Archivé - Allocution dans le cadre de la réunion du personnel du Portefeuille des organismes centraux du ministère de la Justice

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Leadership et compétences linguistiques – l’un ne va pas sans l’autre à la fonction publique

Ottawa, le 8 décembre 2011
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi


Début de dialogue

Mesdames et Messieurs, bonjour.

Je remercie Mme Sandra Hassan de m’avoir invité à venir vous parler aujourd’hui dans le cadre de votre réunion du personnel. Votre groupe joue un rôle clé dans l’application de la Loi sur les langues officielles par les institutions fédérales. Mais au-delà des enjeux de conformité, c’est de leadership dont je souhaite discuter ce matin. Plus spécifiquement, le lien entre votre efficacité comme leader dans votre organisation et vos compétences linguistiques.

Notre pays a fait beaucoup de chemin en matière de respect des langues officielles et de dualité linguistique, lesquelles sont des valeurs de notre identité canadienne. Il peut être difficile de saisir la nature du message qui est diffusé au sujet des langues officielles dans la fonction publique – particulièrement lorsqu’il y a un écart entre les discours de l’administration actuelle et les gestes qu’elle pose.

Le rôle de la dualité linguistique dans la société canadienne est pourtant simple : nos deux langues officielles, le français et l’anglais, appartiennent à toutes les Canadiennes et à tous les Canadiens, et elles permettent d’établir un dialogue à l’échelle nationale, de bâtir des ponts.

Ce dialogue s’appuie sur le respect – le respect des citoyens unilingues, des communautés de langue officielle ainsi que du public qui bénéficie des services du gouvernement fédéral et des gens qui y travaillent.

Or, plus de 40 ans après l’entrée en vigueur de la Loi sur les langues officielles, son application connaît encore des ratés. On ne tient pas toujours compte des répercussions possibles sur les communautés de langue officielle dans les restrictions budgétaires annoncées; on nomme un juge unilingue à la Cour suprême; on embauche un vérificateur général unilingue anglophone même si les critères obligatoires d’embauche stipulaient que le candidat devait être bilingue.

Néanmoins, je demeure optimiste. La controverse autour des nominations a démontré que les attentes du public – anglophone et francophone – sont plus élevées. La barre est plus haute. Je crois sincèrement qu’en continuant d’exercer un leadership énergique et constant à la fonction publique, nous pouvons favoriser le développement d’une culture qui prône la dualité linguistique en tant que valeur et non en tant que fardeau.

La dualité linguistique est une valeur fondamentale au sein de la société canadienne et doit nécessairement faire partie intégrante de la fonction publique. Créer une fonction publique qui reflète cette valeur constitue un défi de taille qui requiert des interventions à tous les niveaux de l’appareil fédéral, en commençant par les plus hauts échelons de l’organisation. En tant que membres du Portefeuille des organismes centraux, vous jouez un rôle absolument vital dans ce qui constituera la réussite ou l’échec de la Loi sur les langues officielles dans la fonction publique. Je pense également que votre attitude à l’égard de la langue – et plus particulièrement, le respect que vous démontrez envers la langue de travail en tant que valeur et non en tant qu’obligation – détermine vos compétences de leader. En effet, je suis d’avis que maîtriser, utiliser et promouvoir les deux langues officielles sont des compétences clés en matière de leadership.

L’importance attachée au leadership par le Commissariat aux langues officielles ne date vraiment pas d’hier. C’est un sujet qui revient constamment dans l’examen continu de la dualité linguistique au sein du gouvernement du Canada.

Le leadership au sein d’une institution fédérale qui respecte les deux langues officielles ne se limite pas à la simple lecture d’un discours en français ou à l’animation d’une réunion bilingue, ou bien encore à l’envoi de messages dans les deux langues officielles. En juin 2007, j’ai entendu Jeffrey Gandz, de l’Ivey Executive Program et l’Ivey Leadership Program, parler de leadership ainsi que de l’importance de savoir influencer et persuader, c’est-à-dire d’incarner des valeurs, d’en faire la promotion et de les mettre en pratique. Il a dit « Si les leaders n’incarnent pas les valeurs, c’est bien simple, les valeurs n’existent pas ».

J’ai alors demandé à M. Gandz jusqu’à quel point il était important pour les leaders d’être en mesure de communiquer avec l’ensemble de l’organisation et non seulement avec leurs subordonnés directs. Selon lui, il s’agit là de la distinction fondamentale entre un leader et un gestionnaire. On gère un secteur, mais on exerce un leadership dans l’ensemble d’une organisation. Or, être un leader dans la fonction publique signifie savoir influencer, persuader, motiver et valoriser tous les employés, en français et en anglais.

Un des rôles clés que vous jouez est celui d’incarner les valeurs : les valeurs de vos organismes et celles de la fonction publique. La dualité linguistique doit demeurer au cœur même des valeurs de la fonction publique.

Peu de temps après être devenu commissaire, j’ai rencontré des responsables de l’évaluation des langues secondes et j’ai soulevé une question qui m’intéressait depuis un certain temps. Cela faisait des années que j’entendais des personnes se plaindre de la difficulté à obtenir un C en interaction orale, et j’ai donc demandé quelles étaient les conditions requises pour en avoir un.

On m’a dit que, pour obtenir un C en interaction orale, le candidat devait être capable d’expliquer un point en détail et de convaincre et conseiller un collègue débutant.

J’ai réfléchi à cette réponse et j’ai compris que ces critères ne sont pas seulement linguistiques. Ce sont aussi des critères essentiels de leadership.

L’étude intitulée Au-delà des réunions bilingues : Comportements en leadership des gestionnaires, que nous avons publiée cette année, vise à inspirer les hauts fonctionnaires et les gestionnaires dans leur définition de la norme en matière de langues officielles pour leur organisation. Cette étude contient un profil de compétences en leadership axé sur les langues officielles. Ce profil applique les mêmes compétences clés que le profil plus général élaboré par le Secrétariat du Conseil du Trésor que vous avez connu tout au long de votre carrière : valeurs et éthique, réflexion stratégique, engagement et excellence en gestion.

Il est important que votre leadership dans le domaine de la dualité linguistique soit visible et que vous possédiez des outils pour le mettre en œuvre. Démontrer du courage dans la prise de mesures correctives pour faire respecter les droits des employés est une compétence particulièrement vitale. L’audace, la créativité et l’esprit d’initiative dont vous ferez preuve dans les mesures prises pour faire respecter les langues officielles au travail, ainsi que la franchise et la transparence que vous aurez avec les gestionnaires et les employés lorsqu’ils ne se conforment pas aux dispositions de la Loi sur les langues officielles qui traitent de la langue de travail, vous vaudront le respect de vos collègues.

Vous pouvez consulter l’étude Au-delà des réunions bilingues : Comportements en leadership des gestionnaires sur notre site Web, où vous trouverez également un outil d’autoévaluation destiné aux gestionnaires. Cet outil permet d’évaluer les comportements actuels en matière de leadership faisant la promotion des langues officielles au travail, et les comportements qui restent toujours à être adoptés.

La Loi sur les langues officielles a été adoptée en 1969, mais ce n’est qu’en 1988 que la partie VII – qui vise la promotion du français et de l’anglais ainsi que l’épanouissement des minorités francophones et anglophones du Canada – a été ajoutée. Or, le gouvernement du Canada n’a toujours pas affirmé haut et fort que le respect proactif et intégral de cette partie de la Loi constitue une priorité.

Toutes les institutions fédérales, sans exception, ont le devoir de promouvoir le français et l’anglais. Cela s’applique tant aux institutions dont le mandat se prête de façon naturelle aux interventions liées à la partie VII qu’à celles dont les occasions d’intervention sont moins évidentes. La partie VII mentionne également que, pour remplir cet engagement, toutes les institutions fédérales ont l’obligation de prendre des mesures positives. Chaque institution fédérale doit elle-même définir les mesures positives à prendre, en collaborant étroitement avec les communautés de langue officielle et en tenant compte de leurs besoins.

À l’heure actuelle, certaines institutions fédérales font preuve d’une grande méconnaissance de leurs obligations liées à la partie VII. Souvent, cette incompréhension résulte d’un manque de réflexion et de planification. De plus, certaines institutions croient encore que la partie VII ne s’applique pas à elles.

Le Conseil du Trésor et le ministère du Patrimoine canadien n’ont actuellement ni le pouvoir ni l’autorité pour bien guider les institutions fédérales dans la mise en œuvre de la partie VII de la Loi sur les langues officielles. Le Conseil du Trésor n’a pas non plus l’autorité d’élaborer des politiques en ce qui a trait à la partie VII de cette loi.

Ainsi, je recommande au premier ministre du Canada de modifier la partie VIII de la Loi sur les langues officielles afin que le Conseil du Trésor ait la responsabilité d’établir des principes d’application de la partie VII ainsi que de recommander au gouverneur en conseil des mesures réglementaires d’application de la partie VII, de donner des instructions pour l’application de la partie VII, et d’informer le public et les institutions fédérales sur les principes et les programmes d’application de la partie VII.

De plus, le gouvernement du Canada doit manifester clairement son engagement envers la partie VII de la Loi sur les langues officielles et proclamer haut et fort qu’il est important et prioritaire que les institutions fédérales la mettent en œuvre. Le gouvernement du Canada doit aussi davantage responsabiliser les institutions fédérales.

Je recommande également au gouvernement d’adopter et de diffuser une vision proactive de la Loi sur les langues officielles en ce qui a trait aux communautés de langue officielle ainsi qu’à la promotion de l’anglais et du français, et de préciser ses attentes envers toutes les institutions fédérales. De plus, je crois que le premier ministre du Canada ainsi que le ministre du Patrimoine canadien et des Langues officielles doivent communiquer clairement leur engagement envers la partie VII de la Loi sur les langues officielles. Ils doivent aussi faire savoir qu’ils jugent important et prioritaire que toutes les institutions fédérales prennent des mesures positives pour faire la promotion du français et de l’anglais et pour appuyer le développement des communautés de langue officielle.

De plus, je recommande au greffier du Conseil privé de prendre les moyens pour responsabiliser davantage les hauts dirigeants fédéraux en ce qui a trait à la manière dont leur institution met en œuvre la partie VII de la Loi sur les langues officielles et de veiller à ce qu’ils rendent compte au public canadien des résultats obtenus en cette matière.

Pour terminer, je suggère aux hauts dirigeants des institutions fédérales de mettre en œuvre la Loi sur les langues officielles de façon intégrale, c’est-à-dire d’inclure la partie VII dans les processus décisionnels de leurs propres institutions.

Faire preuve de leadership en matière de langues officielles ne se limite pas à en respecter l’idée – il ne s’agit pas de cocher les cases d’une liste de tâches. Pour donner véritablement le choix de la langue de travail, vous devez plutôt respecter la langue de prédilection des gestionnaires et des employés, utiliser vous-même les deux langues officielles et ne pas vous contenter de faire de beaux discours. Autrement, ce ne sont que des paroles vides de sens. Ce n’est pas concret et ce n’est pas juste. Et préférer l’opportunisme à la justice n’est jamais une bonne pratique.

Faites en sorte que cette fonction publique que nous voyons sur papier – et en ligne – devienne une réalité.

Le leadership est la clé de la réussite. Celle de la politique linguistique de vos organismes respectifs dépendra de votre comportement, de vos actes et des messages que vous diffuserez. N’attendez pas que vos gestionnaires ou vos employés attirent votre attention sur les langues officielles au travail. Soyez proactifs; c’est une question de respect. Et les bons leaders sont toujours respectueux.

Merci. S’il nous reste du temps, j’aimerais répondre à vos questions ou connaître vos propres expériences de la dualité linguistique.

Date de modification :
2018-09-13