Conversation avec Graham Fraser

Au début de votre mandat, vous souhaitiez que l’on repense l’enseignement des langues secondes. Pensez-vous qu’il soit vraiment réaliste de croire qu’un jour, plus de jeunes sortant de l’université seront bilingues?

Absolument. L’une de mes surprises a été de découvrir la gamme de programmes de français offerts dans les établissements postsecondaires, mais qui restent assez méconnus. C’est un potentiel inexploité : il manque de coordination et de cohérence.

Alors qu’il est le plus grand employeur au Canada, le gouvernement fédéral hésite à envoyer un message clair aux universités quant à ses besoins en main-d’œuvre bilingue. Beaucoup d’universités anglophones continuent de traiter le français comme une langue étrangère. L’objectif du gouvernement, énoncé en 2003, de doubler le nombre de diplômés du secondaire bilingues, de faire passer le pourcentage de 25 à 50 p. 100, n’a simplement pas été atteint.

Mais regardons aussi les aspects positifs. Bon an mal an, quelque 300 000 élèves s’inscrivent à des cours d’immersion. Ainsi, 40 p. 100 des employés embauchés dans la fonction publique l’année dernière étaient bilingues à leur entrée en poste. Les recteurs d’université ont accueilli avec intérêt, et même enthousiasme, notre étude sur les possibilités d’apprentissage en langue seconde dans les universités canadiennes. Les programmes universitaires d’immersion ou de formation bilingue connaissent un franc succès. Certaines facultés de droit ont également compris les vrais enjeux du débat sur l’importance du bilinguisme des juges de la Cour suprême, ce qui a, pour ainsi dire, sonné le réveil.

Parfois, vous prenez position et intervenez dans certains dossiers qui ne semblent pas relever directement de compétence fédérale. Pourquoi?

Pour commencer, permettez-moi de préciser : mon mandat ne me permet pas d’intervenir officiellement dans des domaines qui ne relèvent pas de compétence fédérale.

Cela dit, il y a deux raisons pour lesquelles je me permets de prendre la parole et de défendre des convictions dans certains domaines particuliers. Premièrement, la portée de la Loi sur les langues officielles est assez large. Elle parle de « promouvoir la pleine reconnaissance et l’usage du français et de l’anglais dans la société canadienne », de « promouvoir le caractère bilingue de la région de la capitale nationale » et d’« encourager les entreprises, les organisations patronales et syndicales, ainsi que les organismes bénévoles canadiens à promouvoir la reconnaissance et l’usage du français et de l’anglais ». Ainsi, c’est évident pour moi que le Parlement voulait aller au-delà des limites des institutions fédérales lorsqu’il a conçu la Loi.

Deuxièmement, la clé du développement des communautés de langue officielle en situation minoritaire ne se trouvent pas dans les nombres, mais dans leur vitalité. Et la santé et l’éducation constituent deux éléments cruciaux de la vitalité de n’importe quelle communauté. Aurez-vous la possibilité d’inscrire vos enfants dans une école qui leur donnera un enseignement de qualité dans votre langue? Quand la réponse à cette question est « peut-être » ou « non », la communauté aura sans doute de la difficulté à garder ses membres. Or, la santé et l’éducation relèvent de compétence provinciale.

Depuis qu’elle existe, la prime au bilinguisme versée aux fonctionnaires du gouvernement fédéral s’établit à 800 $ par année. Cette somme, qui était significative au départ, est devenue dérisoire aujourd’hui à cause de l’inflation. Croyez-vous qu’on devrait augmenter le montant de la prime?

Je conviens que le montant de la prime au bilinguisme ne représente pas une somme faramineuse. Cela dit, il ne m’appartient pas de juger si elle devrait être majorée. En effet, le montant de la prime est établi dans la Directive sur la prime au bilinguisme, et cette politique est considérée comme faisant partie intégrante des conventions collectives conclues entre les parties représentées au Conseil national mixte, lequel rassemble des porte-parole du gouvernement à titre d’employeur et des agents de négociation qui représentent les fonctionnaires. Ainsi, il revient au Conseil national mixte d’examiner la Directive et de déterminer quand une révision est nécessaire.


Nos meilleurs vœux!

En cette période de réjouissances, nous désirons remercier tous les lecteurs d’Au-delà des mots de leur fidélité et de leur intérêt pour les langues officielles. Nous vous offrons nos meilleurs vœux de bonheur et nous vous souhaitons de beaux moments en compagnie de vos proches. Que l’année 2011 vous apporte paix, santé et prospérité!


Avis à nos lecteurs

Pendant le temps des Fêtes, l’équipe d’Au-delà des mots fera relâche. Nous vous reviendrons en force dès janvier!

Date de publication : Le jeudi 16 décembre 2010

Date de modification :
2018-09-13