Agir maintenant pour l’avenir des communautés francophones : Pallier le déséquilibre en immigration

Table des matières

Novembre 2014

1 Avant-propos des commissaires

L’immigration est intrinsèquement liée à l’histoire du Canada qui a toujours accueilli des vagues d’immigrants en fonction d’événements politiques et économiques, notamment. Ces immigrants ont joué un rôle important dans le développement économique, politique et social du Canada tout en contribuant à la richesse et à la diversité du pays. « Depuis 1869, le Canada a des lois et règlements régissant l’entrée des immigrants. La législation sur l’immigration a évolué et changé au fil du temps, influencée par la transformation sociale, le climat politique et économique, ainsi que les tendances dominantes sur la race, l’opportunité et l’intégrationFootnote 1 ». Pour remédier à une sélection parfois arbitraire et dépendante du pouvoir discrétionnaire des fonctionnaires en poste, le Canada s’est doté en 1967 d’un règlement sur l’immigration qui mena à l’entrée en vigueur d’un système de points pour la sélection de certaines catégories d’immigrants. Parmi les critères évalués se trouvait la maîtrise d’une des deux langues officielles. Ce nouveau système visait entre autres à mettre fin à la discrimination dont étaient victimes certains groupes ethniques ou religieux.

Depuis, l’immigration a pris une nouvelle tournure et on assiste à une diversification des pays sources d’immigrants. Des immigrants parlant plusieurs langues, y compris une des deux langues officielles, élisent domicile au Canada. Cette hétérogénéité s’observe également au sein des communautés francophones et chez les nouveaux arrivants qui s’y établissent. Qu’ils soient Belges, Roumains, Maliens ou Haïtiens, ils ont plusieurs cordes linguistiques à leur arc. Cette mosaïque multiculturelle se reflète aujourd’hui dans différentes sphères, notamment dans les écoles de langue française au sein des communautés francophones, de Moncton à Vancouver, en passant par London et Edmonton.

Plusieurs efforts et initiatives ont été menés depuis une dizaine d’années, tant au niveau fédéral qu’au niveau de certaines provinces et certains territoires, pour que l’immigration favorise également l’épanouissement des communautés francophones en situation minoritaire. Ces initiatives se sont traduites notamment par l’élaboration d’objectifs chiffrés à atteindre.

Néanmoins, au-delà des cibles et des données statistiques, certes nécessaires, il est fondamental de garder en tête qu’il est question d’abord et avant tout de vraies personnes avec des parcours et des bagages différents que l’on côtoie au quotidien : voisin de palier, enseignant de l’école d’à côté, boulanger et pharmacienne du quartier, etc. Bref, ce sont aussi des mères de famille, des pères célibataires ou encore de jeunes couples qui ont fait le choix de s’installer et de démarrer une nouvelle vie dans nos communautés francophones laissant souvent loin derrière eux leurs proches et amis. Pour d’autres, le parcours est encore plus difficile et les besoins sont plus grands; pensons, notamment, aux réfugiés qui intègrent les différentes communautés.

Possédant souvent plusieurs diplômes étrangers et plusieurs années d’expérience professionnelle internationale, les immigrants francophones non seulement aspirent à trouver la place qui leur revient, mais aussi veulent contribuer au développement économique et social de leur communauté d’accueil. Ils ont parfois tout quitté dans leur pays d’origine dans l’espoir de participer au projet canadien.

Face à ces attentes et aspirations et pour que leur rêve ne fonde pas comme neige au soleil, les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux, avec l’appui de plusieurs partenaires incluant les communautés francophones, ont la responsabilité de faciliter l’accueil et l’intégration sociale, économique et professionnelle des nouveaux arrivants. De fait, plus ces derniers se sentiront valorisés et accueillis en français, plus ils seront susceptibles de développer un attachement à leur nouvelle communauté et ainsi de contribuer à son épanouissement.

Certes, le marché d’emploi en français reste relativement limité pour permettre à tous les nouveaux arrivants de travailler dans leur langue. Il n’en demeure pas moins que les premiers mois sont déterminants aux yeux des nouveaux arrivants qui jaugent leur potentiel d’intégration dans leur nouvel environnement au rythme de la disponibilité et de la qualité des programmes et des services en français qu’ils reçoivent. De fait, leurs besoins en matière de services et programmes sont spécifiques : obtenir la carte d’assurance sociale, la carte d’assurance-maladie, le permis de conduire, trouver un logement abordable ou décrocher un premier emploi. C’est sans compter la recherche d’une école pour ceux qui ont des enfants. Certains nouveaux arrivants choisissent d’envoyer leurs enfants dans une école de langue anglaise parce qu’ils veulent leur permettre de mieux maîtriser cette langue. Toutefois, ce choix est souvent influencé par leur méconnaissance du fait que l’éducation de langue française offre aux enfants des chances plus qu’excellentes d’en sortir bilingues et aussi par leur méconnaissance de l’existence même d’institutions de langue française dans leur communauté.

Souvent peu sensibilisés avant leur arrivée aux défis auxquels font face les communautés francophones, les nouveaux arrivants doivent généralement composer avec une réalité très différente de l’image du Canada perçue ou véhiculée à l’étranger. En effet, plusieurs croient souvent à tort que le Canada est un pays entièrement bilingue, d’où l’importance de mieux orienter et informer les candidats francophones à l’immigration avant leur arrivée au pays. Néanmoins, il est difficile, voire impossible, pour un nouvel immigrant de connaître les subtilités qui existent entre les différents services et programmes en matière d’établissement, de formation et d’intégration auxquels il a droit, et de connaître les différents services offerts en français selon le palier de gouvernement. 

À l’heure de la mondialisation et de l’économie du savoir, les pays développés ainsi que les économies émergentes se livrent une compétition internationale pour accueillir une main-d’œuvre hautement qualifiée. Confronté au vieillissement de sa population, à un taux de natalité en déclin et à une pénurie aiguë de main-d’œuvre dans des secteurs clés de l’économie, le Canada mise sur l’immigration pour maintenir sa compétitivité économique et préserver son modèle social. Ainsi, le gouvernement fédéral a entrepris au cours des dernières années une réforme en profondeur du système d’immigration mettant notamment l’économie au cœur de ses changements et accordant une place plus importante aux employeurs dans la sélection des travailleurs étrangers.

Ces modifications doivent cependant prendre en compte la composition du tissu social et linguistique du pays ainsi que la réalité particulière des communautés. Au fil des ans, les communautés francophones en situation minoritaire du Canada ont peu bénéficié de l’immigration. Dans la mise en œuvre du nouveau système d’immigration, le gouvernement fédéral doit donc s’assurer que les communautés francophones tirent pleinement profit des occasions amenées par ce système et que le rôle important que ces communautés peuvent jouer dans l’accueil et l’accompagnement des nouveaux arrivants est reconnu et valorisé auprès des partenaires et, plus particulièrement, auprès des employeurs.

À l’aube des célébrations du 150e anniversaire de la confédération en 2017 et du 400e anniversaire de la présence francophone en Ontario en 2015, nous considérons qu’il est crucial que les deux paliers de gouvernement collaborent et fassent preuve de leadership pour que l’immigration favorise réellement le développement et l’épanouissement des communautés minoritaires francophones et que la mosaïque démographique en cours épouse la spécificité de la société canadienne. Ainsi, nous croyons sincèrement que nos recommandations contribueront à la mise en place d’un système d’immigration juste et équitable qui conjuguera à la fois les orientations gouvernementales et les obligations constitutionnelles et législatives afin que la dualité linguistique, élément essentiel à l’identité canadienne, s’enrichisse de l’apport d’une immigration aussi nécessaire que cosmopolite. Pour paraphraser un slogan d’une campagne publicitaire de recrutement menée par le gouvernement canadien en Grande-Bretagne en 1905, il est temps que le Canada devienne une destination de choix pour les immigrants d’expression française en prenant toutes les mesures nécessaires et envoie le message suivant : « Francophones, le Canada a besoin de vous. »

2 Introduction

2.1 Objectifs

Le présent rapport a été réalisé conjointement par le Commissariat aux langues officielles et le Commissariat aux services en français de l’Ontario. Il dresse un état des lieux de la question de l’immigration dans les communautés francophones en situation minoritaire (ci-après appelées « communautés francophones ») à l’échelle du Canada et des provinces, dont l’Ontario. Des recommandations sont émises à l’intention du gouvernement du Canada et du gouvernement de l’Ontario.

2.2 Méthodologie

Le document s’appuie sur la revue de documents pertinents provenant de diverses sources, telles que Statistique Canada, Citoyenneté et Immigration Canada (CIC), les plus récentes comparutions du Comité sénatorial permanent des langues officielles et la Conférence ministérielle sur la francophonie canadienne. Il présente des enjeux soulevés par différents partenaires au cours de rencontres informelles et de témoignages recueillis lors d’entrevues auprès d’immigrants vivant dans des communautés francophones. Ceux-ci ont été identifiés avec l’aide des représentants régionaux du Commissariat aux langues officielles. Le document n’avait pas pour objet de dresser un portrait exhaustif de la situation, mais plutôt de mettre en lumière quelques-uns des principaux défis dans ce secteur.

3 Contexte

3.1 Importance de l’immigration pour le Canada

Le Canada, depuis ses débuts, s’est constitué comme terre d’accueil avec la colonisation française et britannique, suivie de diverses vagues et politiques d’immigration.

Le Canada du XXe siècle a connu des variations importantes quant au nombre d’immigrants et aux taux d’immigration. Il est arrivé que des sommets soient atteints à des moments historiques particuliers. En 1913, plus de 400 000 immigrants (52,5 immigrants pour 1000 habitants) sont entrés au pays dans une vague d’établissement dans les provinces de l’Ouest. Un second sommet a été atteint en 1957 avec l’arrivée de 282 000 immigrants, dont plusieurs milliers comme réfugiés hongrois. Un dernier sommet de 10,9 immigrants pour 1000 habitants a été atteint en 1967 avec l’entrée en vigueur d’un système de points pour l’admission au Canada avec des critères économiques et linguistiques. Au cours de la première décennie du XXIe siècle, le taux d’immigration au Canada s’est situé entre 7,0 et 8,1 immigrants pour 1 000 habitantsFootnote 2.

Avant 1960, les immigrants provenaient principalement d’Europe et des États-Unis. Entre 1981 et 2009, la proportion d’immigrants provenant de ces endroits a été réduite de plus de la moitié, passant de 34,8 % à 15,4 % dans le premier cas et de 6,8 % à 3,2 % dans le second. Par ailleurs, la proportion d’immigrants provenant d’Afrique et d’Asie s’est accrue durant la même période, passant de 4,6 % à 13,2 % dans le premier cas et de 39,5 % à 56,4 % dans le secondFootnote 2.

Comme d’autres pays occidentaux, le Canada se trouve depuis un certain temps en situation de baisse démographique en raison notamment d’une baisse de la natalité et d’un taux accru du vieillissement de la population. Pour contrer cette tendance, le Canada compte sur l’immigration afin d’assurer sa vitalité notamment sur les plans démographique et économique.

En 2011, la population immigrante comptait environ 6 775 800 personnes, représentant 20,6 % de l’ensemble de la population canadienne, soit la proportion la plus forte des pays du G8. La même année, environ 1 162 900 personnes étaient des immigrants récents s’étant établis au Canada entre 2006 et 2011. Elles constituaient 17,2 % de la population immigrante et 3,5 % de l’ensemble de la population canadienneFootnote 3.

3.2 Importance de l’immigration pour les communautés francophones en situation minoritaire

Pour leur part, les communautés francophones non seulement connaissent des baisses marquées de natalité et des taux accrus de vieillissement, mais encore sont touchées par des questions de transferts linguistiques et de transmission intergénérationnelle de la langue vers l’anglais, ce qui avec le temps influe sur leur vitalité sur le plan démographique. L’immigration représente donc une condition essentielle à leur essor. Or, « dans l’ensemble, les communautés francophones […] ont peu bénéficié de l’apport démographique de l’immigration internationale en raison de la forte propension de ces immigrants à s’intégrer aux communautés majoritaires d’expression anglaise »Footnote 4. Nous observons qu’en 2011, au Canada à l’extérieur du Québec, 4 % de la population totale par rapport à 2 % de la population immigrante avaient le français comme première langue officielle parlée (PLOP)Footnote 5.

3.3 Cadre juridique

3.3.1 Loi sur les langues officielles

En vertu de la partie VII de la Loi sur les langues officielles, les institutions fédérales se doivent d’adopter des mesures positives afin d’appuyer le développement et l’épanouissement des communautés de langue officielle en situation minoritaire (CLOSM) et de promouvoir les deux langues officielles du Canada. En vertu de la Loi, CIC et les autres institutions fédérales œuvrant dans le secteur de l’immigration sont donc tenus de prendre des mesures positives afin que les CLOSM puissent, entre autres choses, bénéficier de l’apport de l’immigration. Le gouvernement fédéral doit aussi s’assurer que les politiques et les orientations qu’il met en place en matière d’immigration profitent de façon équitable à ces communautés et qu’elles contribuent au développement et à l’épanouissement de ces dernières. Il est vrai que l’immigration est un secteur très complexe et qu’au-delà de CIC, plusieurs intervenants, tels que les provinces et les territoires, ont un rôle important à jouer. Il n’en demeure pas moins que le gouvernement fédéral et CIC doivent jouer un rôle prépondérant en matière de leadership et de coordination.

3.3.2 Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés

Outre la Loi sur les langues officielles, l’alinéa 3(1) b.1) de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés stipule clairement qu’un des objets visés par cette dernière est de « favoriser le développement des collectivités de langues officielles minoritaires au Canada ». Plus loin, au paragraphe 3(3), on ajoute ceci :

« l’interprétation et la mise en œuvre de la […] loi doivent avoir pour effet [notamment] :
  • d) d’assurer que les décisions prises en vertu de la […] loi sont conformes à la Charte canadienne des droits et libertés, notamment en ce qui touche les principes, d’une part, d’égalité et de protection contre la discrimination et, d’autre part, d’égalité du français et de l’anglais à titre de langues officielles du Canada;
  • e) de soutenir l’engagement du gouvernement du Canada à favoriser l’épanouissement des minorités francophones et anglophones du Canada. »

3.3.3 Loi sur les services en français de l’Ontario

Dans le préambule de la Loi sur les services en français de l’Ontario, il est question de préserver l’apport du patrimoine culturel de la population francophone de l’Ontario, d’honorer l’héritage passé et de protéger les acquis. Mais l’objet de la Loi est bien plus encore. L’Assemblée législative a fait un véritable pari sur l’avenir en adoptant à l’unanimité une loi devenue quasi constitutionnelle depuis. Certes, la Loi sur les services en français de l’Ontario n’est pas aussi détaillée que la Loi sur les langues officielles du Canada, mais elle garantit une prestation active des services en français, particulièrement dans les régions désignées de la province. De plus, bien qu’elles visent les services offerts à la population, ces lois incitent fortement les deux paliers de gouvernement à s’assurer que leurs programmes d’établissement, de formation, d’intégration et de rétention sont adaptés aux besoins des communautés francophones, y compris ceux des nouveaux arrivants francophones, sans quoi ces services risquent d’être au mieux inutilisés et au pire inutiles.

4 Définitions et questions utilisées par le gouvernement du Canada

Il n’existe pas de définition unique et définitive de « francophone »Footnote 6 et donc, par extension, il n’existe pas non plus une seule définition « d’immigrants ou de nouveaux arrivants d’expression française ». Les définitions et les critères qui les comportent peuvent répondre à différents objectifs, comme la nécessité, en vertu de la partie IV de la Loi sur les langues officielles et de son Règlement, de dénombrer la population de langue officielle minoritaire en vue de déterminer l’offre de communications et de services dans les deux langues officielles dans une région et une communauté données. Il y a aussi, en vertu de la partie VII de la Loi, l’obligation des institutions fédérales d’appuyer l’épanouissement des CLOSM. Les données et analyses statistiques sur les caractéristiques et dynamiques sociolinguistiques des communautés dans diverses enquêtes de Statistique Canada sont utiles à cette fin. Par ailleurs dans l’immédiat, sur le plan plus opérationnel ou administratif, il peut aussi être question d’identifier dans quelle langue officielle les individus, en l’occurrence les nouveaux arrivants ou les immigrants, souhaitent être servis par une institution fédérale, soit CIC. Ainsi, les rubriques qui suivent présentent quelques référents pour aider à distinguer ce dont il peut être question lorsqu’on parle « d’immigrants ou de nouveaux arrivants d’expression française ».

4.1 Dénombrement et définition de la population d’expression française par Statistique Canada

À partir des données de recensement, différentes définitions sont possibles selon les variables retenues : connaissance des langues officielles, langue maternelle, langue parlée à la maison (le plus souvent ou régulièrement) ou la notion de PLOP, dérivée successivement des réponses à ces trois questions. Chacune a ses avantages et ses inconvénients et peut avoir une incidence sur les nombres, selon les régions et les communautésFootnote 7.

Traditionnellement, Statistique Canada utilisait le critère de la langue maternelle, la première langue apprise dans l’enfance et encore comprise, pour lequel il existe des données comparables qui remontent à plus d’un demi-siècleFootnote 8. Avec les changements démographiques survenus au Canada dans les dernières décennies, la notion de groupe ou de communauté francophone a dû être redéfinie afin de tenir compte du nombre grandissant de personnes ayant une langue maternelle autre que le français ou l’anglais, mais utilisant tout de même la langue française dans leur quotidienFootnote 8. En réponse à ces changements, dont les transformations liées à l’immigration, la notion de PLOP a été créée et adoptée en 1991 dans le Règlement sur les langues officielles – Communications avec le public et prestation de services définissant la population de la minorité francophone ou anglophone. Il s’agit de la population de langue officielle d’une région donnée qui est établie par Statistique Canada selon la méthode I définie dans la publication Estimations de la population selon la première langue officielle parlée, septembre 1989. La méthode « tient compte, premièrement, de la connaissance des langues officielles, deuxièmement, de la langue maternelle et, troisièmement, de la langue parlée à la maison et […] comprend la répartition en parts égales entre le français et l’anglais des cas où les renseignements disponibles ne permettent pas à Statistique Canada de déterminer si la première langue officielle parlée est le français ou l’anglais »Footnote 9.

Il convient de souligner que, selon la méthode de calcul, soit avant ou après la répartition égale des cas où la PLOP est le français et l’anglais, les données démographiques ainsi que les caractéristiques sociodémographiques et les pratiques linguistiques peuvent varierFootnote 6.

4.2 Définitions de non-immigrants et d’immigrants par Statistique Canada

Selon Statistique Canada, le terme « non-immigrant » se rapporte aux citoyens canadiens de naissance. Le terme « immigrant » désigne, quant à lui, une personne qui est ou a déjà été un immigrant reçu ou un résident permanent. Certains immigrants résident au Canada depuis plusieurs années, alors que d’autres sont arrivés récemment. Les « immigrants récents » ou « nouveaux immigrants » sont ceux qui sont arrivés au pays dans les dernières années, par exemple dans les dernières cinq à dix annéesFootnote 10.

4.3 Définitions de résidents permanents et résidents temporaires par Citoyenneté et Immigration Canada

Dans le processus d’immigration, il existe principalement deux façons de s’établir au Canada, soit en obtenant la résidence permanente ou la résidence temporaire. Les immigrants arrêtent un choix parmi différentes catégories de programmes pour arriver au pays (en tant que résidents permanents). La catégorie de l’immigration économique du volet fédéral comprend notamment les programmes relatifs aux métiers spécialisés, aux travailleurs qualifiés et aux candidats des provinces ainsi que la catégorie de l’expérience canadienne. Les candidats à la résidence permanente peuvent également immigrer s’ils appartiennent à la catégorie du regroupement familial, la catégorie des réfugiés ou des personnes touchées par des circonstances humanitaires. Quant aux résidents temporaires, ce sont des visiteurs, des travailleurs temporaires étrangers ou des étudiants étrangers.

Le graphique 1 ci-après dresse un portrait des catégories de programmes d’immigration.

Graphique 1 - Sommaire du rapport : Vue d'ensemble de la réforme en immigration et effets sur les communautés de la francophonie CanadienneFootnote 11Footnote 12
Le graphique 1 ci-après dresse un portrait des catégories de programmes d’immigration. Les données sont énumérées dans la version texte qui suit.
Version texte - Sommaire du rapport : Vue d'ensemble de la réforme en immigration et effets sur les communautés de la francophonie Canadienne

Le graphique résume d’abord la réforme du système d’immigration :

  1. Un «passage de l’offre des immigrants à venir au Canada à une invitation du Canada au immigrant»
  2. Une réforme reposant sur quatre piliers :
    • économie
    • efficience
    • autorisation ou accréditation
    • sécurité publique

Il présente ensuite les voies d’accès vers :

  1. La résidence permanente :
    1. Catégorie de l’immigration économique
      • Programmes des travailleurs qualifiés (volet fédéral)
      • Travailleurs qualifiés sélectionnés par le Québec
      • Catégorie de l’expérience canadienne
      • Programme d’immigration des gens d’affaires
      • Programme des candidats des provinces et des territoires
      • Aides familiaux résidants
    2. Catégorie du regroupement familial
      • Époux, conjoints et enfants
      • Parents et grands-parents
    3. Catégorie des personnes protégées
      • Réfugiés pris en charge par le gouvernement
      • Réfugiés parrainés par le secteur privé
      • Personnes protégées au Canada
      • Personnes à charge à l’étranger de personnes protégées au Canada
    4. Circonstances d’ordre humanitaire et intérêt public
  2. La résidence temporaire :
    1. Visiteurs
    2. Travailleurs temporaires étrangers
    3. Étudiants étrangers

Finalement, il mentionne certaines des nouvelles conditions obligatoires pour l’admissibilité :

  1. Parler une des langues officielles
  2. Posséder un diplôme équivalent à une attestation d’études au Canada

4.4 Identification d’immigrants d’expression française par Citoyenneté et Immigration Canada

Dans son Cadre stratégique pour favoriser l’immigration au sein des communautés francophones en situation minoritaire (2003), CIC définissait l’expression « immigrant d’expression française » comme étant « les personnes nées à l’extérieur du Canada et qui résident au Canada, qui ont le français comme langue maternelle ou qui possèdent une connaissance de la langue française »Footnote 13. Or, cette définition comportait certaines lacunes, à savoir que la connaissance de la langue française reposait sur des déclarations volontaires non vérifiées mettant en cause la fiabilité des chiffres mis de l’avant. Avec l’adoption de son Plan stratégique pour favoriser l’immigration au sein des communautés francophones en situation minoritaire en 2006, CIC apportait une nuance à cette définition. L’expression « immigrant d’expression française » était alors définie comme « celui dont le français est la langue maternelle ou, s’il a une langue maternelle autre que le français ou l’anglais, dont le français est la première langue officielle canadienne d’usage »Footnote 14.

En 2012, l’Évaluation de l’Initiative de recrutement et d’intégration d’immigrants d’expression française au sein des communautés francophones en situation minoritaire, effectuée par CIC montrait que le nombre de nouveaux arrivants d’expression française pouvait varier de façon importante selon la définition et la méthode utilisées. L’évaluation soulevait aussi des défis posés par l’absence d’une méthode validée et commune pour calculer le nombre de nouveaux arrivants d’expression française tels que définis dans le Plan stratégique. Le rapport d’évaluation recommandait que « CIC, en collaboration avec ses partenaires pertinents, détermine la formule qu’il entend utiliser afin de mesurer le nombre d’immigrants d’expression française qui s’établissent dans les [communautés francophones] »Footnote 15.

5 Définition inclusive de francophone du gouvernement de l’Ontario

Depuis juin 2009, la population francophone de l’Ontario jouit d’une nouvelle définition inclusive de francophone (DIF), une première au Canada faisant suite à la toute première recommandation du commissaire aux services en français de l’Ontario au gouvernement de la province. La DIF reflète la diversité des Franco-Ontariens, quels que soient leur lieu de naissance, leur origine ethnique et leur appartenance religieuse. Elle intègre, outre les personnes qui ont le français comme langue maternelle, celles n’ayant ni le français ni l’anglais comme langue maternelle, donc les allophones, mais qui ont une connaissance particulière du français comme langue officielle et le parle à la maison. La DIF s’applique également aux familles exogames qui représentent aujourd’hui un peu plus de deux tiers des foyers francophonesFootnote 16.

Les critères utilisés pour calculer les francophones en fonction de la PLOP et de la DIF sont très similaires sur le plan de leur composition. De fait, ce sont les mêmes questions posées par Statistique Canada lors des recensements qui sont prises en compte, à savoir la langue maternelle, la connaissance des langues officielles et les langues parlées à la maison, pour déterminer qui est francophone. Seul l’ordre des calculs diffère. Autrement dit, le point de départ de la PLOP est la connaissance des langues officielles alors que le point de départ de la DIF est la langue maternelle.

En mars 2012, le gouvernement de l’Ontario a élaboré un plan de communication afin de mieux sensibiliser les ministères à l’utilisation de la DIF comme méthode de calcul commune à tous les niveaux dans la conception des politiques et des programmes et dans la prestation des services en français. L’Ontario en fait la promotion également sur la scène nationale par l’entremise de la Conférence ministérielle sur la francophonie canadienne et exige que seule la DIF soit utilisée pour quantifier la population franco-ontarienne même si aucun de ses homologues du fédéral, des provinces et des territoires n’a encore emboîté le pas à l’Ontario.

5.1 Impacts de la DIF pour l’Ontario

En 2011, l’Ontario comptait 611 500 francophones, soit près de 5 % de la population totale selon la DIF. Certes, la DIF s’est traduite par l’ajustement des données sur la population francophone de la province, puisqu’il fallait prendre en compte les quelque 50 000 francophones issus de l’immigration. Cependant, il est indéniable qu’au-delà de l’exercice statistique, l’adoption de la DIF a, d’une part, permis aux nouveaux arrivants de vivre pleinement la francophonie de l’Ontario et, d’autre part, permis de reconnaître l’importance de leur apport incontournable à cette communauté renforçant par la même occasion leur sentiment d’appartenance à leur nouvelle communauté d’accueil. Une appartenance que certains n’hésitent plus désormais à afficher ouvertement, que ce soit à London, Ottawa ou Toronto.

« Franco-Ontarienne? Je ne sais pas. Francophone? Tout à fait. Pour moi, être Franco-Ontarien a toujours été synonyme de francophone de souche, à tort ou à raison. Mais grâce à la nouvelle définition, j’ai l’impression, pour la première fois, que je suis membre à part entière de la communauté francophone. Certes, je n’ai pas le même rapport au français qu’avec ceux et celles qui se sont battus pour le conserver, mais notre dénominateur commun c’est que nous vivons en français au quotidien et nous sommes animés par le désir de transmettre cette langue à nos enfantsFootnote 17. »

Ayan Aden, coordonnatrice Association canadienne-française de l’Ontario (ACFO), Conseil régional de London-Sarnia

Certaines régions profitent plus que d’autres de cette nouvelle définition et accroissent sensiblement leur population francophone. C’est particulièrement le cas dans les principaux pôles d’attraction des nouveaux arrivants francophones et surtout dans les régions du Centre et de l’Est de la province. De plus, « cette nouvelle définition donnera au gouvernement une meilleure idée de la demande pour les services en français dans la province et aidera ainsi les ministères à mieux planifier la prestation de ces services »Footnote 18.

De surcroît, dans la foulée de l’adoption de la DIF, le ministère de l’Éducation de l’OntarioFootnote 19 a incité les conseils scolaires de langue française à uniformiser leurs politiques d’admission afin de rendre les écoles de langue française plus accueillante notamment pour les familles exogames, les nouveaux arrivants francophones et les enfants dont les grands-parents ont le français comme langue maternelle. Il est néanmoins important de rappeler que la DIF n’a évidemment pas pour effet de changer les conditions d’admissibilité aux écoles de langue française en Ontario, conditions prescrites par la Loi sur l’éducation et qui respectent en tous points les droits prévus à l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés.

6 Portrait au niveau national

Depuis le début des années 2000, plusieurs intervenants se sont penchés sur l’enjeu de l’immigration dans les communautés francophones.

En 2002, CIC annonçait la création d’un premier comité directeur qui aurait pour mandat de se pencher sur la question de l’immigration dans les communautés francophones. Ce comité réunissait alors des partenaires du gouvernement fédéral, des communautés francophones et des provinces, et son travail était coordonné par CIC et par la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA). En 2003, le comité directeur dévoilait le Cadre stratégique pour favoriser l’immigration au sein des communautés francophones en situation minoritaireFootnote 13. Un des objectifs établis par ce cadre était que 4,4 % des immigrants s’établissant à l’extérieur de la province du Québec soient d’expression française. À cette époque, on s’attendait à ce que cette cible soit atteinte d’ici 2008. En raison de certains défis, dont les questions entourant le choix de la définition d’un « immigrant d’expression française » et la collecte de données, cette cible a été repoussée, au fil des ans, à 2023.

À la suite de ce cadre stratégique, d’autres activités ont vu le jour en appui aux cibles fixées, telles que l’établissement du Plan stratégique pour favoriser l’immigration au sein des communautés francophones en situation minoritaire (2006), l’attribution de fonds au secteur de l’immigration dans les plans quinquennaux du gouvernement fédéral pour les langues officiellesFootnote 20, des études de comités parlementairesFootnote 21 et de chercheurs, la tenue de journées de réflexion sur l’immigration dans les communautés francophones organisées dans le cadre de la Conférence Metropolis, l’implication de la Conférence ministérielle sur la francophonie canadienne et les mesures prises par certaines provinces, comme le Manitoba, l’Ontario et le Nouveau-Brunswick, et d’autres intervenants.

De leur côté, plusieurs communautés francophones ont travaillé à l’élaboration d’outils et de ressources leur permettant d’accueillir et d’intégrer les nouveaux arrivants. Outre la coordination et le travail accompli par la FCFA, bon nombre d’organismes et d’institutions francophones de tout le pays se consacrent à la sensibilisation et à la mobilisation de plusieurs acteurs clés, incluant les gouvernements, les municipalités et les employeurs, à la promotion, sur la scène nationale et internationale, de leurs communautés et des avantages qu’elles représentent pour les nouveaux arrivants, ainsi qu’à l’accueil et à l’intégration de ces derniers. Dans ces communautés, on compte aujourd’hui 13 réseaux en immigration francophones (RIF) répartis sur neuf provinces et deux territoiresFootnote 22. Ces réseaux jouent un rôle essentiel de concertation et de mobilisation des différents acteurs régionaux. À l’automne 2013, la FCFA a également annoncé la création d’une nouvelle Table nationale de concertation communautaire en immigration francophone qui assure, entre autres choses, l’harmonisation des mesures nationales, provinciales et territoriales et des différents secteurs.

Au cours de la dernière année, certaines modifications ont aussi été apportées à la structure de gouvernance et aux orientations du gouvernement fédéral en matière d’appui à l’immigration dans les communautés francophones. Le Plan stratégique pour favoriser l’immigration au sein des communautés francophones en situation minoritaire est arrivé à échéance en mars 2013. Tout en travaillant à la continuité de ce plan et aux objectifs qui en découlent, CIC n’entend pas le renouveler. La portée du comité directeur a été réduite dans le but de recentrer ses efforts et d’alléger sa structure. CIC a créé un nouveau Secrétariat des langues officielles chargé de coordonner l’ensemble des obligations du Ministère liées aux langues officielles. Depuis sa création, le Secrétariat représente la porte d’entrée du Ministère pour toutes les questions se rapportant aux langues officielles. Malgré des ressources limitées, le Secrétariat accomplit un travail important de coordination et de concertation au sein du Ministère et auprès des partenaires.

Au cours de la dernière année, le ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration a pour sa part réitéré l’engagement du gouvernement fédéral envers la question de l’immigration francophone en milieu minoritaire. En 2013, il a participé aux célébrations de la première Semaine nationale de l’immigration francophone en publiant, notamment, un communiqué de presse conjoint avec la FCFA. Récemment, il s’engageait à tenir des consultations afin d’accroître le nombre d’immigrants d’expression française qui s’établissent dans une communauté francophone à l’extérieur du Québec. Peu après, par contre, le Ministère annonçait sa décision de mettre fin au programme Avantage significatif francophone, un programme qui visait à faciliter le recrutement des travailleurs temporaires francophones et qui aidait les organismes communautaires à bâtir des ponts avec les employeurs de leur région. Le commissaire aux langues officielles a reçu des plaintes à ce sujet et une enquête est donc en cours.

7 Portrait de l’Ontario

En Ontario, la responsabilité des programmes d’intégration des nouveaux arrivants (établissement, formation linguistique et marché du travail) est partagée entre le gouvernement ontarien (ministère des Affaires civiques, de l’Immigration et du Commerce international) et le gouvernement fédéral (CIC). Le premier Accord Canada-Ontario sur l’immigration, signé en 2005, a permis d’élaborer, un an plus tard, un plan stratégique concernant les services d’établissement et la formation linguistique, accord quinquennal qui n’a jamais été renouvelé depuis son expiration. De plus, bien que l’Ontario abrite près de 70 % des immigrants francophones à l’extérieur du Québec, la province ne reçoit pas de financement pour appuyer l’immigration francophone de la part du gouvernement fédéral en vertu de la Feuille de route pour les langues officielles du Canada 2013-2018 contrairement à d’autres provinces.

7.1 Programmes et services aux immigrants

Il existe plusieurs programmes d’aide aux nouveaux arrivants, que ce soit pour l’établissement, l’aide au logement, les services à l’emploi ou la formation linguistique, y compris les cours de préparation à l’examen de la citoyenneté. Le ministère des Affaires civiques, de l’Immigration et du Commerce international semble être passablement actif quant à l’aide apportée aux organismes œuvrant auprès des nouveaux arrivants francophones. Les deux ministères fédéral et provincial exécutent chacun leurs propres programmes destinés aux immigrants. Au niveau provincial, ce sont par exemple les conseils scolaires qui offrent aux immigrants des cours de français et d’anglais langue seconde financés par le gouvernement ontarien.

Il existe un certain chevauchement de programmes, mais les critères d’admissibilité du gouvernement de l’Ontario sont plus généreux que ceux exigés par son homologue fédéral. En effet, tous les immigrants dont la langue maternelle n’est ni l’anglais ni le français, y compris les citoyens canadiens, les résidents permanents, les réfugiés et les demandeurs d’asile, peuvent bénéficier des programmes et des services offerts par la province.

Au niveau provincial, les programmes d’établissement et de formation doivent être conformes à la Stratégie ontarienne en matière d’immigration qui établit une vision et des objectifs pertinents à l’égard de tous les immigrants, incluant les nouveaux arrivants francophones. Pour ce faire, le Ministère examine chaque programme afin de s’assurer que ce dernier appuie efficacement les cibles définies dans la Stratégie, y compris la cible à atteindre de 5 % pour l’immigration francophone.

Cela dit, il faut s’assurer qu’avant et dès leur arrivée, ces immigrants puissent savoir qu’ils peuvent non seulement obtenir des services en français auprès des gouvernements fédéral et provincial, mais aussi vivre en français, comme demander à ce que leurs enfants soient éduqués en français et obtenir de l’aide communautaire en français.

7.2 Cible de 5 %

En 2012, le gouvernement de l’Ontario a annoncé l’élaboration de sa toute première stratégie sur l’immigration afin d’attirer davantage de main-d’œuvre hautement qualifiée. Cette volonté claire et ce leadership du gouvernement se sont manifestés par l’annonce d’une cible d’immigration francophone de 5 %, dont l’atteinte éventuelle contribuera à la vitalité et au développement social, économique et culturel de la communauté francophone. Le Ministère a indiqué que la cible de 5 % s’applique au nombre annuel total des nouveaux arrivants issus à la fois des programmes fédéraux et provinciaux. Toutefois, cela soulève des interrogations sur la méthode de calcul qui sera utilisée. La Stratégie ontarienne en matière d’immigration indique que la cible de 5 % sera atteinte en travaillant de concert avec le gouvernement fédéral et les intervenants. De fait, la province copréside avec le gouvernement fédéral l’élaboration du nouveau système fédéral d’immigration appelé l’« Entrée express », dont le lancement est prévu en 2015. Le Ministère participera au programme Destination Canada pour la deuxième année consécutive afin de favoriser l’immigration vers l’Ontario de candidats francophones potentiels et, en particulier, de promouvoir le rôle de la province dans l’Entrée express.

7.3 Mesures prises

Depuis la publication de la première stratégie ontarienne en matière d’immigration en 2012, le gouvernement de l’Ontario a pris un certain nombre de mesures. Il a mis sur pied un groupe de travail interministériel chargé d’élaborer des mesures permettant d’atteindre la cible de 5 % sous la houlette du ministre des Affaires civiques, de l’Immigration et du Commerce international. Le groupe de travail a déterminé plusieurs domaines d’action jugés prioritaires comme le recrutement et la rétention des candidats francophones qualifiés à l’étranger et ceux se trouvant déjà sur le territoire ontarien. Ce groupe de travail vise également le renforcement du partenariat avec CIC ainsi que l’amélioration de l’accessibilité des programmes d’établissement provinciaux. À ce chapitre, le Ministère a modifié en novembre 2013Footnote 23 les critères d’admissibilité à ses programmes de formation linguistique pour permettre aux francophones ayant le français comme langue maternelle de bénéficier des cours d’anglais langue seconde.

En février 2014, le Ministère a déposé le Projet de loi 161, Loi sur l’immigration en OntarioFootnote 24 qui visait notamment à faciliter et à renforcer la sélection et l’établissement des immigrants. Ce projet de loi, s’il est de nouveau déposé puis adopté, permettra au gouvernement de s’engager à ce que la communauté franco-ontarienne bénéficie pleinement de ce programme pour attirer, accueillir et intégrer de nouveaux immigrants.

De plus, le gouvernement de l’Ontario siège en tant que représentant provincial et territorial au tout nouveau comité CIC-Communautés francophones en situation minoritaire chargé de relancer l’effort national visant à accroître l’immigration francophone en milieu minoritaire.

7.4 Importance des mécanismes de responsabilisation et d’un groupe d’experts

Dans son rapport annuel 2012-2013Footnote 25, le commissaire aux services en français a exprimé son souhait de voir le gouvernement de l’Ontario se doter de mécanismes de responsabilisation transparents en matière d’immigration francophone afin de rapporter les résultats tangibles atteints en fonction des objectifs fixés. Un souhait réitéré au cours de l’année dernière. Le ministère des Affaires civiques, de l’Immigration et du Commerce international devait rendre public son premier rapport d’étape sur ses efforts pour atteindre l’objectif de 5 % au printemps 2014, suivi de consultations auprès des intervenants francophones. Cependant, en raison des élections provinciales tenues en juin dernier, aucun rapport n’a encore été publié à ce sujet par le Ministère. Le commissaire reconnaît toutefois les différentes initiatives ministérielles entreprises à ce chapitre, dont la mise sur pied du groupe de travail interministériel. Néanmoins, le gouvernement de l’Ontario ne dispose d’aucun mécanisme de reddition de comptes et d’évaluation transparent qui lui soit propre.

Il est vrai que le gouvernement fédéral publie chaque année les données sur le nombre de personnes admises au pays selon la province d’accueil et leurs connaissances linguistiques. Des données qui, au dire même du Ministère, peuvent représenter un certain défi dès lors que le gouvernement fédéral utilise une définition de « francophone » et une méthode de calcul très différente de celles qui prévalent en Ontario.

Le commissaire voit mal comment le gouvernement souhaite mettre en place une stratégie gagnante visant à atteindre sa cible de 5 % sans que les principaux acteurs — qu’il s’agisse des intervenants du secteur, des municipalités ou des employeurs — ne soient impliqués en amont. Il en est de même pour l’importance d’impliquer le gouvernement fédéral, puisque le dossier de l’immigration constitue une responsabilité partagée entre les deux paliers de gouvernement et que le gouvernement fédéral continuera de sélectionner la grande majorité des immigrants arrivant en Ontario. Des consultations ponctuelles ne peuvent pallier la nécessité de travailler étroitement et en continu avec les partenaires qui non seulement connaissent intimement le terrain, mais encore sont voués à jouer un plus grand rôle dans l’édification du nouveau système canadien d’immigration.

Il importe donc que le gouvernement privilégie une approche holistique qui consisterait à conjuguer plusieurs outils et initiatives appuyant une mise en œuvre efficace d’une stratégie de promotion, de recrutement, d’accueil, de formation, d’intégration et de rétention des immigrants francophones. Parmi ces outils, la mise sur pied d’un groupe d’experts sur l’immigration francophone de même que des mécanismes de responsabilisation transparents et d’évaluation annuelle demeure cruciale. Ce groupe d’experts regroupant les gouvernements provincial et fédéral ainsi les principaux acteurs du secteur aurait la tâche de développer un plan stratégique pangouvernemental pour atteindre la cible de 5 % dans un délai raisonnable et réaliste. Un plan qui prendrait également en compte les réalités régionales des principaux pôles d’attraction des nouveaux arrivants francophones. La mise sur pied d’une telle structure contribuant à la vitalité et au développement de la francophonie ontarienne n’est pas totalement étrangère au sein du gouvernement. C’est particulièrement le cas du Comité consultatif provincial sur les affaires francophones de la ministre déléguée aux Affaires francophones, du Conseil consultatif des services de santé en français de la ministre de la Santé et des Soins de longue durée ou du Groupe de travail permanent du ministre de l’Éducation. Il s’agit d’une structure d’autant plus cruciale que le ministre des Affaires civiques, de l’Immigration et du Commerce international ne dispose d’aucune division ou direction responsable des programmes et services en français, contrairement au ministère de l’Éducation ou au ministère de la Santé et des Soins de longue durée.

Recommandation au gouvernement de l’Ontario :

Les commissaires recommandent au ministre des Affaires civiques, de l’Immigration et du Commerce international de l’Ontario de se doter, durant l’exercice financier 2014-2015, d’un groupe d’experts en immigration francophone. Ce groupe d’experts devrait :

  1. élaborer une stratégie globale visant à favoriser la promotion, le recrutement, l’accueil, la formation, l’intégration et la rétention des immigrants francophones;
  2. élaborer un plan stratégique pangouvernemental, assorti d’un échéancier précis, visant à atteindre la cible de 5 %;
  3. établir des mécanismes de responsabilité et d’évaluation annuelle transparents et accessibles au public;
  4. se composer, au moins, des acteurs suivants :
    • représentants de Citoyenneté et Immigration Canada,
    • représentants des ministères provinciaux concernés et dirigés par le ministère des Affaires civiques, de l’Immigration et du Commerce international,
    • intervenants du secteur de l’immigration francophone,
    • administrateurs ou professionnels des collèges et universités,
    • professionnels ou administrateurs des conseils scolaires,
    • chefs de file de chambres de commerce et d’entreprises,
    • représentants des municipalités.

8 Portrait de l’immigration dans les communautés francophones

8.1 Principaux défis liés à l’immigration dans les communautés francophones

L’immigration est un enjeu très complexe compte tenu, entre autres choses, de la multitude d’intervenants provenant de différents secteurs tels les gouvernements, les communautés et les employeurs. Le parcours réussi d’un immigrant francophone, qui passe par les étapes de la promotion, du recrutement, de l’accueil, de l’établissement et de l’intégration économique et sociale jusqu’à son épanouissement et à sa participation au sein de sa nouvelle communauté, est bien souvent parsemé de défis. Certaines communautés sont concentrées dans un endroit en particulier et donc, plus faciles à identifier. D’autres, tout aussi dynamiques, sont plus dispersées ou plus difficiles à identifier pour le nouvel arrivant, ce qui rend encore plus importante l’orientation vers les institutions francophones et les services en français. De plus, lorsqu’une communauté francophone accueille un réfugié d’expression française, ce dernier fait bien souvent face à des besoins différents que d’autres nouveaux arrivants.

Avant même leur arrivée au Canada, plusieurs immigrants d’expression française potentiels sont mal informés de la réalité linguistique du pays, croyant à tort que le Canada est un pays entièrement bilingue. Ils connaissent peu les possibilités qui s’offrent à eux dans les provinces et territoires autres que le Québec ou ils ne sont pas informés de la présence de communautés francophones d’accueil dans ces régions. Plusieurs intervenants affirment que les efforts doivent se poursuivre pour promouvoir les communautés francophones et les avantages qu’elles ont à offrir auprès des immigrants potentiels et des employeurs appelés à recruter des travailleurs étrangersFootnote 26. Les immigrants potentiels doivent aussi être informés de la réalité qui prévaut dans les différentes régions du pays. En ce qui touche la promotion et le recrutement d’immigrants à l’étranger, Destination Canada représente une initiative clé, quoique plusieurs intervenants communautaires déplorent le fait qu’ils n’ont plus accès à des fonds pour financer leur voyage visant à promouvoir leur région.

« J’ai débarqué ici avec le drapeau du Canada dans ma valise. Mais, je n’étais pas nécessairement conscient de l’existence des communautés francophones à l’extérieur du Québec. Je savais qu’il y avait quelques francophones en Ontario, mais pas beaucoup plus. En 2012, j’ai participé à Destination Canada à Bruxelles et c’est là que j’ai appris la présence de francophones hors Québec. En 2013, environ un an avant mon arrivée, j’ai également fait une visite exploratoire en Nouvelle-Écosse. Même s’il est possible de vivre en français, certains services ne sont pas pour autant disponibles. La connaissance de l’anglais reste indispensable pour vivre en milieu minoritaire. Dans un monde idéal, tous les services seraient disponibles dans les deux langues. »

Nouvel arrivant s’étant établi à Halifax

À leur arrivée, les nouveaux arrivants sont parfois orientés vers des services d’établissement anglophones ou bilingues qui connaissent peu ou mal les communautés et les institutions francophonesFootnote 27. Certains intervenants soulèvent aussi le caractère inégal des services qui sont offerts par les organismes bilingues. Au cours de sa comparution devant le Comité sénatorial permanent des langues officielles, le 2 juin 2014, la présidente de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) mentionnait que dans sa province « trop de clients provenant de pays francophones, qui reçoivent des services dans les centres soi-disant bilingues, n’ont pas accès à tous les renseignements nécessaires. Par exemple, de nombreux immigrants et immigrantes francophones pensent que, pour apprendre l’anglais, ils doivent inscrire leurs enfants dans un système d’éducation anglophone. C’est pourquoi plusieurs choisissent de s’installer dans des régions ou dans des quartiers anglophones »Footnote 28.

La méconnaissance par les nouveaux arrivants des services disponibles en français ou de la présence d’une communauté ou d’institutions francophones dans la région d’accueil est fréquemment soulevée comme un défi. Au cours de sa comparution devant le Comité sénatorial, la chercheure Nicole GallantFootnote 27, à l’instar d’autres témoins, a insisté sur le fait que l’intégration réussie des immigrants d’expression française va au-delà du simple service en français. En outre, plusieurs représentants des communautés francophones, dont la FCFA et l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO)Footnote 29, ont fait valoir qu’il importe que les institutions et communautés francophones puissent offrir de façon intégrée des services (incluant une formation linguistique) aux nouveaux arrivants d’expression française en les accompagnant tout au long de leur parcours. On parle alors de services « par » et « pour » les francophones. On estime notamment que l’offre de services et de formation par les institutions francophones permettra de tisser de réels liens entre les nouveaux arrivants et les communautés francophones.

« Après un bref séjour au Québec, j’ai décidé avec ma famille de m’installer à Ottawa pour augmenter notre chance de trouver un emploi. J’ai passé une évaluation linguistique dans un centre communautaire pour pouvoir m’inscrire à un programme d’intégration pour les nouveaux arrivants. Quand les agents de ce centre ont su que je parlais français, ils m’ont fortement suggéré de suivre le programme d’intégration en anglais. Je leur ai répondu que je voulais m’intégrer d’abord dans une langue que je comprenais avant de m’attaquer à l’anglais. Pour moi, l’anglais était un atout et un moyen de communication professionnel, mais ce n’était pas une langue d’établissement. Finalement, j’ai pu suivre un programme en français, un programme qui m’a aidé à valoriser mon expérience et ma formation acquises à l’extérieur du pays. Ce qui m’a permis de trouver un emploi par la suite. »

Apollinaire Yengayenge, nouvel arrivant s’étant établi à Ottawa

Un bon nombre de communautés francophones sont aussi situées en milieu rural ou dans de petites localités et plusieurs d’entre elles font face à l’exode d’une partie de leur population. Dans un contexte où de nombreux immigrants préfèrent s’établir dans les grands centres urbains, que ce soit pour la présence de services ou d’une communauté culturelle ou pour des raisons économiques, il devient alors plus difficile pour ces communautés francophones d’attirer et de retenir de nouveaux arrivants. Dans ces régions, il faut aussi que les nouveaux arrivants puissent trouver un emploi. Comme le mentionnait le chercheur Chedly Belkhodja, « dans ces contextes de ruralité, il faut qu’il y ait une attraction économique, un employeur, quelque chose »Footnote 30.

Pour la plupart des immigrants, l’accès et l’intégration au marché du travail sont des défis importants, qu’ils soient francophones ou anglophones. Dans le cas des immigrants d’expression française qui s’établissent dans une province ou un territoire autre que le Québec, l’importance de l’anglais est un défi additionnel lorsque c’est cette langue qui prédomine dans le marché du travail. On recommande alors que les nouveaux arrivants aient accès à une formation linguistique dans les deux langues officielles afin de bien s’intégrer et qu’elle soit offerte par les institutions francophones.

Les employeurs jouent un rôle important dans le recrutement de travailleurs et l’intégration au marché du travail des nouveaux arrivants. À la lumière du nouveau système d’immigration canadien, dont nous reparlerons plus loin, cela est d’autant plus vrai. Lorsqu’ils se sont présentés devant le Comité sénatorial, certains intervenants, dont la Société franco-manitobaine (SFM) et l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA)Footnote 31, ont déploré le fait qu’encore très peu de pays francophones font actuellement partie des pays sources de recrutement pour les employeurs (immigrants temporaires ou permanents). La sensibilisation et la mobilisation des employeurs, pour qu’ils recrutent des travailleurs francophones ou bilingues, demeurent donc un enjeu important pour les communautés francophones. Il faut promouvoir la valeur ajoutée que peuvent représenter les travailleurs francophones et bilingues pour les entreprises et que peuvent représenter les communautés dans l’accueil et l’établissement des travailleurs et l’accompagnement des employeurs.

À ces défis s’ajoutent d’autres difficultés : l’insuffisance des ressources et des données sur le parcours de l’immigrant; la mobilité des immigrants qui peut être influencée par plusieurs facteurs, dont l’emploi, et les répercussions sur la prestation de services qui en découlent, la reconnaissance des titres de compétence étrangers; les enjeux d’ordre socioéconomique tels que la pauvreté.

8.2 Région de l’Atlantique

La baisse du poids démographique des communautés francophones, attribuable notamment au vieillissement de la population, au faible taux de naissance et à l’exode d’une partie de la population vers les centres urbains ou les régions plus prospères, constitue un enjeu prioritaire pour les provinces de l’Atlantique. Au fil des ans, les communautés francophones de l’Atlantique ont peu bénéficié de l’immigration. Entre 2006 et 2011, Statistique Canada estime que parmi les immigrants ayant le français comme PLOP et s’étant établis à l’extérieur du Québec, seulement 5,2 % ont choisi une province de l’AtlantiqueFootnote 32.

En général, les communautés francophones des provinces de l’Atlantique font face à des défis similaires à ceux des autres communautés francophones minoritaires sur le plan de l’attraction et de la rétention des nouveaux arrivants; par exemple, le fait qu’elles soient situées en milieu rural. Au troisième Colloque atlantique sur l’immigration francophone, en février 2014, plusieurs défis liés au marché du travail en Atlantique ont aussi été évoqués; il a été question de la limite du marché de l’emploi francophone, de l’importance de la sensibilisation des communautés d’accueil et des employeurs à l’immigration et à la diversité culturelle, de l’importance de maîtriser l’anglais ainsi que de la situation économique difficile qui prévaut dans certaines régions. L’élaboration d’un plan d’action concret pour sensibiliser et engager les employeurs, la promotion ciblée des régions de l’Atlantique à l’échelle internationale et la disponibilité d’outils pour l’intégration des immigrants au marché du travail ont été identifiées comme des priorités d’actionFootnote 33.

Au printemps 2013, le gouvernement fédéral annonçait une nouvelle Feuille de route pour les langues officielles 2013-2018. La Feuille de route prévoit une somme de 4 millions de dollars destinée à l’immigration francophone au Nouveau-Brunswick, ce qui représente une baisse de 6 millions de dollars par rapport au plan précédent. La responsabilité pour ce dossier a également été transférée de l’Agence de promotion économique du Canada atlantique à CIC. Il est à souhaiter que les efforts de prises en charge déployés par les communautés au cours des dernières années ne soient pas trop affaiblis par ces changements et que les nouveaux centres d’accueil et d’intégration mis sur pieds grâce au financement de la Feuille de route 2008-2013 puissent s’adapter au nouvel environnement financier, continuer leur travail et favoriser la rétention des immigrants francophones partout dans la province.

8.2.1 Plan d’action pour favoriser l’immigration francophone au Nouveau-Brunswick 2014-2017

Selon Statistique Canada, 31,9 % de la population au Nouveau-Brunswick avait le français comme PLOP en 2011. Pour la même année, on estimait néanmoins que seulement 11,7 % des immigrants récents avaient le français comme première langue officielle parléeFootnote 34. Au printemps 2014, la commissaire aux langues officielles de cette province, Katherine d’Entremont, a demandé aux gouvernements provincial et fédéral d’agir afin de protéger les communautés francophones du Nouveau-Brunswick. Elle demandait notamment l’adoption d’une entente-cadre sur l’immigration francophone entre les deux paliers de gouvernement.

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick annonçait le 3 juillet 2014 un plan d’action pour favoriser l’immigration francophone dans la province. Le gouvernement se donne jusqu’en 2020 pour que le nombre d’immigrants francophones venant s’installer au Nouveau-Brunswick respecte la composition linguistique de la province, soit près de 32 %. Selon nos observations, la communauté apprécie le fait d’avoir un plan clair et réaliste sur lequel le gouvernement pourra rendre des comptes. La stratégie indique cependant qu’un plan de rattrapage sera nécessaire à long terme afin d’assurer le respect effectif du poids démographique des deux communautés linguistiques. Cette stratégie en immigration ne vise que le Programme des candidats du Nouveau Brunswick. En 2013, environ 65 % des résidents permanents ont été admis dans la province par l’entremise du Programme des candidats du Nouveau BrunswickFootnote 35. D’autres mécanismes devront par conséquent être mis en place pour assurer réellement le respect de la composition linguistique de la province.

Dans les autres provinces de l’Atlantique, on note que depuis 2012, la Nouvelle-Écosse a un plan de marketing et de recrutement pour les immigrants d’expression française. À l’Île-du-Prince-Édouard, la communauté francophone et acadienne a élaboré la Stratégie d’intégration et de croissance démographique 2012-2017.

8.3 Région des Prairies

Le modèle d’accueil et d’intégration des immigrants francophones mis au point au Manitoba, qui repose sur l’implication et l’engagement à la fois des gouvernements fédéral et provincial, des municipalités et de la communauté franco-manitobaine, a été cité à maintes reprises par le commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, comme un modèle à suivre. Un des éléments clés de ce modèle est le travail et l’approche intégrée préconisée par la SFM et, plus particulièrement, par l’Accueil francophone qui accompagne les nouveaux arrivants aux différentes étapes de leur parcours. En outre, le Manitoba s’est donné une cible d’immigration francophone de 7 % et l’objectif d’accueillir quelque 700 immigrants d’expression française chaque annéeFootnote 36.

Selon le gouvernement du Manitoba, environ 507 immigrants francophones (ayant une connaissance du français ou du français et de l’anglais) se sont établis dans la province en 2012Footnote 37. Au fil des ans, le Manitoba a accueilli un nombre important de réfugiés francophones, une catégorie de nouveaux arrivants qui fait souvent face à des défis particuliers. La province reçoit également plusieurs immigrants économiques, notamment par l’entremise du programme des candidats de la provinceFootnote 38. Malgré le succès du modèle du Manitoba, certains intervenants estiment qu’à l’échelle internationale, un grand manque de connaissance et de sensibilisation à l’égard de la francophonie à l’extérieur du Québec subsiste.

Comme c’est le cas dans plusieurs provinces, l’importance de connaître les deux langues officielles pour accéder au marché du travail, le statut de double minorité (immigrant et francophone) et les différences culturelles représentent quelques-uns des défis auxquels font face les nouveaux arrivants d’expression française. Selon certains intervenants, plusieurs défis pour les nouveaux arrivants francophones sont aussi liés à la pauvreté des familles et des enfants, en particulier à l’accès à un logement ou à un sentiment d’isolement, surtout chez certaines femmes.

En Saskatchewan, l’immigration est en grande partie à caractère économique, et nombreux sont les immigrants qui arrivent par l’intermédiaire du Programme des travailleurs qualifiés (PTQF). D’autres arrivent après avoir passé plusieurs mois, voire des années, dans une autre province comme l’Ontario ou le Québec. Si la conjoncture changeait et que les emplois se faisaient plus rares, plusieurs immigrants pourraient quitter la province pour aller s’installer dans une région où il y a de l’emploi, et ce, peu importe leur degré d’intégration à la communauté. Cet enjeu, qui est aussi présent dans plusieurs autres régions, a été soulevé à maintes reprises à l’occasion des Rendez-vous fransaskois de 2013 et d’une conférence sur l’immigration tenue la même année à l’Institut français de l’Université de Regina. Comme c’est le cas dans plusieurs provinces, la connaissance de l’anglais est exigée pour occuper la plupart des emplois.

Malgré la forte économie dont jouit la Saskatchewan, les nouveaux arrivants francophones dans cette province font face à plusieurs difficultés pour accéder au marché du travail et travailler dans leur champ de compétence. Ces difficultés sont liées notamment à la reconnaissance des titres de compétence étrangers ou attribuables à une formation et à des compétences qui ne répondent pas toujours aux besoins du marché du travail. Par exemple, de nombreux immigrants francophones originaires d’Afrique ont suivi une formation qui les prépare surtout à travailler dans des secteurs professionnels. En raison de la vigueur de son économie et de ses principales industries, la Saskatchewan a surtout besoin d’ouvriers possédant des compétences ou un bagage d’études correspondant à son secteur d’activité. Les immigrants dans la province font aussi face à un taux de chômage plus élevé que celui de l’ensemble de la population. Leur intégration au milieu de travail pose également un défi à certains employeurs qui n’ont pas le niveau de sensibilisation, la connaissance ou l’expérience nécessaire à cette fin. La gestion de la diversité en milieu de travail demeure donc un défi, et un apprentissage collectif s’impose pour être en mesure de créer des milieux de travail inclusifs.

8.4 Région de l’Ouest canadien

L’Alberta et la Colombie-Britannique connaissent une forte croissance économique. Contrairement à d’autres régions, ces deux provinces jouissent d’une économie qui attire bon nombre de nouveaux arrivants et migrants provenant d’autres provinces canadiennes, ce qui contribue à la croissance de la population francophone dans l’Ouest. On observe néanmoins que les secteurs industriels ont de la difficulté à attirer une main-d’œuvre compétente pour répondre à leurs besoins. Récemment, le président de l’ACFA mentionnait que « depuis 2001, [la] société francophone plurielle et très diverse [de l’Alberta] a adopté plus de 10 000 immigrants directs ainsi que plusieurs milliers de francophones issus de l’immigration par l’intermédiaire d’autres provinces et territoires, notamment le Québec »Footnote 39.

Toutefois, nombreux sont les nouveaux arrivants qui s’établissent temporairement pour dénicher du travail et qui ne s’investissent que très peu dans leur nouvelle communauté ou dans la promotion du français. Cette immigration ou migration, même temporaire, ajoute à la pression exercée sur les organismes francophones qui doivent répondre à une plus grande demande de services en français et ne disposent pas toujours des ressources nécessaires pour y parvenir.

Dans l’Ouest canadien, les nouveaux arrivants sont souvent accueillis par les réseaux d’intégration anglophones, car on est peu enclin à les orienter vers les communautés francophones et ils sont mal renseignés sur les services en français dont ils peuvent se prévaloir.

Les nouveaux arrivants d’expression française dans l’Ouest canadien éprouvent de la difficulté à s’intégrer non seulement à la population générale, mais encore aux communautés francophones existantes. Ils sont souvent portés à se tourner vers la communauté anglophone qui leur offre plus de services et les oriente parfois vers de meilleurs réseaux pour faciliter leur recherche d’emploi. Pour eux, les rapports qu’ils entretiennent avec les communautés francophones sont davantage axés sur la culture ou la langue.

Comme c’est le cas dans plusieurs provinces, la langue de travail dans l’Ouest est presque toujours l’anglais. Par conséquent, les immigrants qui ne maîtrisent pas assez l’anglais peuvent difficilement trouver un emploi.

Recommandations au gouvernement fédéral :

Pour que les organismes et les institutions francophones puissent offrir les services et l’orientation en français aux nouveaux arrivants d’expression française tout au long de leur parcours et pour permettre aux communautés francophones de tisser de réels liens avec ces nouveaux arrivants, les commissaires recommandent au ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration :

  • de retenir, dans le cadre des appels de propositions, les services des organismes francophones, principalement, pour l’offre de services et d’accompagnement aux nouveaux arrivants d’expression française.

Pour qu’avant leur départ et à leur arrivée au Canada les nouveaux arrivants d’expression française soient informés non seulement de la présence de communautés francophones d’accueil, mais aussi de la disponibilité de programmes et de services en français dont ils peuvent se prévaloir, les commissaires recommandent au ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration :

  • d’élaborer une stratégie et des outils pré-départ en français à l’intention des candidats d’expression française désirant s’établir dans une communauté francophone à l’extérieur du Québec;
  • de mettre en place un mécanisme qui permette de s’assurer que, dans leurs échanges avec le gouvernement, avant et après leur arrivée au Canada, les nouveaux arrivants d’expression française sont informés de façon systématique de la présence de services, de ressources et d’organismes francophones dans leur région d’accueil.

9 Changements au système d’immigration canadien

Depuis quelques années, le gouvernement fédéral travaille à la modernisation du système d’immigration canadien et à la mise en place de mécanismes pour réduire l’arriéré dans les demandes de travailleurs qualifiés. Les modernisations du système d’immigration, qui s’apparentent aux systèmes d’immigration en place en Australie et en Nouvelle-Zélande, mettent l’accent sur l’économie, une intégration plus rapide au marché du travail et le recrutement d’immigrants qui possèdent des compétences en demande au Canada. Parmi les changements apportés, mentionnons :

  • la possibilité pour le ministre d’émettre des instructions ministérielles afin d’aider le Canada à atteindre ses objectifs d’immigration;
  • la création de la Catégorie de l’expérience canadienne (CEC) qui facilite le passage de la résidence temporaire à la résidence permanente pour les étudiants étrangers et les travailleurs temporaires;
  • les modifications apportées à la grille de points du Programme des travailleurs qualifiés du volet fédéral (PTQF) qui accorde maintenant plus d’importance aux compétences linguistiques, à l’expérience canadienne et à l’équivalent canadien des diplômes;
  • la création du Programme des travailleurs de métiers spécialisés (PTMS);
  • la mise en place prochaine du système d’entrée express qui mènera à la création d’un bassin d’immigrants qualifiés (au moyen du PTQF, du PTMS, de la CEC ou d’une portion du Programme des candidats des provinces) permettant de mieux répondre aux besoins du Canada en main-d’œuvre.

« Dans le cadre d’Entrée express, les candidatures des étrangers qui répondent aux critères de l’un des programmes fédéraux d’immigration visés par Entrée express seront placées dans un bassin, vers lequel les employeurs pourront se tourner pour trouver des candidats qui répondent à leurs besoins lorsqu’ils sont incapables de trouver un citoyen ou un résident permanent du Canada pour doter leurs postes vacants. Le nouveau Guichet emplois amélioré du gouvernement du Canada facilitera le jumelage des employeurs canadiens et des candidats d’Entrée express.

Les candidats d’Entrée express qui reçoivent une offre d’emploi admissible d’un employeur canadien ou qui sont désignés au titre du Programme des candidats des provinces seront invités à présenter une demande de résidence permanente peu après […]Footnote 40. »

Les modifications apportées au système d’immigration sont nombreuses et rapides; certaines sont récentes et d’autres à venir, comme la mise en œuvre d’Entrée express prévue au début de l’année 2015. Au mois de juin 2013, la Conférence ministérielle sur la francophonie canadienne a publié une analyse des impacts de la réforme du système d’immigration sur les communautés de la francophonie canadienne. Les auteurs de cette analyse, Ronald Bisson et Matthieu Brennan, ont conclu que les modifications apportées au système d’immigration représentaient une transformation positive pour les communautés francophones en leur ouvrant la voie à de nombreuses possibilités. Ils affirment néanmoins que « les communautés francophones devraient effectuer un rajustement majeur en vue de saisir ces occasions »Footnote 11.

Le Comité sénatorial permanent des langues officielles a pour sa part entrepris en 2013 une étude des impacts des changements récents au système d’immigration sur les communautés de langue officielle. Au cours de leur comparution devant le comité, plusieurs intervenants ont exprimé leurs préoccupations entourant les modifications.

Les rubriques ci-après présentent, d’une part, quelques possibilités que peuvent renfermer les changements apportés et à venir et, d’autre part, certaines préoccupations soulevées par les intervenants en immigration.

9.1 Possibilités pour les communautés francophones

9.1.1 Étudiants étrangers

Les étudiants étrangers représentent une occasion en or pour les communautés francophones qui souhaitent assurer leur vitalité. Selon l’Association des universités de la francophonie canadienne (AUFC), « la présence d’étudiants internationaux dans les communautés francophones canadiennes ajoute non seulement à leur diversité, mais se traduit par des bénéfices économiques importants »Footnote 41. En outre, des études ont démontré que plus le nombre d’immigrants augmente, plus le besoin d’écoles francophones est grand dans les collectivités, et plus les occasions d’emploi se multiplient pour les enseignants. En 2009, une étude de Ronald Bisson a fait le constat suivant : « au total, sans l’immigration francophone de première et deuxième génération, il y aurait 17 écoles françaises de moins à Ottawa […]Footnote 42 »

9.1.1.1 Stratégie du Canada en matière d’éducation internationale

Le nombre d’étudiants étrangers a augmenté plus rapidement au Canada que dans tout autre pays; en effet, de 2007 à 2012, il a connu une hausse de 51 %. Ces étudiants représentent une valeur ajoutée indéniable pour le Canada. En 2012, les 265 400 étudiants étrangers recensés au Canada ont dépensé 8,4 milliards de dollars dans les diverses collectivités du pays et ont contribué au maintien de 86 570 emploisFootnote 43. Ce sont de bons candidats à l’immigration puisqu’ils ont généralement obtenu des titres de compétence canadiens, parlent au moins une des deux langues officielles et possèdent souvent une expérience canadienne pertinente. Ils sont admissibles à l’obtention de la résidence permanente par l’entremise de programmes d’immigration tels que la CEC. Lancée en 2008, la CEC est le mode de transition le plus utilisé par les étudiants étrangers qui souhaitent devenir des résidents permanents. «En effet, plus de 20 000 visas ont été délivrés à des étudiants et travailleurs étrangers. Le nombre de nouveaux résidents permanents est passé de 2 500 en 2009 à plus de 6 000 en 2011 [traduction]Footnote 44. »

Dans le Plan d’action économique de 2013, une somme récurrente de 5 millions de dollars par année est prévue pour appuyer les objectifs de la Stratégie en matière d’éducation internationale lancée par le gouvernement fédéral le 15 janvier 2014. Dans le cadre de cette stratégie, le gouvernement du Canada s’est engagé à collaborer avec les provinces et les territoires, les établissements d’enseignement canadiens et d’autres intervenants en vue de doubler le nombre d’étudiants étrangers d’ici 2022. Certains marchés prioritaires ont été cernés, notamment le Brésil, la Chine, l’Inde, le Mexique, l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, ainsi que le Vietnam.

9.1.1.2 Enjeux et occasions

Selon Statistique Canada, c’est en Afrique que l’on retrouve aujourd’hui la plus grande population francophone. Traditionnellement, les établissements membres de l’AUFC ont mis l’accent sur les pays du Maghreb et de l’Afrique francophoneFootnote 45. Il sera donc de plus en plus important que les communautés francophones attirent des immigrants originaires de pays africains. En général, la Stratégie en matière d’éducation internationale ne met guère l’accent sur les pays francophones et ne fait aucune mention des pays de l’Afrique subsaharienne, ce qui pose un problème pour les communautés francophones. Il importe de tenir compte des questions propres aux communautés francophones et de faire en sorte que celles-ci disposent des outils nécessaires pour attirer et garder les étudiants étrangers.

La Stratégie accorde un rôle important aux gouvernements et aux établissements d’enseignement pour ce qui est du choix et du recrutement des étudiants étrangers. Par ailleurs, CIC a annoncé l’établissement de nouvelles règles d’application de ses politiques actuelles touchant les étudiants étrangers, entrées en vigueur le 1er juin 2014. Les provinces et les territoires seront maintenant en mesure de désigner les établissements pouvant accueillir des étudiants étrangers en fonction d’un ensemble de normes minimales communes. Le choix des établissements d’enseignement sera fondé sur le Cadre stratégique sur l’admissibilité des établissements d’enseignement. Cet ensemble de normes minimales communes que les établissements d’enseignement devront respecter pour accueillir des étudiants étrangers sera élaboré par les gouvernements provinciaux en collaboration avec CICFootnote 46. Les provinces et les territoires pourraient profiter de l’occasion pour s’assurer que les communautés francophones, par l’entremise d’établissements tels que ceux représentés par l’AUFC, reçoivent leur juste part d’étudiants étrangers.

Yvon Laberge, du Collège Éducacentre, est d’avis que la CEC « aura un impact majeur »Footnote 47, car elle permettra désormais aux travailleurs étrangers temporaires et aux étudiants étrangers de présenter une demande de résidence permanente au Canada. Cette catégorie facilitera également le processus d’immigration des jeunes Français et Belges qui viennent au Canada dans le cadre d’un programme de vacances-travailFootnote 47.

Afin de profiter de la valeur ajoutée possible des étudiants étrangers, l’AUFC a élaboré une stratégie d’expansion visant à accroître leur nombre dans les établissements francophones. L’AUFC passera en revue les activités de ses établissements membres dans les pays francophones de l’Afrique subsaharienne afin de déterminer les efforts qui pourraient être déployés dans cette régionFootnote 48.

L’importance d’établir une correspondance entre les programmes d’enseignement et les besoins du marché du travail au sein de la communauté est un enjeu qui intéresse à la fois les communautés francophones minoritaires et les collèges et universités de la francophonie. Pour faire en sorte que les étudiants étrangers aient des compétences adéquates qui répondent aux besoins du marché du travail des communautés, des outils doivent être conçus pour leur fournir ces renseignements avant leur arrivée au Canada afin de les aider à choisir le programme d’études et la communauté qui leur conviennent en vue de leur immigration.

Les universités et les communautés s’inquiètent du fait que CIC offre uniquement des services et du financement aux résidents permanents et non aux résidents temporaires. Par conséquent, les étudiants étrangers, qui appartiennent à la catégorie des résidents temporaires, dépendent largement des services offerts par les universités. Les capacités et les infrastructures des collèges et des universités des communautés francophones doivent cependant être améliorées pour concevoir et mettre en place des services et des mécanismes en vue de mieux appuyer les étudiants étrangers pour qu’ils puissent adopter pleinement la langue et la culture francophonesFootnote 49.

9.1.2 Programme des candidats des provinces

Une avenue que le gouvernement fédéral, les provinces et les territoires pourraient explorer davantage est le Programme des candidats des provinces dont l’un des quatre objectifs est la stimulation de la croissance des CLOSM. Dans le cadre de ce programme, des accords existent entre le gouvernement fédéral et 11 provinces et territoires. Après le PTQF, le Programme des candidats des provinces constitue le deuxième programme en importance dans la catégorie économiqueFootnote 50. En 2012, un nombre record de 40 899 immigrants ont été admis à ce programmeFootnote 50.

Dans une évaluation du programme réalisée par CIC en 2009, on constatait cependant que l’objectif lié à la stimulation de la croissance des CLOSM était peu exploré : « on a peu insisté sur l’objectif fédéral de stimuler la croissance des communautés de langue officielle, seulement trois provinces/territoires ayant indiqué qu’il s’agissait d’une priorité dans le cadre de leur programme de candidatsFootnote 51. » Sur ce point, l’évaluation recommandait que CIC collabore avec les provinces et les territoires pour se pencher sur cet objectif et revoir la meilleure façon de l’incorporer dans la conception et l’exécution du programme.

Comme le démontre l’évaluation, le recours au Programme des candidats des provinces comme outil pour accroître le nombre d’immigrants francophones varie d’une province à l’autre. Il importe cependant de noter l’effort du Nouveau-Brunswick qui, dans le cadre de son Plan d’action pour favoriser l’immigration francophone, a indiqué son intention de travailler avec CIC « en vue d’introduire une catégorie relative à la francophonie dans le cadre du Programme des candidats du Nouveau-Brunswick »Footnote 52.

Recommandation au gouvernement fédéral :

Comme l’immigration est un secteur de compétence partagée entre le gouvernement fédéral et les provinces et les territoires, les commissaires recommandent au ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration de :

  • développer, en collaboration avec les provinces et les territoires, un plan d’action concret assorti de cibles en immigration francophone et d’un échéancier pour accroître les efforts en vue de mieux réaliser l’objectif du Programme des candidats des provinces visant à stimuler la croissance des communautés de langue officielle.

9.2 Préoccupations soulevées face au nouveau système d’immigration

En 2013 et en 2014, plusieurs intervenants sont venus témoigner devant le Comité sénatorial permanent des langues officielles dans le cadre de son étude des impacts des récents changements au système d’immigration. Pendant leur comparution, les intervenants ont décrit les initiatives entreprises par leur organisation et le travail que faisaient déjà plusieurs organismes et réseaux pour s’adapter aux transformations. Une grande partie de ce travail est notamment liée à la sensibilisation et à la mobilisation des employeurs francophones et anglophones. Afin que les communautés francophones puissent tirer profit de ces transformations, plusieurs intervenants ont toutefois souligné l’importance d’adopter une lentille francophone, des mesures positives et des mécanismes d’accompagnement à l’intention de ces communautésFootnote 53. On a aussi soulevé l’importance de consulter et d’impliquer les communautésFootnote 38. Dans le mémoire qu’elle a déposé devant le comité, la FCFA a finalement rappelé que « bien que les communautés aient déjà adapté bon nombre de leurs activités et pratiques pour assurer la pertinence et l’efficacité de celles-ci dans le nouveau contexte en matière d’immigration, cela n’enlève rien à la responsabilité des gouvernements de veiller à ce que les changements récents au système d’immigration aient des impacts positifs pour les communautés francophones »Footnote 54.

Plusieurs intervenants se sont aussi dits préoccupés par le rôle accru accordé aux employeurs dans le recrutement et la sélection des immigrants. L'ACFA a formulé les observations suivantes :

le rôle majeur proposé aux employeurs dans la sélection des immigrants, doublé de la grande responsabilité offerte aux provinces et aux territoires dans ce dossier, tous non soumis aux obligations linguistiques, risquent de diluer les engagements du gouvernement fédéral envers les communautés de langue officielle en situation minoritaire. [L’ACFA reconnaît] les avantages économiques reliés à l’immigration que vise notre gouvernement. Cependant, [elle se dit inquiète] de savoir que le volet de la vitalité de nos communautés souffrira si des mesures d’accompagnement ne sont pas adoptéesFootnote 39.

Comme la majorité des employeurs et des entreprises sont anglophones à l’extérieur du Québec, les intervenants ont mentionné que la mobilisation et la participation des employeurs pour le recrutement de travailleurs francophones ou bilingues demeurent des défis importants. Le président de la Table nationale de concertation communautaire en immigration francophone, Ibrahima Diallo, a notamment souligné que « la majorité des emplois dans les communautés francophones en situation minoritaire, soit plus de 95 %, se trouvent en milieu anglophone. Par conséquent, le grand défi que nous aurons sera d’inviter les employeurs anglophones à aller chercher des francophones. C’est un énorme défi. Nous devons beaucoup réfléchir à cette question afin de ne pas continuer à accentuer le déséquilibre entre francophones et anglophones »Footnote 55. D’autres ont ajouté que les pays sources d’immigration actuels étaient à prédominance anglophone et que les employeurs avaient déjà une habitude ou une expérience de recrutement sur la scène internationale dans des pays qui ne sont pas nécessairement des pays sources pour la francophonie. En ce sens, le président de la SFM, Mamadou Ka expliquait aussi que « le […] défi auquel nous faisons face, c’est que les pays sources sont à prédominance anglophone, c’est-à-dire que tous les recrutements se font dans les pays anglophones. On dit souvent que l’avenir de la francophonie, c’est l’Afrique; on le dit dans la mesure où elle produit beaucoup plus de francophones que n’importe quel autre pays dans le monde, finalement »Footnote 38.

Le consultant Matthieu Brennan a pour sa part rappelé quelques-unes des conclusions de l’analyse réalisée pour le compte de la Conférence ministérielle sur la francophonie canadienne. Il a souligné notamment que les transformations du système d’immigration auront une incidence positive sur les communautés francophones et que l’environnement des politiques publiques en lien avec l’immigration francophone était meilleur qu’il ne l’avait été depuis une décennie. Il a cependant mentionné, lui aussi, que le rôle accordé aux employeurs dans le cadre des transformations demeurait un enjeu :

Ce sera toujours un problème, parce qu’on n’a pas une économie francophone; on vit dans une économie, un point c’est tout. Tant et aussi longtemps que les employeurs qui ont tendance à évaluer en fonction du succès économique commercial, tant que ce sera le point de repère des employeurs, c’est difficile de développer l’argument qui va faire d’eux des joueurs actifs. Ça va prendre, dans la communauté, des intervenants qui ont l’intérêt de la communauté à cœur et qui sont capables de parler le langage des employeurs. Il n’y en a pas beaucoup. Le nerf de la guerre est làFootnote 56.

Recommandations au gouvernement fédéral :

Pour que les communautés francophones puissent tirer profit du nouveau système d’immigration, les commissaires recommandent au ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration :

  • d’élaborer des outils et des incitatifs durables à l’intention des employeurs canadiens pour favoriser le recrutement et la sélection de travailleurs d’expression française et bilingues à l’extérieur du Québec et ainsi pallier les retards qu’ont connus les communautés francophones en termes d’immigration.

Les commissaires recommandent au ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration :

  • de rendre compte, d’ici le 30 avril 2015, des incidences ou incidences anticipées des modifications apportées au système d’immigration canadien, incluant l’Entrée express, sur l’immigration dans les communautés francophones;
  • de rendre compte, d’ici le 31 décembre 2015, du travail réalisé par Citoyenneté et Immigration Canada pour donner suite à toutes les recommandations des commissaires.

10 Conclusion

Avec la baisse du poids démographique des communautés francophones en situation minoritaire, l’immigration représente une voie d’avenir importante pour le renouvellement et la vitalité de ces dernières. Force est de constater, cependant, qu’au fil des ans, les communautés francophones du Canada ont peu bénéficié de l’immigration en comparaison des communautés anglophones majoritaires.

Le rapport des commissaires a présenté un état des lieux et une analyse de la question de l’immigration dans les communautés francophones. Il n’avait pas pour objet de dresser un portrait exhaustif de la situation, mais plutôt de mettre en lumière quelques-uns des principaux défis dans ce secteur. Il a entre autres dressé un portrait du chemin parcouru par les différents partenaires, incluant le gouvernement fédéral, le gouvernement de l’Ontario et les communautés, et a soulevé certains des obstacles qui parsèment le parcours du nouvel arrivant francophone. Le rapport a ensuite porté une attention particulière au nouveau système d’immigration.

Les modifications apportées au système d’immigration paveront la voie pour les années à venir. L’arrivée du nouveau système d’immigration amène pour le gouvernement fédéral et ses partenaires provinciaux et territoriaux la possibilité de transformer l’immigration en une force véritablement positive pour les communautés francophones. Il s’agit d’une occasion à ne pas manquer et c’est sur cette note que les commissaires aimeraient conclure.

En effet, même si le nouveau système priorise l’économie et le rôle des employeurs, il n’en demeure pas moins que les communautés francophones représentent des partenaires de choix et une valeur ajoutée dans l’attraction et la rétention des nouveaux arrivants. Que ce soit par les services et les ressources en français qu’elles offrent, les infrastructures dont elles disposent (p. ex. les écoles et les centres communautaires) ou leur expertise, ces communautés seront bien placées pour appuyer les employeurs et les immigrants. En ce sens, il sera essentiel que le gouvernement fédéral s’assure que les communautés francophones tirent pleinement profit des occasions amenées par ce système et que le rôle important qu’elles peuvent jouer soit reconnu et valorisé.

11 Liste des recommandations

11.1 Recommandations au gouvernement fédéral

À ce jour, les communautés francophones en situation minoritaire ont peu bénéficié de l’apport de l’immigration. Dans la mise en œuvre du nouveau système d’immigration, le gouvernement fédéral doit impérativement adopter une perspective francophone qui contribuera au développement et à l’épanouissement de ces communautés. Cette perspective francophone permettra de s’assurer que non seulement les communautés francophones en situation minoritaire bénéficient des possibilités amenées par le nouveau système, mais aussi que ces possibilités contribuent à combler les déséquilibres passés en termes d’immigration.

Pour guider le travail du gouvernement fédéral et de ses partenaires, les commissaires émettent les recommandations qui suivent.

Accompagnement des immigrants d’expression française par les institutions et les organismes francophones :

Pour que les organismes et les institutions francophones puissent offrir les services et l’orientation en français aux nouveaux arrivants d’expression française tout au long de leur parcours et pour permettre aux communautés francophones de tisser de réels liens avec ces nouveaux arrivants, les commissaires recommandent au ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration :

  1. de retenir, dans le cadre des appels de propositions, les services des organismes francophones, principalement,  pour l’offre de services et d’accompagnement aux nouveaux arrivants d’expression française.

Information et ressources à l’intention des nouveaux arrivants d’expression française :

À ce jour, les candidats à l’immigration d’expression française ont peu bénéficié de la disponibilité de services et d’information pré-départ en français. Les commissaires ont noté certaines modifications positives apportées dans le cadre de l’appel de propositions de 2014 de CIC pour les services d’établissement avant l’arrivée qui inclut maintenant des pays francophones pour l’offre de services pré-départ. Un travail important reste cependant à faire.

Pour qu’avant leur départ et à leur arrivée au Canada les nouveaux arrivants d’expression française soient informés non seulement de la présence de communautés francophones d’accueil, mais aussi de la disponibilité de programmes et de services en français dont ils peuvent se prévaloir, les commissaires recommandent au ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration :

  1. d’élaborer une stratégie et des outils pré-départ en français à l’intention des candidats d’expression française désirant s’établir dans une communauté francophone à l’extérieur du Québec;
  2. de mettre en place un mécanisme qui permette de s’assurer que, dans leurs échanges avec le gouvernement, avant et après leur arrivée au Canada, les nouveaux arrivants d’expression française sont informés de façon systématique de la présence de services, de ressources et d’organismes francophones dans leur région d’accueil.

Collaboration avec les gouvernements provinciaux et territoriaux :

Comme l’immigration est un secteur de compétence partagée entre le gouvernement fédéral et les provinces et les territoires, les commissaires recommandent au ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration de :

  1. développer, en collaboration avec les provinces et les territoires, un plan d’action concret assorti de cibles en immigration francophone et d’un échéancier pour accroître les efforts en vue de mieux réaliser l’objectif du Programme des candidats des provinces visant à stimuler la croissance des communautés de langue officielle.

Incitatifs à l’intention des employeurs pour le recrutement et la sélection de travailleurs francophones et bilingues :

Pour que les communautés francophones puissent tirer profit du nouveau système d’immigration, les commissaires recommandent au ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration :

  1. d’élaborer des outils et des incitatifs durables à l’intention des employeurs canadiens pour favoriser le recrutement et la sélection de travailleurs d’expression française et bilingues à l’extérieur du Québec et ainsi pallier les retards qu’ont connus les communautés francophones en termes d’immigration.

Reddition de comptes :

Les commissaires recommandent au ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration :

  1. de rendre compte, d’ici le 30 avril 2015, des incidences ou incidences anticipées des modifications apportées au système d’immigration canadien, incluant l’Entrée express, sur l’immigration dans les communautés francophones;
  2. de rendre compte, d’ici le 31 décembre 2015, du travail réalisé par Citoyenneté et Immigration Canada pour donner suite à toutes les recommandations des commissaires.

11.2 Recommandation au gouvernement de l’Ontario

  1. Les commissaires recommandent au ministre des Affaires civiques, de l’Immigration et du Commerce international de l’Ontario de se doter, durant l’exercice financier 2014-2015, d’un groupe d’experts en immigration francophone. Ce groupe d’experts devrait :
    1. élaborer une stratégie globale visant à favoriser la promotion, le recrutement, l’accueil, la formation, l’intégration et la rétention des immigrants francophones;
    2. élaborer un plan stratégique pangouvernemental, assorti d’un échéancier précis, visant à atteindre la cible de 5 %;
    3. établir des mécanismes de responsabilité et d’évaluation annuelle transparents et accessibles au public;
    4. se composer, au moins, des acteurs suivants :
      • représentants de Citoyenneté et Immigration Canada,
      • représentants des ministères provinciaux concernés et dirigés par le ministère des Affaires civiques, de l’Immigration et du Commerce international,
      • intervenants du secteur de l’immigration francophone,
      • administrateurs ou professionnels des collèges et universités,
      • professionnels ou administrateurs des conseils scolaires,
      • chefs de file de chambres de commerce et d’entreprises,
      • représentants des municipalités.

12 Liste des acronymes utilisés dans le document

ACFA
Association canadienne-française de l’Alberta
ACFO
Association canadienne-française de l’Ontario
AFO
Assemblée de la francophonie de l’Ontario
AUFC
Association des universités de la francophonie canadienne
CEC
Catégorie de l’expérience canadienne
CIC
Citoyenneté et Immigration Canada
CLOSM
Communautés de langue officielle en situation minoritaire
DIF
Définition inclusive de francophone
FCFA
Fédération des communautés francophones et acadienne
PLOP
Première langue officielle parlée
PTMS
Programme des travailleurs de métiers spécialisés
PTQF
Programme des travailleurs qualifiés du volet fédéral
SANB
Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick
SFM
Société franco-manitobaine

Notes de bas de page

Note de bas de page 1

Lindsay Van Dyk, chercheuse junior, Musée canadien de l’immigration du Quai 21, Les lois canadiennes sur l’immigration. Version en ligne consultée le 24 septembre 2014.

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Note de bas de page 2

Statistique Canada, Migrations : internationales, 2009, 2011. Version en ligne consultée en août 2014.

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Note de bas de page 3

Statistique Canada, Immigration et diversité ethnoculturelle au Canada – Enquête nationale auprès des ménages, 2011, produit numéro 99-010-X2011001 au catalogue, 2013. Version en ligne consultée en août 2014.

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Note de bas de page 4

Statistique Canada, Portrait statistique de la population immigrante de langue française à l’extérieur du Québec (1991 à 2006), produit numéro 89-641-X au catalogue, 2010, p. 8. Version en ligne consultée en août 2014.

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Note de bas de page 5

Statistique Canada, Enquête nationale auprès des ménages de 2011, Tableaux de données, « Certaines caractéristiques démographiques, de la scolarité, de la population active et du revenu (75), première langue officielle parlée (4), statut d’immigrant et période d’immigration (10), groupes d’âge (8D) et sexe (3) pour la population du Canada, provinces, territoires, régions métropolitaines de recensement et agglomérations de recensement », produit numéro 99-010-X2011045 au catalogue de Statistique Canada. Version en ligne consultée en août 2014.

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Note de bas de page 6

Statistique Canada, Portrait statistique de la population immigrante de langue française à l’extérieur du Québec (1991 à 2006), Op. cit.

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Note de bas de page 7

Josée Guignard Noël, Éric Forgues, Rodrigue Landry, Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques, Qui sont les francophones ? Analyse de définitions selon les variables du recensement, Mise à jour : Recensement de 2011, mai 2014. Version en ligne consultée en septembre 2014.

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Note de bas de page 8

Statistique Canada, Portrait statistique de la population immigrante de langue française à l’extérieur du Québec (1991 à 2006), Op. cit.

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Note de bas de page 9

Gouvernement du Canada, site Web de la législation (Justice), Règlement sur les langues officielles – communications avec le public et prestation de services consulté en septembre 2014.

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Note de bas de page 10

Statistique Canada, Enquête nationale auprès des ménages de 2011 : Tableaux de données, « Statut d’immigrant et période d’immigration ». Version en ligne consultée en septembre 2014.

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Note de bas de page 11

Ronald Bisson et Matthieu Brennan, Analyse des impacts de la réforme du système d’immigration du Canada sur les communautés de la francophonie canadienne, présentée en juin 2013 à la Conférence ministérielle sur la francophonie canadienne. Version en ligne consultée en août 2014.

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Note de bas de page 12

Le nouveau système s’appelle désormais Entrée Express.

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Note de bas de page 13

Citoyenneté et Immigration Canada, Cadre stratégique pour favoriser l’immigration au sein des communautés francophones en situation minoritaire, 2003.

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Note de bas de page 14

Citoyenneté et Immigration Canada, Plan stratégique pour favoriser l’immigration au sein des communautés francophones en situation minoritaire, septembre 2006. Version en ligne consultée en septembre 2014.

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Note de bas de page 15

Citoyenneté et Immigration Canada, Division de l’évaluation, Évaluation de l’Initiative de recrutement et d’intégration d’immigrants d’expression française au sein des communautés francophones en situation minoritaire, juillet 2012. Version en ligne consultée en septembre 2014.

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Note de bas de page 16

Office des Affaires francophones, Données du recensement de 2011 selon la Définition inclusive de francophone (DIF). Version en ligne consultée en août 2014.

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Note de bas de page 17

Commissariat aux services en français, Droits devant, Rapport annuel 2011-2012, 2012.

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Note de bas de page 18

Pour plus de détails : Office des affaires francophones, Redéfinition de la population francophone : Le gouvernement McGuinty s’adapte aux changements démographiques de l’Ontario, 2009. Version en ligne consultée en août 2014.

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Note de bas de page 19

Pour plus de détails : Gouvernement de l’Ontario, Appuyer la réussite des élèves francophones : Le gouvernement McGuinty aide à élargir les lignes directrices concernant l’admission aux écoles de langue française, 2009. Version en ligne consultée en août 2014.

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Note de bas de page 20

Plan d’action pour les langues officielles 2003-2008; Feuille de route pour la dualité linguistique 2008-2013; Feuille de route pour les langues officielles 2013-2018.

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Note de bas de page 21

Comité permanent des langues officielles de la Chambre des communes : rapports et recommandations publiés en 2003 et 2010; Comité sénatorial permanent des langues officielles : étude en cours sur les impacts des changements récents apportés au système d’immigration sur les communautés de langue officielle en situation minoritaire.

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Note de bas de page 22

Fédération des communautés francophones et acadienne, L'immigration francophone, (page consultée le 28 juillet 2014).

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Note de bas de page 23

Ministère des Affaires civiques, de l’Immigration et du Commerce international, L’Ontario aide un plus grand nombre d’immigrants francophones à réussir, Communiqué de presse, 25 novembre 2013. Version en ligne consultée en août 2014.

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Note de bas de page 24

Projet de loi 161, Loi de 2014 sur l’immigration en Ontario. Version en ligne consultée en août 2014.

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Note de bas de page 25

Commissariat aux services en français, Une nouvelle approche, Rapport annuel 2012-2013, Toronto, 2013. Version en ligne consultée en août 2014.

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Note de bas de page 26

Exemple : Témoignage de Marie-France Kenny et Suzanne Bossé, Fédération des communautés francophones et acadienne, devant le Comité sénatorial permanent des langues officielles, 3 mars 2014, fascicule no 4, p. 4:26-4:41. Version en ligne consultée en août 2014.

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Note de bas de page 27

Témoignage de Nicole Gallant, INRS, devant le Comité sénatorial permanent des langues officielles, 28 avril 2014, fascicule no 6, p. 6:3-6:38. Version en ligne consultée en août 2014.

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Note de bas de page 28

Témoignage de Jeanne d’Arc Gaudet, Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick, devant le Comité sénatorial permanent des langues officielles, 2 juin 2014, fascicule no 7, p. 7:37. Version en ligne consultée en août 2014.

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Note de bas de page 29

Témoignages de Marie-France Kenny et Suzanne Bossé, Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada, devant le Comité sénatorial permanent des langues officielles, 3 mars 2014, fascicule no 4, p. 4:26-4:41. Version en ligne consultée en août 2014. Témoignage de Denis Vaillancourt, Assemblée de la francophonie de l’Ontario, 2 juin 2014, fascicule no 7, p. 7:33-7:66. Version en ligne consultée en août 2014.

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Note de bas de page 30

Témoignage de Chedly Belkhodja, Université Concordia, devant le Comité sénatorial permanent des langues officielles, 31 mars 2014, fascicule no 5, p. 5:25. Version en ligne consultée en août 2014.

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Note de bas de page 31

Témoignage de Mamadou Ka, Société franco-manitobaine, devant le Comité sénatorial permanent des langues officielles, 2 juin 2014, fascicule no 7, p. 7:33-7:66. Version en ligne consultée en août 2014. Témoignage de Jean Johnson, Association canadienne-française de l’Alberta, 9 juin 2014, fascicule no 7, p. 7:84-7:102. Version en ligne consultée en août 2014.

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Note de bas de page 32

Brigitte Chavez, Statistique Canada, L’immigration francophone dans les provinces de l’Atlantique : évolution récente et perspectives d’avenir, Présentation au cours du 3e Colloque atlantique sur l’immigration francophone, 4 février 2014.

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Note de bas de page 33

Société nationale de l’Acadie, Compte rendu du 3e Colloque atlantique sur l’immigration francophone, 4 et 5 février 2014, préparé par la firme Diversis.

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Note de bas de page 34

Dominique Pépin-Filion, en collaboration avec Josée Guignard Noël, Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques, Esquisse de la situation linguistique du Nouveau-Brunswick, analyse préparée pour le Commissariat aux langues officielles du Nouveau-Brunswick et parue dans son rapport annuel 2012-2013, p. 27 à 41. Version en ligne consultée en septembre 2014.

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Note de bas de page 35

Citoyenneté et Immigration Canada, Rapport annuel au Parlement sur l’immigration, 2014.

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Note de bas de page 36

Gouvernement du Manitoba, Possibilités – Manitoba (Canada) : Destination de choix pour les immigrants francophones. Version en ligne consultée en août 2014.

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Note de bas de page 37

Gouvernement du Manitoba, Données statistiques sur l’immigration au Manitoba, Rapport préparé par Immigration et Affaires multiculturelles Manitoba, 2012. Version en ligne consultée en août 2014.

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Note de bas de page 38

Témoignage de Mamadou Ka, Société franco-manitobaine, devant le Comité sénatorial permanent des langues officielles, 2 juin 2014, fascicule no 7, p. 7:33-7:66. Version en ligne consultée en août 2014.

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Note de bas de page 39

Témoignage de Jean Johnson, Association canadienne-française de l’Alberta, devant le Comité sénatorial permanent des langues officielles, 9 juin 2014, fascicule no 7, p. 7:84-7:102. Version en ligne consultée en août 2014.

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Note de bas de page 40

Citoyenneté et Immigration Canada, Préparer le lancement d’Entrée express : Le ministre Alexander rencontre des employeurs clés au sujet du système d’immigration économique du Canada, Communiqué de presse, 14 juillet 2014. Version en ligne consultée le 28 juillet 2014.

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Note de bas de page 41

Association des universités de la francophonie canadienne, Stratégie d’expansion internationale, 2014, p.2. Version en ligne consultée le 18 juillet 2014.

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Note de bas de page 42

Ronald Bisson, Patricia Ahouansou et Charles Draper, État des lieux de l’immigration d’expression française à Ottawa, 2009, p. 106. Version en ligne consultée le 18 juillet 2014.

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Note de bas de page 43

Affaires étrangères, Commerce et Développement Canada, Stratégie du Canada en matière d’éducation internationale, 2014. Version en ligne consultée le 18 juillet 2014.

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Note de bas de page 44

Canada Immigration Newsletter, International Students Benefit from New Immigration Levels (en anglais seulement), bulletin de décembre 2012. Version en ligne consultée le 18 juillet 2014.

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Note de bas de page 45

Association des universités de la francophonie canadienne, Stratégie d’expansion internationale, 2014.

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Note de bas de page 46

Citoyenneté et Immigration Canada, Overview of Proposed Changes to Canada’s International Student Program (en anglais seulement), 2013. Version en ligne consultée le 18 juillet 2014.

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Note de bas de page 47

Témoignage d’Yvon Laberge, Collège Éducacentre, devant le Comité sénatorial permanent des langues officielles, 26 mai 2014, fascicule no 7, p. 7:13. Version en ligne consultée le 4 août 2014.

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Note de bas de page 48

Association des universités de la francophonie canadienne, Stratégie d’expansion internationale, 2014.

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Note de bas de page 49

Témoignage de Jocelyne Lalonde, Association des universités de la francophonie canadienne, devant le Comité sénatorial permanent des langues officielles, 5 mai 2014, fascicule no 6, p. 6:39-6:56. Version consultée le 4 août 2014. Témoignage d’Yvon Laberge, Collège Éducacentre, devant le Comité sénatorial permanent des langues officielles, 26 mai 2014, fascicule no 7, p. 7:13. Version en ligne consultée le 4 août 2014.

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Note de bas de page 50

Citoyenneté et Immigration Canada, Rapport annuel au Parlement sur l’immigration, 2013.

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Note de bas de page 51

Citoyenneté et Immigration Canada, Division de l’évaluation, L’évaluation du Programme des candidats des provinces, 2011, p. 71. Version en ligne consultée le 4 août 2014.

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Note de bas de page 52

Gouvernement du Nouveau-Brunswick, Plan d’action pour favoriser l’immigration francophone au Nouveau-Brunswick 2014-2017, 2014, p. 9. Version en ligne consultée le 4 août 2014.

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Note de bas de page 53

Exemples : Témoignage de Jean Johnson, Association canadienne-française de l’Alberta, devant le Comité sénatorial permanent des langues officielles, 9 juin 2014, fascicule no 7, p. 7:84-7:102. Version en ligne consultée le 4 août 2014; Témoignage de Mamadou Ka, Société franco-manitobaine, 2 juin 2014, fascicule no 7, p. 7:33-7:66. Version en ligne consultée le 4 août 2014; Témoignage de Marie-France Kenny et Suzanne Bossé, Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada, 3 mars 2014,  fascicule no 4, p. 4:26-4:41. Version en ligne consultée le 4 août 2014; Témoignage de Roukya Abdi Aden, Réseau de développement économique et d’employabilité du Canada, 9 juin 2014, fascicule no 7, p. 7:84-7:102. Version en ligne consultée le 4 août 2014.

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Note de bas de page 54

Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada, Mémoire au Comité sénatorial permanent des langues officielles dans le cadre de l’étude des changements récents au système d’immigration sur les CLOSM, Ottawa, 2014, p. 9.

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Note de bas de page 55

Témoignage d’Ibrahima Diallo, Table nationale de concertation communautaire en immigration francophone, devant le Comité sénatorial permanent des langues officielles, 28 avril 2014, fascicule no 6, p. 6:19. Version en ligne consultée le 4 août 2014.

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Note de bas de page 56

Témoignage de Matthieu Brennan, Brynaert Brennan and Associates, devant le Comité sénatorial permanent des langues officielles, 31 mars 2014, fascicule no 5, p. 5:36. Version en ligne consultée le 4 août 2014.

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