Anastasiia Cherygova : de la suite dans les idées

Anastasiia Cherygova

Apprendre l’anglais et le français quand on arrive tout droit de Russie peut certes apparaître comme un défi de taille, mais avec un peu de volonté, cela constitue d’abord et avant tout un pari des plus stimulants. C’est du moins ce que pense Anastasiia Cherygova, arrivée au Canada en 2014 pour poursuivre ses études secondaires, et qui, quatre ans plus tard, peut se targuer de maîtriser la langue de Tolstoï, en plus de celle de Shakespeare et de Molière, avec grande aisance.

Le goût de l’anglais et du français

Anastasiia atterrit d’abord à Vancouver, alors qu’elle est âgée de 15 ans. Difficile à croire lorsque l’on entend la jeune femme s’exprimer, aujourd’hui, en anglais sans l’ombre d’un accent. « J’étais déjà à l’aise en anglais en raison de mon éducation en Russie, relate-t-elle. À Vancouver, je me suis beaucoup améliorée en restant dans une famille d’accueil, mais j’avais encore beaucoup d’amis russophones avec lesquels je n’avais pas la chance de m’exercer. »

Deux ans plus tard, l’étudiante veut voir du pays et décide de poursuivre ses études dans la capitale nationale. « Le véritable déclic s’est opéré quand je suis arrivée à Ottawa. Je me suis fait des amis anglophones et j’étais tellement occupé dans mes études que je ne prenais pas le temps d’appeler ma mère avec qui je parle normalement en russe. » Complètement immergée dans son environnement, la jeune adulte devient, rapidement, parfaitement bilingue.

Mais pour la native d’Iekaterinbourg, le travail est à moitié terminé. « Quand j’étais plus jeune, en Russie, nous écoutions beaucoup les chansons de Garou et de Céline Dion et j’ai toujours eu une vision forte du Canada francophone. J’avais très hâte de m’améliorer en anglais, mais aussi d’apprendre le français. Quand je suis arrivée à l’Université d’Ottawa et que j’ai remarqué que les panneaux au-dessus des portes indiquaient “Sortie – Exit”, j’étais vraiment très excitée. »

Une détermination payante

Ayant déjà suivi quelques cours de français en Russie et à Vancouver, l’étudiante s’inscrit à un programme grâce auquel elle peut suivre une partie de ses cours en français dans le cadre de son parcours académique. Le régime d’immersion en français offert à l’Université d’Ottawa lui donne accès à une multitude de ressources, dont un centre de mentorat et de l’aide en rédaction française, de même qu’à de nombreuses activités lui permettant d’améliorer son français à l’extérieur de la salle de classe. Son français s’en voit nettement amélioré.

Déterminée, Anastasiia décide par ailleurs de remettre certains de ses travaux dans la langue de Molière, bien qu’elle n’en soit pas obligée. « Je suis très fière d’avoir choisi d’écrire certains des travaux en français et je suis encore plus heureuse d’avoir reçu la note de A pour l’un d’entre eux! C’est une victoire personnelle. »

Autre victoire : Anastasiia est embauchée au Commissariat aux langues officielles à titre d’étudiante, à l’été 2018. Ainsi, elle travaille dans un environnement de travail dans lequel elle peut parler dans la langue officielle de son choix. Elle choisit d’ailleurs de répondre à la plupart des questions de cette entrevue… en français et d’utiliser le français le plus souvent possible. « Ce n’est pas facile, mais c’est l’effort supplémentaire que tu dois fournir lorsque tu souhaites t’améliorer », affirme-t-elle avec aplomb.

L’immersion, un élément essentiel

Anastasiia a non seulement eu la chance de vivre dans une famille d’accueil pendant 7 mois à son arrivée au Canada, mais a également baigné dans un environnement anglophone lors de sa venue à Ottawa. Aujourd’hui, elle travaille du côté du Québec, à Gatineau, et plusieurs de ses collègues sont francophones. À quel point est-ce que l’immersion a joué un rôle dans son apprentissage ?

« Lorsque tu apprends une langue dans une salle de classe, on t’apprend à parler de sujets très théoriques, mais pas nécessairement de ce dont on parle au coin d’une rue, ou dans un café, raconte l’étudiante. Pour moi, la plus grande difficulté dans l’apprentissage d’une langue, c’est la différence entre la langue formelle et la langue informelle, explique l’étudiante. Te baigner dans un environnement hors de la classe, c’est une chance d’améliorer la langue informelle, ce qui est très difficile à faire dans un contexte académique. »

Il n’y a pas à dire, Anastasiia ne ménage pas les efforts pour embrasser l’une des valeurs fondamentales du Canada, la dualité linguistique. Il faut dire qu’elle semble avoir trouvé une recette gagnante pour y arriver : le courage de sortir de sa zone de confort, une bonne dose de curiosité et de la suite dans les idées.

Date de publication : Le lundi 17 septembre 2018

Date de modification :
2018-09-18