Le bilinguisme, c’est bon pour le cerveau

Par Keith Nuthall et Kitty So (Ottawa), et Carmen Paun (Bruxelles)

Quand on habite un pays qui a deux langues officielles, parler deux langues, ça ne peut pas nuire. Mais en plus du savoureux plaisir de traduire son beurre d’arachides en peanut butter et sa confiture en jam, le bilinguisme procure tout un bagage d’avantages cognitifs.

En effet, des recherches sur les effets du bilinguisme permettent de croire que l’usage de plusieurs langues est bénéfique pour le cerveau. Loraine K. Obler (en anglais seulement), professeure de linguistique à la City University of New York (en anglais seulement), affirme que le bilinguisme aide les enfants à comprendre les structures de la langue et retarde l’apparition des signes de démence chez les adultes. Elle ajoute que les recherches montrent aussi que le bilinguisme améliore la capacité d’une personne à se concentrer et à mener plusieurs activités en même temps. L’usage de diverses langues habitue le cerveau à faire passer son attention d’une tâche à une autre.

Les enfants bilingues sont mieux préparés à acquérir les rudiments d’autres langues, puisqu’ils comprennent très tôt que le même objet peut porter plusieurs noms. « Les enfants bilingues ont une vision plus abstraite de la langue que les enfants unilingues, qui eux s’habituent au vocabulaire et à la structure d’une seule langue », poursuit madame Obler.

Ellen Bialystok (en anglais seulement), chercheuse reconnue dans le domaine des neurosciences cognitives et professeure à l’Université York (en anglais seulement) de Toronto, a coécrit une étude révélant que les enfants bilingues ont plus de concentration et de facilité à comprendre les structures linguistiques que leurs pairs unilingues.

Madame Bialystok a aussi réalisé une recherche qui donne à penser que le bilinguisme aurait la propriété de retarder l’apparition de la maladie d’Alzheimer. En étudiant les dossiers médicaux de 400 patients canadiens atteints de la maladie, elle a découvert que les symptômes apparaissaient cinq ou six ans plus tard chez les personnes bilingues que chez les unilingues.

Pour sa part, madame Obler rappelle qu’une étude (en anglais seulement) menée par Gitit Kavé (en anglais seulement), de la Open University of Israel (en anglais seulement), a montré que plus une personne parle de langues, plus ses habiletés cognitives diminuent lentement. Si madame Obler précise qu’on ignore comment la connaissance des langues retarde l’apparition de la démence, elle avance la théorie que « la pratique de plusieurs langues et la nécessité de rester à l’affût pour les utiliser au moment approprié gardent le cerveau actif, ce qui retarde l’Alzheimer. »

Cette théorie tombe d’ailleurs sous le sens. Puisque plusieurs mots pour décrire une action ou un objet se trouvent dans la mémoire des personnes bilingues, il semble normal que les impulsions électriques stimulent plus leur matière grise que celle des unilingues. Bref, comme les cerveaux bilingues font davantage d’exercice que les autres, ils seraient plus résistants aux maladies.


À deux ans, Hanna Alboth parle déjà trois langues. Photo : Anna Alboth

Trilingue à deux ans

Née à Berlin en Allemagne, où elle habite avec sa famille, Hanna Alboth, deux ans, parle déjà trois langues. Elle a appris le polonais avec sa mère Anna, l’allemand avec son père Tomas, et l’anglais avec les nombreux amis de la famille lors de ses voyages à Bruxelles et dans les pays entourant la mer Noire.

Récemment, elle a commencé à servir d’interprète à ses deux grands-mères unilingues. « Elle s’est mise à dire dans une langue ce que l’une venait de dire dans l’autre langue, sans que personne ne le lui ait demandé », raconte Anna. La fille aide aussi parfois la mère : quand Hanna remarque que sa maman éprouve de la difficulté à comprendre un mot en allemand, elle le répète en polonais.

Quand Mila, la deuxième fille de la famille Alboth, est née, Hanna a décidé de s’adresser à sa petite sœur en anglais. « Je peux dire d’expérience que les enfants bilingues sont beaucoup plus empathiques. Parce qu’ils sont moins attachés au concept de langue, ils savent que les choses peuvent porter plusieurs noms et qu’on peut les voir de plusieurs points de vue », conclut Anna.

Date de publication : Le vendredi 08 juin 2012

Date de modification :
2018-09-13