Cohabitations cinématographiques


par Marie Lebrecque

Bon cop, bad cop (2006)

Quand on pense à des films bilingues canadiens, le premier titre qui vient en tête est souvent Bon cop, bad cop. Mettant en vedette Patrick Huard et Colm Feore, cette œuvre cinématographique constitue un modèle du genre. Un pied dans chaque culture, partagé entre l’Ontario et le Québec, entre un protagoniste anglophone et un francophone, le film passe d’une langue à l’autre. « Au début du film, chaque personnage parle sa langue, tranquillement, tout ça commence à se mêler, et à la fin, une phrase commence dans une langue et finit dans l’autre, selon l’émotion du personnage », expliquait le coscénariste Huard à l’hebdomadaire montréalais Voir, en août 2006. La dualité canadienne était d’ailleurs l’un des thèmes du film qui s’amuse allégrement avec les stéréotypes culturels des communautés linguistiques.

Le violon rouge (1998)

Coproduction canado-italo-britannique, Le violon rouge de François Girard se déroule sur quelque 300 ans et dans cinq pays. Suivant le parcours du mythique violon, la fresque historique met en scène les langues de chaque pays, dont le français et l’anglais, ce qui contribue au réalisme du récit et n’est probablement pas étranger au rayonnement de l’œuvre sur la scène internationale.

Le confessionnal (1995)

Premier film du metteur en scène Robert Lepage, Le confessionnal comprend des dialogues en anglais, puisque son histoire évoque le tournage à Québec d’I Confess d’Alfred Hitchcock en 1952. L’unilinguisme anglais de l’équipe de tournage d’Hitchcock met en relief la disparité entre la conception hollywoodienne du monde et le climat fermé et religieux du Québec de Duplessis.

Yes Sir! Madame… (1994)

Dans Yes Sir! Madame... de Robert Morin, la narration bilingue reflète la crise identitaire du héros. Acadien fils d’une mère anglophone et d’un père francophone, le protagoniste principal en proie à une véritable lutte intérieure passe constamment du français à l’anglais, déchiré entre ses deux identités culturelles, pour raconter son histoire de deux points de vue parfois diamétralement opposés. Le film de Morin, dont le titre de travail était d’ailleurs Double face, s’avère une formidable allégorie de la dualité canadienne ainsi que des paradoxes et des tiraillements qu’elle peut faire naître.

The High Cost of Living (2010)

Entrecroisant les destins de personnages québécois francophones et d’un protagoniste américain, The High Cost of Living (en anglais seulement) comprend environ un quart de scènes en français. « Pour moi, ce n'est pas un political statement, confiait Deborah Chow au quotidien La Presse, en avril 2011. C'est simplement là où je vis. Je ne comprends pas comment on peut faire un film entièrement en anglais à Montréal. » Native de Toronto, la réalisatrice a décrit son premier long métrage comme une « espèce de lettre d’amour à Montréal », lors d’une entrevue (en anglais seulement) donnée au Georgia Straight. « Je sentais que personne n’avait encore filmé le Montréal que je connais... Je voulais montrer davantage la vision qu’en ont les anglophones, particulièrement de coins comme le Chinatown, qu’on ne voit jamais dans les films canadiens-français. »

The Trotsky (2009)

Même désir de rendre hommage à sa ville pour l’Anglo-Québécois Jacob Tierney. « J'ai voulu, à travers The Trotsky, écrire un billet doux à Montréal, cette métropole que l'on connaît et qu'on aime, nous, les Anglos, qui parlons français et qui participons à sa courtepointe », expliquait au Devoir le scénariste et réalisateur, qui a grandi dans Notre-Dame-de-Grâce. Campé dans le milieu anglophone, le sympathique film expose aussi le visage français de la cité, à travers quelques personnages francophones. Ainsi, l’œuvre offre la rare occasion d’admirer le travail d’interprètes des deux communautés linguistiques. « The Trotsky est une tentative de les réunir, ces solitudes-là », confiait d’ailleurs au Devoir Anne-Marie Cadieux, l’une des actrices du film.

Funkytown (2011)

Funkytown de Daniel Roby met en vedette une mosaïque de personnages issus des deux groupes : des anglophones, qui glissent parfois une phrase en français et des francophones, dont plusieurs parlent régulièrement la langue de Shakespeare. « Je voulais montrer la ville telle qu'elle a toujours été », expliquait le scénariste Steve Galluccio à La Presse, en janvier 2011. Il faut dire que le bilinguisme collait aussi au contexte d’un film campé dans le milieu disco montréalais des années 1970.

Date de publication : Le mardi 25 octobre 2011

Date de modification :
2018-09-13