Archivé - Notes pour une allocution à la Conférence provinciale de l’Ontario de Canadian Parents for French

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Toronto, le 29 octobre 2011
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi


Début de dialogue

Bonjour. Good morning.

J’ai le grand plaisir d’être parmi vous aujourd’hui, à l’occasion de votre conférence provinciale. Je tiens à remercier Canadian Parents for French de m’avoir invité à vous adresser la parole. En tant que parents, éducateurs et partenaires de l’enseignement du français langue seconde, vous êtes au premier plan de l’éducation. C’est vous qui donnez le ton lorsqu’il est question des langues officielles à l’école ou au foyer. Vous voyez la dualité linguistique « à l’œuvre ».

Voilà un sujet qui m’intéresse énormément et qui est essentiel à mon rôle de commissaire aux langues officielles.

Je crois fermement que vous jouez un rôle déterminant dans la promotion de la dualité linguistique. Vous n’êtes pas que des activistes parentaux; vous êtes des témoins et des chercheurs. Nous comptons sur vous – pour raconter ce qui se passe réellement dans les salles de classe, dans les écoles, et dans les commissions scolaires. En plus de transmettre vos connaissances aux jeunes, vous leur transmettez vos valeurs, et la dualité linguistique est une valeur canadienne fondamentale qu’il nous faut communiquer. Et vous êtes ceux et celles qui inculquent à la jeune génération le désir d’apprendre et d’enseigner ces valeurs.

L’éducation des jeunes n’échappe pas à la tendance mondiale qui veut que tout se passe à un rythme étourdissant. On peut dire sans exagération que, pour mieux préparer les jeunes à l’avenir, il est fondamental de leur apprendre à s’adapter rapidement aux changements et à devenir polyvalents.

Permettez-moi d’expliquer clairement ce que j’entends par le terme « polyvalent ». Nous devons inculquer aux jeunes une perspective mondiale sur les tendances actuelles sur les plans social, politique, économique, écologique et linguistique. Nous devons aussi favoriser leur enrichissement culturel par l’apprentissage d’autres langues et de divers modes de pensée. Il nous faut aussi favoriser l’ouverture sur la compréhension internationale dans un esprit de tolérance, de respect et de découverte.

En tant qu’éducateurs et parents – et en tant qu’adultes qui doivent s’adapter aux nouvelles demandes qui définissent notre monde actuel –, nous avons un défi de taille à relever. Mais pour les jeunes, il s’agit d’une aventure qui a déjà commencé. Après tout, ils vivent dans un pays qui compte deux langues officielles.

Comment donner à nos jeunes toutes les chances de réussir dans un monde en évolution constante? Nous pouvons y arriver, notamment, en leur fournissant les outils qui leur permettront de décoder l’information abondante qui circule. Pensons à la concurrence mondiale. Voilà ce que nous devons offrir à nos jeunes et, soyons honnêtes, voilà ce que nous, en tant que parents et éducateurs, devons apprendre en même temps que nos enfants.

On n’a jamais fini d’apprendre. Et l’apprentissage d’une langue, c’est l’affaire de toute une vie. J’ai d’incroyables souvenirs de mon propre parcours en vue de devenir un Canadien bilingue.

Quand j’étais enfant, les programmes de français langue seconde, que ce soit d’immersion, intensifs ou de base, n’existaient pas. Je n’ai donc pas eu accès aux possibilités qu’ont les jeunes d’aujourd’hui. C’est un peu plus tard, lorsque j’étais étudiant à l’Université de Toronto, que j’ai commencé à vraiment m’intéresser à la culture et à la langue françaises. À l’époque, j’ai eu la chance d’assister à un concert de Gilles Vigneault que j’ai beaucoup apprécié, même si je ne comprenais pas les paroles. Il a fait vibrer en moi une corde sensible.

Gilles Vigneault figure parmi les plus grands auteurs-compositeurs-interprètes et poètes du Québec. D’ailleurs, à 83 ans, il se produit encore! Il était à Montréal il y a quelques semaines, sur la même scène où il se trouvait 50 ans auparavant. Par son œuvre, il est devenu un symbole de la province et du pays.

Mon apprentissage du français n’a pas toujours été facile. Pendant mes études universitaires, j’ai choisi d’aller travailler, pendant un été, sur un site archéologique près de Montréal, afin d’améliorer ma connaissance du français. Au début, je n’arrivais pas à comprendre quoi que ce soit. Je me sentais un peu nul; je n’arrivais pas à comprendre les blagues. Par contre, à la fin de l’été, j’étais en mesure de converser avec mes collègues, je pouvais rire avec eux et vraiment m’amuser et profiter pleinement de la culture.

C’est là que mon apprentissage a vraiment commencé, parce qu’il continue encore à ce jour. Il est très important de vous rappeler que l’apprentissage d’une langue ne s’arrête pas à la fin de la 12e année. Pour maintenir ses compétences, on doit se pratiquer et se servir de ce que l’on a appris.

Je pense qu’ici, à Toronto, vous saisissez facilement l’importance de la dualité linguistique. Votre ville est cosmopolite, et le Conseil scolaire du district de Toronto est le plus grand au pays, regroupant plus de 240 000 élèves des niveaux primaire et secondaire. Le nombre impressionnant de langues parlées à Toronto met en évidence l’importance de maîtriser nos deux langues officielles. En d’autres termes, le bilinguisme ouvre la porte au multilinguisme. Si vous connaissez le français et l’anglais, vous disposez d’un avantage non seulement au pays, mais également ailleurs dans le monde.

Les membres de toutes les communautés linguistiques sont de plus en plus intéressés à savoir ce qui se passe de « l’autre côté de la clôture ». Nous pouvons attribuer ce phénomène aux médias sociaux, qui influencent la perception du monde et l’absorption de l’information chez nos jeunes, que ce soit en français ou en anglais. Les communautés francophones canadiennes ont beaucoup à offrir, et les liens entre les deux communautés de langue officielle peuvent profiter aux apprenants, tant francophones qu’anglophones. Les jeunes communiquent déjà entre eux au moyen de communautés virtuelles, comme Facebook, Twitter et MySpace. Souvent, ils discutent de sujets qui peuvent sembler incroyablement futiles. Donc, en tant que parents, pourquoi ne pas les inciter à établir des liens avec les communautés de langue officielle, ou en tant qu’enseignant, pourquoi ne pas organiser des discussions dirigées dans un cadre scolaire?

À Toronto, près de 4 000 étudiants sont inscrits à des programmes de français langue seconde, et l’on fréquente les écoles francophones en grand nombre. Il est même possible de poursuivre des études entièrement en français ou en partie sans avoir à quitter la province. Depuis de nombreuses années, le Collège Glendon, de l’Université York, offre des programmes dans les deux langues officielles, le français et l’anglais. Pour ceux et celles qui veulent étudier ailleurs dans la province, l’Université d’Ottawa est officiellement bilingue; on peut y étudier en anglais, en français ou dans les deux langues. Il y a aussi l’Université Carleton, qui offre un programme de français adapté aux besoins des jeunes provenant de l’immersion. Quant à l’Université de Western Ontario, elle offre des programmes en français langue seconde en affaires et en droit.

Ce ne sont là que quelques exemples. Il en existe d’autres, en Ontario, au Québec et partout au pays.

Pour guider les étudiants dans leur recherche sur ces établissements postsecondaires, le Commissariat a lancé, il y a quelque temps, un outil très utile sur son site Web. Il s’agit d’une carte interactive du Canada qui indique où sont offerts les programmes en langue seconde. Au moyen de cet outil, vous avez accès à divers renseignements : les programmes offerts dans la langue seconde ou dans les deux langues, les cours enseignés dans la langue seconde, le type de soutien disponible, les occasions de réseautage ainsi que les programmes d’échanges qui permettent d’étudier dans la deuxième langue officielle.

J’aimerais maintenant prendre quelques minutes pour vous expliquer pourquoi je crois que la dualité linguistique est si importante dans le contexte général de l’éducation.

Les études ont montré que, chez les gens qui parlent deux langues, il y a pratiquement une modification de la structure du cerveau. Selon Ellen Bialystok1, psychologue à l’Université York, le fait d’être bilingue crée dans le cerveau des réseaux cognitifs supplémentaires qui rendent les gens moins à risque de souffrir de la maladie d’Alzheimer à un âge avancé. De plus, les élèves qui apprennent une autre langue affichent une plus grande souplesse mentale, une meilleure aptitude au raisonnement abstrait, de meilleures habiletés non verbales et une plus grande facilité à conceptualiser. En outre, les enfants bilingues ont une plus grande capacité de résolution de problèmes et sont plus créatifs que les élèves unilingues.

Les enfants bilingues contribuent également à la diversité linguistique et culturelle de notre pays, et la capacité de parler deux langues est souvent le prélude à l’apprentissage d’une troisième langue. Cet aspect gagnera en importance à mesure que le Canada accueillera plus d’immigrants. Quelque 80 p. 100 des immigrants n’ont ni le français ni l’anglais comme langue maternelle. Par contre, nombre d’entre eux connaissent bien la valeur et l’importance de la dualité linguistique au Canada, parfois mieux que les Canadiennes et les Canadiens de souche!

Lorsque nos deux principaux groupes linguistiques cohabitent en harmonie et reconnaissent l’importance de la seconde langue officielle, ils donnent un exemple qui montre à chaque vague d’immigrants comment eux aussi peuvent partager le meilleur de ce qu’ils apportent, tout en adoptant le meilleur de ce que nous avons à offrir.

Ici même, à Toronto, il existe une grande communauté francophone. Cette communauté constitue une ressource très importante qui peut vous appuyer dans votre cheminement de parents et d’éducateurs. Déjà aujourd’hui, vous vous retrouvez entre francophones et francophiles de la région. Je vous encourage donc à inciter vos jeunes à tisser des liens et à établir des amitiés avec des jeunes francophones d’autres écoles. Il est important de mettre ses connaissances langagières en pratique – on investit tant d’énergie dans l’apprentissage d’une langue, il faut l’utiliser. Comme le dit si bien le dicton : « Use it or lose it! »

Finalement, n’oublions pas que l’apprentissage de nos deux langues officielles est absolument nécessaire si l’on veut réellement contribuer à la dualité linguistique du Canada, participer au dialogue national et réussir à bien comprendre notre pays dans son ensemble.

Par la connaissance de nos deux langues officielles, et même d’autres langues, l’on dispose d’un avantage sans pareil sur les autres. Nos jeunes sont la relève de notre pays – et ils ont besoin de vous tous pour les guider.

Merci.

Date de modification :
2018-09-13