne sont pas respectées, il est impossible pour les employés fédéraux de travailler et de se faire superviser dans la langue de leur choix.

Présentement, même si près de 92 % des titulaires de postes de supervision désignés bilingues satisfont aux exigences linguistiques de leurs postes, la moitié de ces postes n’exige qu’une compétence linguistique à l’oral au niveau B. Je crois que le niveau B n’est pas suffisant pour qualifier quelqu’un comme étant bilingue.

Ce plus, lorsqu’une personne ayant atteint le niveau de compétence linguistique requis pour son poste n’utilise plus sa langue seconde dans le cadre de son travail, il n’y a pas de maintien des acquis. Ainsi, même si les titulaires des postes satisfont aux exigences linguistiques sur papier, en réalité, ils n’ont pas tous nécessairement les compétences linguistiques dans leur seconde langue officielle. Il s’agit là d’un défi à relever pour la fonction publique.

Il serait important que la fonction publique mette des moyens en place pour aider les fonctionnaires à conserver leurs acquis en langue seconde. Ce serait peut‑être une bonne idée de faire appel à la créativité des gestionnaires. Tout récemment, j’ai appris que dans certains ministères, dont Citoyenneté et Immigration Canada et Statistique Canada, des directeurs ont mis sur pied des midi-causeries francophones hebdomadaires pour leurs employés. L’objectif est de discuter en français de sujets qui ne touchent pas le milieu de travail pour mettre en pratique ce qui a été acquis en formation linguistique, ou tout simplement afin de tisser des liens entre collègues qui autrement ne parleraient pas en français ensemble. C’est aussi l’occasion pour les employés de faire preuve d’engagement et de leadership en matière de langues officielles à la fonction publique. En tant que commissaire aux langues officielles, je qualifie cette initiative de pratique exemplaire à suivre, et même de mesure positive dans le cadre de la partie VII de la Loi sur les langues officielles.

La Loi a été adoptée en 1969, mais ce n’est qu’en 1988 que la partie VII, qui vise la promotion du français et de l’anglais ainsi que l’épanouissement des minorités francophones et anglophones du Canada, y a été ajoutée. Or le gouvernement du Canada n’a toujours pas affirmé haut et fort que le respect proactif et intégral de cette partie de la Loi constitue une priorité.

Présentement, certaines institutions fédérales font preuve d’une grande méconnaissance de leurs obligations liées à la partie VII. Je crois donc que le gouvernement devrait adopter et diffuser une vision proactive de la Loi en ce qui a trait aux communautés de langue officielle et à la promotion du français et de l’anglais, et préciser ce qu’il attend de toutes les institutions fédérales.

Je propose également aux hauts dirigeants des institutions fédérales de mettre en œuvre la Loi sur les langues officielles de façon intégrale. Je m’explique. Il faut absolument intégrer la partie VII dans les processus décisionnels des institutions, par exemple lorsqu’on élabore des politiques ou des programmes. Cela permettrait de veiller à la participation active des communautés, tout en évaluant systématiquement l’incidence des mesures prises, c’est-à-dire de développer un « réflexe partie VII ».

Quarante et deux ans se sont écoulés depuis l’adoption de la Loi sur les langues officielles, presque trente ans depuis celle de la Charte canadienne des droits et libertés, vingt-trois ans depuis l’inclusion des droits en matière de langue de travail à la Loi sur les langues officielles, et cinq ans depuis l’obligation imposée aux institutions fédérales de promouvoir l’utilisation du français et de l’anglais ainsi que de prendre des mesures positives en faveur de l’essor et du développement des communautés de langue officielle.

Et pourtant, le gouvernement fédéral n’a pas encore atteint l’objectif établi par Lester Pearson : un climat dans lequel les fonctionnaires des deux groupes linguistiques travaillent ensemble, en utilisant leur propre langue et en comprenant celle des autres.

Rapport après rapport, étude après étude, force est de constater que les francophones sont réticents à employer le français au travail. On exerce des pressions pour bloquer l’emploi du français. Parmi tout ce qui détermine la journée de travail de l’employé, la langue est le seul choix qui s’offre à lui. C’est un acte radical. Ce n’est pas étonnant que les gens soient réticents.

Notre étude, intitulée Au-delà des réunions bilingues : Comportements en leadership des gestionnaires et publiée au mois de mars dernier, vise à inspirer les hauts fonctionnaires et les gestionnaires dans leur définition de la norme en matière de langues officielles pour leur organisation. Cette étude contient un profil de compétences clés en leadership, axé sur les langues officielles, qui applique les mêmes compétences clés que le profil des compétences en leadership plus général, élaboré par le Secrétariat du Conseil du Trésor que vous avez appris à connaître pendant toute votre carrière : valeurs et éthique, réflexion stratégique, engagement et excellence en gestion. Pour chaque valeur, nous avons établi une série de compétences intermédiaires ainsi que les comportements qui devraient découler de ces compétences. Voici quelques brefs exemples de comportements que vous pourrez appliquer afin de promouvoir la dualité linguistique au travail.

Démontrer du courage dans la prise de mesures correctives pour faire respecter les droits des employés est une compétence particulièrement cruciale. Aussi, l’audace, la créativité et l’esprit d’initiative manifestés dans les mesures prises pour faire respecter les langues officielles au travail, ainsi que la franchise et la transparence avec les gestionnaires et les employés quand ils ne respectent pas les dispositions de la Loi en matière de la langue de travail, vous vaudront le respect de vos subordonnés.

Vous pouvez consulter cette étude dans notre site Web. Vous y trouverez également un outil d’auto-évaluation destiné aux gestionnaires, qui vous permettra, à vous ou à vos subordonnés, d’évaluer les comportements de leadership axés vers la promotion des langues officielles au travail qui sont déjà en vigueur, et ceux qu’il reste à adopter dans votre organisation.

Le leadership est la clé de la réussite. Et le succès de la politique linguistique de votre ministère dépendra de votre comportement, de vos actes et des messages que vous communiquerez. Encouragerez-vous? Ou tolérerez-vous? N’attendez pas que vos gestionnaires ou vos employés attirent votre attention sur les langues officielles au travail. Soyez proactifs; c’est une question de respect. Et les bons leaders sont toujours respectueux.

Merci. S’il nous reste du temps, j’aimerais répondre à vos questions ou écouter vos propres expériences de la dualité linguistique.

Date de modification :
2018-09-13