Archivé - Notes pour une allocution au Forum de discussion sur les perceptions des Canadiens de diverses origines envers la dualité linguistique – Séance à l’intention des Canadiens d’expression anglaise de diverses origines

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Halifax, le 9 novembre 2011
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi


Début de dialogue

Tout d’abord, bienvenue au Forum de discussion sur les perspectives des Canadiens de diverses origines envers la dualité linguistique. Vous êtes ici en raison de votre participation active à la société canadienne et de votre engagement envers celle-ci. Ensuite, j’aimerais vous remercier d’avoir accepté mon invitation. Votre contribution aujourd’hui m’aidera à remplir mon mandat, soit promouvoir la dualité linguistique dans l’ensemble du Canada. Votre présence et nos discussions contribueront également à définir une vision de la dualité linguistique qui reflète plus fidèlement la réalité des Canadiens de toute origine.

Il s’agit du troisième forum du genre organisé par le Commissariat. Fort du succès des deux premiers forums, tenus à Toronto et à Vancouver, nous avons décidé de poursuivre cette initiative dans la région de l’Atlantique. Outre ses traditions écossaises et loyalistes fortement ancrées, le Canada atlantique possède une riche diversité. D’ailleurs, c’est la seule région du pays qui compte une province officiellement bilingue : le Nouveau-Brunswick.

Les deux forums précédents nous ont permis de mieux comprendre le rapport qu’entretiennent les Canadiens avec les débats linguistiques, mais le portrait n’est pas complet. Ici, à Halifax, une autre ville canadienne de plus en plus multiculturelle, vous nous aiderez à mieux comprendre les similarités et les différences entre les diverses communautés ethnoculturelles de notre pays, d’un bout à l’autre du Canada.

La dualité linguistique renvoie au fait que le Canada possède deux langues officielles qui ont un statut égal et qu’à chacune d’elle est associée une communauté linguistique qui contribue, par son histoire et ses traits culturels, à faire du Canada le pays que nous connaissons.

La Loi sur les langues officielles, qui est en vigueur depuis plus de 40 ans, garantit et protège la dualité linguistique. À titre de commissaire aux langues officielles, mon mandat consiste à prendre toutes les mesures en mon pouvoir pour m’assurer que les trois objectifs de la Loi sont atteints, soit :

  • assurer l’égalité du français et de l’anglais au sein du Parlement, du gouvernement du Canada, de l’administration fédérale et des institutions assujetties à la Loi;
  • appuyer le maintien et l’épanouissement des communautés de langue officielle au Canada;
  • favoriser la progression vers l’égalité de statut et d’usage du français et de l’anglais au sein de la société canadienne.

Je suis un haut fonctionnaire du Parlement, ce qui signifie que je relève directement du Parlement, non pas du gouvernement.

La Loi s’applique seulement aux institutions fédérales; elle ne régit donc pas les gouvernements provinciaux et territoriaux, ni les administrations municipales. Cependant, certaines provinces et certains territoires ont adopté des lois et des politiques pour protéger, dans leur sphère de compétence, le français, l’anglais ou des langues autochtones. Par exemple, le Nouveau-Brunswick est une province officiellement bilingue, la Nouvelle-Écosse et l’Île-du-Prince-Édouard disposent de lois sur les services en français, et Terre-Neuve-et-Labrador possède un Bureau des services en français.

Le profil linguistique de la population du Canada atlantique varie beaucoup d’une province à l’autre. Au Nouveau-Brunswick, le français est la première langue officielle parlée de 32,7 p. 100 de la population. C’est, à l’exception du Québec, la province ayant la plus grande proportion de francophones. Terre-Neuve-et-Labrador, avec 0,4 p. 100, la Nouvelle-Écosse, avec 3,6 p. 100, et l’Île-du-Prince-Édouard, avec 3,8 p. 100, sont un peu sous la moyenne canadienne pour ce qui est du nombre d’habitants parlant français.

Le tissu social du Canada, caractérisé depuis toujours par le métissage des cultures anglophone, francophone et autochtone, a été marqué par des épisodes de tension et de négociation, mais également par une compréhension et un dialogue continus. Je crois que c’est le respect des différences linguistiques et culturelles qui a rendu les Canadiens plus ouverts à la diversité au sein de la société canadienne. Au fil des décennies, le Canada a modifié certaines lois et adopté différents outils juridiques et politiques afin d’éliminer les sources de discrimination.

La dualité linguistique et la diversité culturelle sont au cœur de l’histoire du Canada et constituent maintenant deux valeurs fondamentales de la société canadienne. Les Canadiens de diverses origines adoptent l’une des langues officielles et contribuent à faire vivre la dualité linguistique, ce qui permet aux gens de toutes les origines de participer pleinement à la société canadienne et de l’enrichir sur tous les plans.

Selon Statistique Canada, en 2006, 98 p. 100 des Canadiens pouvaient s’exprimer en français ou en anglais. Le Recensement de 2006 a aussi révélé une légère augmentation entre 2001 et 2006 de la connaissance du français chez les anglophones et les allophones (respectivement de 9 à 9,4 p 100 et de 11,8 à 12,1 p. 100). Il est intéressant de noter que les Canadiens dont la langue maternelle n’est ni le français ni l’anglais sont davantage bilingues (anglais-français) que ceux dont la langue maternelle est l’anglais.

Au cours des prochaines décennies, la société canadienne continuera de connaître d’importants changements sur le plan sociodémographique. À titre illustratif, de récentes projections de Statistique Canada montrent qu’en 2031, de 25 à 28 p. 100 de la population aura été née à l’étranger. Ainsi, on peut donc s’attendre à ce que la part de Canadiens qui n’auront ni le français ni l’anglais comme langue maternelle continuera d’augmenter.

La dualité linguistique continuera d’évoluer, elle aussi. Toutefois, pour que la dualité linguistique tire parti des changements, tous les Canadiens d’expression anglaise et française, peu importe leurs origines, doivent avoir la possibilité d’apprendre l’autre langue officielle et de recevoir des services gouvernementaux fédéraux dans la langue officielle de leur choix.

Cependant, en réalité, il reste certains obstacles à aplanir afin de pouvoir pleinement tirer avantage de la nature complémentaire de nos politiques linguistiques et sur la diversité culturelle. L’un de ces obstacles est certainement l’écart qui existe entre les aspirations en matière de dualité linguistique, dont font état nos lois et le discours politique, et la réalité, qui montre que la dualité linguistique est absente de la vie quotidienne de nombreux Canadiens. En participant au présent forum, vous pouvez contribuer à combler cet écart.

Comme nous avons pu l’observer dans d’autres régions du pays, les nouveaux arrivants et les communautés culturelles semblent avoir un rapport complexe avec les langues officielles du Canada. Les discussions auxquelles vous êtes sur le point de prendre part portent sur l’avenir du Canada en tant que pays multiculturel, où le dialogue national se déroule dans les deux langues officielles.

Avant de commencer, j’aimerais vous rappeler quelques faits historiques.

En 1963 est créée la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme. On convient qu’il est urgent de dresser un rapport provisoire pour connaître la gravité de la situation, car on est sur le point d’observer une déchirure du tissu social. La Commission déclare que le Canada traverse la crise la plus importante de son histoire.

La Commission propose un nouveau partenariat entre les Canadiens francophones et les Canadiens anglophones. Dorénavant, le gouvernement du Canada fonctionnerait plus efficacement dans les deux langues officielles.

En 1967, on classe les droits linguistiques en deux catégories : le droit d’utiliser et le droit d’apprendre. Tout l’édifice des droits linguistiques construit au fil des 40 années qui ont suivi repose sur ces deux piliers.

En 1969, le gouvernement Trudeau adopte la Loi sur les langues officielles. Cette loi oblige légalement le gouvernement fédéral à offrir aux Canadiens des services en français ou en anglais, à leur choix.

En 1971, tout juste deux ans après l’adoption de la Loi sur les langues officielles, le gouvernement du Canada élabore une politique sur le multiculturalisme qui s’inscrit dans le contexte général de la dualité linguistique. Cette mesure a mené à l’adoption de la Loi sur le multiculturalisme canadien, en 1988.

Les droits linguistiques sont élargis en 1982 avec l’adoption de la Charte canadienne des droits et libertés, qui garantit aux Canadiens le droit de recevoir une instruction dans la langue de la minorité. En 1988, une nouvelle version de la Loi sur les langues officielles garantit aux fonctionnaires fédéraux le droit de travailler dans la langue officielle de leur choix, mais cette règle ne s’applique que dans des régions bien précises, toutes situées à l’est du Manitoba.

La réaction à l’adoption de la Loi sur les langues officielles varie d’un bout à l’autre du pays : dans la région de l’Atlantique, les gens sont perplexes, au Québec, on sent l’enthousiasme et l’espoir, tandis que, dans la plupart des régions de l’Ontario et, il faut bien le dire, dans les autres régions plus à l’Ouest canadien, il y a de la colère.

Toutefois, l’appui envers la dualité linguistique a augmenté de façon marquée au cours des dix dernières années. Des sondages indiquent que 84 p. 100 des Canadiens estiment qu’il est important de parler les deux langues officielles du Canada. Et pourtant, les Canadiens continuent de discuter de la valeur de leur type de bilinguisme dans une société qui cherche à épouser la diversité.

Aujourd’hui, la discussion vise principalement à mieux comprendre vos perceptions de la dualité linguistique et les liens qui existent entre la dualité linguistique et la diversité culturelle. Nous voulons échanger avec vous pour poursuivre et enrichir le dialogue entamé il y a quelques années.

Je vous encourage à partager votre expérience et vos perceptions dans votre communauté et à discuter de votre rôle relativement à la dualité linguistique du Canada. N’hésitez pas à faire des suggestions et à proposer des plans d’action. Votre opinion est importante, et j’aimerais vous remercier à l’avance de nous en faire part.

Je suis impatient d’entendre vos points de vue, et je serai heureux de répondre à vos questions.

Merci!

Date de modification :
2018-09-13