Lettre au rédacteur - Calgary Herald

17 janvier 2014

J’ai lu avec intérêt votre éditorial dans lequel vous faites valoir que le règlement fédéral concernant les obligations linguistiques dans les aéroports ne devrait pas être appliqué (« Federal language police should give workers a break », 15 janvier).

Comme vous le souligniez avec raison dans votre éditorial, le règlement décrit les services devant être offerts dans les deux langues officielles dans les aéroports qui accueillent plus d’un million de passagers par année. Il y a une raison pour laquelle les membres du public voyageur ont des droits linguistiques particuliers lorsqu’ils voyagent au Canada.

Je me souviens d’un journaliste anglophone très critique à l’égard de la politique linguistique fédérale qui m’a confié que, lors d’un séjour à Québec pour couvrir un congrès politique, il a éprouvé un fort sentiment de soulagement alors qu’il prenait place dans un taxi le conduisant à l’aéroport, car il savait qu’il pouvait être servi en anglais. Tous les Canadiens devraient ressentir ce même sentiment de soulagement.

Le règlement au sujet du public voyageur est en vigueur depuis 1992, ce qui signifie que les aéroports ont eu 22 ans pour se conformer aux exigences. Il n’existe pas, comme le laisse entendre l’éditorial, pour harceler les travailleurs du secteur des services. Il existe pour offrir un service essentiel aux Canadiens. Et, en adoptant une approche imaginative et novatrice, il est possible d’offrir ce service sans exiger que tous les employés parlent français et anglais.

Permettez-moi de vous donner deux exemples. À l’aéroport d’Ottawa, il y a une succursale Booster Juice qui offre des boissons fouettées et des sandwiches. Sur le mur derrière le comptoir, on peut voir un grand menu affichant le nom des produits dans les deux langues. Les employés n’ont pas à être bilingues pour reconnaître le nom des produits. De façon similaire, à l’aéroport international Pearson de Toronto, un restaurant présente son menu sur une tablette électronique. Les clients peuvent donner leur commande dans la langue de leur choix – et le personnel la comprendra.

L’éditorial sous entend qu’il y a un conflit entre le multiculturalisme et le bilinguisme, entre la diversité culturelle et la dualité linguistique. Au contraire, les deux politiques sont issues des recommandations de la même commission royale. En fait, les communautés francophones en situation minoritaire dans l’ensemble du Canada sont en train de devenir aussi diversifiées sur le plan culturel que le sont les communautés anglophones.

Enfin, l’éditorial laisse entendre qu’il est hypocrite d’avoir des politiques linguistiques fédérales qui protègent le français et l’anglais alors que le Québec a une politique linguistique d’unilinguisme. En fait, le Canada a une vaste gamme de politiques linguistiques provinciales. Une province est officiellement bilingue, une province est officiellement unilingue française et huit provinces ont l’anglais comme langue officielle. C’est précisément en raison de cette grande différence dans les droits linguistiques au niveau provincial qu’il est si important de respecter les droits linguistiques au niveau fédéral.

Si les Canadiens ne sont pas au courant de leurs droits linguistiques, ils ne peuvent s’attendre à ce que ces droits soient respectés. Dans le même ordre d’idées, si les services ne sont pas demandés, ils ne seront pas fournis. Notre plus récente campagne d’information vise à renseigner les membres du public voyageur – francophones et anglophones – sur leurs droits dans les aéroports du pays.

Graham Fraser, commissaire aux langues officielles

Date de modification :
2020-09-18