Notes pour une allocution à la remise des diplômes de la Troupe 29 2014-2015 de la Gendarmerie royale du Canada

Regina (Saskatchewan) 31 août 2015
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

 

Début de dialogue

Bonsoir à tous.

C’est avec plaisir que je suis ici ce soir pour célébrer cette étape importante dans vos vies. Je vous remercie de m’accueillir.

Comme dans toute remise de diplôme, je devrais vous donner des conseils dont vous vous souviendrez toute votre vie…en moins de dix minutes. À tout le moins, je tenterai de vous faire part de ce que j’ai appris au cours de ma carrière.

Tout d’abord, félicitations! Vous devez tous être très fiers de votre réussite. On m’a dit que vous veniez des quatre coins du Canada – de Terre-Neuve-et-Labrador, du Québec, de la Colombie-Britannique et de nombreux autres endroits. Vos connaissances et votre expérience collectives sont aussi vastes que ce grand pays.

C’est peut-être un cliché, mais une nouvelle vie commence pour vous. Vous entamez une carrière enrichissante et pleine de défis pendant laquelle vous serez appelés à protéger et servir les Canadiens dans l’ensemble du pays.

Cette aventure transformera votre vie et vous vous souviendrez toujours du moment où elle a commencé. L’un des moments qui ont changé ma vie fut le jour où j’ai réalisé que je voulais apprendre le français. Cette réflexion m’amène tout naturellement à vous parler de ... bilinguisme.

En 1969, la Loi sur les langues officielles est entrée en vigueur et a mené à la création du poste que j’occupe actuellement. À titre de commissaire aux langues officielles, je dois faire tout ce qui est en mon pouvoir pour m’assurer que la Loi est respectée. En quelques mots, la Loi confirme l’égalité de statut des deux langues officielles quant à leur utilisation au Parlement et dans les institutions gouvernementales, là où existent des obligations linguistiques.

En tant qu’officiers de la police nationale du Canada, votre mandat est de préserver la paix, faire respecter la loi et offrir un service de qualité à tous les citoyens. Dans le cadre de vos fonctions, vous avez certaines obligations linguistiques dans certaines parties du pays. Aussi, en tant que représentants symboliques des valeurs canadiennes, vous devez respecter et incarner ces valeurs, en tout temps et partout. La dualité linguistique est l’une de ces valeurs.

Vous travaillerez pour un corps policier national, fédéral, provincial ou municipal. Vous offrirez des services policiers à tous les Canadiens, et des services policiers contractuels aux trois territoires, à toutes les provinces sauf l’Ontario et le Québec, et à plus de 150 municipalités, 600 communautés autochtones et trois aéroports internationaux. Vous prendrez conscience de différents droits linguistiques, de différentes situations et obligations dans ces divers endroits. Il sera de votre devoir de respecter et faire respecter ces obligations comme vous le ferez pour toute autre loi fédérale.

Le Canada compte 23 millions d'anglophones, dont 20 millions ne parlent pas le français, et sept millions de francophones, dont quatre millions ne parlent pas l’anglais. Nous sommes un pays très asymétrique – et cette caractéristique est à la base du rôle de la GRC en vue de s’assurer que chaque Canadien soit servi dans la langue officielle de son choix. Vous ne jouerez pas le même rôle au Québec que dans les Territoires du Nord-Ouest, le Nord de l’Alberta ou la Colombie-Britannique. Comme toute autre institution fédérale, la GRC a l’obligation de fournir des services au public dans les deux langues officielles, mais aussi elle doit prendre des mesures positives pour veiller à la croissance et au développement des communautés de langue officielle. Même si ce n’est pas votre devoir de voir à ce que la Loi sur les langues officielles soit respectée (c'est plutôt le mien!), il est important que vous, en tant que membres de la GRC, respectiez les obligations établies par la Loi.

Vous vous demandez sûrement ce que je veux dire par « mesures positives ». En tant qu’organisation, la GRC a l’obligation d’accroître la vitalité des minorités de langue officielle au pays, de soutenir et de contribuer à leur développement et de favoriser la pleine reconnaissance et l’utilisation de l’anglais et du français dans la société canadienne. Elle a donc le devoir de s’assurer que des mesures sont prises pour respecter cette obligation. On s’attend à ce que, en tant que membres de la GRC, vous établissiez la communication avec les communautés de langue officielle là où vous serez assignés. Et même si vous jouerez un rôle bien différent dans les communautés de l’Ouest qu’en Ontario ou au Québec, vous devrez tout de même reconnaitre l’importance du rôle symbolique de la GRC.

La capacité des institutions fédérales de refléter les valeurs contemporaines du pays dans ses régions de même qu’à l’étranger repose en bonne partie sur les compétences linguistiques de leurs leaders. L’ancien commissaire Elliott m’a déjà dit qu’il considérait très important de démontrer que la GRC est une institution nationale. Il ne manquait jamais de s’exprimer dans les deux langues lorsqu’il prenait la parole, dans le cadre de ses rencontres avec les membres de la GRC dans tout le pays. Je sais que le commissaire Paulson s’exprime lui aussi régulièrement dans les deux langues officielles.

Notre pays est complexe, et nous disposons d’un régime linguistique tout aussi complexe. Établir des liens avec les communautés que vous servirez signifie également comprendre que vous aurez des obligations linguistiques très différentes, selon que vous travaillerez au Nouveau-Brunswick, en Saskatchewan ou dans des communautés isolées du Nord.

Bien que vous n’aurez pas à patrouiller dans les rues au Québec et en Ontario, vous devrez remplir un rôle de corps policier au Nouveau-Brunswick sur une base contractuelle, et devrez alors respecter les obligations linguistiques que la Charte canadienne des droits et libertés impose au gouvernement du Nouveau-Brunswick. La GRC conserve également son statut d’institution fédérale dans toutes les provinces où elle fournit des services de police provinciale et doit ainsi respecter en tout temps la Loi sur les langues officielles.

Les événements tragiques qui se sont produits au cours des derniers 15 mois au Nouveau-Brunswick, au Québec et dans notre capitale nationale ont mis de l’avant l’importance de votre travail en temps de crise : faire cesser les actes de terrorisme, protéger la population et communiquer avec une communauté qui se sent assiégée. Cela comprend l’utilisation de l’anglais et du français afin de rejoindre efficacement l’ensemble de la communauté à l’aide de messages clairs.

Vous vous lancez dans une carrière exigeante. Des gens provenant de toutes les sphères de la société dépendront de votre force de caractère, de votre intégrité, de votre sens de l’équité. Ainsi, la carrière que vous avez choisie implique de nombreuses responsabilités. Parmi celles-ci, vous devrez respecter la dualité linguistique canadienne et l’intégrer dans les valeurs que votre uniforme représente.

Félicitations à la classe 2015 de la Troupe 29 de la GRC. Je vous souhaite bonne chance et bien du succès!

Je vous remercie.

Date de modification :
2020-09-18