Archivé - Notes pour une allocution destinée aux étudiants à la maîtrise en administration publique de l’Université Dalhousie

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Leadership, respect et carrière au gouvernement fédéral

Halifax, le 7 novembre 2011
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi


Début de dialogue

Bonjour.

Je voudrais tout d’abord remercier le professeur Stéphane Mechoulan de m’offrir l’occasion de m’adresser à vous.

Je suis à Halifax cette semaine pour participer au troisième Forum sur les perceptions des Canadiens de diverses origines envers la dualité linguistique. Pour continuer sur la lancée des deux premiers forums, qui ont eu lieu à Toronto et à Vancouver, le Commissariat a décidé de poursuivre cette initiative dans la région de l’Atlantique.

Les deux forums précédents nous ont permis de mieux comprendre le rapport qu’entretiennent les Canadiens avec les débats linguistiques, mais le portrait n’est pas encore complet. Ici, à Halifax, nous pourrons approfondir notre compréhension des similarités et des différences entre les diverses communautés ethnoculturelles de notre pays, et ce, d’un bout à l’autre du Canada. En tant que commissaire aux langues officielles, l’une de mes principales responsabilités est de faire la promotion de la dualité linguistique dans toutes les régions du pays. Et, pour ce faire, je dois savoir ce que la dualité linguistique représente pour les Canadiens de tous horizons.

La dualité linguistique renvoie au fait que le Canada possède deux langues officielles qui ont un statut égal et qu’à chacune d’elle est associée une collectivité linguistique, dont les caractéristiques historiques et culturelles ont contribué à faire du Canada le pays que nous connaissons aujourd’hui.

J’ai le sentiment que certains d’entre vous se demandent comment la politique linguistique du gouvernement fédéral peut être pertinente pour leur programme, ou pour leur carrière. Vous estimez peut-être que ce n’est qu’un autre test que vous devrez subir un jour ou l’autre.

Je vais défendre l’idée que la connaissance des langues officielles du Canada est une compétence cruciale dans l’exercice du leadership, une compétence essentielle si vous voulez être en mesure de comprendre le pays, de conseiller les hauts fonctionnaires et les ministres, et de gérer des employés.

En tant que futurs dirigeants, ce que vous savez – et aussi ce que vous ne savez pas – peut favoriser ou saper votre travail. Votre capacité à être en prise sur la société dans laquelle vous vivez est une aptitude essentielle pour survivre. Qu’est‑ce qui est important aujourd’hui? Quels sont les grands enjeux de demain?

Les médias sont un miroir imparfait de notre société, mais c’est le meilleur que nous avons pour analyser les événements actuels. Ce dont les médias parlent nous fait prendre conscience de ce qui est important pour l’avenir immédiat du pays. Les fonctionnaires doivent être au courant des enjeux actuels, et savoir comment ils sont présentés en français et en anglais. De quelle façon la connaissance des deux langues officielles influe‑t‑elle sur votre capacité à être gestionnaire? Eh bien, les employés qui travaillent dans les régions désignées bilingues, soit la région de la capitale nationale, le Nouveau‑Brunswick, la plus grande partie du Québec, et certaines parties du nord et de l’est de l’Ontario., ont le droit de travailler en français ou en anglais.

Par conséquent, dans ces régions, les superviseurs doivent être capables de communiquer avec leurs employés dans l’une ou l’autre langue. Cela veut dire que les employés peuvent rédiger leurs notes d’information, parler au cours des réunions, s’adresser au service de la paye, obtenir leurs instructions et avoir leur évaluation annuelle en français ou en anglais. C’est à eux de décider, et non au superviseur.

Au cours des dernières années, certaines institutions fédérales de la région de l’Atlantique ont décidé de régionaliser leur structure opérationnelle, ce qui veut dire que les superviseurs de Halifax pourraient avoir à superviser des employés de la région du Nouveau‑Brunswick, qui ont le droit de travailler dans la langue de leur choix. Les compétences linguistiques sont toujours utiles, même dans les régions unilingues.

Comme les régions bilingues comprennent plus de la moitié de l’effectif de la fonction publique, il y a une demande considérable pour des superviseurs, des gestionnaires et des administrateurs talentueux et bilingues.

Ce n’est pas là une nouvelle politique. Cette pratique a d’abord été introduite en tant que politique gouvernementale par le premier ministre Lester Pearson en 1966, il y a 45 ans, et elle est devenue une loi en 1988. Plus de deux décennies se sont écoulées depuis que des dispositions sur la langue de travail ont été ajoutées à la Loi sur les langues officielles, et pourtant la création d’une fonction publique qui reflète la dualité linguistique canadienne reste un défi de taille.

Les travailleurs francophones ou anglophones en situation minoritaire se trouvent parfois en grande infériorité numérique et ne veulent pas faire d’histoire. Alors, ils s’adaptent en utilisant leur langue seconde plutôt que de travailler dans leur propre langue. Cela se produit parfois dans des bureaux entiers.

Les gestionnaires et les dirigeants au sein de l’administration fédérale doivent comprendre que le bilinguisme est une question de respect. Pour être un leader dans la fonction publique, il faut savoir comment influencer, persuader, motiver, stimuler et valoriser tous les employés, en français comme en anglais.

Comment pouvez‑vous être un leader si vous ne comprenez pas ceux que vous dirigez? Comment pouvez‑vous témoigner du respect aux employés si vous êtes incapable de leur parler dans la langue officielle de leur choix? Comment pourraient‑ils vous respecter? Cela ne concerne pas que les employés subalternes. Comment pouvez‑vous respecter les membres du public si vous ne respectez pas leurs droits linguistiques? Comment pouvez‑vous respecter les représentants élus si vous n’utilisez pas la langue officielle de leur choix? La question du respect est cruciale.

La capacité de dépasser la barrière des langues est une compétence clé en leadership dans un pays comme le Canada. C’est ce que je soutiens depuis le début de mon mandat. Partout au pays, dans les deux communautés linguistiques, les Canadiens veulent de plus en plus savoir ce qui se passe chez leurs voisins.

Chacune des communautés est trop riche sur le plan culturel pour qu’on s’en désintéresse. C’est très difficile de déchiffrer le dialogue national si on n’en comprend que la moitié. Il est impératif que la prochaine génération de dirigeants canadiens soit capable de communiquer avec facilité dans les deux langues officielles du pays.

La maîtrise des deux langues officielles du Canada mène également au multilinguisme et à un rôle accru sur la scène internationale.

Lorsque j’étais journaliste, j’ai participé à un voyage d’Équipe Canada en Chine. Le gouvernement fédéral avait fait appel à tous les sinophones de la région qui travaillaient dans diverses ambassades. Il avait aussi recruté des Canadiens vivant en Chine pour servir de guides et d’interprètes pour les centaines de Canadiens qui participaient à ce voyage.

J’avais été très impressionné par ces jeunes Canadiens, dont certains avaient étudié en Chine ou travaillé dans d’autres pays asiatiques. Même si je ne pouvais pas évaluer leur maîtrise du chinois, je constatais par exemple qu’ils arrivaient à expliquer au chauffeur d’autobus où nous voulions aller et à quelle heure il devait revenir nous chercher. Ils pouvaient aussi converser avec les gens et nous donner des explications.

En plus, tous parlaient les deux langues officielles du Canada.

De toute évidence, l’apprentissage du français pour les Canadiens anglophones et de l’anglais pour les Canadiens francophones n’avait pas empêché ces jeunes gens d’apprendre le chinois. L’apprentissage de la langue seconde les avait plutôt incités à apprendre d’autres langues.

Le gouvernement fédéral, l’employeur le plus important du Canada, comprend cela, en théorie. En tant que futurs fonctionnaires et analystes des politiques, votre travail consistera notamment à comprendre les différentes réactions aux événements dans diverses régions du pays. Pour pouvoir le faire efficacement, vous devrez écouter Le Téléjournal tout comme The National, Tout le monde en parle aussi bien que les émissions Question Period du Réseau CTV ou The Hour. Votre ministre devrait‑il aller à Tout le monde en parle, qui est l’une des émissions les plus populaires au Canada, et pas seulement au Québec? Si oui, comment faut‑il le préparer? Si vous n’écoutez pas l’émission, ou si vous ne la comprenez pas, comment pourrez-vous bien conseiller votre ministre?

L’exercice du leadership dans une organisation gouvernementale qui respecte la dualité linguistique, c’est bien plus que prononcer un discours en français, présider une réunion dans les deux langues officielles ou envoyer des courriels bilingues au personnel.

Pour les gestionnaires de la fonction publique, le bilinguisme est donc une compétence essentielle pour l’exercice du leadership. Mais jusqu’à quel point doivent‑ils être bilingues?

Au gouvernement fédéral, le bilinguisme est évalué selon votre capacité à lire, à écrire et à parler dans votre langue seconde. La plupart des gens obtiennent une cote A, B ou C, la cote C correspondant au plus haut niveau de compétence. Si vous obtenez de très bons résultats, soit la cote E, vous êtes dispensés de subir à nouveau un examen. Les candidats ayant un niveau C sont très recherchés, car cela signifie qu’ils peuvent diriger des personnes. Ils peuvent intervenir dans un conflit, superviser un employé ou convaincre un collègue.

Comme toutes les valeurs de gestion importantes, la dualité linguistique est bien plus qu’une série de règles et de normes. De la même façon que l’intégrité financière et la responsabilisation, c’est une valeur qui doit toujours être présente en milieu de travail.

Le leadership dans les deux langues officielles, c’est connaître le milieu culturel dans lequel évoluent les employés et les cadres : les journaux qu’ils lisent, les émissions de télévision qu’ils regardent, les films qu’ils visionnent, les théâtres qu’ils fréquentent.

C’est comprendre leurs blagues.

Certains pourraient y voir une obligation onéreuse, alors qu’il faut plutôt considérer la chose comme une aventure formidable et une occasion merveilleuse. Utiliser une autre langue au travail ouvre des portes et vous donne davantage de possibilités. Vous en arrivez à voir le monde sous un jour nouveau et à considérer les mêmes problèmes d’un point de vue différent.

C’est une aventure que vous pouvez vivre ici même, à Halifax, où il existe une communauté francophone dynamique de plus en plus importante. La richesse des cultures et des patrimoines francophone et acadien rayonne dans l’ensemble de la province et est facilement accessible. Ici, vous avez de nombreuses occasions de vous familiariser avec l’autre langue officielle du Canada. Le récent Festival des cultures francophones, qui s’est déroulé à Halifax il y a quelques semaines, a été organisé pour célébrer la diversité de la population francophone de la ville. C’était non seulement un grand événement où vous pouviez découvrir des musiciens et des auteurs d’ici et de l’étranger, mais aussi une excellente occasion d’entendre du français et de parler cette langue pour accroître votre compréhension des autres cultures.

Quand je fréquentais l’université, la prise de contact avec la dimension francophone de l’identité canadienne a été une révélation. C’est un projet d’été au Québec qui m’a fait prendre conscience que je passais à côté d’une foule de choses.

Même si la plus grande partie de ma carrière s’est déroulée en Ontario, le fait de parler anglais et français, et par le fait même de comprendre le Canada français, m’a toujours été utile.

Merci. S’il reste du temps, j’aimerais répondre à vos questions ou vous entendre parler de votre propre expérience de la dualité linguistique.

Date de modification :
2018-09-13