Archivé - Notes pour une allocution aux employés de Citoyenneté et Immigration Canada dans le cadre de la Journée de la dualité linguistique

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Ottawa, le 6 septembre 2011
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi


Début de dialogue

Good afternoon, bonjour.

Avant toute chose, permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue et de vous remercier de votre participation, en personne ou par vidéoconférence. C’est pour moi un plaisir d’être ici aujourd'hui, à Citoyenneté et Immigration Canada, dans le cadre de vos activités de la Journée de la dualité linguistique. Je tiens également à remercier vos champions des langues officielles, Les Linklater et Diane Mikaelsson, de leur invitation et de leur engagement envers la promotion de la dualité linguistique à CIC.

Dualité linguistique en tant que valeur

Il est très important pour moi d’être ici aujourd’hui afin de célébrer la journée de la dualité linguistique – quelques jours à l’avance. La dualité linguistique est une valeur immuable de la société canadienne; elle s'inscrit dans la nature même du Canada. L’identité de ce pays s’est bâtie avec le français et l’anglais comme langues nationales de dialogue. Cette conversation à l’échelle nationale a encore lieu dans nos deux langues officielles. La dualité linguistique est donc une valeur importante pour la société canadienne, mais à plus forte raison pour la fonction publique.

À titre d’employés de CIC, vous contribuez tous à une société diversifiée qui favorise la dualité linguistique et l’inclusion sociale par le biais des politiques et des programmes de votre ministère. La dualité linguistique est au cœur de vos gestes quotidiens; c’est par votre entremise que les immigrants au Canada se familiarisent avec les valeurs et leur importance dans leur pays d’adoption. Vous avez l’énorme responsabilité de promouvoir la dualité linguistique en tant que valeur canadienne. Prenez le temps, aujourd'hui, de réaliser l’importance de votre contribution – un immigrant, une famille à la fois.

J’ai récemment discuté avec un groupe d’immigrants au Canada, dont plusieurs avaient déjà vécu dans divers pays bilingues. J’ai été frappé par le fait qu’ils étaient particulièrement impressionnés par les politiques linguistiques de notre pays, par le fait qu’ils avaient pu obtenir des services en français au gouvernement fédéral partout au Canada, ainsi que par le fait que, comme me le confiait un immigrant, « les minorités linguistiques ne sont pas victimes de persécutions au Canada ».

Votre attitude envers la dualité linguistique et, notamment, votre façon de respecter la langue de travail – VOTRE langue de travail – ont une incidence déterminante sur la façon dont les gestionnaires, les collègues, les nouveaux arrivants au Canada et tous les Canadiens intègrent la dualité linguistique à leur vie. Le travail que vous accomplissez ne passe pas inaperçu.;

Mais attention, il faut éviter que la valeur devienne un fardeau.

C’est une valeur qu’il nous faut partager, mais que nous devons aussi chérir et envers laquelle nous devons nous engager. Et tout ça commence ici, dans vos activités quotidiennes en tant que fonctionnaires.

L’année dernière, j’ai prononcé un discours lors d’une cérémonie de citoyenneté. C’était très émouvant de voir tous ces gens prêts à adopter les valeurs canadiennes au même titre que les leurs. Il n’en demeure pas moins que la dualité linguistique canadienne est complexe. Nous vivons dans un paradoxe : un pays bilingue où peu de gens parlent les deux langues officielles. Les immigrants sont parfois surpris quand ils se rendent compte que la majorité des Canadiens ne connaissent pas les deux langues officielles, à l’exception de ceux issus des communautés de langue officielle en situation minoritaire. Mais cette dualité – et dualité ne veut pas nécessairement dire bilinguisme – est au cœur de notre identité. Elle est un trait distinctif de la personnalité de notre pays.

La dualité linguistique est une valeur fondamentale de la fonction publique ET du Canada – et elle fait partie intégrante du mandat de Citoyenneté et Immigration Canada. Il faut incarner cette valeur et lui donner vie afin de l’élever au-delà de son concept abstrait et de l’ancrer dans la réalité de tous les Canadiens, qu’ils soient nés ici ou qu’ils aient choisi le Canada comme patrie d’adoption.

Langue de travail

Mais que signifie la dualité linguistique pour vous, au quotidien, en tant que fonctionnaires de CIC?

Beaucoup d’entre vous sont bilingues – certains parfaitement, d’autres partiellement. Cependant, la dualité linguistique a d’abord dû faire l’objet d’une curiosité, voire d’une découverte, avant de devenir une valeur ou une obligation pour vous. Apprendre une langue seconde – ou même, dans certains cas, une troisième ou une quatrième langue – est un acte d’amour, une soif de savoir, voire une quête d’identité. Tous ont une histoire à raconter sur la façon dont ils ont appris leur langue seconde, ou sur le moment où, pour la première fois, ils ont saisi l’importance de la dualité linguistique aux yeux des Canadiens. L’écoute de ces récits est l’un des aspects les plus passionnants de mon travail.

Il est parfois difficile de comprendre pourquoi, dans notre contexte de mondialisation et de surabondance d’informations, les Canadiens et Canadiennes unilingues, tant francophones qu’anglophones, ne se précipitent pas pour apprendre leur seconde langue officielle – il y a tant à découvrir de chaque côté des deux langues officielles!

Cela dit, j’aimerais que vous réfléchissiez sur le fait que vous jouez tous un rôle essentiel dans la préservation de la dualité linguistique au cœur des valeurs canadiennes et dans la détermination de la réussite ou de l’échec de la Loi sur les langues officielles. Laissez-moi vous expliquer.

Au sein de la fonction publique, la minorité linguistique peut changer très souvent, surtout ici, dans la région de la capitale nationale. Elle n’est pas déterminée par les frontières provinciales, mais par votre patron!

Les employés ont tendance à se conformer à la langue de prédilection du gestionnaire. C’est compréhensible – mais c’est un réflexe qu'il faut apprendre à maîtriser.

Il va de soi que personne ne veut faire de vagues au sein de son organisation. Cependant, il ressort invariablement des rapports et des études que les francophones hésitent à s’exprimer en français au travail. Pourquoi cela?

Il existe des pressions invisibles visant à décourager l’emploi du français. À titre d’exemple, un gestionnaire anglophone pourrait dire : « Oh, merci, vous venez de me simplifier la vie » à un employé francophone qui s’adresse à lui en anglais ou lui remet son rapport en anglais. Les échéances sont souvent si serrées que nous acceptons que des documents, des notes de synthèse et des courriels ne soient pas traduits ou, au mieux, qu’ils le soient hâtivement.

Ce comportement, qui n'est jamais dit ni écrit, doit changer. Vous avez le droit de travailler dans la langue officielle de votre choix, et pour ce faire vous devez y recourir en toute bonne foi, mais vous devez aussi vous faire entendre!

En tant que fonctionnaires, vous avez des droits, mais aussi des responsabilités en ce qui concerne la dualité linguistique. En effet, selon la Loi sur les langues officielles il faut notamment que :

  • le public ait le droit d'utiliser le français ou l'anglais pour communiquer avec l'administration centrale des institutions fédérales assujetties à la Loi; et que
  • les fonctionnaires fédéraux aient le droit de travailler dans la langue officielle de leur choix dans les régions désignées à cette fin.

Mais attention, il y a une condition : en retour, vous devez oser utiliser la langue de votre choix au travail.

Le droit que vous avez de travailler dans la langue officielle de votre choix comprend le droit de participer à une réunion dans la langue officielle de votre choix. Et les services centraux de votre ministère, comme les services de paie, doivent être bilingues.

Il existe plusieurs manières de briser facilement la glace sur ces questions. Vous pouvez par exemple dire à votre gestionnaire anglophone bilingue : « Si cela ne vous dérange pas, j’aimerais remettre ce rapport en français », ou vous adresser à votre gestionnaire francophone bilingue en ces termes : « If it’s OK with you, I would like to write this report in English because I can express myself better in my first language ».

C’est votre droit, et votre gestionnaire devrait vous encourager à employer votre langue officielle de prédilection! Mais il ne tient qu’à vous de vous affirmer.

Partie VII

Il ne faut pas oublier non plus que le gouvernement fédéral s'engage également à favoriser l'épanouissement des minorités francophones et anglophones du Canada, à appuyer leur développement ainsi qu'à promouvoir la pleine reconnaissance et l'usage du français et de l'anglais dans la société canadienne. Or, depuis 2005, les institutions fédérales se voient dans l’obligation de prendre des mesures concrètes pour mettre cet engagement en œuvre.

À CIC, votre ministère s’est engagé à faire en sorte que les communautés de langue officielle reçoivent les avantages économiques et sociaux de l’immigration. Afin de garantir un équilibre démographique dans tout le pays, CIC souhaite augmenter le seuil annuel actuel d’immigrants francophones qui s’installent dans des communautés francophones en situation minoritaire. En tant qu’employés de CIC, vous jouez un grand rôle dans l’atteinte de cet objectif. Je vous invite donc à participer aux activités de promotion de la dualité linguistique de votre ministère, comme vous le faites aujourd’hui. Ainsi, vous serez mieux outillés afin de bien comprendre l’importance des communautés de langue officielle pour l’identité du Canada en tant que pays bilingue, ainsi que vos responsabilités dans la promotion de la pleine reconnaissance et de l'usage du français et de l'anglais dans la société canadienne.

Étude sur le leadership

Plus tôt cette année, le Commissariat a lancé une étude intitulée Au-delà des réunions bilingues : Comportements en leadership des gestionnaires. Mais attention, le leadership n’est pas réservé exclusivement aux gestionnaires, directeurs ou sous-ministres. Bien entendu, c’est une compétence que l’on attend de nos supérieurs.

Il n’y a rien de plus frustrant que de travailler au sein d’une équipe dont le leader ne nous montre pas la voie à suivre. Parfois, les leaders ont besoin d’un petit coup de pouce pour montrer le chemin!

Notre étude se trouve dans notre site Web. Vous y trouverez également un outil
d’auto–évaluation qui vous permettra d’évaluer les gestes posés à l’endroit des langues officielles et qui se manifestent déjà dans votre milieu de travail. Vous pourrez aussi déterminer ceux qu’il reste à encourager dans votre organisation.

L’objectif est de favoriser l’utilisation des deux langues officielles en milieu de travail. Nous avons également des copies papier de l’étude et de l’outil pour ceux qui souhaitent en obtenir.

La dualité linguistique n’est pas un poids qui nous freine : au contraire, elle nous permet d’avancer, d’entrevoir l’avenir de la fonction publique avec optimisme. C’est une valeur canadienne reconnue de par le monde; nous devrions tous en être fiers et en faire la promotion!

Vous devez vous ériger en défenseurs des langues officielles et vous laisser guidés par les valeurs de la dualité linguistique et du respect. Votre comportement doit témoigner de votre engagement envers la dualité linguistique au sein de la fonction publique.

Il est important de faire en sorte que la dualité linguistique reste au cœur de nos débats sociaux et de nos responsabilités de fonctionnaires – elle nous permet de nous définir en tant que société, et de mieux servir la population canadienne.

La réussite des politiques linguistiques de votre ministère dépend de votre comportement, de vos gestes, des messages que vous envoyez et du cœur que vous y mettez.

Merci. S’il reste encore du temps, j’aimerais bien écouter vos commentaires et répondre à vos questions.

Date de modification :
2018-09-13