Le début d’un dialogue

Avant de savoir que nous allions le rencontrer, nous n’avions encore jamais entendu parler de lui. Pourtant, William Commanda est toute une figure, un pilier de sa communauté, un leader spirituel pour beaucoup de gens, dont la renommée s’étend au-delà des frontières du Canada.

Bien que le commissaire aux langues officielles n’ait pas le mandat de faire la promotion des langues autochtones, nous avons demandé à rencontrer l’aîné Commanda pour en apprendre davantage sur ces langues et connaître son opinion sur la manière de mieux soutenir leur préservation.

Une vie bien remplie

William Commanda, ou Ojigkwanong, de son nom algonquin, est né en 1913. Oui, vous avez bien compté, ça signifie qu’il a tout près de 100 ans. Il est le descendant de Pakinawatik, personnage qui a amené son peuple à s’établir, au milieu du XIXe siècle, aux abords du confluent des rivières Désert et de la Gatineau, un grand territoire dont une portion deviendra plus tard la réserve algonquine de Kitigan Zibi, située près de Maniwaki, en Outaouais. L’aîné Commanda a été, entre autres, chef de sa communauté de 1951 à 1970, travailleur forestier, guide et trappeur, fabricant de canots d’écorce, avant de devenir conférencier, guide spirituel, fondateur du Cercle de toutes les Nations (site en anglais seulement), défenseur de l’environnement, etc.

À la défense de l’environnement

Quand nous arrivons sur les lieux de la rencontre, une fumée odorante finit de se dissiper dans l’air, donnant une atmosphère surnaturelle à la pièce. L’aîné Commanda est assis dans un petit boudoir. Il nous serre la main lentement, tour à tour de la même façon, tout en nous observant. De sa personne se dégagent beaucoup de calme et une grande sagesse.

Peu après, l’assistante de l’aîné Commanda, Romola Vasantha Thumbadoo, engage la conversation sur le sujet de la forêt Beaver Pond, qu’un promoteur immobilier a entrepris de défricher au début de 2011. Située dans le secteur Kanata d’Ottawa, cette forêt possède un caractère sacré pour les Autochtones et abrite une grande biodiversité. L’aîné Commanda fait partie d’un groupe de citoyens qui exercent des pressions pour qu’on mette fin au déboisement et que la province procède à une étude archéologique et environnementale du site afin de le préserver. Plusieurs fois pendant l’entrevue, l’aîné Commanda nous explique que, dans sa vision des choses, il est impossible de posséder la Nature, mais que c’est elle qui nous possède.

Un gardien spirituel

En plus de se porter à la défense de l’environnement et de perpétuer l’histoire de son peuple, l’aîné Commanda s’occupe de transmettre sa vision spirituelle ainsi que les messages ancestraux inscrits dans les ceintures Wampum sacrées dont il est le gardien.

Faites de perles blanches et bleues taillées dans des coquillages quahaug, les ceintures Wampum constituent une sorte de code, d’aide-mémoire, par lequel les connaissances ancestrales se transmettent de génération en génération. Bien sûr, cela prend un interprète qui détient la clé pour expliquer le sens caché de ces objets sacrés. C’est le rôle de l’aîné Commanda.

Peu après le début de notre entretien, il demande à Romola de lui apporter ces objets précieux. Puis, il les purifie par la fumée en faisant brûler des herbes dans un bol de rituel et en récitant une prière en algonquin.

Un message de paix et de fraternité

La première ceinture qu’il nous montre, celle de la Grande Paix des années 1700, évoque l’esprit d’accueil et de partage qui constitue le fondement de la culture des peuples autochtones. Y figurent trois silhouettes de personnages, qui symbolisent les Français, les Anglais et, au milieu, les peuples autochtones. L’aîné Commanda nous raconte que la figure de l’Amérindien se trouve au centre, car ce dernier souhaite la bienvenue aux nouveaux arrivants et leur prend la main pour leur montrer à devenir amis.

L’homme raconte aussi que les nouveaux arrivants ont tenté de détruire le peuple autochtone, mais qu’ils se sont détruits eux-mêmes au passage et qu’ils en subiront les conséquences tôt ou tard. Il évoque ensuite l’histoire tragique des pensionnats indiens. Il relate la manière dont les enfants étaient retirés à leurs parents et envoyés au loin. Il nous explique aussi à quel point cet épisode a été un désastre pour la culture autochtone et un drame pour les enfants, à qui on interdisait de parler leur langue sous peine d’être privés de nourriture ou d’être battus.

À la croisée des chemins

Ensuite, l’aîné Commanda nous présente longuement la ceinture de la Prophétie des sept feux (site en anglais seulement), la plus ancienne des trois ceintures dont il est le gardien. Le message de ce Wampum parle des choix que nous devons faire dans les relations que nous entretenons les uns avec les autres ainsi qu’avec toutes les créatures de la Terre Mère. Il nous invite à nous demander s’il est temps de faire un choix entre, d’une part, l’exploitation sans fin et sans mesure des ressources naturelles et, d’autre part, un nouveau respect pour la Terre Mère.

Un territoire sans frontière

La dernière ceinture que l’aîné Commanda nous montre, celle du Traité de Jay, porte sur le libre passage des Autochtones entre le Canada et les États-Unis. Elle symbolise une valeur fondamentale dans la culture autochtone, celle de l’absence de frontière. La ceinture témoigne ainsi du lien sacré qui unit les peuples autochtones à leur territoire, tout en illustrant le sens de responsabilité que les Autochtones ressentent envers la Terre Mère.

Une rencontre fascinante

Au terme de l’entretien, nous n’avons pas eu la chance de vraiment connaître l’opinion de l’aîné Commanda sur la situation des langues autochtones et sur leur avenir. Nous nous sommes plutôt laissé guider par ses histoires, fascinés de découvrir un point de vue sur la réalité tout nouveau pour nous. Dans ses propos transpirait un profond désir de nous enseigner l’histoire, la vision et la culture de son peuple. Plus tard, le commissaire a été invité à rencontrer des enseignants et un comité sur la langue de Kitigan Zibi Anishinabeg, un groupe représentant plusieurs communautés algonquines, dont les membres se passionnent pour la valorisation, la protection et la revitalisation de la langue de leur territoire.


Semaine de sensibilisation aux cultures autochtones

Du 24 au 27 mai, profitez de la Semaine de sensibilisation aux cultures autochtones pour apprendre à mieux connaître les peuples autochtones au Canada et rendre hommage à leurs contributions.

Date de publication : Le mardi 24 mai 2011

Date de modification :
2019-02-05