Archivé - Notes pour une allocution dans le cadre du Forum du Français pour l’avenir de Calgary

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Notes pour une allocution dans le cadre du Forum du Français pour l’avenir de Calgary

Calgary, le 19 avril 2011
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi


Début de dialogue

Bonjour. Good morning.

C’est un plaisir pour moi de venir vous voir dans le cadre du Forum de Calgary du Français pour l’avenir. L’un des grands privilèges que j’ai en tant que commissaire aux langues officielles est de rencontrer des jeunes qui apprennent le français et qui lui accordent une place dans leur vie. C’est un geste qui ouvre des portes. Je suis particulièrement heureux de vous parler parce que c’est vous qui construisez l’avenir de la dualité linguistique au Canada.

Je profite de l’occasion pour remercier Mme Myriam Lafrance de m’avoir invité aujourd’hui.

Votre génération fait face à de grands défis – les changements climatiques, les transformations économiques, de nouveaux conflits internationaux. Mais, en même temps, vous avez des outils extraordinaires qui vous donnent un accès sans précédent à l’information et à la communication instantanée. Vous avez des bibliothèques, des cinémathèques et des collections de disques à portée de doigt. Dans ce contexte, je suis rassuré de savoir qu’un si grand nombre de jeunes Canadiens valorisent la dualité linguistique de notre pays. Ces nouvelles technologies vous ouvrent des portes extraordinaires à la culture francophone. Votre connaissance linguistique est un atout précieux qui vous sera utile tout le long de votre vie.

Votre génération n’a jamais connu un pays où l’enseignement du français était interdit ou limité à une petite minorité. Quand j’avais votre âge, les programmes de français langue seconde n’existaient pas, que ce soit des programmes d’immersion, des programmes intensifs ou des programmes de base. Je vous envie un peu. Je suis né à Ottawa à l’époque où le français était un code privé entre francophones. La barrière entre francophones et anglophones était solide, et le français qu’on étudiait en classe ne ressemblait pas du tout au français parlé qu’on pouvait entendre dans la rue.

Plus tard, pendant ma dernière année d’école secondaire, une amie m’avait invité à un concert de Gilles Vigneault, un artiste québécois, à l’Université de Toronto. J’étais vaguement conscient de son existence, mais pas plus. C’était une découverte extraordinaire. Je comprenais à peine un mot de ce qu’il chantait, mais j’étais ébloui. Il était l’incarnation d’un phénomène culturel : la révolution tranquille québécoise en personne, devant moi. Cette découverte m’a bouleversé.

Je ne sais pas si vous avez déjà vécu cette expérience d’être saisi par une chanson, un livre, un film – et c’est le début d’un engouement. J’ai eu cette expérience avec Gilles Vigneault et, plus tard, avec les monologues d’Yvon Deschamps, les chansons de Beau Dommage et de Pierre Lapointe, les romans de François Gravel, les films de Claude Jutra, de Denys Arcand et de Denis Villeneuve, les pièces de Wajdi Mouawad. J’ai découvert des artistes – mais aussi une culture.

De nos jours, de nombreux artistes, tant francophones qu’anglophones, franchissent les barrières linguistiques et se distinguent partout au Canada, aux États-Unis et dans le monde entier. Par exemple, Arcade Fire, groupe bilingue de Montréal, s’est illustré de façon remarquable cette année en gagnant le prix Grammy 2011 du meilleur album de l’année. Allez Ouest, Galala, Jason Kodie et Justin Blais, tous originaires de l’Alberta, sont également d’excellents exemples d’artistes bilingues. Vous en connaissez sûrement plus que moi!

Je vous invite à découvrir tous les artistes francophones et francophiles de nos différentes régions; tant du Québec que de partout au Canada. Allez voir ce qu’ils ont à dire. Je ne doute pas que vous vous retrouviez dans leurs paroles et leur musique. Ils représentent tous à leur manière la culture francophone du Canada.

Je suis venu vous voir ici à Calgary afin de vous apporter un message important : l’apprentissage du français ne s’arrête pas nécessairement à la fin de la 12e année. Comme le disait le vieux slogan : « Ce n’est que le début, continuons le combat. » L’apprentissage d’une langue est le travail de toute une vie. Pour maintenir votre compétence dans une langue, il faut vous exercer. On tient pour acquis que les joueurs de hockey jouent mieux en avril qu’en septembre… C’est la même chose pour une langue. Si on ne s’exerce pas à la parler, on la perd.

Cette année, la province de l’Ontario a annoncé que le slogan « Tant à découvrir » pouvait être affiché en français sur les plaques d’immatriculation – l’équivalent ontarien de « Wild Rose Country » sur les plaques en Alberta. L’apprentissage d’une deuxième langue m’a fait comprendre qu’il y a, en effet, tant à découvrir en français au Canada et dans le monde.

En vue de souligner votre Forum du Français pour l’avenir, je vous invite à partir à la découverte, à être curieux. Non seulement de ce qui se passe dans votre pays, mais aussi du côté des communautés de langue officielle en situation minoritaire et des communautés culturelles qui ont choisi de s’établir au Canada.

Le Canada, notre pays ayant deux langues officielles, est respecté partout dans le monde. Des gens quittent leurs pays d’origine pour s’établir au Canada, tout en sachant que la dualité linguistique est au cœur de l’identité canadienne. C’est le Canada d’aujourd’hui et vous en faites tous partie.

Tout à l’heure, je vous ai parlé de curiosité. C’est justement la curiosité qui a été l’élément déclencheur de ma carrière et qui m’a mené à travailler dans les deux langues officielles. D’abord, je dois vous dire que je suis né à Ottawa. Je suis déménagé à Toronto avec ma famille durant mon adolescence. J’ai étudié en anglais à l’Université de Toronto et j’étais étudiant unilingue anglophone.

Après ma première année, un an après avoir entendu Gilles Vigneault, j’ai obtenu un emploi d’été à un site archéologique. J’effectuais des fouilles archéologiques au fort Lennox, sur la rivière Richelieu, tout près de Montréal, au Québec. C’était une révélation, un véritable choc. Je me trouvais dans mon propre pays, mais je ne le connaissais pas. Je ne comprenais pas ce que les autres étudiants disaient, j’ignorais tout de leurs préoccupations, je ne connaissais ni leurs chansons ni leur monde. Alors, j’ai beaucoup écouté. J’ai aussi posé beaucoup de questions. Et en plus d’apprendre le français, j’ai éprouvé un vif intérêt et une passion pour le Québec qui ne se sont jamais démentis.

En apprenant le français, j’ai développé une plus grande sensibilité à l’égard des gens qui sont venus ici et qui ont appris notre langue. Parler le français avec un accent m’a fait mieux comprendre ce que ressentent les gens qui parlent l’anglais avec un accent. Cette expérience m’a aidé à comprendre les difficultés d’apprentissage d’une deuxième langue et cela m’a donné une bonne idée de ce que signifie être un immigrant. Apprendre une autre langue et une autre culture permet de mieux comprendre les gens. C’est bien vrai tout ça, mais avant tout, cela nous permet aussi de fonctionner au quotidien!

Quand j’étais étudiant anglophone en milieu francophone, mon besoin immédiat n’était pas de mieux comprendre la culture du Québec, même si je le souhaitais. C’était de savoir ce que les francophones disaient, de comprendre leurs blagues, de m’intégrer, de faire partie « de la gang »!

Avant d’être nommé commissaire aux langues officielles en 2006, j’étais journaliste.
J’ai passé une bonne partie de ma carrière, en 1968, puis de 1976 à 2006 plus exactement, à écrire au sujet du Québec et de sa scène politique pour le reste du Canada. J’ai travaillé pour des publications comme le Toronto Star, le Globe and Mail, le Maclean’s et la Gazette, dans les villes de Toronto, Montréal, Québec, Washington et Ottawa. Entre 1995 et 2000, j’ai fait le contraire. En tant que chroniqueur invité, j’écrivais sur ce qui se passait dans le reste du Canada pour le Québec dans les pages du Devoir. En quelque sorte, j’étais un pont linguistique et culturel entre les communautés francophones et anglophones pendant toute ma carrière journalistique.

À la lumière de mes propres expériences, il est naturel que je vous conseille d’aller faire un tour au Québec ou dans d’autres régions francophones du pays. Si vous en avez la chance, offrez-vous une expérience enrichissante du Canada bilingue. Voyagez de par le monde pour voir à quel point votre apprentissage du français vous ouvre des portes, tant sur les plans professionnels que personnels.

Mais il n’est pas nécessaire d’aller très loin pour continuer votre apprentissage du français. Vous pouvez poursuivre vos études universitaires ici même en Alberta. Par exemple, le Campus Saint-Jean de la University of Alberta à Edmonton vous offre plusieurs programmes dans un environnement francophone unique. La faculté des sciences humaines de la University of Calgary vous propose une variété de cours en français et l’Athabasca University vous offre des programmes de baccalauréat en arts avec une concentration, une majeure ou une mineure en français. La University of Lethbridge exige que ceux qui veulent un certificat d’enseignement en immersion passent au moins un semestre dans une université francophone au Canada ou en Europe.

Pour vous guider dans vos recherches sur les établissements postsecondaires qui offrent des formations en français ou qui y accordent une place importante, le Commissariat propose un outil qui se trouve dans son site Web. J’espère que vous le trouverez utile.

En quelques mots, il s’agit d’une carte interactive du Canada qui indique les divers programmes en langue seconde qui sont offerts dans l’ensemble du pays. Au moyen de cet outil, vous pouvez obtenir divers renseignements tels que les programmes offerts dans la langue seconde ou dans les deux langues, les cours enseignés dans la langue seconde, le type de soutien offert, les occasions de réseautage ainsi que les programmes d’échanges qui vous permettent d’étudier dans votre langue seconde.

Vous pouvez aussi participer aux activités qu’organisent les francophones pour célébrer leur culture. Par exemple, pourquoi ne pas découvrir le cinéma francophone en assistant à la 9e édition du Festival du cinéma d’expression française qui aura lieu en juin à Medicine Hat? Ou encore, si vous êtes athlètes, artistes ou tout simplement passionnés du français et que vous souhaitez voir du pays, pourquoi ne pas vous rendre aux Jeux de la francophonie canadienne qui se dérouleront en juillet à Sudbury, en Ontario? Nous avons une chance extraordinaire dans ce pays. Nos deux langues officielles sont des langues internationales qui ouvrent une fenêtre sur deux cultures mondiales.

Selon les données du Recensement de 2006, on compte 9,6 millions de Canadiens (30,7 p. 100 de la population) qui parlent le français et, ici à Calgary, il y a 84 085 personnes bilingues, des gens qui ont créé une culture dynamique et stimulante. Et vous n’êtes pas les seuls jeunes à être bilingues à l’extérieur du Québec. Toujours selon le Recensement de 2006, 13 p. 100 des anglophones âgés de 15 à 19 ans qui vivent à l’extérieur du Québec parlent les deux langues officielles du Canada! En Alberta, le français est la première langue de plus de 66 000 personnes et plus de 225 000 personnes y parlent le français. Vous contribuez à bâtir une communauté diversifiée et vivante. De la même façon que la langue française appartient à tous les Canadiens, la vitalité de votre communauté passe par vous tous.

Aimer ce que l’on fait est tellement important dans la vie. Vous êtes tous ici aujourd’hui pour proclamer votre amour du français et votre désir de lui accorder une place au cœur de votre vie. Si vous aimez le français comme je crois que vous l’aimez, ne laissez rien ni personne vous priver de cette richesse. Le français vous appartient, comme à tous les Canadiens. L’amour du français n’est pas une valeur qui divise, mais bien une valeur qui se multiplie!

Permettez-moi de vous donner des exemples concrets qui, je crois, vous permettront d’expliquer la place qu’occupe le français dans votre vie. Le Canada est un pays où il est essentiel non seulement de connaître les deux langues officielles, mais aussi de les parler avec éloquence si l’on veut devenir un leader politique. C’est aussi une exigence pour obtenir de l’avancement dans la fonction publique fédérale. En effet, le bilinguisme est indispensable dans la sphère politique, mais aussi pour toute personne qui souhaite faire carrière en journalisme, en affaires, en tourisme et en hôtellerie, dans les forces armées ou même dans le sport. La facilité avec laquelle les athlètes olympiques donnent des interviews aux médias en français et en anglais en témoigne.

En ce qui concerne la fonction publique du Canada, elle embauche déjà environ 12 000 à 15 000 nouveaux diplômés par année afin de combler les postes des employés qui prennent leur retraite. Parmi ces diplômés, 5 000 occuperont des postes qui sont désignés bilingues. Et ce phénomène est loin de ralentir. Nous en avons encore pour près de dix ans. Si vous désirez travailler dans la région de la capitale nationale, qui englobe Ottawa et Gatineau, il est d’autant plus important de posséder les compétences linguistiques nécessaires dès votre arrivée. De cette façon, vous aurez un vaste choix lorsque vous postulerez.

La maîtrise de nos deux langues officielles mène également au multilinguisme et, par conséquent, à la possibilité d’un rôle accru sur la scène internationale. Je crois que la dualité linguistique et la diversité culturelle sont profondément liées et non contradictoires, comme le prétendent certains. Je dirais même que sans la reconnaissance des deux communautés linguistiques du Canada, l’idée même du multiculturalisme serait plus difficilement acceptée. Malgré le fait que le lien entre dualité linguistique et diversité culturelle existe, il semblerait que ce lien n’est pas toujours bien compris.

Le Nunavut, lui, l’a compris et a adopté une loi sur les langues officielles qui comprend trois langues, l’inuktitut, l’anglais et le français. La semaine passée, je parlais à une haute fonctionnaire fédérale qui a des responsabilités au Nunavut. En ce moment, elle apprend l’inuktitut.

En tant que commissaire aux langues officielles, l’une des tâches qui me revient est d’expliquer ce rapport important entre dualité linguistique et multiculturalisme, non seulement aux communautés francophones et anglophones du Canada, mais aussi aux autres communautés. Déclarer que nous avons la dualité linguistique comme valeur signifie que nous acceptons et accueillons des cultures à la fois distinctes et liées.

La connaissance des deux langues officielles est primordiale pour votre épanouissement, surtout si l’on tient compte de l’économie mondiale du savoir et de l’intensification de la concurrence internationale.

Laissez-moi vous donner un exemple. Lorsque j’étais journaliste, j’ai participé à un voyage d’Équipe Canada en Chine. Le gouvernement fédéral avait rassemblé tous les sinophones de la région qui travaillaient dans diverses ambassades. Il avait aussi recruté des Canadiens en Chine pour servir de guides et de traducteurs pour les centaines de Canadiens qui participaient à ce voyage. Les jeunes Canadiens m’ont beaucoup impressionné, puisque certains avaient étudié en Chine ou travaillé dans d’autres pays asiatiques. Même si je ne pouvais pas évaluer leur maîtrise des langues chinoises, je constatais qu’ils arrivaient à expliquer au chauffeur d’autobus où nous voulions aller et à quelle heure il devait passer nous prendre, etc. Ils pouvaient vraiment converser avec les gens et nous donner des explications. En plus, tous connaissaient les deux langues officielles du Canada.

De toute évidence, l’apprentissage du français pour les Canadiens anglais et l’apprentissage de l’anglais pour les Canadiens français ne les avait pas empêchés d’apprendre le chinois. C’était plutôt, en partie, ce qui les avait poussés à apprendre d’autres langues. C’est pourquoi je vous encourage à continuer d’accorder une place de choix au français dans le cadre de vos études universitaires. Plus de cordes à votre arc vous rendent plus compétitifs, plus compétents et, par conséquent, plus désirables comme candidats aux yeux de vos futurs employeurs. Votre communauté constitue une ressource très importante pour vous appuyer dans votre cheminement. Déjà aujourd’hui, vous vous retrouvez entre jeunes francophones et francophiles de la région.

D’ici à ce que vous soyez prêts à intégrer le marché du travail, vos compétences seront en grande demande et vous devrez vous démarquer des autres. En connaissant nos deux langues officielles, et même bien d’autres langues, vous aurez un avantage sans pareil sur les autres.

N’oubliez pas qu’il suffit d’un coup de téléphone ou d’un clic de souris pour joindre le Commissariat et une multitude d’autres organismes. N’hésitez pas à profiter des ressources mises à votre disposition tout le long de votre cycle d’apprentissage et de votre cheminement de carrière. Ces services ont été établis pour vous.

Découvrir la dimension francophone de l’identité canadienne pendant mes études universitaires a été une révélation qui a continué d’évoluer toute ma vie. Vous croyez peut-être que votre aventure avec le français se terminera bientôt. Croyez-moi, elle ne fait que commencer; il n’en tient qu’à vous. Poursuivez vos champs d’intérêt, et maintenez le bilinguisme au cœur de vos vies de jeunes adultes. Vous ne le regretterez jamais.

Vous faites déjà partie des Canadiens privilégiés qui ont la chance de parler les deux langues officielles et ne laissez surtout personne diminuer la valeur de cet accomplissement.

Tout le long de ma carrière, le fait de parler le français et l’anglais – et de comprendre la francophonie – m’a toujours été utile. J’ai parcouru le pays – et même le monde – d’un bout à l’autre, et jamais je n’ai rencontré quelqu’un qui regrettait d’être bilingue.
Par contre, j’ai fait la connaissance de nombreuses personnes qui regrettaient amèrement de ne pas l’être et de ne pas avoir appris à maîtriser une autre langue.

Je vous remercie. J’aimerais maintenant répondre à vos questions et vous entendre parler de votre propre expérience de la dualité linguistique.

Date de modification :
2018-09-13