Archivé - Notes pour une allocution aux employés de Travaux publics et Services gouvernementaux Canada sur la Journée de la dualité linguistique

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Ottawa, le 8 septembre 2011
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi


Début de dialogue

Good morning, bonjour.

Avant toute chose, permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue et de vous remercier de votre participation. C’est pour moi un plaisir d’être ici aujourd'hui, à Travaux publics et Services gouvernementaux Canada, dans le cadre de vos activités de la Journée de la dualité linguistique. J’aimerais également remercier François Guimont et Gilbert Taylor de leur invitation et de leur engagement envers la promotion de la dualité linguistique à TPSGC.

Dualité linguistique en tant que valeur

Il est très important pour moi de venir vous rendre visite dans le cadre de la journée de la dualité linguistique. La dualité linguistique est une valeur immuable de la société canadienne; elle s'inscrit dans la nature même du Canada. L’identité de ce pays s’est bâtie avec le français et l’anglais comme langues nationales de dialogue. Cette conversation à l’échelle nationale a encore lieu dans nos deux langues officielles. La dualité linguistique est donc une valeur importante pour la société canadienne, mais à plus forte raison pour la fonction publique.

À titre d’employés de TPSGC, vous aidez d’autres ministères et organismes gouvernementaux à fournir leurs programmes et services aux Canadiens. Travaux publics et Services gouvernementaux Canada joue un rôle important dans les activités quotidiennes du gouvernement fédéral. Dans le cadre de vos fonctions, vous êtes notamment la principale autorité en matière de services linguistiques et représentez la principale porte d’accès aux services en direct du gouvernement.

La dualité linguistique est au cœur de vos gestes quotidiens. TPSGC est l’organisme du gouvernement fédéral qui offre des services communs et des services de soutien aux programmes des institutions publiques. Vous savez mieux que quiconque à quel point il est essentiel de fournir tous ces services dans les deux langues officielles.

Vous avez une énorme responsabilité en ce qui a trait à la promotion de la dualité linguistique en tant que valeur canadienne. Vous connaissez son importance, et cela, vous ne devez jamais l’oublier.

Il y a une très grande différence entre « valeur » et « fardeau » quand il s’agit de dualité linguistique, et cette distinction se manifeste dans la façon d’y adhérer. Votre attitude à l’égard de la dualité linguistique et, notamment, votre manière de respecter la langue de travail –  VOTRE langue de travail –  a une incidence déterminante sur l’intégration de la dualité linguistique dans les vies des gestionnaires, des collègues, d’autres institutions gouvernementales et de l’ensemble des Canadiens.

C’est une valeur que nous partageons mais que nous devons aussi chérir et, surtout, dans laquelle nous devons croire. Et tout ça commence ici, dans vos activités quotidiennes en tant que fonctionnaires.

La dualité linguistique canadienne est complexe. C’est le paradoxe d’un pays bilingue où peu de gens parlent les deux langues officielles. Ce paradoxe est au cœur du bilinguisme officiel; les pays officiellement bilingues comptent moins de personnes bilingues que les pays unilingues, parce que le bilinguisme officiel fait en sorte que l’État se doit de fonctionner dans les deux langues officielles, ce qui n’est pas le cas de ses citoyens. Cette dualité –  et dualité ne veut pas nécessairement dire bilinguisme –  est au cœur de notre identité. Elle est un trait distinctif de la personnalité de notre pays.

La dualité linguistique est une valeur fondamentale de la fonction publique ET du Canada. Elle est aussi au cœur du mandat de votre Secrétariat, Communautés de langue officielle en situation minoritaire, qui vise à appuyer les communautés de langue officielle et à faire la promotion de la dualité linguistique. Il faut incarner cette valeur et la mettre en pratique afin de l’élever au-delà de son concept abstrait et de l’ancrer dans la réalité de tous les fonctionnaires et de tous les Canadiens.

Langue de travail

Mais que signifie la dualité linguistique pour vous, au quotidien, en tant que fonctionnaires de TPSGC?

Beaucoup d’entre vous sont bilingues dans une certaine mesure. Cependant, la dualité linguistique a d’abord dû faire l’objet d’une curiosité, voire d’une découverte, avant de devenir une valeur ou une obligation pour vous. Apprendre une langue seconde –  ou même, dans certains cas, une troisième ou une quatrième langue –  est un acte d’amour, une soif de savoir, voire une quête d’identité. Tous ont une histoire à raconter sur la façon dont ils ont appris leur langue seconde, ou sur le moment où, pour la première fois, ils ont saisi l’importance de la dualité linguistique aux yeux des Canadiens. L’écoute de ces récits est l’un des aspects les plus passionnants de mon travail.

Vivre en français et en anglais vous donne la chance de faire encore plus de rencontres, plus de découvertes. Dans notre contexte de mondialisation et de surabondance d’informations, il faut comprendre que l’apprentissage de l’autre langue officielle est une passerelle entre vous et le reste du monde, et non pas un obstacle.

Cela dit, vous ne le savez peut-être pas, mais vous jouez tous un rôle absolument essentiel dans la préservation de la dualité linguistique au cœur des valeurs canadiennes. Laissez-moi vous expliquer.

Au sein de la fonction publique, la minorité linguistique peut souvent changer, surtout ici, dans la région de la capitale nationale. Elle n’est pas déterminée par les frontières provinciales, mais par les preneurs de décisions!

Les employés ont tendance à se conformer à la langue de prédilection du gestionnaire. C’est compréhensible – mais c’est un réflexe qu'il faut apprendre à maîtriser.

Il va de soi que personne ne veut faire de vagues au sein de son organisation. Cependant, il ressort invariablement des rapports et des études que les employés ne se sentent pas à l’aise d’utiliser la langue de LEUR choix au travail. Pourquoi cela?

Dans certains milieux de travail, des pressions invisibles peuvent faire en sorte de décourager l’emploi du français. À titre d’exemple, un gestionnaire anglophone pourrait dire : « Oh, merci, vous venez de me simplifier la vie » à un employé francophone qui s’adresse à lui en anglais ou lui remet son rapport rédigé en anglais. Les échéances sont souvent si serrées que nous acceptons que des documents, des notes de synthèse et des courriels ne soient pas traduits ou, au mieux, qu’ils le soient hâtivement.

Ce comportement, qui n'est jamais dit ni écrit, doit changer. Vous avez le droit de travailler dans la langue officielle de votre choix, et pour ce faire vous devez y recourir en toute bonne foi, mais vous devez aussi vous faire entendre!

En tant que fonctionnaires, vous avez des droits, mais aussi des responsabilités en ce qui concerne la dualité linguistique. En effet, selon la Loi sur les langues officielles il faut notamment que :

  • le public ait le droit d'utiliser le français ou l'anglais pour communiquer avec l'administration centrale des institutions fédérales assujetties à la Loi; et que
  •  les fonctionnaires fédéraux aient le droit de travailler dans la langue officielle de leur choix dans les régions désignées à cette fin.

Mais attention, il y a une condition : en retour, vous devez oser utiliser la langue de votre choix au travail.

Comme vous le savez, vous avez le droit de travailler dans la langue officielle de votre choix, et ce droit comprend le droit de participer à une réunion dans la langue officielle de votre choix. Les services centraux de votre ministère, comme les services de paie, doivent être bilingues.

Il existe des manières de briser la glace sur ces questions. Vous pouvez par exemple dire à votre gestionnaire anglophone bilingue : « Si cela ne vous dérange pas, j’aimerais remettre ce rapport en français », ou vous adresser à votre gestionnaire francophone bilingue en ces termes : « If it’s OK with you, I would like to write this report in English because I can express myself better in my first language ».

C’est votre droit, et votre gestionnaire devrait vous encourager à employer votre langue officielle de prédilection! Mais il ne tient qu’à vous de vous affirmer.

Partie VII

Il ne faut pas oublier non plus que le gouvernement fédéral s'engage également à favoriser l'épanouissement des minorités francophones et anglophones du Canada, à appuyer leur développement ainsi qu'à promouvoir la pleine reconnaissance et l'usage du français et de l'anglais dans la société canadienne. Or, depuis 2005, les institutions fédérales se voient dans l’obligation de prendre des mesures concrètes pour mettre cet engagement en œuvre.

Grâce au Portail linguistique du gouvernement du Canada de TPSGC, la population canadienne profite maintenant gratuitement d'une gamme d'outils et de ressources linguistiques. Il y a la banque de données terminologiques et linguistiques du gouvernement du Canada, TERMIUM Plus®. Il y a aussi des hyperliens qui réfèrent entre autres aux communautés anglophones et francophones vivant en situation minoritaire. De plus, votre ministère s’est engagé à faciliter la coopération entre le gouvernement du Canada et les communautés d'expression anglaise du Québec pour qu’un plus grand nombre de Canadiens anglophones viennent augmenter les effectifs de la fonction publique fédérale au Québec, sauf ceux de la région de la capitale nationale. Vous jouez un grand rôle dans l’atteinte de cet objectif. Je vous invite donc à participer aux activités de promotion de la dualité linguistique de votre ministère, comme vous le faites aujourd’hui. Ainsi, vous serez mieux outillés afin de bien comprendre l’importance des communautés de langue officielle pour l’identité du Canada en tant que pays bilingue, ainsi que vos responsabilités dans la promotion de la pleine reconnaissance et de l'usage du français et de l'anglais dans la société canadienne.

Étude sur le leadership

Plus tôt cette année, le Commissariat a lancé une étude intitulée Au-delà des réunions bilingues : Comportements en leadership des gestionnaires. Mais attention, le leadership n’est pas réservé exclusivement aux gestionnaires, directeurs ou sous-ministres. Bien entendu, c’est une compétence que l’on attend de nos supérieurs.

Il n’y a rien de plus frustrant que de travailler au sein d’une équipe dont le leader ne nous montre pas la voie à suivre. Parfois, les leaders ont besoin d’un petit coup de pouce pour montrer le chemin!

Notre étude se trouve dans notre site Web. Vous y trouverez également un outil d’auto-évaluation qui vous permettra d’évaluer les gestes que vous posez déjà et qui ont des répercussions positives dans votre milieu de travail, et de déterminer ceux que vous devez intégrer ou encourager dans votre organisation.

Cela représente également un défi pour les gestionnaires. Un cadre m’a récemment souligné qu’il importe d’avoir un certain degré de confort pour jouer un rôle de leader. Il m’a demandé conseil parce qu’il ne se sentait pas suffisamment à l’aise dans sa langue seconde pour projeter une image adéquate de leader.

Sa question m’a marqué. Il est vrai que personne ne veut manquer de clarté ou paraître hésitant en essayant d’inspirer et de faire participer des collègues et des employés.

Je sympathisais : l’été où j’ai appris le français, un compagnon de classe très bilingue m’a confié que je me comportais très différemment lorsque je m’exprimais en français. « Bien sûr que je suis différent!, lui ai-je répliqué, je suis stupide, je m’exprime mal et je n’ai aucun sens de l’humour! »

À l’époque, je lui avais suggéré de tisser des liens avec des collègues et de tenir des séances de questions et réponses. Depuis, j’ai eu d’autres idées.

À mon entrée en fonction, je n’étais pas certain de la qualité de mon français. Ma dernière formation officielle de français remontait à près de 30 ans, et il s’agissait d’un cours du soir pour adultes. Je n’avais jamais passé d’examen.

Mon chef de cabinet a d’abord fait peu de cas de mes inquiétudes, puis m’a proposé d’embaucher un cadre à la retraite du Commissariat aux langues officielles, qui avait renoué avec sa première passion : l’enseignement des langues. Mais au lieu de nous concentrer sur l’apprentissage de la langue, nous avons consacré toutes nos séances à l’étude de la Loi sur les langues officielles, un article à la fois… et en français!

Plusieurs années plus tard, j’ai embauché un formateur en milieu de travail pour m’aider à résoudre un problème récurrent de gestion. Et nous nous exprimions en français durant nos séances.

Si, comme je l’affirme depuis quelque temps, la compétence en langue seconde est essentielle en matière de leadership, pourquoi ne pas étudier les compétences en leadership dans la langue seconde? Il existe plusieurs façons d’améliorer vos compétences linguistiques sans faire appel à un professeur de langues.

L’objectif est de favoriser l’utilisation des deux langues officielles en milieu de travail. Nous avons également des copies papier de l’étude et de l’outil pour ceux qui souhaitent en obtenir.

La dualité linguistique n’est pas un poids qui nous freine : au contraire, elle nous permet d’avancer, d’entrevoir l’avenir de la fonction publique avec optimisme. C’est une valeur canadienne reconnue de par le monde; nous devrions tous en être fiers et en faire la promotion!

Récemment, j’ai rencontré des immigrants qui sont venus au Canada en partie à cause de sa politique linguistique.

Vous devez vous ériger en défenseurs des langues officielles et vous laisser guidés par les valeurs de la dualité linguistique et du respect. Votre comportement doit témoigner de votre engagement envers la dualité linguistique au sein de la fonction publique.

Il est important de faire en sorte que la dualité linguistique reste au cœur de nos débats sociaux et de nos responsabilités de fonctionnaires – elle nous permet de nous définir en tant que société, et de mieux servir la population canadienne.

La réussite des politiques linguistiques de votre ministère dépend de votre comportement, de vos gestes, des messages que vous envoyez et du cœur que vous y mettez.

Merci. S’il reste encore du temps, j’aimerais bien écouter vos commentaires et répondre à vos questions.

Date de modification :
2018-09-13