Lettre à l’éditeur – L’immersion française, une étape importante vers la maîtrise de la langue

J’ai lu avec intérêt l’article d’Aaron Hutchins dans Maclean’s sur l’immersion française et, malgré son titre exagéré, j’y ai trouvé une critique solide, non pas à propos de l’immersion, mais d’un système scolaire souffrant d’un manque chronique de financement.

L’article commence par une illustration graphique : des parents contraints de s’aider mutuellement à rester éveillés toute la nuit dans le but d’obtenir une place en immersion pour leur enfant, comme si l’accès à l’éducation était distribué de la même manière que des billets pour les Rolling Stones. Il y a ensuite une importante erreur : le bilinguisme français-anglais n’est PAS en déclin; il demeure stable, même si le Canada accueille 250 000 nouveaux arrivants chaque année.

Puis, M. Hutchins formule une critique aussi vieille que l’immersion en soi : le système est élitiste. Laissez de côté la question à savoir si toute tentative de promouvoir l’excellence dans le domaine de l’éducation est, par définition, élitiste.  Le fait est que, dès qu’un enfant en immersion éprouve une quelconque difficulté d’apprentissage, que cette difficulté soit liée à l’adaptation à la langue d’instruction ou non, les parents sont incités à le retirer du programme. Et après, on accuse l’immersion d’élitisme. Il n’est pas étonnant qu’en retirant d’une classe, d’immersion ou non, tous les enfants ayant des problèmes, il ne restera dans cette classe que des élèves hautement performants.

Comme le mentionne l’article, on dissuade souvent les enfants immigrants de s’inscrire à des programmes d’immersion, même si ceux qui l’ont fait ont réussi. Selon un article récent du Vancouver Sun, les enfants dont la troisième langue est le français obtiennent de meilleurs résultats que les enfants qui apprennent le français comme langue seconde.

Dans les années 1980, des universitaires ont estimé que, si le taux de croissance relatif à l’immersion se maintenait, un million d’enfants participeraient à des programmes d’immersion d’ici 2000. Toutefois, en raison des restrictions budgétaires du milieu des années 1990, les taux d’inscription ont plafonné à environ 300 000, et n’ont pas changé depuis. Les pressions exercées par les parents ont donné lieu à des absurdités comme une attribution des places en fonction du premier arrivé, premier servi, ou de tirages au sort. Imaginez si les places dans les programmes de mathématiques avancées étaient attribuées de cette façon!

Le système d’immersion n’est pas parfait. L’un des défis s’y rattachant concerne les parents (ainsi que les administrateurs d’école, les conseils scolaires et les journalistes), qui ont souvent des attentes irréalistes en ce qui a trait aux résultats qu’un programme de langue seconde aux niveaux primaire et secondaire peut produire. Ces programmes constituent une étape importante vers la maîtrise de la langue, mais il ne s’agit pas de l’étape ultime, pas plus qu’un programme intensif en mathématiques ou en sciences au secondaire ne crée de mathématiciens ou de scientifiques.

Cela dit, des milliers de diplômés de programmes d’immersion ont utilisé et mis à profit les compétences linguistiques qu’ils ont acquises et sont devenus véritablement bilingues. De plus, les diplômés de programmes d’immersion veulent que leurs enfants suivent aussi de tels programmes. Ces indications témoignent d’un important succès.

Graham Fraser, commissaire aux langues officielles

Date de modification :
2020-09-18