Archivé - Notes pour une allocation dans le cadre du banquet et de la cérémonie de remise des prix de la CEDEC

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Grande-Entrée, le 13 septembre 2011
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi


Début de dialogue

Bonjour.

C’est un plaisir pour moi d’être parmi vous ce soir, à l’occasion du banquet et de la cérémonie de remise des prix de la CEDEC. J’ai déjà eu le privilège de rencontrer certains d’entre vous dans le passé, mais c’est la première fois que je m’adresse officiellement à votre organisation. J’aimerais vous remercier de m’avoir invité pour discuter de la dualité linguistique et de son importance pour les gens d’affaires.

C’est la première fois que je viens aux Îles de la Madeleine en tant que commissaire, mais ce n’est pas ma première visite. J’y suis venu il y a près de trente ans au moment de l’ouverture de la mine de sel. Certaines personnes à qui j’en ai fait part en répondant à une question se sont montrées fort surprises : elles n’étaient pas encore nées en 1982!

Ce n’est pas la première fois non plus que je rencontre John Buck. En fait, je crois que c’est la quatrième fois depuis un mois!. La rencontre la plus marquante a eu lieu à l’occasion d’un événement commémoratif pour David Rittenhouse qui était un ami et conseiller pour bien des gens qui participent à la CEDEC. Un érudit féru de Shakespeare et comédien, David Rittenhouse est devenu entrepreneur. En plus de créer le Festival de Lennoxville, il a aussi été l’un des fondateurs du Centre d’entrepreneurship Dobson-Lagassé.

David était aussi un étudiant et un spécialiste du risque. À force d’y réfléchir, j’en suis venu à la conclusion que le risque fait partie intégrante de la mission de la CEDEC, car pour lancer une entreprise dans une communauté minoritaire et la conduire à bien, il faut prendre des risques.

Prendre de tels risques procure des avantages considérables. Dans votre dernier rapport annuel, vous mentionnez ceci : « Si vous aidez une seule personne, vous aidez toute la communauté. C’est comme une onde à la surface de l’eau. » Je pense que vous êtes trop modestes. La CEDEC aide un grand nombre de gens.

Laissez-moi, tout d’abord, vous féliciter de votre travail acharné. La CEDEC agit comme catalyseur de changement positif : grâce à vos partenariats, vous aidez les gens à s’organiser et les incitez à s’approprier leurs communautés. La CEDEC joue un rôle crucial dans l’épanouissement des communautés anglophones du Québec.

Comme vous le savez peut-être, mon mandat en tant que commissaire aux langues officielles consiste, en partie, à prendre toutes les mesures en mon pouvoir pour garantir la préservation et la vitalité des communautés de langue officielle au Canada. Je suis donc très avide de connaître les résultats tangibles de vos nombreux partenariats. Je suis convaincu également que les questions linguistiques sont des questions économiques, en particulier ici, dans les Îles-de-la-Madeleine, où l’économie repose en grande partie sur le tourisme et les exportations de produits de la pêche.

La langue est au cœur des affaires!

Que ce soit pour les visites touristiques, les menus dans les restaurants ou les services dans les commerces locaux, il faut pouvoir renseigner les visiteurs dans une langue qu’ils connaissent – il en va de la logique d’une simple politique d’accueil. Une main-d’œuvre bilingue est donc hautement souhaitable. L’enseignement de la langue seconde et la valorisation des connaissances linguistiques de la communauté anglophone ont une valeur économique certaine.

Pour réussir dans un environnement de plus en plus concurrentiel, les entreprises québécoises ne doivent pas s’occuper exclusivement de stratégie, de finance, de marketing et de gestion des ressources humaines – elles doivent aussi tenir compte de la langue, parce que leur réussite et leur développement sont tributaires de leur capacité langagière.

À cet fin, je tiens à souligner que la Chambre de commerce de Québec, en collaboration avec Développement économique Canada pour les régions du Québec et CEDEC Québec Chaudières-AppalachesFootnote 1, a produit un guide des meilleures pratiques langagières qui vise à aider les entreprises à définir leurs besoins, à améliorer leurs compétences linguistiques et, en misant sur elles, à accroître leur productivité et leur compétitivité. C’est un outil fort utile qui est disponible en ligne (au www.quebecmultilingue.ca/files/Guide_HR_fr.pdf) et qui peut très bien servir aux entreprises des Îles-de-la-Madeleine, tout comme à celles d’autres régions du Québec.

C’est pourquoi, en cette période de crise économique et financière qui frappe la planète entière, il importe d’insister sur le fait que les enjeux économiques et linguistiques, contrairement à ce que pensent certains, sont intimement liés.

En fait, pour comprendre dans quelle mesure ces questions sont liées et préoccupent de plus en plus les pays industrialisés, il suffit de prendre connaissance des travaux de l’Organisation de coopération et de développement économiques et de Statistique Canada qui portent sur le lien entre le niveau d’alphabétisation et la productivité, ou encore sur les statistiques qui révèlent que, faute de disposer de compétences linguistiques suffisantes, les PME européennes subissent des pertes de l’ordre de 100 milliards d’euros par annéeFootnote 2.

Un peu plus près de nous, le mois dernier, la ville américaine de Burlington, au Vermont, ayant compris le rapport entre la langue et l’économie, a décidé d’agir en conséquence. Le conseil municipal a adopté à l'unanimité une résolution visant à faire la promotion du français à l'école, dans les restaurants et dans l'affichageFootnote 3. Le but est de souligner le caractère historique francophone de la ville et d’attirer chez eux un plus grand nombre de Québécois afin de stimuler l’industrie touristique. Le rapport entre enjeux linguistiques et enjeux économiques est évident.

Le charme unique des Îles et son riche patrimoine historique en font un « produit touristique » fort désirable, tant par les Canadiens que par les visiteurs étrangers. D’ailleurs, vos entreprises accueilleront bientôt encore plus de touristes, et elles devront disposer de ressources suffisantes pour répondre à la demande – j’ai appris tout récemment que la croisière du navire Crystal Symphony, prévue en septembre 2012 entre Montréal, Sept-Îles, les Îles-de-la-Madeleine et Saint-Pierre et Miquelon, arrive au premier rang des croisières de rêve 2012 du prestigieux magazine européen Condé Nast Traveler, distribué à 1,5 million d'exemplairesFootnote 4. Félicitations à Escale Îles de la Madeleine pour ce beau travail de promotion!

Pour conserver leur vitalité et leur dynamisme, les communautés de langue officielle ont besoin d’une forte participation de leurs membres. Cela peut être difficile pour des communautés qui ne représentent qu’une petite proportion de la population totale de leur région, ou pour des communautés anglophones éloignées, comme Île-d’Entrée. Avoir un endroit où tout le monde peut se réunir pour apprendre, découvrir, partager des connaissances et échanger des intérêts constitue un moyen fabuleux de préserver la vitalité de la communauté.

Hier, j’ai eu le privilège de participer à l’inauguration du nouveau Centre d’apprentissage communautaire (CAC) de Grosse-Île. Les retombées positives des CAC sur les élèves, les familles et la communauté sont nombreuses : chacun d’eux bénéficie du soutien de l’autre, ce qui fait donc de l’école non seulement un centre d’apprentissage, mais aussi, pardonnez-moi le jeu de mots, un point d’ancrage pour la communauté. C’est exactement ce qu’est la CEDEC : un point d’ancrage pour le monde des affaires.

Le succès de la CEDEC repose sur la réussite de ses partenariats. Avec l’aide du Conseil des Anglophones madelinots et la municipalité de Grosse-Île, la communauté de Grosse-Île a prospéré. Grâce à la CEDEC, les organisations touristiques ont profité d’une formation linguistique en français langue seconde, leur permettant de répondre à la clientèle francophone de la province, de même qu’aux touristes anglophones provenant de l’extérieur du Québec. La CEDEC a aussi travaillé en étroite collaboration avec les quelque 120 résidants d’Île-d’Entrée pour accroître son potentiel touristique, et ce, avec grand succès. Les partenariats sont essentiels pour obtenir des résultats positifs et faire avancer nos communautés, et je pense que la CEDEC illustre bien l’importance de l’expression « l’union fait la force » pour les communautés anglophones des Îles-de-la-Madeleine.

Par conséquent, d’un point de vue économique, il est primordial de nouer des partenariats et de prendre des engagements afin de promouvoir la dualité linguistique, car tout ralentissement ou recul à ce niveau risque d’avoir des répercussions importantes sur l’économie locale et sur celle du pays. Et pour promouvoir la dualité linguistique au sein de l’économie, il faut miser résolument sur la main-d'œuvre.

Dans un marché de plus en plus mondialisé et axé sur le savoir, la dualité linguistique représente un avantage concurrentiel considérable, susceptible de favoriser l'essor économique du pays. Avec deux langues officielles d’envergure internationale, le Canada est au premier plan des sociétés dont les économies sont axées sur le savoir. Cet atout incontestable assure aux entreprises canadiennes un meilleur accès aux marchés et aux partenariats internationaux.

Les compétences linguistiques de la main-d’œuvre canadienne, en particulier chez les jeunes, constituent également un atout majeur pour l'économie car elles permettent aux Canadiens d'établir des liens économiques plus solides avec leurs partenaires internationaux. Voilà pourquoi il faut s’employer à promouvoir activement la dualité linguistique auprès de nos jeunes, au même titre que les compétences en entrepreneurship. La santé de l’économie en dépend.

L’attitude des Québécois face à l’apprentissage du français ou de l’anglais langue seconde n’a jamais été aussi favorable. Selon un sondage réalisé par La Presse-Angus Reid en février 2011, une forte majorité de Québécois (soit 84 p. 100), des francophones comme des anglophones de tous les âges, considèrent qu’il est important de parler couramment les deux langues officiellesFootnote 5.

Le développement économique communautaire aide les gens à gérer leur développement social, culturel et économique. Les partenaires de la CEDEC sont là pour les aider à atteindre leurs objectifs opérationnels. La CEDEC rend les communautés plus fortes en incitant les personnes à unir leurs forces : ce qu’une personne ne peut pas faire seule, la communauté le peut. Et les communautés anglophones des Îles-de-la-Madeleine ont à coup sûr prouvé qu’elles peuvent se mobiliser pour assurer leur vitalité.

En conclusion, j’aimerais féliciter les lauréats des Prix des Bénévoles de la CEDEC et le lauréat du Prix des Bâtisseurs de la CEDEC. Et encore merci à tous les partenaires de la CEDEC de favoriser la vitalité des communautés anglophones du Québec.

Merci.

Date de modification :
2018-09-13