Archivé - Texte dans le cadre de la Journée européenne des langues

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La dualité linguistique canadienne ne passera jamais sous silence – État de la langue des signes au Canada

Strasbourg, le 26 septembre 2011
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi


Début de dialogue

Membres du Secrétariat du Conseil de l’Europe,

Représentants permanents du Conseil de l’Europe,

Membres du Parlement européen,

Membres de l’Union européenne des sourds,

Mesdames et Messieurs.

Je vous remercie de votre invitation à participer aux célébrations de la Journée européenne des langues, qui vise tout particulièrement à souligner l’état de la langue des signes, et je suis désolé de ne pas être présent pour célébrer cette journée avec vous. À titre de commissaire aux langues officielles du Canada, je suis chargé des dossiers linguistiques qui relèvent du domaine fédéral. Essentiellement, mon mandat consiste à assurer la reconnaissance du statut égal des langues officielles du Canada, soit le français et l’anglais, et la conformité des institutions fédérales à la Loi sur les langues officielles. En une phrase, mon rôle est d’encourager, de mobiliser, de questionner voire de déranger!

Mes fonctions comprennent aussi la promotion de la dualité linguistique et la protection des droits linguistiques des Canadiennes et des Canadiens. C’est sur cet aspect de mon mandat que je m’appuie afin de me prononcer sur l’état de la langue des signes pour les personnes sourdes ou malentendantes au Canada. Comme je ne suis pas un expert en matière de langue des signes, c’est avec beaucoup d’humilité que je partage mon expertise avec vous.

La Journée européenne des langues vise à sensibiliser le public à l'importance de l'apprentissage des langues, à favoriser le plurilinguisme et la compréhension interculturelle, ainsi qu’à promouvoir la riche diversité culturelle et linguistique de l'Europe. Il m’est facile de tracer des liens entre ces objectifs et mon mandat. En tant que commissaire aux langues officielles du Canada, je dois prendre toutes les mesures nécessaires à la réalisation des trois grands objectifs de la Loi sur les langues officielles, soit :

  • l’égalité du français et de l’anglais au sein du Parlement, du gouvernement du Canada, de l’administration fédérale et des institutions assujetties à la Loi;
  • le maintien et l’épanouissement des communautés de langue officielle au Canada;
  • l’égalité du français et de l’anglais dans la société canadienne.

Comme vous le savez peut-être, les relations entre la majorité anglophone et la minorité francophone ont toujours joué un grand rôle dans la vie politique au Canada. Notre dualité linguistique est un élément important de l’identité canadienne et de l’idée que le reste du monde se fait de notre pays.

Mais notre situation est tout à fait particulière : contrairement à certains pays multilingues, comme la Suisse ou la Belgique, les communautés linguistiques du Canada ne vivent pas dans des régions géographiques totalement distinctes. Les deux groupes linguistiques ne sont cependant pas répartis de façon égale dans l’ensemble du pays. Les francophones représentent environ un quart de la population canadienne et, même s’ils vivent principalement au Québec, il y a aussi de petites communautés francophones partout au pays.

Même si la lingua franca d’aujourd’hui est l’anglais, sa prépondérance pourrait diminuer en raison de la mondialisation omniprésente. Le bilinguisme, voire le plurilinguisme, fera la différence dans le monde de demain. Dans les affaires et dans l’enseignement, les anglophones unilingues seront en concurrence avec des candidats bilingues, voire trilingues, qui maîtrisent, en plus de leur langue maternelle, non seulement l’anglais mais aussi une troisième ou une quatrième langue. Je dis souvent depuis le début de mon mandat : la dualité linguistique canadienne mène à la diversité culturelle.

Les compétences linguistiques offrent beaucoup plus que des avantages économiques : elles favorisent l’ouverture d’esprit face aux autres cultures et nous amènent à faire preuve de tolérance et de compassion, et ce, selon différentes visions du monde. Les personnes sourdes ou malentendantes ont leurs propres visions du monde, et leurs propres langues.

Au Canada, nous avons deux langues des signes, qui correspondent à nos deux langues officielles. La langue des signes québécoise (LSQ) prévaut chez les francophones et l'American Sign Language (ASL), chez les anglophones, qui est aussi la langue des signes parlée au États-Unis. Nos deux langues officielles, le français et l’anglais, constituent une caractéristique fondamentale de l’identité canadienne. C’est pourquoi, au fil de son histoire, le Canada a adopté des lois et des politiques pour mieux protéger et promouvoir ses langues officielles.

L’importance de nos langues officielles est aussi reconnue dans la Constitution canadienne. En effet, la Charte canadienne des droits et libertés, qui fait partie de la Constitution, comprend un éventail de droits linguistiques. La Loi sur les langues officielles du Canada précise de son côté les obligations et les droits énoncés dans la Charte.

De 1991 à 2007, la Chaîne d'affaires publiques par câble,  qui diffuse intégralement, sans interruption ni censure, les délibérations de la Chambre des communes et de certains comités permanents, présentait la période des questions en direct quotidiennement avec sous-titrage uniquement en anglais et une interprétation gestuelle en langue des signes québécoise.

En janvier 2004, l’ancien sénateur Jean-Robert Gauthier, qui souffrait de problèmes d’audition, a déposé une plainte qui alléguait que la Chambre des communes du Parlement canadien faisait preuve de discrimination à son égard en vertu de l’article 5 de la Loi canadienne des droits de la personneNote de bas de page 1, parce qu’elle n’offrait pas le service de sous-titrage en français pour les débats de la Chambre, service pourtant disponible en anglais.

L’ancien sénateur Jean-Robert Gauthier a obtenu gain de cause. En 2007, grâce à la lutte qu’il a menée pour défendre les droits des personnes sourdes et malentendantes, le Canada est devenu l’une des premières législatures au monde à utiliser une technologie de reconnaissance vocale de pointe pour sous-titrer ses délibérations en direct et à distance.

De plus, la Convention relative aux droits des personnes handicapées du Secrétariat général de l’Organisation des Nations Unies, qui reconnaît l'identité linguistique propre aux personnes sourdes, a été ratifiée par le Canada le11 mars 2010. Que la langue soit parlée ou signée, les personnes sourdes ou malentendantes ont les mêmes droits linguistiques que les citoyens qui ne souffrent pas de ce handicap.

En tant que commissaire aux langues officielles du Canada, j’appuie avec enthousiasme les objectifs de la Journée européenne des langues. Ces objectifs s’harmonisent à l’esprit de la Loi sur les langues officielles du Canada : la dualité linguistique est une valeur importante de la société canadienne, et je souhaite voir rayonner cette valeur à l’échelle de la planète. En tant que citoyen du monde, j’encourage une ouverture aux différentes langues et cultures ainsi que l’apprentissage des langues afin que tous puissent faire face au défi d’une société multilingue et multiculturelle.

Au nom des Canadiennes et des Canadiens de toutes origines linguistiques, parlées ou signées, je vous souhaite une bonne Journée européenne des langues.

Notes de bas de page

Note de bas de page 1

« Constitue un acte discriminatoire, s’il est fondé sur un motif de distinction illicite, le fait, pour le fournisseur de biens, de services, d’installations ou de moyens d’hébergement destinés au public :

a) d’en priver un individu;

b) de le défavoriser à l’occasion de leur fourniture. » Loi canadienne sur les droits de la personne, 1976-77, ch. 33, art. 5.

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Date de modification :
2018-09-13