Lettre ouverte : Au moment de prendre des décisions budgétaires, pensons à l’avenir de nos enfants

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Gatineau (Québec), le 24 mai 2019 – Avoir deux langues officielles est ce qui distingue le Canada en tant que société ouverte et inclusive. Celles‑ci font du Canada une entité supérieure à la somme de ses parties en favorisant l’unité nationale, en contribuant à faire de nous un acteur sur la scène internationale, et en créant des possibilités pour nos enfants d’apprendre et de grandir en s’exposant à une autre langue et à une autre manière de penser.

L’accès à l’éducation dans sa deuxième langue officielle est un élément fondamental pour favoriser cette dualité linguistique. C’est une question à laquelle j’accorde une attention particulière, surtout dans le contexte actuel.

Le français de base est enseigné dans les écoles anglophones canadiennes depuis plus d’un siècle. Le tout premier programme d’immersion précède la Loi sur les langues officielles. Le St‑Lambert Bilingual Study Group, mis sur pied en 1965 par de braves mères de famille, a servi de tremplin aux programmes d’immersion française dans les écoles. Ces parents avaient une vision commune d’un système d’éducation au sein duquel leurs enfants pourraient apprendre une langue seconde.

Malheureusement, nous sommes témoins depuis quelques années de compressions dans les budgets provinciaux qui ont des effets directs sur le bilinguisme et sur la promotion des langues officielles au Canada. La réponse du conseil scolaire du district de Toronto, qui affecterait les programmes de français langue seconde à plusieurs niveaux, n’est qu’un exemple très visible de ce qui se passe à divers endroits du pays.

Les réductions proposées dans les programmes de français langue seconde ainsi que l’accès limité à ces programmes sont inquiétants et posent une sérieuse menace pour les parents qui désirent en bénéficier. Pour de nombreux élèves, ces obstacles ont des répercussions profondes sur leur avenir, puisqu’ils ne seront pas en mesure d’apprendre une langue seconde dans un contexte scolaire.

C’est aussi l’avenir de la dualité linguistique au pays qui en est affectée. On sait que l’apprentissage d’une deuxième langue officielle passe souvent par le système d’éducation et toute mesure qui réduit l’accès aux programmes d’enseignement en français langue seconde, comme des systèmes de loteries pour les inscriptions et l’annulation complète de programmes d’immersion française, vient nuire au bilinguisme au pays. Ces propositions sont clairement à contre-courant de l’objectif du Plan d’action pour les langues officielles qui est d’augmenter le taux national de bilinguisme à 20 % d’ici 2036.

Actuellement, au Canada, il y a plus de 1,7 million de jeunes inscrits dans les différents programmes de français langue seconde, dont près de 450 000 en immersion française. Le nombre d’inscriptions continue d’augmenter au fil du temps.

Les Canadiens appuient fortement l’apprentissage des deux langues officielles : huit Canadiens sur dix conviennent qu’il faut déployer plus d’efforts pour que les jeunes puissent devenir bilingues et que les gouvernements des provinces devraient offrir plus de places dans les programmes d’immersion (sondage Nielsen, 2016). Nos observations sur le terrain appuient ces données, comme en témoigne la popularité des programmes d’immersion partout au pays. Certains parents sont même prêts à camper à l’extérieur de l’école pour pouvoir inscrire leurs enfants à ces programmes contingentés.

Alors, pourquoi cibler un programme si recherché et si en demande à l’échelle du pays pour répondre à des contraintes budgétaires immédiates? J’interpelle les ministres de l’Éducation dans l’ensemble du pays à penser à l’avenir de nos jeunes et à mettre en place des politiques qui favorisent l’apprentissage de la deuxième langue officielle. Ils jouent un rôle important pour contribuer à cette vision commune et à favoriser l’essor du bilinguisme au pays, alors que nous célébrons les 50 ans de la Loi sur les langues officielles.

J’ai passé une grande partie de ma carrière au sein de l’administration scolaire et postsecondaire. Je suis donc familier avec certaines décisions difficiles qui doivent être prises à l’occasion. Mais, je sais aussi que les meilleures solutions émergent souvent d’un dialogue ouvert avec les parents et les apprenants. J’espère que les ministères et les conseils scolaires prendront le temps d’avoir cette conversation.

Raymond Théberge est le commissaire aux langues officielles du Canada. Il a publié, au mois de février dernier, une étude sur la pénurie nationale d’enseignants de français langue seconde.

Date de modification :
2019-05-24