De Drummondville à Tuktoyaktut… en français s’il vous plaît!

Jimmy Chabot posant, avec sa caméra, devant l’affiche «  Le vieux Saint-Boniface, quartier français de Winnipeg »

De Drummondville, au Québec, à Tuktoyaktut, aux Territoires du Nord-Ouest, sans le moindre sou, sans cellulaire et… en français seulement? Pourquoi pas! C’est du moins ce que vous répondra Jimmy Chabot – ou JimChab, de son nom de vlogueur – qui a entamé sa traversée du Canada « sur le pouce » le 1er juillet dernier et qui est revenu, 7000 kilomètres plus tard, avec un documentaire en main en clamant : « Mission accomplie! » Entretien avec cet ambassadeur de la francophonie canadienne qui ne recule devant rien.

Comment t’es venue l’idée de traverser tout le Canada, sans argent ni téléphone cellulaire et en français seulement?

Je suis natif de Drummondville, au Québec, et j’ai toujours voulu percer dans le domaine des communications, notamment comme animateur à la radio. C’est l’Ontario qui m’a donné ma première chance. Quand j’ai pris la décision de traverser le Canada « sur le pouce », cela faisait déjà plusieurs années que je faisais de la radio dans des communautés de langue officielle en situation minoritaire, notamment à Kapuskasing, dans le Nord de l’Ontario, et à Winnipeg, au Manitoba. Je m’impliquais beaucoup dans la cause francophone, à faire connaître ses artisans sur ma chaîne YouTube – JimChab vlogs. Je me suis dit que, la journée où j’aurais plus d’abonnés, ce serait ma façon de leur dire merci, en traversant ce pays-là, mais en français seulement, pour montrer leur existence. C’est l’idée derrière mon documentaire.

Je me suis mis au défi de le faire sans argent parce que les grosses boîtes de production qui auraient pu m’épauler dans ce projet me disaient que le projet coûterait trop cher à réaliser. Cela faisait un an que j’essuyais des refus. Je me suis dit : « D’accord, mais qui va donner une tribune aux francophones hors Québec? » C’est à ce moment que le projet a commencé à prendre forme.

À quel point cela a-t-il été difficile?

C’est vrai que ça a été difficile : il faut que tu te trouves une place où dormir, de quoi manger, etc. Toutefois, la langue est tellement rassembleuse que les gens m’ont tendu la main. Étant donné qu’on a la même langue, c’est un peu comme venir du même coin de pays, un peu comme être frères et sœurs. On a ce sentiment d’appartenance et on milite pour la même cause. Ça a été beaucoup plus facile que les gens peuvent l’imaginer.

Jimmy Chabot posant, avec sa caméra, devant l’affiche « Centre of/du Canada »

As-tu eu à refuser beaucoup de trajets avec des conducteurs qui ne parlaient pas français?

Pendant tout le voyage, je n’ai eu à refuser que deux trajets. Il y a beaucoup plus de Canadiens qui parlent français qu’on le pense. Il y a des francophones, mais il y a également des gens qui ont fait des programmes d’immersion, qui l’ont appris ou qui ont à tout le moins un intérêt et qui connaissent la base. Je ne pense pas que c’est de la chance; les Canadiens parlent plus français qu’on peut le penser.

J’ai rencontré des anglophones qui voulaient apprendre le français et qui se forçaient à le parler du mieux qu’ils le pouvaient, juste pour moi. Je pense que je leur ai fait avoir du plaisir avec la langue française.

Jimmy Chabot à Edmonton, avec des amis

As-tu eu un ou des coups de cœur?

Mon village coup de cœur, c’est celui de Moonbeam, un canton du Nord-Est ontarien. Je suis arrivé dans un camping qui, je te dirais, était à 85 % francophone. Les gens m’ont tout de suite accueilli. Ils vont là pour parler en français et tu sens qu’ils sont heureux de le faire. À mon arrivée, des enfants de sept ans chantaient « Une colombe », de Céline Dion, au karaoké. C’était un moment assez spécial.

Qu’est-ce qui te touche le plus dans la persévérance de ces communautés à se battre pour leur langue?

Je trouve que c’est une cause qui est tellement importante; on ne donne jamais de tribunes aux francophones hors Québec. Leur bataille me touche énormément. C’est la raison pour laquelle j’ai démissionné de mon poste d’animateur de radio pour vivre cette aventure et être un ambassadeur de la francophonie.

Par exemple, la bataille des Franco-Manitobains m’émeut beaucoup. J’ai beaucoup d’amis qui étaient là pendant la crise linguistique de 1983-1984. Ils se sont attachés aux écoles pour ne pas qu’on mette la clé dans la serrure. Ils ont enseigné le français dans des garages pour ne pas que leur langue meure. Les bureaux de la Société franco-manitobaine ont été incendiés, le président s’est fait menacer, il y a eu une lutte sans pareil. Heureusement, cette crise est chose du passé, mais, aujourd’hui, ils font beaucoup pour préserver leur langue. Ils organisent des activités en français tous les soirs. Je trouve que c’est vraiment beau.

Et puis, il y a un mélange très intéressant entre les cultures parce que beaucoup d’Africains francophones s’installent là-bas. Pendant la Coupe du monde de soccer, ils nous font comprendre leur passion pour le « foot ». Nous, pendant les séries éliminatoires de hockey, on leur fait comprendre notre amour pour le hockey. Le mélange entre les cultures et la bataille continuelle de cette communauté francophone du Manitoba qu’est Saint-Boniface ont une grande signification pour moi.

Ton documentaire a eu une belle réception, n’est-ce pas?

Oui, j’ai eu beaucoup de demandes d’entrevues, notamment de médias en milieu majoritaire, comme le journal Toronto Star, en Ontario, et l’émission télévisée Salut Bonjour, au Québec. Lorsque j’habitais encore au Québec, j’entendais rarement parler de la réalité des francophones hors Québec. J’ai trouvé ça vraiment bien que l’on parle de ces luttes dans des tribunes nationales comme celles-là.

Pour visionner le documentaire de Jimmy Chabot : Le Canada sur le pouce

Date de publication : Le jeudi 22 novembre 2018

Date de modification :
2018-11-23