Archivé - Discussion informelle avec le sous-ministre de Sécurité publique Canada et son équipe de gestion

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Discussion informelle avec le sous-ministre de Sécurité publique Canada et son équipe de gestion

Ottawa, le 26 octobre 2011
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi


Début de dialogue

Mesdames et Messieurs, bonjour.

Je souhaite remercier M. Baker de m’avoir invité à venir vous parler aujourd’hui. C’est un plaisir d’être parmi vous ce matin.

La semaine passée, j’ai déposé mon cinquième rapport annuel, intitulé Du leadership, de l’action, des résultats, qui porte en grande partie sur la partie VII de la Loi sur les langues officielles, qui traite de l’épanouissement des communautés de langue officielle et de la promotion de la dualité linguistique.

J’ai tout récemment appris que cette année, dans le cadre de votre Rapport sur les plans et les priorités 2011-2012, votre ministère s’engage publiquement à s’acquitter de ses fonctions et de ses obligations au titre de la Loi sur les langues officielles. C’est une excellente nouvelle, et je profite de cette occasion pour souligner le leadership dont vous faites preuve en matière de langues officielles.

Cet automne, une réalité est au cœur des préoccupations de la fonction publique : l’examen stratégique et fonctionnel. Les ministères se sont vus demander de trouver des façons de réduire leurs dépenses de 5 ou 10 p. 100, et certains ministères procèdent à des réductions importantes indépendamment de l’examen stratégique.

Les organisations et les bénévoles dont la raison d’être dépend de la dualité linguistique partout au Canada s’en préoccupent également. Cette restructuration financière du gouvernement pourrait avoir des répercussions sur la capacité réelle et perçue des institutions de s’acquitter de leurs obligations en matière de langues officielles.

Chaque ministère doit veiller à ce que les décisions prises tiennent compte des conséquences possibles sur les communautés de langue officielle. Il doit également s’assurer de restreindre les répercussions négatives, car si chaque institution procède, de façon indépendante, à des compressions dans des programmes qui touchent les langues officielles, l’effet cumulatif sera beaucoup plus important que 5 ou 10 p. 100.

Mon rapport annuel traite justement de l’appui au développement des communautés francophones hors Québec et des communautés d’expression anglaise au Québec. La partie VII de la Loi sur les langues officielles oblige l’ensemble des institutions fédérales à appuyer ce développement, au même titre que de promouvoir la dualité linguistique dans la société canadienne. Je suis heureux que votre ministère se soit engagé à remettre pour la première fois un rapport au ministère du Patrimoine canadien en ce qui a trait à la partie VII de la Loi sur les langues officielles.

À Sécurité publique Canada, votre mandat est de travailler à la sécurité du Canada sur tous les plans. Comme vous le dites si bien dans votre site Web, « Le gouvernement n'a pas de rôle plus fondamental que la protection de ses citoyens. » Je suis entièrement d’accord avec vous.

En tant que commissaire aux langues officielles, je sais qu’il peut être difficile d’établir des liens entre mon mandat et le vôtre, mais nos deux institutions partagent certains enjeux.

Par exemple, dans l’éventualité d’une catastrophe naturelle comme un tremblement de terre, et qu’il est question de l’évacuation de citoyens, il faut être en mesure de communiquer avec toute la population. En tant qu’institution fédérale, il est de votre devoir de veiller à la sécurité des Canadiens et Canadiennes, et il est de mon devoir de veiller à ce que tout un chacun soit servi dans la langue officielle de son choix. Dans certains cas, la prestation des services dans les deux langues peut devenir une question de sécurité nationale – peut-être même de vie ou de mort. Cela peut sembler dramatique, mais quand on y pense, on se rend compte que c’est vrai.

Je me doute bien que vous prenez des décisions difficiles quotidiennement et que le respect de vos obligations en ce qui a trait aux langues officielles n’est qu’un des nombreux aspects de vos responsabilités en tant que leaders. Par contre, je crois que la maîtrise des deux langues officielles – ainsi que leurs bonnes utilisation et promotion – est une compétence essentielle en leadership.

Vous jouez un rôle absolument vital dans la mise en œuvre de la Loi sur les langues officielles. Et votre attitude à l’égard de la langue – et, plus particulièrement, le degré de respect que vous y portez dans l’optique d’une valeur et non d’une obligation – compte pour beaucoup dans votre réussite ou votre échec en tant que leader dans la fonction publique.

Pour que la dualité linguistique soit considérée comme une valeur dans votre ministère, il faut que vos gestionnaires – de tous les niveaux – soient en mesure de le démontrer dans les faits.

Pour être un leader dans la fonction publique, il faut savoir influencer, persuader, motiver et valoriser tous les employés. En français comme en anglais. D’ailleurs, dans mon rapport annuel, je recommande au président du Conseil du Trésor d’établir d’ici le 30 novembre 2012 que le niveau minimal des compétences linguistiques requis soit de CBC/CBC pour superviser des employés travaillant dans les régions désignées bilingues aux fins de la langue de travail.

Peu de temps après être devenu commissaire, j’ai rencontré des responsables de l’évaluation des langues secondes. J’ai demandé alors quelles étaient les conditions requises pour obtenir un « C ».

On m’a dit que, pour obtenir un « C » en interaction orale, le candidat devait être en mesure d’expliquer un point en détail, devait pouvoir convaincre et devait pouvoir conseiller un collègue débutant.

J’ai réfléchi à cette réponse et j’ai compris que ces critères n’ont rien de linguistique. Ce sont des critères de leadership.

Jeffrey Gandz, de l’Ivey Executive Program et de l’Ivey Leadership Program, dit que « Si les leaders n’incarnent pas les valeurs, c’est bien simple, les valeurs n’existent pas ».

Selon lui, la distinction fondamentale entre un leader et un gestionnaire est d’être en mesure de communiquer avec l’ensemble de l’organisation, et non seulement avec les subordonnés directs.

À Sécurité publique Canada, dans le cadre du dernier Sondage auprès des fonctionnaires fédéraux, 28 p. 100 de vos employés ont déclaré ne pas être à l’aise de parler à leur superviseur immédiat dans la langue de leur choix.

L’article 91 de la Loi sur les langues officielles prévoit que les institutions fédérales doivent déterminer de manière objective si un poste doit être désigné unilingue ou bilingue. La désignation linguistique d’un poste est déterminée en tenant compte, entre autres, des obligations relatives à la prestation des services au public et à la langue de travail. Ainsi, un poste sera susceptible d’être désigné bilingue si le titulaire est appelé à servir le public dans les deux langues officielles, s’il se trouve dans une région désignée bilingue aux fins de la langue de travail ou s’il doit superviser ou conseiller des employés de la fonction publique fédérale ayant des droits de langue de travail. Or, 90 p. 100 de vos postes sont situés dans la région de la capitale nationale. La capacité de vos leaders d’expliquer, de convaincre et de conseiller dans les deux langues officielles est un enjeu qui ne doit pas être négligé; il doit être traité.

Dans le volume II de mon rapport annuel 2009-2010, il est mentionné que Sécurité publique Canada avait l’intention de revoir la désignation linguistique des postes EX moins un qui ont des fonctions de supervision. Depuis, vous avez rehaussé les exigences linguistiques des postes de niveau EX moins un à « CBC » pour plus de 65 postes, et votre ministère s’est engagé à offrir des séances d’information aux gestionnaires pour préciser les obligations en matière de supervision, à élaborer de nouveaux programmes et politiques en tenant compte des obligations en matière de langues officielles, et à continuer d’avoir recours aux médias des communautés de langue officielle pour communiquer avec la population.

Voilà qui fait preuve de leadership.

Vous semblez faire un pas dans la bonne direction lorsqu’il s’agit de mettre la dualité linguistique du côté des valeurs de votre organisation. Mais il reste encore du travail à faire. En décembre dernier, le Comité parlementaire sur les langues officielles a mentionné qu’il attendait toujours les résultats en ce qui a trait aux premières années de la mise en œuvre du plan triennal, et nous recevons des plaintes soutenant que vous continuez de publier des annonces de postes dont les profils linguistiques ne semblent pas avoir été établis de manière objective compte tenu du degré de complexité des tâches que les personnes recrutées devront accomplir.

Je porterai une attention particulière aux résultats de vos initiatives.

L’importance attachée au leadership par le Commissariat aux langues officielles ne date pas d’hier. C’est un sujet qui revient constamment dans l’examen continu de la dualité linguistique au sein du gouvernement du Canada.

Le leadership au sein d’une institution fédérale qui respecte les deux langues officielles est loin de se réduire à la lecture d’un discours en français ou à l’animation d’une réunion bilingue, ou bien encore à l’envoi de messages dans les deux langues officielles.

Le manque de leadership en matière de langues officielles devient l’échec de la fonction publique et, en définitive, de tout le gouvernement, qui prétend respecter les deux langues officielles – sur papier.

En tant que commissaire aux langues officielles, je ne peux pas vous donner toutes les réponses concernant ce que vous devez faire et la manière de procéder afin de vous aider à mettre la loi en œuvre dans vos groupes respectifs.

C’est pourquoi vous devez prêcher par l’exemple et continuer de veiller à la pleine mise en œuvre de la Loi sur les langues officielles et la promotion de la dualité linguistique en tant que valeur, plutôt qu’en tant que simple obligation.

Le leadership est la clé de la réussite.

Le succès de la politique linguistique de votre ministère dépendra de votre comportement, de vos actes et des messages que vous communiquerez. Soyez proactifs; c’est une question de respect. Et les bons leaders sont toujours respectueux.

Vous pouvez consulter le rapport annuel 2010-2011 dans le site Web du Commissariat.

Merci. S’il nous reste du temps, j’aimerais répondre à vos questions.

Date de modification :
2018-09-13