Archivé - Notes pour une allocution dans le cadre d’une discussion informelle avec les participants du Projet de formation linguistique dans les universités de l’École de la fonction publique du Canada

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Ottawa, le 2 novembre 2011
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi


Début de dialogue

Bonjour et merci d’être venu en si grand nombre aujourd’hui. Je salue également les gens qui se joignent à nous par webdiffusion.

C’est un plaisir pour moi d’être ici cet après-midi, et ce, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, parce que cette activité s’inscrit dans le cadre du Projet de formation linguistique dans les universités, un projet que j’ai applaudi à de nombreuses reprises. Je suis particulièrement heureux de vous parler parce que vous êtes les bâtisseurs de l’avenir de la dualité linguistique au Canada.

Je tiens à saluer ce projet pilote exemplaire, qui constitue l’un des engagements pris par le gouvernement fédéral dans la Feuille de route pour la dualité linguistique canadienne 2008-2013 : Agir pour l’avenir. J’espère qu’il vous permettra de déterminer, avant même l’obtention de votre diplôme, si vous répondez aux normes de qualification relatives aux postes exigeant l’utilisation des deux langues officielles dans les ministères et organismes fédéraux. Ce projet pilote est, selon moi, la réponse à bien des lacunes en matière d’administration des compétences en langues officielles à la fonction publique.

D’abord, un mot à propos de mon rôle : à titre de commissaire, j’ai la responsabilité principale de faire la promotion de la dualité linguistique au sein de l’administration fédérale et dans l’ensemble de la société canadienne. Je suis aussi l’ombudsman des langues officielles du Canada, c’est-à-dire que j’agis en tant que protecteur du citoyen. Je suis indépendant du gouvernement. Les Canadiens peuvent s’adresser à moi lorsqu’ils estiment que leurs droits linguistiques ne sont pas respectés par une institution fédérale. Les fonctionnaires fédéraux font également appel à mes services lorsqu’ils estiment qu’il y a des manquements quant à leurs droits de travailler dans leur langue, là où ce droit existe.

Votre génération n’a jamais connu un pays où l’enseignement du français était interdit ou limité à une petite minorité. Je suis né à Ottawa à l’époque où le français était un code privé entre francophones. La barrière entre francophones et anglophones était solide, et le français qu’on étudiait en classe ne ressemblait pas du tout au français parlé qu’on entendait dans la rue.

Plus tard, pendant ma dernière année d’école secondaire, une amie m’avait invité à un concert de Gilles Vigneault, un artiste québécois, à l’Université de Toronto. J’étais vaguement conscient de son existence, mais sans plus. Ce fut une découverte extraordinaire! Je comprenais à peine ce qu’il chantait, mais j’étais ébloui. Il était l’incarnation d’un phénomène culturel : la révolution tranquille québécoise en personne, devant moi. Cette découverte m’a bouleversé.

Je ne sais pas si vous avez déjà vécu cette expérience d’être saisi par une chanson, un livre, un film. C’est souvent le début d’un engouement. J’ai eu cette expérience avec Gilles Vigneault et, plus tard, avec les monologues d’Yvon Deschamps, les chansons de Beau Dommage et de Pierre Lapointe, les romans de François Gravel, les films de Claude Jutra, de Denys Arcand et de Denis Villeneuve, les pièces de Wajdi Mouawad. J’ai découvert non seulement des artistes, mais aussi une culture.

La curiosité a été l’élément déclencheur de ma carrière et ce qui m’a mené à travailler dans les deux langues officielles.

Durant mon adolescence, ma famille et moi avons déménagé à Toronto. J’ai ensuite étudié en anglais à l’Université de Toronto et j’étais étudiant unilingue anglophone. Après ma première année, un an après avoir entendu Gilles Vigneault, j’ai obtenu un emploi d’été dans un site archéologique. J’effectuais des fouilles archéologiques au fort Lennox, sur la rivière Richelieu, tout près de Montréal. Ce fut une révélation, un véritable choc. Je me trouvais dans mon propre pays, mais je ne le connaissais pas. Je ne comprenais pas ce que les autres étudiants disaient, j’ignorais tout de leurs préoccupations, je ne connaissais ni leurs chansons ni leur monde. Alors, j’ai beaucoup écouté. J’ai aussi posé beaucoup de questions. Et en plus d’apprendre le français, j’ai éprouvé un vif intérêt et une passion pour le Québec qui ne se sont jamais démentis.

En apprenant le français, j’ai développé une plus grande sensibilité à l’égard des gens qui sont venus ici et qui ont appris notre langue. Parler français avec un accent m’a fait mieux comprendre ce que ressentent les gens qui parlent anglais avec un accent. Cette expérience m’a aidé à comprendre les difficultés d’apprentissage d’une deuxième langue. Apprendre une autre langue et se familiariser avec une autre culture permet de mieux comprendre les gens. C’est bien vrai tout ça, mais avant tout, cela nous permet aussi de fonctionner au quotidien!

Quand j’étais étudiant anglophone en milieu francophone, mon besoin immédiat n’était pas de mieux comprendre la culture du Québec, même si je le souhaitais. C’était de savoir ce que les francophones disaient, de comprendre leurs blagues, de m’intégrer, de faire partie « de la gang »!

Avant d’être nommé commissaire aux langues officielles en 2006, j’étais journaliste. J’ai passé une bonne partie de ma carrière, en 1968, puis de 1976 à 2006, à écrire au sujet du Québec et de sa scène politique pour le reste du Canada. J’ai travaillé pour des publications comme le Toronto Star, le Globe and Mail, le Maclean’s et la Gazette, dans les villes de Toronto, Montréal, Québec, Washington et Ottawa. Entre 1995 et 2000, j’ai fait le contraire. En tant que chroniqueur invité, j’écrivais sur ce qui se passait dans le reste du Canada pour le Québec dans les pages du Devoir. En quelque sorte, j’ai été un pont linguistique et culturel entre les communautés francophones et anglophones pendant toute ma carrière journalistique.

Votre génération fait face à de grands défis : les changements climatiques, les transformations économiques, des conflits internationaux. En même temps, vous avez des outils extraordinaires qui vous donnent un accès sans précédent à l’information et à la communication instantanée. Ces nouvelles technologies ouvrent des portes extraordinaires, tant du côté francophone qu’anglophone. Vous trouvez sûrement qu’il n’y a rien d’inhabituel ni d’anormal à être bilingue, ou même trilingue.

L’apprentissage d’une langue seconde est le travail de toute une vie. Pour maintenir notre compétence dans une langue, il faut s’exercer. On tient pour acquis que les joueurs de hockey jouent mieux en avril qu’en septembre… C’est la même chose pour une langue. Si on ne s’exerce pas à la parler, on la perd.

Le Canada, notre pays et ses deux langues officielles, est une terre d’accueil respectée. Chaque année, environ 250 000 personnes quittent leurs pays d’origine pour s’établir au Canada, tout en sachant que la dualité linguistique est au cœur de l’identité canadienne.

Nous avons une chance extraordinaire : nos deux langues officielles sont des langues internationales qui ouvrent une fenêtre sur deux cultures mondiales.

Je crois que la dualité linguistique et la diversité culturelle sont profondément liées et non contradictoires. Sans la reconnaissance des deux communautés linguistiques du Canada, l’idée même du multiculturalisme serait plus difficilement acceptée. Comme la dualité linguistique, la diversité culturelle est au cœur de l’histoire du Canada. La diversité a toujours fait partie du pays : issu des croisements entre les cultures autochtones, française et anglaise, le tissu social s’est enrichi au fil des décennies grâce aux apports des Canadiens de diverses origines.

En tant que commissaire aux langues officielles, l’une des tâches qui me revient est d’expliquer ce rapport important. Non seulement aux communautés francophones et anglophones du Canada, mais aussi aux autres communautés. Avoir la dualité linguistique comme valeur signifie que nous acceptons et accueillons des cultures à la fois distinctes et liées.

La connaissance des deux langues officielles est primordiale, surtout si l’on tient compte de l’économie mondiale du savoir et de l’intensification de la concurrence internationale.

Laissez-moi vous donner un exemple. Lorsque j’étais journaliste, j’ai participé à un voyage d’Équipe Canada en Chine. Le gouvernement fédéral avait rassemblé tous les sinophones de la région qui travaillaient dans diverses ambassades. Il avait aussi recruté des Canadiens en Chine pour servir de guides et de traducteurs pour les centaines de Canadiens qui participaient à ce voyage. Les jeunes Canadiens m’ont beaucoup impressionné, puisque certains avaient étudié en Chine ou travaillé dans d’autres pays asiatiques. Même si je ne pouvais pas évaluer leur maîtrise des langues asiatiques, je constatais qu’ils arrivaient à expliquer au chauffeur d’autobus où nous voulions aller, à quelle heure il devait passer nous prendre, et ainsi de suite. Ils pouvaient vraiment converser avec les gens et nous donner des explications. En plus, tous connaissaient les deux langues officielles du Canada.

De toute évidence, l’apprentissage du français pour les Canadiens anglais et l’apprentissage de l’anglais pour les Canadiens français ne les avait pas empêchés d’apprendre le mandarin. C’était plutôt ce qui les avait en partie poussés à apprendre d’autres langues.

D’ici à ce que vous soyez prêts à intégrer le marché du travail, vos compétences seront en grande demande et vous devrez vous démarquer des autres. Le Canada est un pays où il est essentiel non seulement de connaître les deux langues officielles, mais aussi de les parler avec éloquence si l’on veut devenir un leader politique. C’est aussi une exigence pour obtenir de l’avancement dans la fonction publique fédérale. En effet, le bilinguisme est indispensable dans la sphère politique, mais aussi pour toute personne qui souhaite faire carrière en journalisme, en affaires, en tourisme et en hôtellerie, dans les forces armées ou même dans le sport. En connaissant nos deux langues officielles, et même d’autres langues, vous aurez un net avantage sur les autres.

C’est le moment ou jamais de développer vos connaissances linguistiques, en particulier pour ceux et celles qui souhaitent faire carrière au gouvernement. La fonction publique est le plus important employeur du Canada, et 40 p. 100 de tous les postes publics requièrent une connaissance pratique des deux langues officielles du Canada. Je ne répéterai jamais assez souvent à quel point il est important d’avoir une fonction publique bilingue. En effet, comment peut-on prétendre être en mesure de servir les Canadiens dans la langue de leur choix si l’on ne les comprend pas?

Comme le gouvernement se renouvelle et qu’une nouvelle génération fait sa marque, je suis plus confiant que jamais que cette génération sera bilingue, peut-être même trilingue. Une génération véritablement canadienne!

Vous avez tous fait preuve d’un grand leadership dans votre volonté de faire partie de ce programme. Je vous encourage à tirer pleinement profit de vos compétences linguistiques et à rechercher les nombreuses et formidables occasions qui se présenteront à vous sur les plans personnel et professionnel. Je profite de l’occasion pour encourager vos universités, ainsi que toutes les universités canadiennes, à multiplier les occasions d’apprentissage dans votre langue seconde et à vous inciter à maintenir vos compétences linguistiques.

Tout le long de ma carrière, le fait de parler français et anglais m’a toujours été utile. J’ai parcouru le pays, et même le monde, d’un bout à l’autre, et jamais je n’ai rencontré quelqu’un qui regrettait être bilingue. Par contre, j’ai fait la connaissance de nombreuses personnes qui regrettaient amèrement ne pas l’être et ne pas avoir appris à maîtriser une autre langue.

Je vous remercie. J’aimerais maintenant répondre à vos questions et vous entendre parler de votre propre expérience de la dualité linguistique.

Date de modification :
2018-09-13